RÈGLES GÉNÉRALES POUR LES ESSAIS QUANTITATIFS DE L'URINE
\ Autrefois, on se .contentait le plus souvent de soumettre à l'analyse quantitative un volume d'urine tout à fait arbitraire, et l'on était satisfait lorsqu'on avait appris combien 1000 parties du liquide essayé contenaient d urée, d'acide urique, de sel marm, etc. Une analyse de ce genre n'indique rien autre chose que la proportion dans laquelle se trouvent vis-à-vis les uns des autres les différents éléments de l'urine : c'est pourquoi elle offre rarement un grand intérêt pour le médecin. Mais, si l'essai quantitatif est borné à un seul élément, c'est-à-dire s'il apprend seulement combien 1000 parties d'une urine renferment d'urée ou d'acide urique, le résultat obtenu est presque complètement sans valeur. Une analyse quantitative de l'urine ne donne une mesure de l'activité nutritive que lor squ'on connaît, outre la proportion relative de ses différents éléments, le temps dans lequel ceux-ci ont été sécrétés ; de cette façon on n'apprend pas seulement combien 1000 parties d'urine renferment d'urée, d'acide urique, etc., mais' on sait quelle quantité de ces substances a été éliminée en un temps donné, en vingt-quatre heures, en une heure, etc. C'est pourquoi dans toute analyse quantitative de l'urine, il est de première nécessité de déterminer le temps durant lequel le liquide a été émis. Cette détermination est très-facile à exécuter avec des malades consciencieux. On fait recueillir l'urine d'un jour (24 heures), et dans ce cas, il est rarement utile de tenir compte d'un quart d'heure en plus ou en moins; ou bien, on recommande au malade de noter avec soin la quantité émise pendant une période plus courte. Si, par exemple, le malade a uriné à huit heures, mais sans conserver le liquide évacué, et, si à dix heures il a éliminé une nouvelle quantité d'urine, qui a été mesurée et soumise à une analyse quantitative, on sait que la proportion totale de chacun des éléments trouvés par l'analyse se rapporte à une période de deux heures, et l'on peut alors calculer facilement combien il est éliminé d'urée, d'acide urique, de sel marin, etc., dans l'espace d'une beure ou de telle autre période que l'on voudra. La détermination de la quantité de l'urine et du temps, pendant
lequel cette quantité a été éliminée, forme par conséquent la base de toute analyse quantitative de l'urine, et on ne saurait trop recommander au médecin d'apporter le plus grand soin et la plus grande attention à ces déterminations Fondamentales, parce que SI celles-ci sont inexactes, la peine et la dépense exigées pour l'analyse sont complètement perdues. Mais la détermination du volume de l'urine, qui a été émise en un temps donné, est dans beaucoup de cas, cbez les malades surtout, difficile et incertaine : quelquefois, le temps ne peut pas être indiqué exactement, et plus fréquemment encore une certaine quantité d'urine s'écoule avec les fèces ou bien par évacuation involontaire chez les personnes gravement malades ; souvent il s'en perd un peu par la faute des gardes-malades ou bien on en jette en l'absence du médecin. Celui-ci doit connaître et atténuer toutes ces sources d'erreur, et dans les cas où il n'est pas sûr de pouvoir les éviter, il doit renoncer complètement à une analyse quantitative, plutôt que de courir le risque, en s'appuyant sur des bases fausses, d'arriver à des résultats inexacts.
2. Il est en outre très-important que le médecin sache dans quelle limite sont comprises les erreurs auxquelles peuvent donner lieu les différentes méthodes analytiques qu'il emploie, et il ne doit pas négliger de les prendre en considération dans l'interprétation des résultats obtenus. Je donnerai cette limite, autant que le permet l'état actuel de nos connaissances, h propos de chaque substance en particulier, mais je ne crois pas qu'il soit superflu de fournir tout d'abord quelques indications générales relatives à cet objet.
La limite de l'erreur possible d'une méthode analytique, c'està-dire la quantité dont le résultat trouvé peut différer de la vérité, dépend de' deux circonstances : 1" du degré de précision de la méthode elle-même ; 2" de l'habileté et du soin de l'opérateur, de la perfection de ses appareils, de la pureté de ses réactifs, etc. La première circonstance ne peut pas être évitée, mais on peut évaluer assez exactement l'erreur qu'elle est susceptible d occasionner : de la grandeur de celle-ci dépend l'exîlctitude d'une méthode analytique. La deuxième circonstance produit des résultats variables : l'erreur est grande, si l'analyse est mal faite, et très petite, si elle est bien exécutée. On ne peut pas exiger que tout médecin, qui
ESSAIS QUANTITATIFS DE l/URINE. 4)9
fait une analyse quantitative d'urine, soit un chimiste habile; niais il est tout à t'ait nécessaire qu'il connaisse le degré d'exactitude de ses analyses. On peut facilement se former une opinion sur ce sujet, en répétant plusieurs fois le dosage du même élément de l'urine, à l'aide des mêmes réactifs et de la même méthode. L'accord plus ou moins complet, offert par les résultats des différentes analyses, permet de juger et de la précision de la méthode employée et de l'habileté de l'opérateur ; il indique quelle confiance on doit avoir dans les nombres trouvés, et quelle est la \aleurdes conclusions que l'on peut déduire de ceux-ci. Lorsqu'on a ainsi déterminé la grandeur de l'erreur que l'on peut commettre dans une analyse, on peut, dans les cas où une grande exactitude n'est pas nécessaire, se contenter d'une seule analyse. Mais, toutes les fois qu'il importe d'arriver dans un essai quantitatif à des résultats aussi exacts que possible, etlorsqu'en même temps les matières dont on dispose permettent de répéter l'analyse, il est de règle de toujours faire une deuxième analyse pour contrôler la première, et si ces résultats diffèrent beaucoup, de procéder à une troisième, puis de prendre la moyenne des nombres ainsi trouvés.
Souvent il se rencontre des cas où le dosage -exact d'un élément de l'urine n'est aucunement nécessaire au médecin pmticien ; il suffit alors à ce dernier de savoir qu'une urine contient plus ou moins qu'une quantité déterminée d'une certaine substance. Exemples : un homme en bonne santé élimine en vingt-quatre heures par son urine environ 10 ou 13 grammes de sel marin ; au summum de la plupart des maladies aiguës, cette excrétion de chlorure de sodium par les reins est réduite au minimum. Si maintenant par une méthode d'analyse approximative, qui sera décrite plus loin, je trouve que chez un malade il est éliminé par l'urine moins de 1 gramme de sel marinen vingt-quatre heures, cela me suffit pour conclure qu'il s'est produit une diminution très-considérable dans la séparation du sel marin : dans un grand nombre de cas ce renseignement est tout à fait suffisant pour le médecin praticien, car il lui importe peu de savoir si la quantité du sel marin excrété s'élève- à 0«',! , ü''",5 ou0^%8. — Un homme à l'état sain élimine en une heure par son urine environ Oe"",070 ou 0«',100 d'acide sulfurique. Si maintenant par une simple expérience je trouve qu'une personne excrète en une heure plus de
08',400 d'acide sulfuriquc, cela m'est tout à fait suffisant pour conclure que la séparation de l'acide sulfurique par les reins a subi une forte augmentation, et qu'elle est au moins quatre fois plus considérable qu'à l'ordinaire.
Ces déterminations approximatives, qui peuvent être modifiée de diverses manières suivant les besoins, offrent un grand avan tage pour le médecin : en effet, elles peuvent être effectuées en très-peu de temps, en deux ou trois minutes, tandis qu'un dosage exact exigerait peut-être trente ou quarante minutes. Naturellement on ne doit pas en tirer d'autres conclusions que celles qui sont autorisées par le résultat obtenu.
Il résulte des considérations précédentes que dans les analyses quantitatives de l'urine on peut, suivant le but que l'on se propose d'atteindre, procéder d'après des méthodes très-différentes. Un médecin ayant une connaissance parfaite de la question qu'il veut résoudre, peut dans quelques cas, à l'aide d'une anal\se quantitative approximative, dont l'exécution ne demande que deux minutes, obtenir des renseignements, qui pour lui ont plus de valeur que les résultats d'un essai effectué avec le plus grand soin par un chimiste habile ; ce dernier aura peut-être dépensé plusieurs jours pour l'opération, et il pourra aussi se faire que son travail soit sans aucune utilité pour le médecin, parce qu'il se sera occupé d'un point qui pour celui-ci est dépourvu de toute espèce d'intérêt.
5. Que signifie pour le médecin l'augmentation ou la diminution d'un élément de l'urine? La réponse à cette question ne pourra être donnée qu'à propos de l'examen de chaque substance en particulier ; cependant il me semble convenable de faire ici une remarque qui s'adresse à plusieurs éléments à la fois.
Les différents éléments de l'urine peuvent, suivant leur origine être partagés en deux grandes classes.
Ceux qui appartiennent à la première classe sont certainement formés dans le corps, ils sont les produits des opérations de l'organisme ; tels sont l'urée et l'acide urique, qui sont très-rarement pris avec les ingesta. Lorsque l'élimination de ces éléments par l'urine a subi une diminution, cela indique toujours qu'il s'en produit une quantité plus petite qu'à l'ordinaire, ou bien qu'ils se sont accumulés dans l'organisme et qu'ils y sont retenus;
ESSAIS QUANTITATIFS DE L'URINE. 4H dans quelques cas rares il peut aussi arriver qu'ils soient éliminés par une voie anormale, ou bien encore qu'ils aient éprouvé dans le corps une décomposition partielle et une transformation. Au contraire, une augmentation de l'urée et l'acide urique excrétés avec l'urine permet de conclure que ces matières sont produites en grande quantité, ou bien qu'elles étaient accumulées quelque part dans l'organisme et que la provision a été éliminée en une seule fois par l'urine.
Les matières de la deuxième classe, à laquelle appartiennent la plupart des éléments de l'urine, peuvent également être produites datis l'organisme ou bien être formées aux dépens d'autres substances et par suite d'une transformât! on chimique de celles-ci; mais il y en a aussi quelques-unes qui ne font que passer à travers le corps. La quantité de ces matières, qui est éliminée par l'urine, dépend, d'une part, de l'activité de la métamorphose organique, et d'autre part, de la proportion de ces mêmes matières, qui se trouve contenue dans les aliments, les boissons, les médicaments, etc., ingérés. Ainsi, par exemple, l'acide oxalique de l'urine peut, comme il a été indiqué § 103, avoir été formé dans l'organisme aux dépens d'autres substances, mais sa présence peut tout aussi bien être duc à l'ingestion d'aliments renfermant de l'acide oxalique. L'acide sulfurique de l'urine peut provenir de l'oxydation du soufre contenu dans les composés protéiques du corps, ainsi que de l'ingestion d'une eau séléniteuse. Si l'urinecontient plus ou moins de sel marin, cela peut certainemeut tenir à une augmentation ou à une diminution de l'activité des reins, mais cela peut tout aussi bien être dû à ce que la cuisinière a salé plus ou moins fortement les aliments.
Par conséquent, lorsqu'on trouve une augmentation ou une diminution des éléments appartenant à celte classe, on ne doit tirer des conclusions qu'avec beaucoup de prudence, et il ne faut chercher la cause de l'altération observée dans une modification de l'activité de l'organisme ou dans un état pathologique de celui-ci, que lorsqu'on esL certain que l'augmentation ou la diminution du principe en question ne tient pas sinqjlement à ce que ce dernier a été pris avec les aliments, les boissons, etc., en quantité plus grande ou plus petite qu'à l'ordinaire. Mais pour acquérir celte certitude il n'y a qu'un seul moyen, c'est de déter-
miner quantitativement, ou au moins d'évaluer approximativement (fucUe proportion de l'élément dont il s'agit a été introduite dans le corps en un temps donné par les différents ingesta. Mais ces recherches sont trcs-diffîcilcs, et pour cette raison elles n'ont été que très-rarement mises en pratique. Ce sujet est encore plein d'obscurité et les indications qui, jusqu'à présent, ont été fournies par différents observateurs sur l'augmentation ou la diminution de quelques éléments de l'urine dans les maladies ne doivent être admises qu'avec une certaine réserve.
Occupons-nous maintenant des indications que donne l'augmentation ou la diminution de chaque élément de l'urine en particulier.
Th. L. W.Bischoff, Der Harnstoff ah Maas des Stoffwechsels. Glessen, 1853.
Le procédé de dosage de l'urée et les modifications qu'il est nécessaire de lui faire subir dans certains cas ont été déjà décrits complètement dans le paragraphe 62 ; il ne nous reste plus qu'à parler du degré d'exactitude de cette méthode, de la grandeur des erreurs auxquelles elle peut donner lieu et de la signification des résultats obtenus.
Quelques auteurs, Haughlhon par exemple, ont proposé de calculer, au moyen d'une formule et du poids spécifique de l'urine, la richesse en urée de celle-ci; m.iis celte méthode est très-incertaine et elle peut conduire à dos erreurs importantes. (Voy. p. 598.)
I. Les déterminations par la méthode de Lïehig sont suflisamment précises, de telle sorte que des analyses comparatives, faites avec beaucoup de soin avec la même urine, donnent des résultats à peu près identiques, la différence étant de 1 pour 1 00, et même plus petite. Cependant il existe dans ce mode de détermination de l'urée deux sources d'erreurs, qui quelquefois peuvent donner lieu à des inexactitudes très-grandes et qui ne peuvent être complètement neutralisées qu'à l'aide de modifications longues et compliquées du procédé primitif. Ces erreurs sont les suivantes :
i L'erreur duc à la présence du sel marin dans 1 urme. Il on a déjà été question page 200, ainsi que des moyens a employer pou l-évitl; je veux sculcu.ent donner .e, quelques u,d,ca >o„s at ques rcùlives à ce sujet. Dans tous les cas ou ■ .mporte e délerlincr aussi e.acten.enl que possible la r.ehesse de 1 unne en urée, toutes les fois que Terreur ne doit pas dépasser 1 ou 2 pour lOO, il faut, avant de procéder au dosagede uree, precpiter azotate d'argent le chlore contenu dans 1 urine (comme .1
avec
est indiqué page 201). . ' pr „
Lorsqu'il n'est pas nécessaire que la détermination soit effec. tuée avec une exactitude aussi grande, on peut se dispenser de recourir à cette méthode compliquée, qui peut alors être remplacée par l'un des deux moyens suivants :
a On ne tient aucun compte de la présence du sel marin. Dans ce cas, excepte lorsque l'urine ne contient pas du tout de sel marin ou seulement des traces, la quantité de l'urée trouvée est toujours trop grande. L'erreur peut s'élever à 1 0 et même a 20 pour 100; elle sera, par exemple, considérable si l'on compare l'urine riche en sel marin de personnes en bonne santé ou de malades atteints d'affections chroniques, avec celle émise par des sujets qui souffrent de maladies fébriles aiguës et qui éliminent généralement une très petite quantité de chlorure de sodium .
b On fait subir au nombre trouvé pour l'urée la correction relative à la présence du sel marin. (Voy. page 202.) Mais cette correction est toujours approximative, et, en la faisant, on peut commettre une eurcur qui peut s'élever jusqu'à 5 pour 100, et être aussi bien positive que négative.
2. Une deuxième source d'erreur inhérente à la méthode de LiebUf résulte de ce que des substances autres que l'urée peuvent aussi être précipitées, et dans ce cas, le poids de l'urée trouvée est trop considérable. Cette remarque s'applique à Vallanloine et à la Creatinine (voy. page 206), mais elle convient aussi pour d'autres éléments azotés de l'urine qui se rencontrent fréquemment dans les maladies. Kletzinsky * a vu, dans une série d'expériences faites avec soin, qu'une substance azotée pouvait être séparée de la plupart des urines par l'acétate neutre de plomb; cette sub-
- Voy. Klet/.insky, Komparative Versuche über den Werth verschiedener Methoden der Harnstoff bestimmung. lleller's Archiv, 1853, p. '252.
tance n'est point de l'urée, mais elle est précipitée avec cette dernière dans le dosage par la méthode de Liebicj et comptée comme de l'urée dans le calcul de l'analyse. La quantité de ce corps, trouvée ^ar Kletzinsky, s'élevait chez des personnes en honne santé à 4, 5, o, 2, 2 pour 100, et dans l'urine de sujets atteints de maladies elle était heaucoup plus considérahle (elle approcha de 1 2 p. 1 00) . Il résulte de là que, chez les malades notamment, le nombre trouvé pour l uréepeut être trop élevé et, dans plu.sieurs cas, il est probable que l'erreur peut aller jusqu'à 20 pour 100. Fréquemment cette erreur est compensée jusqu'à un certain degré de la manière suivante : dans les maladies aiguës, l'urine est trèspauvre en sel marin et pour cette raison la quantité d'urée qu'on y trouve comparée avec celle de l'urine de personnes en bonne santé est trop petite, si l'on n'a pas fait la correction relative au chlorure de sodium ; mais de telles compensations ne suffisent que pour des recherches très-superficielles et elles ne peuvent pas être admises lorsqu'il est nécessaire d'être exact.
Si l'on veut éviter cette erreur, on doit procéder comme il suit : l'urine à essayer préàlahl.ement acidifiée avec quelques gouttes d'acide acétique, on ajoute de l'acétate neutre de plomb jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité, puis on précipite par l'hydrogène sulfuré le plomb qui peut se trouver en excès, et maintenant on dose l'urée par la méthode de Liebig.
II. Quelles indications fournit une augmentation ou une diminution dans la quantité de l'urée sécrétée par Iqs reins?
Pour répondre à cette question, il faut évidemment savoir à combien s'élève la proportion de l'urée éliminée par les personnes en bonné santé et placées dans des conditions normales. De nombreuses recherches effectuées par différents observateurs ont montré qu'un homme adulte, à l'état sain et qui fait usage d'une bonne nourriture, élimine en moyenne par son urine :
En 24 heures, de 25 à 40 grammes d'urée. En 1 heure de 1 à lf,66 —
11 résulte de là que la quantité moyenne d'urée fournie par uri poids du corps égal à 1 kilogramme, est :
Pour 24 heures, de 0«%57 à 0«',fiO Pour 1 heure, de 0»',015 à 0«',055
Chez les femmes la quantité absolue est un peu plus petite, et il en est naturellement de même chez les. t'»/flnis. Au contraire, la quantité relative de l'urée sécrétée paraît être chez ces derniers, par rapport au poids du corps, plus (jrande que chez' l'adulte. D'après les recherches de Uhle (Wiener medic. Woçhenschr., 1859. 7-9)., un entant élimine en vingt-quatre heures, par chaque kilogramme de son poids, les quantités suivantes d'urée :
De 5 à 6 ans, environ, 1 gramme.
De 8 à H — — O^sS
De 13 à 16 — — de 0"A yO",Q
Ces moyennes normales sont naturellement un peu modifiées par la constitution du corps, le mode d'alimentation, le degré d'activité de la métamorphose organique, et les variations observées se rencontrent aussi bien chez des personnes différentes que chez le même individu considéré à des époques différentes. En outre, ces nombres ne comprennent pas les maxima et les minima qui se produisent dans certains cas chez des personnes en parfaite santé.
La nature des aliments exerce une influence très-grande sur la sécrétion de l'urée. Avec une nourriture animale on élimine plus d'urée qu'avec une nourriture mixte, et plus avec celle-ci qu'avec une nourriture végétale, et c'est pendant l'abstinence complète qu'on en élimine le moins.
Les observations de 0. F. Franque [Beiträge zur Kenntniss der Harnstoffaiisscheidung beim Menschen. Dissertation inaugurale, AVurtzbourg, 1855) donnent une idée très-nette des résultats que peuvent produire ces diverses influences. Il éliminait en vingtquatre heures :
Avec une nourriture animale pure, de 51 à 92 grammes d'urée.
— — mixte. de 36 à 38 — —
— végétale, de 24 a 28 — —
— — non azotée, 16 grammes —
Les indications que l'urée peut fournir au physiologiste et au médecin sont basées sur le fait suivant : la quantité d'urée produite constitue une mesure approximative pour l'activité de la métamorphose des substances protéiqucs. Il résulte do là qu il n'est pas possible de se faire une idée de la métamorphose totale ; mais
cet inconvénient se trouve en partie compense, parce que la métamorphose des composés protéiques forme une partie très-importante de la nutrition générale.
En général, tout ce qui donne à la métamorphose des corps protéiques une activité plus grande augmente la production de l'urée et vice versa; c'est pour cette raison qu'il se forme plus d'urée pendant le jour que pendant la nuit ; la quantité de l'urée devient plus considérable lorsqu'on fait usage d'une nourriture animale abondante ; elle devient plus petite avec une nourriture végétale; elle augmente on diminue avec l'activité du corps et de l'esprit. Par conséquent, la quantité de l'urée peut, chez l'homme en parfaite santé, être aussi bien augmentée que diminuée par les mfluences les plus diverses, dont l'énumération nous conduirait trop loin.
Mais, la quantité de l'urée éliminée avec l'urine en un temps déterminé, ne dépend pas seulement de la proportion d'urée produite ; car Y urée formée dans le corps peut être complètement excrétée, ou bien être partiellement retenue dans le sang et dans les autres fluides. C'est ce qui fait que la quantité de l'urée s'élève momentanément en même temps que la sécrétion de l'urine augmente et qu'elle devient moindre lorsque celle-ci diminue.
Chez les malades, la quantité de l'urée excrétée dépend de circonstances tout à fait semblables.
Une augmentation qui persiste pendant un long temps indique toujours un accroissement d'activité dans la métamorphose des éléments azotés. Mais une augmentation momentanée peut tenir à ce que la sécrétion de l'urine, par laquelle l'urée accumulée dans le corps est promptement éliminée, est devenue plus abondcintc, et elle n'indique pas nécessairement une production d'urée plus grande.
Une diminution de la quantité d'urée peut dépendre :
a. D'une diminution d'activité dans la métamorphose des substances protéiques;
b. De la rétention dans le corps de l'urée formée (dans l'urémie et les hydropisies).
Dans toutes les maladies aiguës fébriles (pneumonie, fièvre typhoïde, etc.), la sécrétion de l'urée suit la marche suivante :
Au commencement, jusqu'à ce que la fièvre soit arrivée à son summum, malgré la diète et la diminution de l'urine, la quantité d'urée subit généralement une augmentation qui est quelquefois très-considérable ; elle peut s'élever à 50, 60 et même 80 grammes en vingt-quatre heures.
Plus tard, lorsque, avec la rémission de la fièvre, l'activité anormale de la 'métamorphose organique s'est amoindrie, et pendant que le malade ne prend que très-peu d'aliments, la quantité de l'urée descend au-dessous de la normale, pour y revenir graduellement dans la convalescence.
Cette marche ordiuaire.est naturellement diversement modifiée par les idiosyncrasies.
Dans les fièvres intermittentes, la séparation de l'urée devient notablement plus grande pendant les accès. Cette augmentation commence avant l'apparition de la période de froid, — fait qui offre une certaine importance pour la théorie de la fièvre.
Dans la plupart des affections chroniques, où la métamorphose organique est moins active qu'à l'ordinaire, ainsi que dans celles où les malades prennent une nourriture peu abondante, la quantité de l'urée descend au-dessous de la normale, mais elle devient plus grande pendant les exacerbations intercurrentes, la fièvre hectique, etc.
Elle devient minima, lorsque l'affaiblissement de la métamorphose organique coïncide avec une diminution de l'activité des reins. C'est pour cela que souvent elle devient très-petite (5 ou 6 grammes par jour) vers la fin de plusieurs maladies mortelles.
Dans les hydropisies, elle éprouve fréquemment une diminution considérable, parce que une partie de l'urée produite se dissout dans les fluides épanchés et est avec ceux-ci retenue dans le corps. Mais lorsque, dans ces maladies, il s^e produit une abondante sécrétion d'urine, par suite d'une augmentation de la sécrétion urinaire arrivée spontanément ou provoquée par des diurétiques, la séparation de l'urée devient quelquefois notablement plus grande, et, dans ce cas, il est éliminé une quantité d'urée beaucoup plus considérable que celle qui correspond à la production normale ; l'excès de l'excrétion sur la production tient à ce qu'une certaine quantité d'urée était accumulée dans le corps.
Si, pendant un long temps, il est évacué par l'urine une quantité
d'urée beaucoup plus petite que celle qui correspond à la production normale, on a des raisons pour craindre que l'urée en s'accuinulant dans le sang ne donne naissance à l'urémie.
Une urine qui renferme une grande quantité de carbonate d'ammoniaque provenant de la décomposition de l'urée contient naturellement proportionnellement moins de cette dernière, de telle sorte que, dans une urine fortement ammoniacale, la richesse en urée n'est plus une mesure certaine de la production de cette substance. (Voyez page 205 le procédé que l'on doit suivre en pareil cas pour le dosage de l'urée.)
Les exemples suivants serviront à faire comprendre et à confirmer les faits indiqués précédemment :
A . Expériences sur des personnes en bonne santé.
Un grand nombre de déterminations d'urée faites d'après la méthode de Liebig, sans effectuer la correction relative au sel marin, ont donné les résultats suivants pour des hommes robustes, en bonne santé et se nourrissant bien :
La quantité moyenne d'urée éliminée par heure fut :