Sédiments organisés
§ 45. MUCUS ET ÉPITIIÉLIUM.
Le mucus animal est, comme on le sait , le produit de la sécrétion des membranes muqueuses, et il contient en suspension les différentes formes des cellules épitliéliales qui se sont séparées de la surface de ces membranes. Toute urine renferme du nmcus, qui provient de la muqueuse interne des voies urinaires et de la vessie, et, qui par le repos, se sépare très-promptement, sous forme de flocons transparents et semblables à des nuages. Si l'on filtre une urine de ce genre, le plus souvent le mucus reste sur le fdtre sous forme de masses transparentes et incolores, ensuite il se res. serre en se desséchant et forme un enduit brillant analogue à un vernis.
L'élément caractéristique du mucus est la mucine, qui est un dérivé des corps protéiqucs ; dissoute même en petite quantité dans un liquide, elle rend celui-ci visqueux et filant. Une dissolution de mucine n'est pas coagulée par TébuUition (ce qui la distingue de l'albumine), mais elle l'est lorsqu'on y ajoute de l'alcool, qui précipite la mucine sous forme d'un coa^ulum fibreux. L'acide acétique ainsi qu'une solution d'alun précipitent la mucine en flocons denses ; la masse filamenteuse produite par l'acide acétique a une certaine analogie avec la fibrine du sang coagulé. — Les acides minéraux, précipitent également une solution de mucine ; cependant les précipités formés sont facilement solubles dans un léger excès des acides. La mucine se distingue de la pyine , qui se rencontre dans le pus, surtout parce qu'elle n'est pas précipitée par une solution de subhmé, ainsi que' par une solution d'acétate neutre de plomb , mais bien par le sous-acélale de la même base.
Dans le sédiment muqucux de l'urine normale, on trouve au microscope, à coté des cellules épithéliales, nettement granuleuses, aux formes variées et provenant des voies urinaires, etc., quelques corpuscules de mucus ; ceux-ci se présentent sous forme de cellules rondes, contenant un ou plusieurs noyaux et extrêmement granuleuses ; elles ne possèdent aucun signe caractéristique susceptible de les faire distinguer des cellules incolores du sang, des
SÉDIMENTS UE L'UIUINE. 145 corpuscules de la l^^mphc, du chyle et du pus (pl. I, fig. 4, 5 et 6; pl. II, fig. l^SetS;?!.]!!, fig. 5)-
Lorsque la sécrétion du mucus augmente par suite d'un état patholocrique, le nuage muqueux décrit plus haut pour l'urine normale, devient souvent extrêmement volumineux et l'on y trouve des cellules épithélialcs bien formées et des flocons de mucus. — Si le sédiment muqueux, qui se dépose par le repos, ne contient pas de pus, mais seulement du mucus, l'urine filtrée est dépourvue d'albumine, tandis que, lors de la présence simultanée du pus, l'urine contient toujours des quantités d'albumine qui sont en rapport avec la proportion du sérum du pus. (Voy. § 47, B.)
Les corpuscules de mucus que l'urèthre produit dans la gonorrhée se distinguent habituellement de ceux de la vessie , etc., parleur grandeur, par leur transparence et leur apparence peu granuleuse. Dans les maladies de la prostate, on rencontre les corpuscules cytoïd es de cette glande, et souvent on observe (quelquefois aussi après la gonorrhée) de longs cylindres de mucus , qui , au microscope, paraissent composés de corpuscules muqueux serrés étroitement les uns contre les autres.
L'urine normale ne contient jamais que des traces de mucine en dissolution. D'après Beissner \ il se produit une augmentation dans la proportion de cette substance, dans différents états fébriles ; c'est ce qui a lieu dans la pneumonie, la pleurésie, le typhus, la fièvre intermittente, les catarrhes des voies respiratoires et de l'intestin, la méningite, la manie aiguë et dans les attaques épileptiques avec excitation du système vasculaire, etc. Souvent la mucine apparaissait seulement avec le commencement de la fièvre ; quelques jours plus tard elle était accompagné par de l'albumine, qui, au bout d'un temps plus ou moins long, disparaissait de nouveau, tandis que la mucine persistait encore quelques jours. Rarement on observa des cas où l'urine, étant dépourvue d'albumine, présenta pendant longtemps des quantités abondantes de mucine. Le plus ordinairement, le microscope montrait un grand nombre de cellules cpithéliales d'espèces très-différentes. Souvent on trouvait des concrétions muqueuses très-abondantes, mais quelquefois elles n'étaient qu'en petite quantité. Fréquemment les cellules de mucus et de pus faisaient complètement défaut. — Pour découvrir la mucine dissoute, on se sert surtout de l'acide acétique, qui,
' Archiv für patli. Anal., l. XXIV, ii. 191.
dans toute urine contenant de la mucinc, produit un trouble uniforme, ne disparaissant pas par l'addition d'un excès d'acide. Ce n'est que rarement qu'un précipité floconneux se forme après un long repos ; mais si, avant l'addition d'e l'acide acétique, l'urine avait été étendue de plusieurs fois son volume d'eau, on voit apparaître, au bout de quelques heures, si la quantité de la mucine n'est pas trop petite, des flocons assez gros, qui, au microscope, se présentent sous l'aspect de masses assez finement granuleuses, renfermant quelques cristaux d'acide urique. L'acide tartrique agit comme l'acide acétique. Il n'y a que les acides minéraux trèsétendus, qui, ajoutés goutte à goutte à l'urine, donnent un précipité, lequel est soluble dans le plus petit excès d'acide. De même quelques gouttes d'acide chlorhydrique détruisent le trouble occasionné par l'acide acétique et instantanément et complètement, si la deuxième opération suit immédiatement la première.
Dans certains états fébriles intenses, beaucoup d'urines donnent aussi avec l'acide acétique un trouble qui ne disparaît pas dans un excès de réactif, mais que la chaleur détruit et qui ne se produit pas, dès que l'urine, avant l'addition de l'acide, a été suffisamment étendue avec de l'eau. Ce trouble, qui est probablement causé par des urates, est par conséquent facile à distinguer d'un précipité de mucine.
Au commencement de la fermentation acide, la mucine dissoute est, probablement par les acides formés, souvent précipitée à l'état d'un coagulum muqueux, qui se présente sous forme de rubans tordus plus ou moins larges, disposés par rangs et constitués par des granules et des points extrêmement fins. Ce coagulum muqueux (pl. II, fig. 2) accompagne très-fréquemment les sédiments d'urates ; il a quelquefois une certaine analogie avec les cylindres urinaires granulés (pl. I, fig. 6), et, pour cette raison, il peut donner lieu à des erreurs. Cependant avec un peu d'habitude, on peut facilement et sûrement les distinguer l'un de l'autre.