DOSAGE DE LA CRÉATINIISE
A. Principe. — La créatinine donne, comme on le sait, avec le chlorure de zinc, une combinaison de chlorure de zinc et de créatinine (C^irAz'O'-, ZnCl), assez soluble dans l'eau bouillante, trèsdifficilement solublcdans l'esprit devin froid et concentré, et qui,
DÉTERMINATION DE CHAQUE CORPS. 2o7 d'après mes propres expériences, convient parfaitement ponr déterminer par les pesées cet élément extrêmement important del'urine ; iOO parties de chlorure de zinc et de créatinine représentent 02,44 parties de créatinine.
1 partie de chlorure de zinc et de créatinine exige pour se dissoudre 921 7 parties d'alcool à 98 p. 100, et 5743 parties du môme liquide à 87 p. 100.
B. Préparation de la solution de chlorure de zinc — On dissout dans de Tacide chlorhydrique pur de l'oxyde de zinc chimiquement pur ou du carbonate de zinc et Ion évapore la solution au bain-marie à consistance de sirop très-épais, jusqu'à ce que tout l'acide libre soit expulsé. On dissout le résidu refroidi dans de l'esprit de vin assez concentré et l'on étend la dissolution de manière à ce qu'elle ait un poids spécifique de 1,20.
C. AppHcalion. — On mélange avec un lait de chaux, jusqu'à réaction alcaline, 200 ou 300 c. c. de l'urine émise en vingt-quatre heures, mêlée et mesurée avec soin, puis on ajoute une solution étendue de chlorure de calcium tant qu'il se forme un précipité. Au bout d'une ou deux heures on filtre, puis, au bain-marie, on évapore aussi rapidement que possible à sirop très-épais le liquide filtré et l'eau de lavage, et l'on mélange le résidu, encore chaud, avec 40 ou 50 c. c. d'esprit de vin à 95 p. 100. On introduit la masse bien mélangée dans un petit gobelet de verre ; on lave la capsule avec un peu d'esprit de vin, et l'on abandonne à la cave pendant six ou huit heures, afin que tout ce qui est susceptible de se précipiter puisse se déposer complètement. Ensuite on filtre le liquide sur un filtre aussi petit que possible ; on porte ensuite le précipité sur le filtre et on le lave ; lorsque le liquide s'est complètement écoulé, on lave avec un peu d'esprit de vin. Si tout le liquide filtré occupe un volume beaucoup au-dessus de 60 c. c., on le laisse se réduire sur une plaque de fer chaude à 50 ou 60 c. c. Après refroidissement complet, on ajoute 1/2 c. c, de la solution alcoolique de chlorure de zinc ; on agite fortement pendant longtemps, ce qui favorise beaucoup la séparation, et, après avoir recouvert le vase avecune plaque de verre, on l'abandonne pendant deux ou trois jours à la cave. Au bout de ce temps, on porte la cristallisation sur un filtre desséché et pesé entre deux verres de montre (fig. 29), et pour la faire tomber sur le filtre, on se sert toujours du liquide filtré obteim en premier lieu. Lorsque tout le chlorure
de zinc et de Creatinine a été rasseml)lé sur le (litre et que l'eaunière s'est écoulée complètement, on lave avec un peu d'esprit de vin, jusqu'à ce que celui-ci s'écoule incolore et ne réagisse plus sur le chlore. — Le lavage doit être bienfait, mais il ne faut pas le prolonger inutUement. — On dessèche à 100" le fdtre contenant le chlorure de zinc et de créatinine, et on le pèse entre les deux verres de montre. 100 parties de ce précipité représentent 62,44 de créatinine. — Le chlorure de zinc et de créatinine ainsi obtenu se présente sous forme d'une poudre faiblement colorée en jaunâtre, et qui, ainsi que le montre le microscope, consiste en globules jaunâtres transparents, à contours bien limités et de différentes grosseurs. — D'après mes déterminations, ce produit contient environ 94 p. 100 de chlorure de zinc et de créatinine pur; seulement comme, à cause de la solubilité de ce corps, la précipitation n'est jamais absolument complèle, on peut sans crainte le considérer comme pur, et compter, pour 100 partiesdece corps, 62,44 parties de créatinine ; alors les deux erreurs se compensent suffisamment. Mais l'extrait alcoolique du résidu de l'urine doit, comme il a été dit, être toujours abandonné pendant plusieurs heures, avant de procéder à la hltration et à la précipitation delà créatinine, ahn que tout ce qui est susceptible de se précipiter, notamment le sel marin, ait eu le temps de se réparer ; si, effectivement, on ne procède pas ainsi, il arrive fréquemment que des cubes de sel marin se trouvent mélangés avec le chlorure de zinc et de créatinine, et rendent la détermination tout à fait fausse. C'est pourquoi je conseille de soumettre à l'examen microscopique le chlorure de zinc et de créatinine pesé, puis humecté avec de l'alcool absolu ; il devra se présenter avec les formes décrites § 3, C, 1 , et être absolument exempt de cubes de sel marin.
La méthode donne des résultats satisfaisants. Avec de la créatinine pure, on a trouvé 99 et 99,2 p. 100 au lieu de 100. {Documents analytiques.)
§ 71. DOSAGE DE L'ALBUMIiNE.
A. Par la méthode des pesées.
1. La détermination quantitative de l'albutnine repose, cominc
DETERMINATION DE CHAQUE CORPS. 259 sa recherche qualitative, sur la coagulatiou qu'elle subit par l'actiou de la chaleur, et ilf;uit, pour que cette coagulation soit complète, l'observation la plus stricte des précautions déjà indiquées §21.'
Dans un gobelet de verre, on introduit avec une pipette, suivant que la richesse de l'urine en albumine est plus ou moins grande, 20, 50 ou 100 c. c. du liquide préalablement filtré, de telle sorte qu'on n'a pas affaire à plus de 0°",2 ou O^^o d'albumine coagulée, ce qui facilite extrêmement l'opération du dosage. Avec des urines concentrées, il est en outre très-convertable d'étendre avant la coagulation les centimètres cubes mesurés. Si l'on n'a mesuré que 20 c. c. d'une urine fortement albumineuse, on les étend avec 80 c. c. d'eau ; si l'on a pris 5^0 c. c. d'urine, on ajoute 50 c. c. d'eau, etc. Si, au contraire, la quantité d'albumine est si petite que 100 c, c. d'urine n'en renferment pas plus de 0^'",2 à 0^'.5, il est inutile d'étendre le liquide. On chauffe ensuite le gobelet de verre au bain-marie pendant une demi-heure; s'il n'y a pas une quantité suffisante d'acide libre, si la coagulation n'a pas lieu en gros flocons et si le liquide qui surnage ne s'éclaircit pas complètement, on y projette, au moyen d'une baguette de verre plongée dans l'acide acétique, une ou deux gouttes de cet acide et l'on continue de chauffer, ce qui ne tarde pas à produire de gros flocons d'albumine et la clarification du liquide. — Comme on le sait, il faut éviter tout excès d'acide acétique, parce que, si l'on a ajouté trop d'acide, une partie de l'albumine s'y redissout et la détermination est entachée d'erreur. Mais, d'un autre côté, l'urine ne doit, en aucune circonstance, avoir une réaction acide, parce que, dans une urine de ce genre, il se forme toujours un albumiuate alcalin soluble, qui ne se coagule pas du tout par l'ébullition.
On peut encore mélanger l'urine avec de l'acide acétique avant de la chauffer, mais alors il faut prendre encore plus de précautions, parce que, si l'on a ajouté trop d'acide, il ne se forme plus de coagulum par l'ébullition. Si l'urine est acide, l'addition de l'acide acétique n'est pas précisément nécessaire, mais, dans tous les cas, la coagulation complète et en gros flocons est beaucoup favorisée par cet acide.
Lorsque, en tenant compte des j)récaulions indiquées, on a
opéré la coagulation d'une manièro complote et en flocons épais, et lorsque le liquide surnageant s'est bien éclairci, on procède à la lîltration.
Sur un (litre à plis, desséché, pesé, puis humecte avec de l'eau, on verse d'abord le liquide qui surnage le coagulum ; si la quantité d'albumine n'est pas trop grande, si l'urine est suffisamment étendue et si la coagulation est complète, le liquide s'écoule rapidement et parfaitement limpide ; enfin on met aussi sur le filtre la plus grande partie du coagulum. Lorsque tout le liquide s'est écoulé, avec la fiole à jet contenant de l'eau bouillante on pousse l'albumine vers la pointe du filtre, ce que l'on peut faire avec facilité. Maintenant on lave- le gobelet de verre avec de l'eau bouillante ; avec une plume on détache les dernières particules d'albumines, et l'on finit par rassembler ainsi tout le coagulum sur le ^dtre, qu'on lave encore avec de l'eau bouillante, jusqu'à ce que quelques gouttes du liquide filtré ne réagissent plus sur l'argent ou bien ne laissent plus de résidu, lorsqu'on les évapore sur une lame de platine. Si l'on exécute les opérations dans l'ordre qui vient d'être indiqué, la filtration, qui sans cela serait souvent trèslente, se fait d'une manière extrêmement rapide et facile.
Maintenant on enlève avec précaution le filtre de l'entonnoir, on le place sur l'un des deux verres de montre (fig. 29) et on le dessèche au bain marie à 100", jusqu'à ce que, après l'avoir laissé refroidir dans l'exsiccateur, il ne perde plus de poids. Il faut faire cette opération avec beaucoup de soin, parce que l'albumine , notamment si la quantité qui se trouve sur le filtre est trop grande, se prend le plus souvent en une masse cornée et en même temps se recouvre d'une croûte sèche, tandis qu'il y a encore dans l'intérieur de la masse de l'humidité qui ne peut être expulsée que par une longue dessiccation à 100° (six ou huit heures). La dessiccation ne doit, par conséquent, être regardée comme terminée que lorsqu'il y a concordance entre deux pesées dans l'nitervalle desquelles le filtre a été exposé quelque temps à la température indiquée. Après avoir retranché le poids des verres de montre et du filire de celui obtenu en dernier lieu, on arrive à connaître combien il y avait d'albumine dans la quantité d'urine essayée, et on peut alors calculer la proportion de cette substance pour le volume total de l'urine.
Le dosage de l'albumine exécute de cette manière est sujet à deux sortes d'erreur : en premier lieu, l'albumine, en se coagulant, entraîne avec elle un peu de matière colorante qui ne peut pas être éliminée, même par un long lavage à l'eau bouillante. C'est ce qui fait que l'albumine desséchée est généralement jaune et même brune. Cette source d'erreur est cependant très-peu importante, et on peut, sans crainte, ne pas la prendre en considération. Souvent aussi des phosphates terreux se séparent en même temps que l'albumine, et ces substances ont naturellement pour conséquence d'augmenter la quantité réelle de l'albumine. C'est pourquoi, lorsqu'il s'agit de déterminations tout à fait précises, il faut brûler avec le filtre, dans un creuset de platine dont on connaît le poids, l'albumine desséchée et pesée, puis chauffer au rouge jusqu'à ce que tout le charbon soit détruit, ce qu'il est facile de faire en peu de temps en tenant le creuset incliné. L'augmentation de poids du creuset, moins le poids de la cendre du filtre que l'on connaît, donne la richesse de l'albumine pesée en substances minérales, richesse qui doit être retranchée de la quantité d'albumine trouvée en premier lieu. — Dans la plupart des cas, il n'est pas nécessaire d'avoir recours à cette modification du procédé ; je me suis souvent assuré que la quantité de l'albumine coagulée dans une urine acide suffisamment étendue est' extrêmement petite et que, par conséquent, elle n'exerce qu'une faible influence sur le résultat.
20 c. c. d'une urine très-riche en albumine furent étendus avec 80 c. c. d'eau, puis coagulés au bain-marie dans un gobelet de verre; le coagulum fut rassemblé sur un filtre à plis, lavé avec soin et desséché à 100°, jusqu'à ce que son poids restât invariable.
L'albumine pesait 0^S5573, ce qui représentait pour l'urine émise en vingtquatre heures (1050 ce.) 18,76 grammes d'albumine. Après la combustion et la soustraction de la cendre du fdtre il resta 0«%0013 pour la cendre de l'albumine. Déduction faite de cette dernière quantité, il resta, pour la proportion d'albumine éliminée en vingt-quatre heures IS'^OO au lieu des 18«',76
trouvés en premier lieu.
2. Le procédé qui vient d'être décrit est généralement bon, mais il exige, pour donner des résultats exacts, des conditions qui ne peuvent pas toujours être réalisées. Le plus souvent le lavage est difficile, très-lent, incomplet, et le précipité sec ne correspond pas toujours avec une exactitude suffisante à la quantité réelle d'albu-
34^î DES URINES.
niine, — Ce sont cos considérations qui ont déterminé M. Méhu ' à rechercher un autre agent pour h précipitation de l'albumine, et, après de nombreux essais pratiqués sur des poids connus d'albumine de l'œuf ou du sérum, il s'est convaincu que l'on pouvait doser très-rapidement l'albumine au moyen de la liqueur suivante :
Acide pliénique ^ . , 1 partie.
Acide acétique du commerce 1 partie.
Alcool à 86° 2 parties.
On prend 100 grammes de l'urine à essayer, on y ajoute suC' cessivement 2 c. c. d'acide azotique ordinaire et 10 c. c. delà solution phénique précédente ; on agite bien la liqueur après chaque addition et 1 on jette le précipité sur un petit filtre de papier blanc bien sec et pesé à l'avance. Le liquide s'écoule rapidement; quand il s'est écoulé tout entier, on lave avec de l'eau contenant 'J/2 p. 100 d'acide phénique, enfin avec de l'eau légèrement alcoolisée. On dessèche le filtre à 110°, et, comme le résidu sec est trèshygrométrique, on le pèse entre les deux verres de montre (fig. 29) après l'avoir laissé refroidir dans l'exsiccateur (fig. 13). En retranchant du poids de ce filtre le poids du filtre vide et sec, on aura le poids de l'albumine. — En opérant exactement comme il vient d'être dit, la filtration est si rapide que c'est à peine s'il se précipite quelque traces d'acide urique : on retrouve celui-ci dans les eaux de lavage où il cristallise.
Si Ton prend une solulion filtrée de blanc d'œuf donnant 1 gramme de résidu desséché à 1 10°, et que Ion ajoute cette dose à 100 grammes d'urine non albumineuse et bien limpide, on obtient par la méthode précédente 0^',92 à f^',!.l7, en moyenne 0^',9.ï. Avec le sérum du sang, avec 1rs liquides albumineux pathologiques des diverses cavités séreuses de l'économie, on obtient des cliiffres qui varient dans les mêmes limites, il faut opérer avec beaucoup de soin pour avoir des résultats exacts, h cause surtout de la dessiccation et de l'hygrométricitô du précipité. Si le liquide qui s'écoule du filtre est trouble, il ne faut pas conclure que l'albumine soit entraînée, car, en ajoutant un peu d'eau, surtout de l'eau alcoolisée, on rend à ce liquide toute sa transparence, parce que l'on redissout l'acide phénique. Dans tous les cas, les eaux de lavage ne doivent plus être réellement précipilables par la solution phénique, sans quoi on n'aurait employé qu'une quantité insuffisante de réactif, ce qui est fort rare. L'addition à l'urine de 60 grammes par litre de sucre de diabète, de suUale de magnésie, d'iodure de potassium, d'azotate' de potasse, de chlorure de sodium, ne change
» Journal de Pharm, et de Chimie, fcvricr 18C9, p. 95.
UÉrEIiMLVATIÛN DE CHAQUE CORPS. 243
rien aux réjultats. Le carlioiiate d'aininoiiiafiiio n'cinpcchc pas non pins la précipitation, niais le précipité a lout l'aspect de la crème dn lail'.] L. (J.
B. Par la polarisalion circulaire.
Si la richesse de l'urine en albumine n'est pas trop faible, si le liquide lui-mômc n'a pas une couleur trop foncée et s'il peut être complètement clarilic par (iltration, le dosage de l'albumine réussit cgaloment avec le polarimètre de Soleil et Venlzke. Dans ce but, on procède exactement comme il est indiqué (§ 66, 2) au sujet du dosage du sucre. Si la couleur et la transparence de l'urine permettent l'emploi d'un tube de 200 millimètres de long, on remplit avec soin un tube ayant cette dimension ; on le place dans l'appareil, et, en tournant le compensateur, on fait en sorte que les deux moitiés delà double plaque aient une coloration exactement semblable. Le point o du vernier se trouve maintenant sur le côté gauche du zéro de l'échelle, et avecun lubede 200 millimètres de long, chaque division correspond à 1 gramme d'albumine par 100 c. c. d'urine. Mais si l'on s'est servi d'un tube n'ayant que 100 millimètres de long, il faut, pour trouver la proportion d'albumine contenue dans 100 c. c. d'urine, multiplier par 2 les degrés lus sur l'échelle et le vernier. Si l'urine ne peut pas être obtenue suffisamment claire par Filtration , il est souvent possible de détruire le trouble avec une goutte d'acide acétique, ou avec (juelques gouttes de carbonate de soude, ou bien d'un lait de chaux," et cela sans que le pouvoir rotatoire de l'albumine soit modifié. Alors, après la fiitration, l'urine est généralement suflisarament claire pour être examinée au polarimètre, mais quelquefois aussi on ne réussit pas à la clarifier. [Hnppe-Seyler.)