QUANTITÉ DE LA MATIÈRE COLORANTE
La méthode et son mode d'emploi ont déjà été décrits, paragraphe 57, et la [)lanche IV permet à chacun de s'en servir.
Depuis que celle méthode esl connue, on !i élevé conlre elle flifférentes objections auxquelles je veux répondre brièvement dans les lignes suivantes :
D'abord on a avancé que la couleur de l'urine ne doit pas provenir d'un seul et même pigment, mais de différentes matières colorantes. Ce fait est exact et il a dé^àété indiqué, paragraplie 86 notamment, .^ ais, qu'elles soient accidentelles ou occasionnées par les pigments de la rhubarbe, du séné, etc . ou bien qu'elles soient essentielles et qu'elles tiennent à la présence de pigment biliaire, d'uroxanthine, d'uroglaucine, d'urrhodine et d'uroérylhrinc, les colorations anormales de l'urine décrites dans ce p:u"agi'apbe, sont relativementrareset peuvent, si elles existent, être très-facilement reconnues. Dans tous ces cas, on se tromperait certainement si l'on voulait se servir de la table pour la détermination quantitative de la matière colorante de l'urine. Mais c'est précisément pour des cas exceptionnels que la méthode né convient pas, et celte circonstance ne peut pas constituer une objection, parce que, lorsqu'il s'agit d'autres recherches chimiques quantitatives, il est extrêmement rare qu'une méthode suffise pour tous les cas. Presque toutes les urines, surtout si elles ont été fdtrées, ne renferment pas, ou seulement en très -petite quantité, de ces matières colorantes anormales, elles sont le plus souvent colorées par le pigment ordinaire de l'urine (urophéine à' Heller, urochrome de Thiidichum).
On a, en outre, objecté que les couleurs données dans la table ne forment pas une série parfaitement régulière, qu'en étendant des urines brunes ou à couleurs très-éclatantes on n'obtenait pas exactement les teintes offertes par les urines pâles, et que, par conséquent, il est inexact de dire qu'une urine rouge contient trente-deux fois autant de matière colorante qu'une urine jaune pâle, qu'une urine rouge brun en renferme soixante-quatre fois plus que cette dernière, etc. Je suis tout prêt à reconnaître que la matière colorante n'est pas invariablement le même corps dans toutes les circonstances, mais qu'elle peut offrir des modifications qui exercent de l'influence aussi bien sur son pouvoir colorant que sûr les nuances auxquelles elle donne lieu ; mais cela n'empêche pas que Ton puisse se servir de la couleur de l'urine pour des déterminations approximatives de la matière colorante, en ayant soin seulement de ne pas renfermer les erreurs possibles dans des limitçs trop étroites. Comme, jusqu'à présent, malgré les beaux travaux de Sclierer, de Harleij, de TImdicliurn, etc., on n'a pas encore pu préparer à l'état de pureté la matière colorante de l'urine, la lixation des limites de l'erreur est, dansée cas, complètement arbitraire, et je pense choisir des limites plutôt trop étendues que trop étroites en admettant que l'erreur possible puisse s'élever à i /4 et même à 1/3 des nombres trouvés. Les différences qui dépa.ssent ces grandeurs indiquent, par conséquent, avec certitude que la quantité du pigment contenu dans doux espèces d'urine comparées entreelles n'est pas la même, tandis que celles qui sont comprises dans ces fractions peuvent être négligées.
Si, par exemple, la quantité de la matière colorante qu'un homme en bonne santé élimine en vingt-quatre heures par l'urine est égale à 4, et si l'on trouve chez un malade le nombre 16 ou 20, on peut être sûr qu'il y a, dans Ce cas, une augmentation considérable du pigment, augmentation au moins égale
au double ou au triple delà normale. De même, il est certain qu'il y aune diminution si le nombre 1 est le résultat de la détenniiialion. Si, au contraire, on trouve 3,5 ou 4,5, on ne peut pas conclure avec certitude l'existence d'une diminution ou d'une augmentation.
Pour ces raisons, je crois devoir maintenir l'affirmation qjie cette méthode, employée avec précaution, peut donner des résultats uldes, et que, si l'hypothèse sur laquelle reposent les indications relatives à sa signification est exacte, elle peut fournir au médecin, sur la métamorphose de la matière, et notamment sur la destruction des globules .sanguins, des renseignements très-importants et qui ont d'autant plus de valeur que les moyens dont dispose le médecin pour se former une opinion sur l'activité de cette partie de la nutrition sont extrêmement limités.
La signification, qu'a pour le médecin une augmentation ou une diminution de la matière colorante de l'urine, est mise en évidence par les indications suivantes, qui, il est vrai, sont en partie hypothétiques, mais cependant d'une exactitude très-probable.
Beaucoup de faits semblent indiquer que sans cesse un certain nombre de globules sanguins éprouvent dans l'organisme vivant une métamorphose régressive par suite de laquelle ils entrent en dissolution ; leur matière colorante (hématine) est alors décomposée et elle est ensuite éliminée du corps sous forme de pigments biliaire et urinaire, de telle sorte que la quantité excrétée de ces pigments nous donne une sorte de mesure de l'intensité de la destruction des globules sanguins. Mais le médecin peut, dans beaucoup de cas, tirer d'autres conclusions importantes pour le diagnostic, le pronostic et le traitement des maladies.
Je ne pense pas qu'il soit actuellement possible de déterminer ncombie d'hématine ou de corpuscules sanguins correspondent à une quantité donnée de pigments urinaires, bien que j'aie souvent comparé le pouvoir colorant d'une quantité connue de globules sanguins avec celui d une quantité également connue de pigment urinaire aussi pur que possible, que je dois à l'obligeance de M. le docteur Harley. Mais nous n'avons encore que des renseignements très-incomplets sur les modifications qu'éprouve l'hématine avant de devenir pigment urinaire. Pour cette raison j'ai préféré choisir une grandeur imaginaire comme unité de mesure pour la quantité du pigment urinaire : j'ai admis = 1 la quantité du pigment urinaire contenu dans \ 000 centimètres cubes d'urine jaune pâle, au lieu de déterminer la quantité absolue de la matière colorante de l'urine à l'aide de la balance ou par compa-