‹ De l'urine et des sédiments urinaires [electronic resource] (volume 2)Chapitre 136 sur 158 · QUANTITÉ DE LA MATIÈRE COLOUANTE · texte numérisé non relu

QUANTITÉ DE LA MATIÈRE COLOUANTE

raison avec la couleur d'une quantité connue de globules sanguins, — cette méthode de détermination offrant encore de trop grandes difficultés.

Les arguments sur lesquels repose l'hypothèse précédente, — que les pigments biliaire et urinaire seraient de l'hématine modifiée, — sont les suivants :

La matière colorante du sang est très-difficilement destructible ; le sang extravasé à l'intérieur de l'organisme de même que celui qui, en dehors du corps, a été soumis aux influences les plus diverses, conservent leur couleur avec une grande ténacité, ou bien n'éprouvent dans leur coloration, que de légères modifications. C'est pourquoi il n'est pas probable que l'hématine usée et devenue impropre aux usages de l'organisme soit éliminée du corps sous forme d'une substance incolore, il est, au contraire, presque curtain que lors de son élimination elle est encore. plus ou moins colorée. Mais les seules excrétions colorées de l'organisme sont l'urine et les matières fécales; on peut, par conséquent, considérer le pigment urinaire ou le pigment hiUaire (la modification qui se rencontre dans les excréments), ou même tous les deux, comme formés aux dépens de l'hématine métamorphosée. Pour ces raisons, un grand nombre d'excellents observateurs, comme Sclierer, Polli, Virchow, Harley n'ont pas hésité à regarder le pigment de l'urine ou celui de la bile, ou même ces deux corps comme le produit de la destruction de l'héuïaline. D'ailleurs Harle]} a montré, dans ces derniers temps, que le pigment urinaire, préparé par lui aussi pur que possible, a, sous beaucoup de rapports, la plus grande analogie avec la matière colorante du sang.

La quantité de pigment urinaire qu'un adulte élimine à l'état normal s'élève en vingt-quatre heures à 5 ou à 6, en moyenne à environ 4,8 unités (voy. plus haut), ce qui donne par conséquent pour une heure 2/10 d'unité environ ^

D'après R. Lavmn {Sorne observations on the urinary andalvine excrétions, as ihey appears within ihe tropics. Brit. Rev. oct. 1861, p. 485), sous les tropiques (à la Jamaïque), on élimine généralement avec l'urine une quantité de matière colorante beaucoup plus considérable que sous nos latitudes : chez les hommes en bonne santé, la quantité du pigment séparé est égale, dans ces contrées, à 12 ou 14 unités.

Cette donnée sert de point d'appui pour juger si, dans une maladie déterminée, la quantité du pigment urmaire est normale, plus grande ou plus petite qu'à l'ordinaire.

Dans toutes les maladies fébriles aiguës, la quantité de la ma-

• La quantité de matière colorante qui est clioiinôe avec les matières fécales éprouve, d'après mes propres expériences, de très-grandes variations. J'ai trouvé par vingt-quatre heures de 8 à 30 parties de pigment mesurées à l'éclicUo précédente.

tière colorante de l'urine est beaucoup augmentée, bien que le volume du liquide soit plus petit qu'à l'état normal: elle est le plus .souvent égale à 16, 20 et plus. Cette augmentation est encore plus considérable dans les fièvres, qui sont accompagnées d'une dissolution du sang (fièvres typhoïde et septique).

Une diminution des globules sanguins et un état d'anémie (d'oliuocythémic) plus ou moins marque sont les conséquences générales de toutes ces maladies.

Exemples. Chez un grand nombre de personnes atteintes de pneumonie, la quantité du pigment urinaire éliminé par jour pendant le summum de la maladie oscilla entre 10 et 24. Dans un cas de rhumatisuie aigu, elle s'éleva, pen dant le summun de l'affection, à 30-32 ; chez un homme atteint di- fièvre typhoïde, elle fut égale, pendant quelques jours, à >0-'lOO ; chez un autre homme qui avait respiré de Thydrogène arsénié, el.le monta jusqu'à 61)0-800. Toutefois dans ce dernier cas, la substance qui colorait l'urine différait du pigment ordinaire de l'urine : elle consistait en hémaline presque pure, de telle sorte que l'évaluation de sa quantité, d'après l'intensité de la couleur de l'urine, ne pût être que très-approximative ; mais la différence entre la quantité trouvée dan< ces cas et la quantité normale est si considérable qu'il n'est pas besoin deten'r compte d'une erreur d'observation de 1/4 ou même de 13.

Au contraire, on trouve que, dans plusieurs maladies, la quantité du pigment urinaire est notablement au-dessous delà normale; c'est ce qui a lien dans les cas où la formation des globules sanguins est moins active, par exemple, chez la plupart des chlorotiques et des anémiques, dans la convalescence des maladies graves, chez les hystériques et les autres personnes atteintes d'affections nerveuses, etc. Dans les cas de ce genre, la couleur de l'urine peut souvent aider le médecin pour l'établissement du diagnostic et du traitement, qui, ordinairement doit consister dans l'emploi des toniques, et surtout des préparations ferrugineuses.

Exemples. Chez les chlorotiqucs, la quantité du pigment urinaire éliminé par jour se trouve fréquemment au-dessous de 1 ; dans la convalegcence des maladies graves, il arrive souvent qu'elle reste pendant longtemps égale à 1 ou 2, etc.

ALTÈHATIONS QUANTITATIVES DK L'URINE.

II. Altération, quantitative, de l'urine dont la recherche exige une opération chimique compliquée.

Les altérations quantitatives de l'urine examinées dans les paragraphes précédents sont extrêmement faciles à découvrir, et leur détermination exige si peu d'habitude et de connaissances speciales, des appareils si peu nombreux, que ce n est pas être trop exigeant que de demander à tout médecin praticien d effectuer, dans toutes les maladies où l'étude de ces altérations de la nutrition paraît avoir de l'importance, les recherches indiquées plus haut et d'en tirer les conclusions auxquelles elles peuvent donner

lieu. . . j ,, ■ IX

Les altérations quantitatives de la composition de 1 urine, dont il va être question dans les pages suivantes, étaient au contraire jusque dans ces derniers temps d'une détermination beaucoup plus difficile : leur recherche demandait généralement beaucoup de temps, plus qu'un praticien occupé n'en peut disposer ; elle supposait des connaissances chimiques spéciales et une certaine habitude de l'analyse quantitative ; elle exigeait en outre un grand nombre d'appareils, d'ustensiles et de réactifs, et même quelques essais ne pouvaient être effectués avec toute l'exactitude désirable, que dans un laboratoire de chimie bien complet, qu'un médecin n'a que rarement à sa disposition. C'est pourquoi ces analyses ont jusqu'à présent été exécutées pre que exclusivement par des chimistes pour la solution de (|uestions physiologiques, et les médecins ne s'en sont que rarement servis dans un but pratique: d'ailleurs, l'indication des résultats de ces recherches n'était pas considérée par la plupart des médecins comme un document précieux et nécessaire pour l'histoire d'une maladie, mais, on la regardait, pour ainsi dire, comme un ornement superflu et quelquefois même comme un luxe inutile. En présence de ces faits, on ne pouvait songer à engager les praticiens à se livrer à des recherches de ce genre. Cependant des médecins peu nombreux, animés de l'amour delà science et |,ersuadés que dans quelques cas ils rendraient un

DES URIÎSIiS.

service important à leurs malades, se décidèrent spontanément à marcher dans cette voie.

Heureusement quecet étatde choses a subi, dans ces dernièresannées, une modification profonde. Les applications déplus en plus nombreuses de la chimie à l'industrie et aux arts ont conduit à la découverte de méthodes, qui simplifient et abrègent considérablement les analyses chimiques quantitatives. Ces méthodes et surtout celles dites volumétriques, sont tout à fait convenables pour des recherches médicales, et elles s'adaptent particulièrement à l'analyse quantitative de l'urine. Ces méthodes simplifiées d'analyse quantitative, appliquées au dosage de plusieurs éléments de l'urme, donnent déjà d'excellents résultats, et l'on peut s'attendre à ce que d'ici peu de temps, il en soit ainsi pour les éléments dont le dosage volumétrique n'est pas encore possible; en un mot, la plupart des essais quantitatifs de l'urine, qui, il y a quelques années, étaient encore difficiles, sont uiaintcnant tellement simplifiés qu'ils peuvent être facilement effectués par tout médecin instruit. Le manque de temps ne peut même plus être une excuse pour le médecin qui néglige ces analyses dans les cas où elles sont nécessaires, car on trouve presque partout un chimiste ou un pharmacien qui, pour une modique somuie, se charge de ces opérations, dont l'exécution est maintenant si simple, et si c.'e>t nécessaire, tout inhrmier ou serviteur adroit peut, s'il est attenlif et consciencieux, être en peu de temps familiarisé avec ce genre de travail.

-Mais le fait capital pour le médecin qui veut effectuer ces sortes d'analyses, c'est d'être toujours parfaitement fixé sur le but qu'il désire et peut atteindre. Celui qui n'est pas complètement fixé à ce sujet, fait mieux de s'abstenir complètement de ces recherches, parce que alors elles sont généralement superflues, et que souvent elles peuvent même être nuisibles. L'objet principal que j'ai eu en vue dans la rédaction des paragraphes suivants, c'est, autant que le permet l'état actuel de nos connaissances sur ce point, d'éclairer le médecin sur la marche qu'il doit suivre.

J'ai pensé qu'il était convenable de faire précéder les considérations spéciales relatives à chacun des éléments de l'urine, de certaines règles générales qui conviennent plus ou moins pour ces recherches quantitatives. Ces règles forment le contenu du paragraphe suivant.

Page 1