La couleur normale de l'urine est un jaune plus ou moins
mélangé de rougo; ce liquide peut être presque incolore (comme l'eau), jaune, rouge ou rouge brun.
Ces différentes nuances de l'urine normale peuvent être distribuées en les groupes suivants : .
Urines pâles — depuis l'incolore jusqu'au jaune paille ^ ;
Urines avec coloration normale — depuis le jaune d'or jusqu'au jaune d'ambre ^ ;
\]nnes ä couleurs éclatantes — depuis lejaune rouge jusqu'au rouge ^;
Urines foncées — avec une légère teinte brunâtre, depuis la couleur bière foncée jusqu'au noirâtre*.
Une urine pâle contient peu de matière colorante, peu d'urée et généralement aussi une faible quantité d'éléments solides (excepté dans le diabète sucré). Elle est rarement fortement acide, mais elle est souvent neutre ou alcaline. On l'observe chez des personnes tout à fait bien portantes, après • des libations abondantes (wrma jt>oftts), chez des malades atteints d'affections chroniques (chez les anémi ques, les chlorotiques, les diabétiques) et souvent aussi chez les convalescents, à la suite de maladies aiguës graves. L'existence d'une urine pâle indique au médecin, avec une certitude presque absolue, que le malade qui Va émise nest atteint d'aucune affection fébrile aigiie, et si l'urine reste pendant longtemps très-pâle, on peut toujours conclure à un certain degré d'anémie (oligocythémie).
Une urine avec coloration normale ne peut donner lieu qu'à cette conclusion négative: qu'il n'existe aucune maladie qui, par sa nature, soit en connexion avec une urine très-pâle, ou au contraire trèscolorée.
Les urines à couleurs éclatantes sont en général concentrées, riches en éléments solides (de là leur poids spécifique élevé), riches en urée et le plus souvent fortement acides. On les rencontre dans les cas où l'élimination de l'eau par les reins est diminuée, tandis que la séparation des autres éléments de l'urine est normale ou même augmentée. C'est pourquoi on les trouve chez des personnes tout à fait en bonne santé, à la suite de repas copieux (urina chyli), ou bien lorsque ces persomies, en se donnant beaucoup de mouvement, suent beaucoup et boivent peu. Elles se rencontrent dans presque toutes les maladies fébriles, elles sont pour cela un signe important pour le médecin. Dans les fièvres hectiques notamment, elles fournissent fréquemment des renseignements plus certains que le pouls et la
' Pl. IV, fig. 1 et 2.
^ Pl. IV, fig. 2 et 4.
= Pl. IV, fig. 5 et 6.
* Pl. IV, fig. 7 à 9.
COULEUR DE L'UIUNE.
température pour juger de l'intensité d'une augmentation lebrile de la métamorphose de la matière.
Les urines foncées indiquent en général qu'à l'urine se trouve mélangé un pigment anormal, dont la détermination et l'interprétation de la valeur exigent une investigation plus précise.
On a quelquefois le désir de déterminer la couleur d'une urio(i avec une exactitude encore plus grande que celle à laquelle on peut atteindre en se basant sur les groupes généraux établis précédemment. On procède alors d'après le § 61, d'après Vogel ou Arm. Gautier, et pour les conclusions à tirer on met à profit les indications fournies dans le § 122.
Heller a encore indiqué une autre méthode pour déterminer approximativement la quantité du pigment ordinaire de l'urine nommé par lui urophéine (voyez Ziegler, die Uroscopie am Krankenbette, p. 24. Erlangen 1861). Dans un gobelet de verre on. verse mi peu d'acide sulfurique anglais concentré et l'on ajout ^ une quantité à peu près double de l'urine à essayer. Pendant que l'on mélange rapidement les deux liquides, ils prennent avec une intensité plus ou moins grande une couleur variant du brun foncé ou au noir de thé. D'après l'intensité de la coloration, ou peut juger de la richesse de l'urine en urophéine. Ziegler avance que c'est avec l'urine des malades atteints d'affections chroniques du ioie, notamment de la cirrhose, que l'on obtient à l'aide de cette méthode d'essai la coloration la plus intense, et il a recours à ce procédé pour établir le diagnostic de cette maladie.
[Pour découvrir et déterminer approximativement les principes colorants de l'urine au lit du malade, Giibler^ emploie le procédé suivant : sur les parois d'un grand verre à pied rempli d'urine aux trois quarts de sa hauteur, on laisse couler lentement assez d'acide azotique nitreux pour que le mélange d'acide et d'urine occupe à peu près les deux cin(pièmes inférieurs du vase et l'on observe les colorations au bout de trois à cinq minutes :
1° Une teinte rose vif indique une proportion normale de Yurohématine [Harley, voyez page 63) ; le grenat et le rouge hyacinthe sont en rapport avec une augmentation de ce principe; s'il ne se produit aucune coloration, on conclura qu'il est absent ou très-diminué.
2» Une teinte bleue annonce l'existence de Vindican (voyez p. 64). en proportion d'autant plus grande que la nuance est plus foncée. Le violet indique que l'indicau et l'urohématine sont augmentés tous les deux; le violet sera rouge, plus Turohématine l'emportera sur l'indican ; plus le violet sera bleu, plus l'indicau l'emportera sur l'urohématine. Quand il y aura doute, dans les cas, par exemple, où le bleu n'est pas franc, où le violet est très-rouge, où la coloration ne consiste qu'en un gris sale et opaque, on décantera la partie inférieure du liquide et l'on agitera le reste dans un tube avec 2 à3 ce. d'éther, qui deviendra bleu en proportion directe de la quantité de bleu d'indigo contenu dans l'urine. La distinction est plus facile quand le bleu d'indigo et le rouge sont séparés assez nettement et forment deux zones ou anneaux superposés, l'un bleu et l'autrp rouge.
5° Un ton d'acajou vieilli est caractéristique de Vhémaphéme (pigment jaune qui est probablement la même matière que l'urochrome de Thudichum et l'urobiline de Jaffé). Lorsque l'addition de l'acide azotique produit inmiédiatement dans l'urine des stries d'un grenat très-foncé, noirâtre, et que le fond du verre devient rapidement noir par réflexion, grenat noirâtre par transparence, on est en droit d'ad-
* A. Robin. Essai d'urologie clinique, i». "21. Paris, 1877.
mettre une augiiiéutation considérable et simultanée de l'urohématine, de l'iiémaphéine et de l'indican ; pour cette dernière substance, il est nécessaire toutefois d'avoir la confirmation que donne le traitement par l'éther.]
La couleur d'une urine dépend souvent de différents pigments qui se trouvent en même temps dans ce liquide, de pigments liquides^ qui sont en dissolution dans l'urine, et de pigments solides, qui adhérent aux sédiments. Il est alors convenable de filtrer l'urine, afin de pouvoir mieux juger de la part que prennent les différents pigmenta dans la coloration de l'urine.
2. Les colorations anormales de l'urine résultent de la présence dans ce liquide de matières colorantes anormales.
C4es pigments urinaires anormaux se divisent en deux groupes :
a. Ils prennent naissance dans l'intérieur de l'organisme par un processus pathologique, et ont par cela même une grande importance pour le médecin, — colorations anormales essentielles de l'urine.
b. Ils sont introduits dans le corps avec les aliments, les boissons, les médicaments, et ils sont éliminés en ne faisant, par conséquent, que traverser l'organisme, — colorations anormales accidentelles de l'urine.
Les colorations anormales de l'urine les plus importantes sont occasionnées :
a. Parmi les essentielles:
1 . Par la matière colorante du sang : les colorations produites par cette substance sont très-différentes, suivant que le pigment se trouve dans l'urine à l'état de dissolution, ou uni avec les corpuscules sanguins, décomposé on inaltéré, en proportion grande ou petite. Les nuances peuvent varier du rouge de sang (rouge grenat clair) au brun ou noir-brun, et même au noir d'encre. Pour la recherche et la signification de cette matière colorante du sang dans l'urine, voyez g 99 et 100 et les observations M, J2, et 15, § 154.
2. Par les pigments biliaires: la couleur de l'urine est vert-jaune ou vert-brun. Pour les détails voyez § 102.
5. Par Vindican (uroxanthine) et ses produits de décomposition : ïuroglaucine et Yurrhodine (voyez g 10, page 64)
L'uroxanthine n'a que rarement une influence appréciable sur la couleur de l'urine : c'est seulement dans les cas où, Turophéine (urobiline) faisant défaut, il existe une quantité considérable d'uroxanthine, que l'urine est colorée en jaune citron par cette dernière substance (dans le choléra, les maladies de la moelle) ^ Mais
^ Voyez Heller, in Archiv f. Chera. u. MikrOscop., 1892, p. 121. — M. Jaffé, in Pflüger's Archiv, III, p. 448;trf. Ueber den Ursprung des Indicans im Harn (Centralblatt f. d. medic. Wissenschaft, 1872, p. 2); irf., Ueber die Ausscheidung des Indicans unter physiolog. u. patholog. Verhältnissen {Même journal, p^ 481 et 497);
pour découvrir avec certitude l'uroxanthine, une opération chimique est toujours nécessaire (voyez à ce sujet page 67, G).
[La quantité de Fiiidican peut être évaluée approximativement de la manière suivante, d'après A. liobin^ : dans un tube d'essai, on introduit 5 c. c. d'acide chlorliydrique pur, on ajoute 20 gouttes d'urine au plus, puis on chauffe lentement le tube en l'agitant continuellement et sans faire bouillir. L'aspect du liquide change insensiblement, des stries noirâtres se forment aux points qui ont reçu le plus directement l'atteinte de la flamme et se fondent peu à peu dans la masse du liquide qui change totalement de couleur et devient tantôt d'un violet très-pâle, tantôt fratwhement violacé, tantôt bleu foncé à reflets rougeâlres, tantôt enfin bleu noirâtre à peine transparent. Si à ce moment on ajoute 2 gouttes d'acide azotique et si l'on chauffe légèrement, les teintes bleues et violettes disparaissent et la liqueur prend rapidement un ton jaune plus ou moins intense. Mais quand l'indican est en grande quantité, l'apparition du jaune ne se produit que très-lentement. L'indican est diminué ou absent, quand la teinte est nulle, jaunâti^e sale ou violet pâle; évident, quand elle est franchement violette; abondant, quand elle est bleu foncé à reflets rouges ou bleu noirâtre ; très-abondant, lorsqu'il se produit immédiatement un précipité pulvérulent noirâtre. Les urines très-chargées en uro^'émaline, hémaphéine ou uroérylhrine, donnent avec cette réaction une couleur franchement rosée ou rouge brunâtre, mais à reflets violets, qu'il ne faut pas confondre avec le bleu d'indigo ; dans ces cas, on ajoutera à l'acide clilorhydrique six gouttes seulement d'urine et l'on n'élèvera la température que jusqu'à 50" environ).
Suivant Baumstark (Berliner Klin. Wochensch. 1875, n" 4), l'indican, avec l'acide hippurique, la tyrosine et les acides biliaires, appartient à la série chimique des substances dites aromatiques, et il est probable que le foie est le lieu principal de sa formation.
D'après les observations de Jaffé, la faible teneur normale de l'urine en indican est augmentée par l'usage de la viande et, au contraire, diminuée dans des proportions telles qu'il n'en reste plus que des traces lorsqu'on fait usage d'aliments pauvres en azote ; suivant Jaffé et Hoppe-Seyler, l'indican est beaucoup augmenté dans le carcinome du foie, ainsi que dans le choléra, d'après Jaffé et Wyss.
Suivant Jaffé, les processus pathologiques qui produisent une obstruction de l'intestin grêle (hernie étranglée, invagination, etc.) augmentent considérablement l'excrétion de l'indican par l'urine (qui peut devenir dix ou douze fois plus abondante qu'à l'état normal) ; l'effet est moins prononcé lorsque c'est le gros intestin qui est obstrué, ainsi que l'ont montré des expériences effectuées sur des chiens. L'indican est aussi augmenté dans l'urine dans la péritonite purulente, probablement par suite de la diminution des mouvements de l'intestin grêle. Il en est de même dans certaines diarriiées (choléra, diarrhées cholériformes), mais non dans le catarrhe de l'intestin grêle accomp jgné de diarrhée ne partant que de cet organe. La fièvre ne paraît pas avoir beaucoup d'action sur la teneur de l'urine en indican»
/. Rosenstirn [Virchow's Archiv. 1872, LVI, p. 27) a trouvé la proportion de l'indican de l'urine beaucoup augmentée dans la maladie d'Addison.
D'après Heller et ses élèves [Ziegler, loc. cit., page 28), la quantité d'uroxanthine que l'on trouve dans l'urine peut, jusqu'à un certain point, servir comme mesure du degré d'excitation du système nerveux, de la moelle épinière notamment (?). L'uroxanthine serait en plus grande abondance dans l'urine spasmodique, après un coït trop souvent répété, dans l'onanisme, etc; il en serait de même dans toutes les irritations des organes urinaires, dans toutes les affections aiguës et chroniques des reins (néphrite, maladie de Bright, périnéphrite), ainsi que dans plusieurs maladies générales comme la fièvre typhoïde, la fièvre intermittente, le choléra, l'urémie.
' Essai d'urologie clinique, p. 2i.
D'après les observations que R. Lmuson (voyez § 125) a faites à la Jamaïque, l'urine des habitants des tropiques est, même à l'état normal, extrêmement riche en indican.
L'uroglaucine et l'urrhodine, produits de décomposition de l'uroxanthine S se rencontrent quelquefois, bien que rarement, dans l'urine, lorsque celle-ci a déjà éprouvé une décomposition dans l'intérieur de la vessie et qu'en même temps il s'est formé une grande quantité de carbonate d'ammoniaque (dans la cystite, la maladie de Briglit). Mais alors elles peuvent donner à l'urine des couleurs extrêmement remarquables (vertes, bleues, violettes). L'uroglaucine a une couleur bleue, l'urrhodine, une couleur rouge, et, par la combinaison de ces deux couleurs entre elles et avec le jaune de la matière colorante ordinaire de l'urine, il peut se produire des nuances trèsvariées.
Ainsi l'urine peut devenir verte (depuis le verdâtre jusqu'au vert d'herbe), si de l'uroglaucine bleue vient se mêler avec une urine jaune. Elle paraît bleue, lorsque le pigment normal (jaune), venant à faire défaut, l'uroglaucine se trouve en quantité prédominante ; elle est violette, lorsque l'uroglaucine et l'urrhodine se trouvent l'une à côté de l'autre ; enfin elle est rouge lorsque cette dernière prédomine.
Généralement l'uroglaucine et l'urrhodine forment des sédiments, aussi faut-il avoir le soin de filtrer l'urine qui les renferme. En outre, l'urrhodine se dissout dans l'éther avec une belle couleur rouge carmin, et l'uroglaucine dans l'alcool bouillant avec une belle couleur bleue.
4. Par ïuroérythrine : cette substance existe tantôt en dissolution dans l'urine, qu'elle colore en rouge, tantôt elle se précipite avec les sédiments d'acide urique et d'urates auxquels elle peut communiquer une couleur rouge brique ou rouge rose (sédiments rosaciques ou purpuriques). (Voyez page 69^.)
[En traitant l'urine par l'acétate neutre de plomb, on obtient un précipité blanc laiteux, quand il n'y a pas d'uroérythrine, rose /)a/e quand celle-ci existe eu quantité appréciable, et rose quand elle est abondante. On ne devra jamais apprécier la coloration rose que sur des précipités qui auront déjà subi un tassement, ce qui exig^e 15 à 20 minutes environ s. ]
Chez la plupart des malades atteints de cancer mélanique l'urine offre une réaction tout à fait caractéristique. De couleur normale lorsqu'elle vient d'être éliminée, elle devient peu à peu nu contact de l'air brune et même noire. Cette coloration foncée apparaît encore plus rapidement lorsqu'on ajoute au liquide des substances oxydantes, connue l'acide azotique ou l'acide chromique. Cette réaction tient à la
* Voy. Kletzinski, in Heilerts Archiv, 4853, p. 114, et Sicherer, in Annalen der Chemie und Pharmacie, t. LX, Het't 1, p. 120. - Heilerts Archiv, 1853, p. 391.
^ A. Robin. Essai d'urologie clinique, p. "27.
présence dans l'urine d'une substance particulière, le mélanogène, caractéristique du cancer mélanique. Cette propriété de l'urine peut être utilisée pour le diagnostic des cancers mélaniques développés dans les organes internes, dans le foie, par exemple. Pour plus de détails, voyez Eiseit, Prager Vierteljahrsclir. 1858, p. 190 et 1862 p. 26 ; BoLe, ibid. 1860, p. 140; Pribram, ibid. 1865, p. 16; B. Stiller, Rev. d. se. méd., t. VII, p. 600, 1876; Ganghofner et Pribram, ibid., t. IX, p. 65, 1877.
h. Colorations accidentelles. Les différentes matières colorantes qui sont introduites dans l'organisme avec les aliments , les boissons et les médicaments, peuvent être éliminées avec l'urine et colorer ce liquide. Nous possédons sur ce sujet de nombreux renseignements', qui ont cependant moins d'importance pour le médecin que pour le physiologiste et le chimiste.
Parmi ces corps, il y en a deux notamment, les pigments de la rhubarbe et du séné, qui intéressent aussi le médecin, parce que faisant partie de médicaments fréquemment employés, ils passent souvent dans l'urine et peuvent donner lieu à des colorations semblables à celles occasionnées par le sang et les matières colorantes de la bile. Ces deux pigments peuvent colorer l'urine en brunâtre et en rouge de sang foncé. Tous les deux peuvent cependant être très-facilement distingués de la substance colorante du sang. L'urine colorée par ces pigments devient plus limpide et d'un jaune clair, lorsqu'on y ajoute des acides minéraux, tandis que celle qui renferme du sang, traitée par les mêmes acides, ne s'éclaircit pas, mais devient plutôt plus foncée. [En outre, l'urine colorée par la rbubarbe ou le séné donne avec la potasse unt coloration pourpre que ne fournit jamais l'urine ictérique; cette coloration est due à la présence de l'acide chrysoplianique contenu dans la rhubarbe et le séné-. Suivant E. Hardy, la réaction est encore plus sensible avec l'ammoniaque^.]
A la suite de l'administration de la santonine, l'urine prend une coloration analogue à celle produite par les matières biliaires (variant du jaune safran au vcrdâtre). On reconnaît que cette coloration jaunâtre ou verdàtre est produite par la santonine en ajoutant un alcali qui la fait passer au rouge cerise ou au rouge pourpre suivant la quantité de la santonine
Après l'emploi de l'acide pliénique ou du goudron, l'urine prend quelque fois une couleur noirâtre (voyez § 59).
§ 94. Odeur de l'ur-ne
L'odeur de l'urine n'a pas une grande importance pour le médecin. Plusieurs substances, qui communiquent à l'urine une odeur particulière , sont introduites dans l'organisme et ensuite éliminées avec cette sécrétion, absolument comme les pigments accidentels dont il a été question dans le paragraphe précédent. Leur présence peut indiquer au médecin que les malades ont pris certains aliments ou certains médicaments. Ainsi, lorsqu'on a mangé des asperges, l'urine acquiert
' Voyez notamment les recherches de Kletzinski, in Heilerts Archiv für Cheinie und Mikr. 185*2, p. 184, 211, p. 538.
- Gubler. Rev. des sc. méd., t. III, p. 95 et 554, 1874. ^ Rev. d. sc. méd., t. III, p. 95.
* Walter G. Smith, Dublin quart, journ. G.p. 272.
NEUUAIEK ET VOOEL. DE l'lT.INE. 2" Eldl'. -3
une odeur spéciale ; si de l'essence de térébenthine a été ingérée ou seulement respirée en grande quantité, elle a une odeur de violette ; à l'odeur de ce liquide , on peut reconnaître qu'il renferme les substances odorantes du safran, du cubébe, etc.
Des pathologistes français [De Béarnais et autres) ont avancé, dans ces derniers temps, que dans les maladies organiques des reins les substances odorantes particulières des asperges, de l'essence de térébenthine, etc., ne passeraient pas dans l'urine. Quelque précieux que soit ce moyen pour savoir si dans les cas d'albuminurie, où les autres symptômes laissent des doutes, l'affection consiste simplement en un désordre fonctionnel ou en une altération organique des reins, je ne puis qu'engager (me basant sur quelques expériences) à ne l'employer qu'avec réserve. Ainsi, dans des maladies avec albuminurie, j'ai pu constater deux fois, à la suite d'ingestion d'asperges et d'essence de térébenthine que l'urine présentait d'une manière trèsnette l'odeur caractéristique produite par ces deux substances, tandis que plus tard l'autopsie montra une désorganisation partielle du parenchyme rénal.
L'urine normale a aussi une odeur spécifique , qu'Heller attribue au pigment urinaire (uropliéine), mais qui probablement peut être due à différentes substances odorantes , puisque Stœdeler est parvenu à retirer de l'urine, par distillation, plusieurs acides volatils (acides pliénique, taurylique, damalurique, damolique; voyez g 9). L'odeur de l'urine est probablement modifiée lorsque l'un ou l'autre de ces corps prédomine. •
Une urine qui contient beaucoup de carbonate d'ammoniaque affecte l'odorat d'une manière particulière, et Yodeur urineuse des malades est due le plus souvent à la présence de ce sel.
§ 95. Aspect de l'urine.
L'urine est claire ou trouble. Un léger trouble est dû à ce que l'urine renferme de petits flocons [nubecula); lorsque ceux-ci sont plus volumineux, après un long repos, ils se déposent sous forme d'un précipité, et donnent lieu à un sédiment. Toutes les altérations dans la transparence de l'urine sont occasionnées par des matières solides qui ne sont pas dissoutes dans le liquide, mais seulement en suspension. Ces matières sont éliminées avec l'urine, ou bien elles se forment dans celle-ci au bout d'un temps plus ou moins long après son expulsion de la vessie.
Une urine normale est toujours claire ou tout au plus très-légèrement floconneuse. Une urine dont l'altération de la transparence est tout à fait évidente indique toujours un état anormal et doit par conséquent éveiller l'attention du médecin. Mais la signification de cet état de trouble ne devient positive que lorsqu'on en a déterminé la cause. Pour plus de détails, voyez IV, Sédiments urinaires.
L'urine normale a presque toujours une réaction acide, c'est-à-dire qu'elle colore en rouge le papier de tournesol bleu. Quelquefois cependant sa réaction est neutre ou même alcaline ; dans ce dernier cas, elle bleuit le papier de tournesol rougi.
Il est tout à fait convenable d'employer, pour essayer la réaction de l'urine, un papier de tournesol bleu ayant une légère teinte de rouge. Ce papier sert russibien pour découvrir la réaction acide que la réaction alcaline, parce qu'il devient d'un rouge plus intense en présence des acides, et qu'il est fortement coloré en bleu par les alcalis. Il est d'ailleurs extrêmement sensible. Pour le préparer, on abandonne à elle-même de la teinture aqueuse de tournesol, jusqu'à ce qu'elle soit devenue faiblement acide et que sa couleur bleue intense ait pris une teinte rougeât^e. On imbibe alors avec cette teinture du papier à lettres ordinaire et on le fait sécher à l'ombre.
On observe quelquefois des urines qui ont une réaction à la fois acide et alcaline, c'est-à-dire qui rougissent faiblement le papier de tournesol bleu, et qui, en même temps, bleuissent avec la même intensité le papier de tournesol rouge. (Réaction amphigèyie, d'après Heller, ou mieux amphotère, d'après Bamberger.)
Ce phénomène paradoxal peut être expliqué de la manière suivante. Lorsque le phosphate acide de soude est neutralisé par l'ammoniaque, il se produit une combinaison (phosphate de soude et d'ammoniaque) qui a la propriété d'abandonner son ammoniaque sous lïnfluence de la chaleur et d'une diminution de pression, tandis que le phosphate acide de soude reste. Si maintenant dans une urine ayant primitivement une réaction acide, due à la présence de phosphate acide de soude, il se dégage de l'ammoniaque par suite de la décomposition de l'urée, cette base (AzH^) peut être inégalement répartie dans le liquide, et de cette façon rendre alcalines des portions isolées de l'urine ou bien former au-dessus de celle-ci une atmosphère d'ammoniaque ; de telle sorte que dans ces parties le papier de tournesol rouge est bleui, tandis que dans les autres portions de la même urine, qui renferment encore du phosphate acide de soude, le papier bleu est rougi. Ce qui précède nous explique également comment il peut se faire que l'on observe fréquemment à la surface d'une urine en fermentation ammoniacale, mais ayant encore une réaction faiblement acide, une. pellicule de phosphate ammoniaco-magnésien cristallisé, qui d'après ses propriétés chimiques ne peut pas subsister dans un liquide acide. — Voyez en outre : W. Heintz. Journ. f. prakt. Chemie; 1872. VI. p. 274. Sur la réaction dite amphotère.
La réaction chimique de l'urine fournit au médecin praticien plusieurs indications importantes, et, en outre, elle constitue un moyen d'essai d'une application très-facile; elle doit donc être mise au nombre des bons signes séméiotiques. Mais, pour faire comprendre l'importance de ce signe, nous devons nous étendre un peu plus longuement sur ce sujet.
L'urine normale a une réaction acide. On ne sait pas encore exactement à quel acide attribuer cette réaction. 11 est probable qu'elle ne tient que trés-rarement à la présence d'un acide libre (voy. page 8 et§ 14), elle est plutôt due à la présence de sels acides, et dans la plupart des cas à celle du phosphate acide de soude ; dans plusieurs circonstances, elle peut aussi être occasionnée par des combinaisons acides des acides urique, hippurique, lactique, etc.
Cependant H. Byasson (Étude sur les causes de la réaction acide de l'urine normale chez l'homme et de sa variation. Journ. de l'anat. et de la physiol. par Ch. Robin, 1872, t. VIII, p. 383) pense que la réaction acide de l'urine ne doit pas être attribuée au phosphate acide de soude, mais aux acides urique, carbonique et hippurique, parce que les acides urique et hippurique ne peuvent pas décomposer à la température ordinaire le phosphate neutre de soude.
L'urine peut perdre son acidité et même devenir alcaline dans deux conditions essentiellement différentes :
1. Dans l'urine expulsée de la vessie il se dégage du carbonate d'ammoniaque; si la quantité de ce sel est petite, l'urine devient neutre ; si elle est grande, le liquide devient alcalin. Ce dégagement de carbonate d'ammoniaque tient à la décomposition de l'urée, qui, dans certaines conditions, se transforme en carbonate d'ammoniaque en absorbant de l'eau.
C^ HS Az2 06
= 2 équivalents de carbonate d'ammoniaque = 2 (CO^ -hAzIPO). La conversion de l'urée en carbonate d'ammoniaque est due à la présence d'un ferment.
On croyait autrefois que ce ferment était formé par le mucus des voies urinaires. Mais des recherches récentes ont montré qu'il est probablement constitué par des champignons microscopiques qui en se développant décomposent l'urée, comme dans la fermentation alcoolique la levûre dédouble le sucre. Comme, par suite de leur petitesse extraordinaire, les germes de ces champignons sont partout répandus dans l'air, ils peuvent très-facilement tomber dans l'urine. Voy. pages 9,11 et 172.
Cette alcalinité de l'urine peut même , dans des conditions favorables, prendre naissance à l'intéiieur des voies urinaires, — et alors l'urine est évacuée avec une réaction alcaline.
L'apparition de l'ammoniaque dans l'urine encore renfermée dans les voies urinaires a une très-grande importance pratique, parce qu'il peut en résulter des conséquences très-graves : irritation de la membrane muqueuse des voies urinaires, blennorrhée, et même inllammation de cette membrane; — formation de concrétions urinaires ; — ammoniémie. 11 doit, par conséquent, être très-important pour le médecin de prévenir cette altération de l'urine, et d'en éloigner les causes. Plusieurs observations récentes ont montré que les sondes, qui ne sont pas parfaitement propres et auxquelles adhère le ferment mentionné plus haut, peuvent, en introdui-
1 équiv. d'urée 4 » d'eau
G« H* Az^O^ H* 0*
sant ce dernier dans la vessie, où il se développera ultérieurement, donner lieu à la décomposition de l'urée [S. Fischer, Berliner Klin. Wochenschr. 1864, II; Teuffel, ibid. XVI) ; d'où la règle pratique de nettoyer avec le plus grand soin toutes les sondes avant de s'en servir.
Mais l'ammoniaque peut également n'apparaître qu'après Tevacuation de l'urine; celle-ci possède alors une réaction acide immédiate ment après sa sortie de la vessie et ce n'est qu'au bout de quelque temps qu'elle devient alcaline. Presque toutes les urines devienne^it alcalines après un temps plus ou moins long : mais pour l'urine normale cette altération ne se produit que très-tard, elle n'a pas lieu dans tous les cas pendant les 24 premières heures qui suivent son élimination. Par conséquent, si une urine est évacuée avec une réaction alcaline, ou bien si, éliminée avec une réaction acide, elle devient alcaline avant 24 heures, cela indique l'existence des conditions qui favorisent la décomposition de l'urée, et le médecin est autorisé à tirer de ce fait des conclusions séméiotiques.
Mais il faut bien faire attention à une circonstance qui négligée peut donner lieu à des erreurs. Lorsqu'on ajoute une urine déjà devenue alcaline à une urine normale, cette dernière entre en fermentation ammoniacale avec une rapidité beaucoup plus grande que sans cela. La même chose à lieu si l'urine est conservée dans un vase renfermant encore un reste d'urine ammoniacale. Par conséquent, si un médecin veut tirer des conclusions sur l'apparition rapide de l'alcalinité, il doit être certain que l'urine devenue alcaline dans les 24 heures a été conservée dans un vase parfaitement propre ; il faut en outre qu'il ait soin que les vases dans lesquels ses malades doivent recueillir leur urine ne soient pas simplement vidés, mais bien lavés, afin de les débarrasser de toute trace de ferment.
L'urine qui est rendue alcaline par le carbonate d'ammoniaque colore en bleu le papier de tournesol rouge, mais après la dessiccation., pendant laquelle le carbonate d'ammoniaque se volatilise tandis que les sels acides de l'urine restent, /e papier de tournesol bleui reprend sa couleur rouge . En outre, une baguette de verre humectée avec de l'acide chlorhydrique maintenue au-dessus de cette urine donne naissance à des vapeurs de chlorure d'ammonium. Cette réaction est importante, parce qu'elle sert à distinguer l'alcalinité due à la présence du carbonate d'ammoniaque dans l'urine, de celle qui est produite par d'autres causes.
Les recherches effectuées par V. Feltz et E. Ritter [Étude expérimentale sîir l'alcalinité des urines et sur Vammoniémie, in Journ. d^ Vanat. et de la physiol. par Ch. Robin. 1874, N" 3 p. 511) ont conduit aux résultats suivants : le défaut de propreté des vases est souvent la cause que l'urine devient rapidement ammoniacale, comme cela a lieu par exemple, en été, chez les malades atteints de fièvre typhoïde.
L'urine des femmes à laquelle se mélange du mucus vaginal (dans la leucorrhée), ou du sang menstruel, devient lacilement ammoniacale. La fermentation ammoniacale est produite par un ferment qu'il est facile de recueillir sur un filtre, en filtrant l'urine ammoniacale (voy. page 11, note 4). En ajoutant ce ferment à de l'urine normale,, on peut y développer une fermentation ammoniacale; mais les urines mises en contact avec le ferment ne subissent pas toutes la fermentation ammoniacale avec une égale rapidité. Les urines d'animaux bien portants, dont on avait lié le canal de l'urèthre, ne sont pas devenues ammoniacales par leur séjour prolongé dans la vessie. La simple introduction d'une sonde imprégnée de ferment n'est pas toujours suffisante pour rendre l'urine ammoniacale dans la vessie.
2. Mais il y a encore une autre cause, essentiellement différente de celle dont il vient d'être question, qui peut rendre l'urine acide ou alcaline. Cette cause doit être cherchée dans la constitution du sang. Dans les circonstances ordinaires une urine acide est sécrétée aux dépens du sang alcalin. Les reins, c'est-à-dire les cellules sécrétantes de ceux-ci, doivent par conséquent avoir la propriété de séparer du sangalcalin des sels acides ou de les produire aux dépens de ce liquide et de les faire passer dans l'urine. Mais si le sang est excessivement alcalin, l'urine formée aux dépens de ce liquide n'est pas en général plus acide, mais neutre ou alcaline. Ainsi l'urine devient alcaline lorsqu'une quantité suffisante d'un alcali caustique ou carbonatéa été introduite dans l'organisme, et elle conserve cette réaction jusqu'à ce que le sang soit débarrassé de l'excès de cette substance. C'est de cette façon qu'agissent la soude, la potasse, la magnésie et la chaux caustiques et carbonatées, ainsi que tous les sels à acide végétal, qui dans l'organisme sont transformés en carbonates et sont sous cette forme éliminés par l'urine (acétates, citrates, malates, tartrates). Toutes ces substances, lorsqu'elles sont prises comme médicaments à haute dose, rendent l'urine alcaline, et souvent avec une grande rapidité. Bence Jones a trouvé que 6 grammes de tartrate de potasse sec dissous dans 120 grammes d'eau rendaient l'urine alcaline dans l'espace de 55 minutes. Au bout de deux heures la réaction alcaline avait disparu. Des doses plus petites qui sont insuffisantes pour rendre l'urine alcaline diminuent cependant la proportion d'acide que ce liquide renferme.
Les aliments agissent d'une manière analogue, et suivant leur nature ils augmentent ou diminuent l'alcalinité du sang. On sait que c'est pour cette raison que l'urine des carnivores est acide et celle des herbivores alcaline. Chez l'homme, l'alimentation exerce une action semblable sur l'urine, mais généralement à un plus faible degré, parce que dans la plupart des cas il fait usage d'aliments mixtes.
Certains phénomènes organiques, résultats de la métamorphose secondaire de la matière, exercent probablement aussi une influence sur la réaction de l'urine en modifiant l'alcalinité du sang. La nature de ces phénomènes est encore très-obscure, et pour arriver à la con-
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naître des recherches très-difficiles et très-compliquées semblent nécessaires. Provisoirement on peut indiquer comme vraisemblables les influences suivantes:
a. Bence Jones a fait remarquer que la réaction acide de l'urine diminue lorsque la sécrétion du suc gastrique est plus considérable, et réciproquement. Il avance que l'urine possède son plus grand degré d'acidité au moment où l'estomac ne contient pas du tout de suc gastrique acide ou bien lorsque celui-ci est retourné dans le sang, et qu'au contraire elle devient moins acide, et même alcaline, à mesure que le suc gastrique est séparé du sang.
Malheureusement les recherches faites sur ce point par Bence Jores ne sont pas concluantes. Dans ses expériences, comme dans presque tous les essais quantitatifs effectués par lui, la proportion de l'acide est calculée pour 1000 parties d'urine, et non sur la quantité éliminée par heure, ainsi que cela devrait être pour qu'il fût possible de tirer des conclusions positives sur les résultats obtenus. Les recherches effectuées par moi-môme ou par d'autres sous ma direction ont constamment donné des résultats concordants : la plus grande quantité d'acide éliminée par heure avec l'unne est évacuée pendant la nuit, la plus petite dans la matinée, tandis que dans l'après-midi (après le repas principal) la quantité d'acide excrétée est la moyenne des deux autres. Par conséquent, ces expériences ne sont pas favorables à l'opinion de Bence Jones, mais elles ne la contredisent pas d'une manière positive, parce que d'autres circonstances peuvent exercer de l'influence sur la proportion de l'acide.
Il est vrai que théoriquement l'hypothèse de Bence Jolies semble très-admissible : une certaine quantité d'acide est effectivement séparée du sang avec le suc gastrique acide, en même temps le sang est rendu plus alcalin, et pour cette raison l'urine sécrétée à ce moment doit renfermer moins d'acide. Il serait cependant possible que l'alcali qui était combiné avec l'acide du suc gastrique ne restât pas dans le sang, mais passât dans la bile; de sorte que la sécrétion du suc gastrique ne modifierait en rien l'alcalinité du sang, et que par conséquent elle serait peut-être aussi sans influence sur la quantité de l'acide renfermé dans l'urine. Des recherches plus récentes de W. Roberts ont confirmé les résultats obtenus par Bence Jones. (Yoy. § 127.)
b. D'après les recherches de Liebig et d'autres, le liquide musculaire est acide ou du moins il le devient aussitôt après son extraction. Gomme maintenant chez les carnivores l'urine est rendue acide par les éléments de la viande que ceux-ci ont prise comme aliment, chez l'homme (et chez les animaux) une partie, et peut-être la plus grande portion de l'acide de l'urine, provient du liquide résultant de la métamorphose de leur propre tissu musculaire et qui passe ensuite dans le sang, ou en d'autres ternies l'acide de l'urine est en partie produit par la métamorphose de la substance des muscles.
L'observation suivante, que l'on a souvent faite, est aussi en faveur de cette opinion : chez les herbivores, qui sécrètent ordinairement une urine alcaline, celle-ci devient acide lorsqu'ils jeûnent, c'est-à^-dire loi'squ'ils se nourrissent aux dépens de leur propre substance.
Mais ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question difficile.
Pour le médecin praticien les principaux points à noter relativement à la réaction de l'urine sont les suivants :
1. L'urine a une réaction acide. C'est la réaction normale de ce liquide et elle n'a pour le médecin qu'une valeur négative, parce qu'il ne peut conclure qu'à la non-existence d'un état pathologique. D'autres conclusions peuvent dans ce cas être déduites lorsque la quantité de l'acide a été déterminée exactement (voyez § 127). Une réaction fortement acide de l'urine peut favoriser la production de certains sédiments ou concrétions, de ceux d'acide urique notamment, ou bien elle peut donner lieu à une irritation des reins et des voies urinaires.
2. 1/urine a une réaction neutre ou alcaline. Cette circonstance est toujours importante pour le médecin et mérite un examen plus minutieux. On a à observer les particularités suivantes :
a. La réaction alcaline est due à la présence de carbonate d'ammoniaque (du papier de tournesol rouge plongé dans l'urine est bleui, mais après dessiccation il devient rouge, — une baguette de verre humectée d'acide chlorhydrique et maintenue au-dessus de l'urine dégage des vapeurs blanches). Ce sel provient de la décomposition d'une certaine quantité d'urée dans l'urine excrétée (à l'exception seulement des cas probablement rares dans lesquels le carbonate d'ammoniaque passe directement dans l'urine), ou bien
b. La réaction résulte de la présence d'une base fixe, comme la potasse, la soude ou une terre alcaline (le papier de tournesol rouge est bleui par l'urine et il reste bleu après la dessiccation — une baguette humectée avec de l'acide chlorhydrique ne dégage pas de vapeurs blanches). Dans ce cas la réaction alcaline peut être due :
A l'emploi comme médicament d'un alcali caustique, carbonaté ou à acide végétal ;
Ou à l'usage d'un aliment riche en ces dernières substances ;
Ou à des altérations dans les produits de la métamorphose des tissus, comme celles qui ont été indiquées plus haut.
Pour répondre à cette question : quelle est pour le médecin praticien la valeur séméiotique de l'état neutre ou alcalin d'une urine? il est essentiel de savoir si cette réaction de l'urine est temporaire ou permanente.
Si l'urine n'a que temporairement une réaction neutre ou alcaline, à iHi certain moment de la journée, notamment quelques heures après l'ingestion de certains aliments, ou bien encore pendant certains jours, cette circonstance a, il est vrai, un caractère physiologique, mais elle est sans importance pratique.
[Dans un grand nombre de maladies aiguës (dans la pneumonie et la fièvre typhoïde surtout), qui ont duré un certain temps et se sont
acconipaj,aiées d'une grande déperdition do forces, les urines présentent, au moment de la convalescence, une réaction alcaline trèsprononcée ; dans quelques cas on peut observer cette réaction pendant 5 à 6 jours, mais d'autres fois 24 heures suffisent pour la faire disparaître (Gubler) K]
Au contraire si l'urine a d'une manière permanente ou au moins fréquemment une réaction alcaline, on peut en déduire d'importantes conclusions séméiotiques et pratiques, qui cependant varient dans les différents cas.
1. La cause tient à une décomposition de l'urée à l'intérieur de la vessie. Dans ce cas le diagnostic est basé sur le fait de la présence de l'ammoniaque dans l'urine, et celle-ci contient en outre du mucus et des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien.
La cause réside dans l'usage prolongé d'alcalis caustiques, carbonatés et à acides végétaux. Le diagnostic est assez évident.
5. La cause tient à des changements survenus dans la métamorphose de la matière. Ces changements ne sont jusqu'à présent qu'incomplètement connus; mais on peut désigner comme exerçant une influence probable : les arrêts partiels dans la métamorphose des muscles, les affaiblissements du système nerveux, l'anémie et la chlorose, l'alimentation insuffisante, et en général les états de faiblesse du corps. PiCidemacher^ a rendu un service réel en faisant remarquer qu'une urine constamment alcaline est presque toujours liée à une affection qui exige l'emploi du fer et des toniques. Cependant il résulte des faits précédents que ce fait ne doit être admis qu'avec certaines restrictions, et en outre dans ces cas la couleur pâle de l'urine constitue le plus souvent pour l'observateur attentif un signe encore plus certain de l'indication du fer que l'état alcalin de l'urine, qui chez ces malades fait fréquemment défaut.
Le traitement rationnel de ces états est souvent très-difficile. Le point principal est toujours de découvrir et de combattre la cause de l'alcalescence. Une très-mauvaise pratique est celle qui, basée sur des raisons chimiques erronées, consiste à donner des acides dans tous les cas où l'urine a une réaction alcaline. Lorsque l'alcalinité de l'urine dépend d'une irritation des voies urinaires, produite par une réaction primitivement trop acide et irritante de l'urine avec formation de graviers d'acide urique, les carbonates alcalins ou l'acétate de potasse avec les émollients sont au contraire les médicaments les plus convenables.
* A. Robin, loc. cit., p. 67.
" Rechtfertigung der verstandesrechten Erfahrungsheillehre , 2° édit,, t. II, p. 211.
L'assertion si souvent répétée que l'acide benzoïque pris à l'intérieur rendrait acide l'urine alcaline plus facilement et plus sûrement que les autres acides n'a pas été confirmée par les nombreuses expériences que j'ai faites à ce sujet.