‹ De l'urine et des sédiments urinaires [electronic resource]Chapitre 145 sur 185 · III. APPAltlTIOK DAKS LXRI^'E D ÉLÉMEIVTS» ANORMAUX · texte numérisé non relu

III. APPAltlTIOK DAKS LXRI^'E D ÉLÉMEIVTS» ANORMAUX

Tous les changements de l'urine qui seront étudiés ici ont une grande importance pratique, parce qu'ils indiquent toujours l'existence d'un état pathologique. Chaque substance anormale qui apparaît dans l'urine a sa signification particulière ; c'est pourquoi nous passons immédiatement à l'examen de chacun des éléments anormaux en particulier.

§ 99. Albumine.

I. La manière de reconnaître l'albumine dans l'urine a déjà été indiquée § 25. Mais la recherche de cette substance offre quelques difficultés, elle exige certaines précautions et le médecin peut facilement se tromper, tantôt en ne découvrant pas l'albumine lorsqu'elle existe réellement, tantôt en admettant sa présence dans des cas où l'urine n'en contient pas; pour ces raisons, il me semble convenable de revenir encore une fois sur ce sujet.

On découvre l'albumine dans l'urine :

1. En ajoutant au liquide de V acide azotique. Si l'urine renferme beaucoup d'albumine, ce réactif produit un abondant précipité blanc, le liquide peut même se transformer en un magma blanc. Dans ces cas, c'est à peine si, après cette réaction, on peut avoir des doutes sur la présence de l'albumine. Mais il n'en est plus de même s'il n'y a que peu d'albumine ; dans ce cas, un léger trouble peut passer inaperçu, ou bien un trouble dû à la présence d'autres substances, notamment d'urates (plus rarement d'urée), peut être considéré comme étant occasionné par de l'albumine. Alors on fait bien de procéder à l'addition de l'acide azotique avec une certaine précaution.

Le meilleur procédé est celui qui a été recommandé par Heller : on prend un petit verre assez large (un verre à liqueur), on le remplit aux deux tiers avec l'urine, et avec précaution on laisse couler le long de la paroi un peu d'acide azotique, de manière que ce liquide se rassemble au fond du verre. S'il y a de l'albumine, il se produit sur l'acide une couclie trouble nettement limitée sur ses deux faces, qui, grâce à son contraste avec le reste de l'urine, ne peut pas facilement passer inaperçue ; en sorte que ce procédé peut servir pour découvrir les moindres traces d'albumine.

ALBUMINE

Un trouble de l'urine après addition d'acide azotique peut aussi se produire en présence des urates, mais si l'on emploie le procédé indiqué, ce trouble ne paraît nettement limité qu'à sa partie inférieure en contact avec la couche d'acide, tandis que par sa partie supérieure il envoie des stries opaques dans presque toutes les parties de l'urine. Un œil exercé peut môme, à l'aide de cette méthode, distinguer l'un de l'autre les effets produits par de l'albumine et des urates qui se trouvent en même temps dans la même urine. On observe alors immédiatement sur la couche claire d'acide une couche trouble d'albumine coagulée nettement limitée en haut et en bas ; au-dessus de cette dernière on trouve une couche claire, puis une autre couche qui est troublée par des urates. lleller's Archiv für Chemie und Microscopie, 1852, p. 163. (Yoy. à ce sujet § 23, p. 87.)

2. En faisant bouillir l'urine, l'albumine est coagulée. Une grande quantité d'albumine donne naissance à un coagulum floconneux, une petite quantité produit un trouble.

Mais ce procédé peut aussi donner lieu à des erreurs : ainsi l'urine peut se troubler par l'ébullition sans que pour cela elle renferme de l'albumine. Dans le plus grand nombre des cas ce trouble est occasionné par des phosphates terreux, et trè'^-rarement (dans l'ostéomalacie) par une substance protéique particuhère différente de l'albumine. [Heller, Archiv f. Chemie u. Micro., 1852, p. 167.) Le trouble produit par ces deux dernières causes peut être très-facilement distingué d'un coagulum albumineux, parce qu'il disparait par l'addition d'une petite quantité d'acide (acétique ou chlorhydrique), tandis que cela n'a pas lieu lorsqu'on a affaire à de l'albumine coagulée. En outre, le précipité auquel donne naissance le corps protéique se dissout dans la potasse caustique, ce que ne font pas les phosphates terreux. La substance protéique se distingue aussi de l'albumine parce qu'elle n'est pas précipitée par l'acide azotique.

Mais l'albumine contenue dans l'urine n'est pas toujours coagulée par l'ébullition. Elle ne l'est pas lorsque, par exemple, l'urine est alcaline ; on doit donc toujours, avant de faire bouillir le liquide, essayer sa réaction, et, si celle-ci est alcaline, la neutraliser avec précaution par l'acide acétique ou l'acide azotique.

Quelquefois, bien que très-rarement, l'ébullition ne précipite pas l'albumine dans une urine ac2c?e; c'est précisément ce qui a lieu lorsque l'urine renferme une certaine quantité d'acide azotique ou d'acide chlorhydrique libre; ces deux acides peuvent former avec l'albumine une combinaison qui se dissout aussi bien dans l'eau froide que dans l'eau bouillante [Bence Jones).

Par conséquent, lorsqu'un médecin veut résoudre d'une manière décisive la question de savoir si une urine contient ou ne contient pas d'albumine, il doit, dans tous les cas, effectuer les deux expériences par l'acide azotique et par l'ébullition.

Cependant ces réactions ne permettent de reconnaître que l'espèce d'albumine qui se rencontre le plus fréquemment dans l'urine et surtout celle que ce liquide renferme dans l'albuminurie (albumine du sérum). Outre celle-ci, d'autres espèces d'albumine peuvent aussi apparaître dans l'urine, et toutes elles ne peuvent pas être découvertes par ces réactions ; il faut, pour les reconnaître et les distinguer, des manipulations particulières. (Voy. à ce sujet II.)

II. Quelle indication fournit au médecin la présence de l'albumine dans l'urine?

La réponse à cette question, de laquelle les pathologistes et les thérapeutistes se sont souvent occupés, est extrêmement difficile, et si l'on ne procède pas avec beaucoup de précaution, on s'expose à déduire de la présence de l'albumine dans l'urine des conclusions erronées, comme cela arrive malheureusement trés-souvent aux médecins, qui sont généralement portés à considérer toute albuminurie comme un signe de l'existence d'une maladie organique des reins (maladie de Bright). Les conclusions suivantes pourront servir de guide dans l'établissement du diagnostic et du pronostic.

1 . La présence de l'albumine dans l'urine tient à une maladie organique du parenchyme rénal liée avec une altération matérielle et une désorganisation de ce dernier (exsudations dans les canalicules rénaux, altération et séparation de leur épithélium, — maladie de Bright dans le sens le plus large ; dégénérescence amyloïde des capillaires du rein, etc.). On est presque certain d'avoir affaire à ce cas, si l'on trouve en même temps dans l'urine des cylindres urinaires ou de l'épithélium des canalicules rénaux (voy. g 116); l'affection organique est également probable lorsque la présence de l'albumine dans l'urine coïncide avec une hydropisie ou bien lorsque l'urine se mäintient très-longtemps (pendant des semaines ou des mois) fortement albumineuse. Dans ce cas le pronostic est généralement défavorable. Cependant quelques cas à marche aiguë paraissant trèsgraves peuvent guérir complètement, et des formes chroniques durent quelquefois pendant très-longtemps (pendant des années), sans compromettre sérieusement la santé et la vie.

2. La présence de l'albumine dans l'urine est due à une affection locale du système uropoiétique, sans maladie de Bright.

Dès que du sang, du plasma ou du pus se mélange avec l'urine, celle-ci devient albumineuse. Dans ce cas, l'urine contient, outre l'albumine, des globules sanguins, de la matière colorante du sang, de la fibrine liquide ou coagulée, des corpuscules de pus. Pour la diagnose et la signification de ces éléments étrangers, voyez les paragraphes suivants.

Il paraît aussi que dans quelques cas l'urine peut devenir albumineuse par suite de son mélange avec une grande quantité de sperme ^

Mais, sans que ces mélanges se produisent, de l'albumine peut également apparaître dans l'urine par suite d'une irritation ou d'une liypérèmie des reins ; alors les capillaires rénaux sont probablement altérés de telle sorte qu'ils permettent à un peu d'albumine de filtrer à travers leurs parois et de passer dans l'urine. C'est ce qu'on

* Bence Jones, Animal Chemistrij, 18SÜ, p. 108.

§ 97 ALBUMINE. 565

observe quelquefois après l'emploi des diurétiques énergiques, des cantliarides, etc., après la ligature des veines rénales ou de l'artère aorte au-dessous de l'origine des artères rénales, après l'injection dans le sang d'une grande quantité d'eau, et généralement dans toutes les circonstances qui occasionnent une augmentation dans la pression du sang contenu dans les vaisseaux rénaux. Plusieurs maladies peuvent sans doute exercer aussi sur les reins une action analogue et par suite rendre l'urine albumineuse.

3. Mais il est probable que le passage de l'albumine dans l'urine peut aussi, sans qu'il y ait une affection locale des reins, être occasionnée par certaines altérations dans la métamorphose de la matière, dans le sang notamment. Nous ne savons jusqu'à présent que trèspeu de chose sur ces altérations et sur leur mode d'action ; cependant on peut indiquer les faits suivants comme plus ou moins probables :

a. Dans les altérations du sang, où le sérum de cette humeur devient très-pauvre en albumine et riche en eau (hypalbuminose, hydrémie), nous voyons quelquefois l'albumine passer dans l'urine.

b. Lorsqu'on injecte dans le sang des animaux de l'albumine en dissolution, ou bien lorsqu'on fait prendre à ces derniers une grande quantité d'albumine, l'urine devient albumineuse dans certains cas, tandis que dans d'autres elle reste à l'état naturel.' Des expériences faites sur ce point par Corvisart, Schiff, Stockvis, Parkes, Pavy et d'autres, ont conduit à cette hypothèse que certaines modifications de l'albumine passent plus facilement que d'autres à travers les parois des vaisseaux rénaux, et l'on a en outre présumé que certaines modifications de l'albumine du sang, qui se forment dans les maladies sous l'influence d'altérations survenues dans la métamorphose de la matière, peuvent aussi donner lieu à la sécrétion d'une urine albumineuse.

Les expériences de Pavy [Lancet, mai 1868) sont également favorables à cette hypothèse : elles ont montré que l'albumine contenue dans l'urine soumise à la dialyse ne se comporte pas toujours de la même manière, et qu'en outre elle offre des propriétés différentes de celles de l'albumine du sang-. Terreil avance aussi {Gazette des hôpitaux, 1865) que dans l'albuminurie temporaire et au commencement de la maladie de Bright, l'albumine de l'urine possède des propriétés autres que celles offertes par l'albumine renfermée dans l'urine de la maladie tout à fait développée. Dans le premier cas, l'urine renfermant de la paralbumine, le précipité produit par l'alcool concentré se redissout dans beaucoup d'eau, et l'urine donne avec le tartrate de cuivre et de potasse, notamment lorsqu'on chauffe, une belle couleur violette. Au contraire, lorsque la maladie de Bright est complètement développée, le précipité produit par l'alcool ne se redissout pas dans l'eau, et l'urine n'est plus colorée en violet par la solution de cuivre. En outre, d'autres expérimentateurs [Gerhardt, Masing, Schnitzen et liicss, Edlefaen] ont trouvé dans l'urine de certains malades des

albumines différentes de l'albumine ordinaire du sérum : paralbumine, paraglobuline, peptones, etc. (Voy. plus loin, p. 367.)

A. Creitte {Henle und Pleuffefs Zeitschrift, 36, p. 90) a également fait connaître des expériences sur l'action qu'exercent les injections d'albumine du sérum dans le sang-. Il a trouvé que généralement ces injections étaient suivies d'une albuminurie, qui quelquefois n'était que temporaire, mais qui parfois était accompagnée de symptômes très-graves.

Il n'est pas possible de décider si, dans les cas mentionnés en a et en h, la séparation de l'albumine est ou n'est pas précédée d'une altération appréciable des reins (hypérémie et dilatation des vaisseaux, séparation partielle de l'épithélium des canalicules urinaires). Mais il est trés-certain que cette maladie des reins, si elle existe, n'est que temporaire, et que par conséquent on ne peut pas, de la présence d'une albuminurie seule, conclure à l'existence d'une altération organique des reins (maladie de Bright), car il faut, pour être autorisé à une pareille conclusion, trouver en même temps d'autres signes, des cylindres fibrineux, par exemple. Il est aisé de comprendre que l'on ne peut penser à une maladie de Bright que dans les cas où l'urine est pendant un long temps constamment albumineuse.

Si l'on a des raisons suffisantes pour admettre la non-existence d'une maladie de Brigbt, il reste encore à résoudre la question de savoir si l'albuminurie dépend d'une irritation des reins ou d'une altération du sang. La réponse à cette question est naturellement précédée d'un nouvel examen du cas dont il s'agit, et elle peut quelquefois être donnée avec certitude, mais souvent aussi elle ne peut être que présumable. Elle a une grande valeur pour le traitement, notamment dans les cas où il s'agit de savoir si des diurétiques doivent ou ne doivent pas être employés.

En se guidant sur les indications suivantes, on peut se rendre compte des différents cas d'albuminurie :

Waldenström a observé plusieurs fois le passage de l'albumine dans l'urine à la suite de l'emploi de l'acide phénique à l'intérieur ou à l'extérieur.

Hegar et Kaltenbach [Virchow's Archiv, XLIX49, p. 437) ont trouvé plusieurs fois, mais pas toujours, l'urine albumineuse après l'inhalation du chloroforme.

E. Gerhar dt (Deutsches Archiv f. Klin. Med. 1868, V, p. 212) a observé à plusieurs reprises que des malades qui présentent d'une manière durable ou fréquemment une température supérieure à 40°, ont dans l'urine de l'albumine, non pas sous la forme ordinaire, mais sous une forme latente décrite par lui, laquelle n'est précipitée ni par l'ébullition ni par l'acide azotique, mais par l'alcool [peptone).

//. Senator (Ueber die im Harne vorkommenden Eivveisskörper, etc. in Virchow's Archiv. 1874, t. LX, p. 476) a montré que l'on rencontre dans l'urine plusieurs corps alburainoïdes différents, dont la quantité et les proportions relatives varient avec les différents états. Et en effet, on trouve dans l'urine des corps albuminoïdes, dont la présence n'a pas encore été constatée dans le sang, absolument comme il s'en trouve dans l'urine qui existent en même temps dans le sang. Les corps albuminoïdes dont il s'agit ici sont les suivants :

ALBUMINE

1. Globuline ou paraglobiiline. Pour trouver ce corps, on étend l'urine avec de l'eau distillée, jusqu'à ce que le poids spécifique descende à 10Ü2 et 1003, puis on fait passer pendant trois ou quatre heures un courant d'acide carbonique. Le trouble ainsi produit donne généralement naissance, mais pas tonjoiirs, au bout d'un ou deux jours , à un précipité blanc laiteux, qui se redissout lorsqu'on ajoute de l'acide chlorhydrique très-étendu, ainsi qu'une solution de sel marin et de l'acide acétique concentré. La quantité la plus forte de paraglobuline se montra clans les cas de dégénérescence amyloïde des reins, et l'urine de malades atteints de néphrite aiguë était aussi riche en cette substance. Au contraire, on ne trouva que peu ou point de paraglobuline dans la néphrite chronique diffuse. Dans le catarrhe de la vessie, l'urine contenait toujours de la paraglobuline, avec des proportions d'albumine relativement très-taibles.

2. La caséine du sérum, c'est-à-dire le corps que l'on obtient en traitant le sérum sanguin par l'acide acétique après en avoir précipité la paraglobuline, paraît n'exister que rarement dans l'urine, ou seulement à l'état de traces.

3. La peptone (après séparation des autres albumines précipitables par ébullition avec de l'alcool) existe en petite quantité dans toutes les urines albumineuses, et d'après Gerhar dt (voy. plus haut), elle apparaît aussi, en certaines circonstances, dans l'urine qui contient de l'albumine non coagulable par la chaleur.

Une détermination quantitative de raibumine éliminée avec l'urine est quelquefois désirable, par exemple dans les cas où il importe de savoir quelle quantité de matière est de cette façon enlevée à l'organisme, et par suite si on doit ou on ne doit pas craindre un appauvrissement du sang (hypalbuminose, hydrurie).

Les considérations suivantes peuvent venir en aide au médecin pour obtenir des résultats pratiques dans la détermination quantitative de l'albumine. On ne doit pas seulement déterminer la richesse centésimale de l'urine en albumine, il faut aussi calculer la quantité éliminée en un temps donné, en 24 heures, par exemple.

La quantité d'albumine (calculée à l'état sec) qui, dans l'albuminurie, est éliminée avec l'urine, peut éprotiver de trés-grandes variations, depuis un minimum de moins de 1 gramme jusqu'à 20 et même 50 grammes dans les 24 heures. En ^se lasant sur ces proportions, on peut établir dans la perte d'albumine par les reins les catégories suivantes :

La perte est insignifiante, presque sans influence sur le sang et la nutrition, lorsque la quantité de l'albumine séparée en vingt-quatre heures s'élève à moins de 2 grammes ;

Elle est modérée si la quantité est en moyenne de 6 à 8 grammes par jour ;

Elle est considérable si elle dépasse 10 à 12 grammes.

On trouve très-rarement des cas où des quantités d'albumine égales à 20 grammes et même plus sont éliminées dans les 24 heures, ils constituent des exceptions et généralement ils ne sont pas de longue durée. Dans un grand nombre d'observations que j'ai faites, 28s%o

d'albumine fut le maximum que je vis éliminer avec l'urine dans les 24 heures.

Cherchons maintenant à nous donner une idée de l'influence de la perte d'albumine sur la constitution du sang, et notamment de la diminution pathologique d'albumine occasionnée par cette perte dans le sérum sanguin (hypalbuminose, hydrémie). Nous admettrons les conditions les plus défavorables : supposons que le sérum soit seulement égal à environ la moitié de la masse totale du sang, et que par conséquent un adulte ait environ 600 grammes de sérum, contenant 80 pour 1000 d'albumine ou 480 grammes pour la totalité du sérum. Admettons en outre que, pendant la durée de l'albuminurie, il ne se forme pas du tout d'albumine aux dépens des substances protéiques prises comme aliments (ce qui est peu probable), qu'il en soit de même avec l'hématoglobuline des corpuscules sanguins en décomposition continuelle. Si maintenant 10 grammes d'albumine sont, en moyenne, éliminés par jour avec l'urine, cela fait en 10 jours 100 grammes, la quantité d'albumine du sérum sanguin s'abaisse à 380 grammes et la richesse relative de ce liquide descend de 80 à 64 pour 1000, ce qui correspond déjà à un degré modéré d'hydrémie. Au bout de 26 jours la richesse du sérum en albumine serait, par cette albuminurie, abaissée à 57 pour 1000, — nombre qui correspond à peu prés à la plus faible quantité d'albumine observée dans le sérum sanguin des hydrémiques par Becquerel et Kodier. Ces considérations montrent comment, avec les hypothèses précédentes, une albuminurie très-intense peut, dans un temps comparativement court, produire un haut degré d'hydrémie. Cependant l'expérience apprend que l'influence d'une albuminurie sur la constitution du sang n'est que rarement aussi considérable, excepté dans quelques cas trèsaigus accompagnés de fièvre, et chez des malades qui ont complètement perdu l'appétit et dont les fonctions digestives sont tout à fait languissantes. Si l'on songe que 100 parties de viande renferment environ 15 ou 20 parties de substances protéiques, qui, la digestion se faisant bien, peuvent presque entièrement passer dans le sang sous forme d'albumine soluble, une perte de 10 grammes d'albumine par jour peut, dans des circonstances favorables, être remplacée par une addition à la nourriture journalière d'environ 90 grammes de viande ou d'une quantité correspondante d'une autre substance protéique ; j'ai, en effet, fréquemment observé que chez des malades, dont la digestion se faisait d'une manière passable, qui n'avaient pas de fièvre et se nourrissaient bien, un degré modéré d'albuminurie durait pendant des mois, sans donner lieu à une hydrémie appréciable ou à des symptômes annonçant cette affection.

ALBUMINE

Les procédés dont on se sert ordinairement pour doser l'albumine dans l'urine ont été décrits dans le § 75.

Ä. Si scher la ko ff et Chomj ako ff [Dcnt&ches Archiv f. Klin. Medic, 1870, VIII, p. 218) ont fait des expériences comparatives sur l'exactitude de ces différentes méthodes. Il résulte de ces recherches que le dosage de l'albumine par coagulation et pesée y§ 75, p. 2S2), ne donne pas du tout de résultats exacts, par suite de la précipitation incomplète de l'albumine. .\vec une teneur en albumine de 0,5 p. 100, il reste en dissolution dans Furine 4 à 8 fois autant d'albumine qu'il en est précipité. Avec une teneur de 1 p. 100, la quantité qui reste dissoute est à peu près égale à celle qui est précipitée. Avec une teneur en albumine de plus de 2 p. 100, il reste environ 1/3 d'albumine en dissolution.

Le dosage de l'albumine d'après la différence des poids spécifiques déterminés avant et après la coagulation de l'albumine (méthode de Lanr/, Haebler, etc., p. 288) fournit des résultats très-inexacts.

Au contraire le dosage de l'albumine par voie optique à l'aide du polarimètre (voy. p. 285) donne les résultats les plus exacts, et en outre le procédé est le plus simple et le plus rapide de tous.

P. Liborius (Beiträge zur quantit. Eiweissbestimmung, in Deutsch. Archiv f. Klin. Med. 1872, p. 319) a fait également des expériences comparatives sur l'exactitude de chacune des méthodes proposées pour le dosage de l'albumine. Il résulte de ses expériences que la précipitation de l'albumine par l'alcool donne encore, quant à présent, les résultats les plus exacts.

Les procédés dont on se sert ordinairement pour doser l'albumine dmis Vurhie ont été décrits dans le paragraphe 75.

Pour des déterminations simplement approximatives, par exemple lorsque le médecin veut seulement savoir à peu près si dans une albuminurie la séparation de l'albumine est grande ou petite, ou bien si elle augmente ou si elle diminue, on peut suivre le procédé suivant, qui est d'une grande simplicité :

Un choisit pour précipiter l'albumine de l'urine par l'ébullition ou par l'acide azotique un tube d'essai ayant autant que possible partout le même diamètre, et on abandonne au repos pendant douze ou vingt-quatre heures le précipité albumineux. On peut alors évaluer facilement le volume de ce précipité par rapport à la quantité d'urine prise pour l'expérience. Si maintenant on conserve les échantillons d'urine précipités chaque jour, on peut très-facilement comparer entre elles les différentes quantités d'albumine, et voir si ce principe augmente ou diminue. Cette évaluation est encore plus exacte si l'on remplace le tube d'essai, convexe à son extrémité inférieure, par un tube de verre ayant autant que possible dans toute son étendue un même diamètre de 1 centimètre 1/2 à 2 centimètres, et qui, après avoir été fermé par un bout avec un bouchon coupé droit et s'adaptant bien, sert à recevoir l'urine soumise à l'ébullition. Lorsque après environ douze ou vingt-quatre heures le précipité aibu mineux s'est complètement déposé, on peut, avec une échelle maintenue à côté du tube, déterminer combien de dixièmes ou de centièmes du volume total de l'urine sont occupés par le précipité. Mais il ne faut pas oublier qu'à l'aide de ce moyen on connaît seulement la quantité relative, et non absolue, de l'albumine contenue dans l'urine ; et en outre ces sortes de déteriiiinations présentent toujours quelque chose d'incertain. En effet, suivant que l'albumine s'est précipitée sous l'influence de l'ébullition à l'état de particules fines ou grossières, et suivant le poids spécifique de l'urine, le coagulum albumineux occupe un volume tantôt plus grand, tantôt plus petit, et des expériences dans lesquehes l'albumine fut en même temps déterminée par la balance et d'après son volume m'ont fait voir qu'avec la dernière méthode on peut commettre des erreurs de 50 et même de 50 p. 100. C'est pourquoi il ne faut se servir qu'avec une grande réserve des résultats obtenus par quelques pathologistes français, à l'aide du dosage en volume, relativement à l'influence exercée par différents agents sur la séparation de l'albumine dans l'albuminurie.

NEUBAUER ET VOGEL. DE l'uRINE. 2« ÉDIT. 24

[Pour les analyses ({uotidiennes au lit du uialade, ou devra toujours préférer h cette méthode le procédé lV Esbach (p. 285), qui est tout aussi rapide et beaucoup plus exact.]

§ 98. Fibrine.

La fibrine peut se rencontrer dans l'urine, tantôt à l'état coagulé, tantôt à l'état liquide.

La fibrine coagulée apparaît sous forme de particules volumineuses visibles à l'œil nu, constituant alors les coagula sanguins si faciles à reconnaître et qui ne peuvent être confondus avec aucun autre corps (voy. § suivant) ; ou bien, mais beaucoup plus rarement, elle se présente à l'état de coagula incolores, tantôt solides, tantôt gélatineux, ou bien encore sous forme de très-petites particules visibles seulement au microscope (cylindres ou tubes urinifères). (Voy. Sédiments urinaires, g 116.)

La présence de la fibrine liquide dans l'urine donne à cette humeur la propriété de se coaguler; l'urine renfermant cette fibrine, et que l'on désigne par l'épithète de coagulable, a en effet pour caractère de donner naissance, au bout de quelque temps (ordinairement plusieurs heures après son élimination), à des coagula fibrineux qui, dans certains cas, ne recouvrent que le fond du vase et constituent dans la couche la plus inférieure de l'urine une sorte de sédiment cohérent, et qui, dans d'autres circonstances, se forment dans toute la masse de l'urine et la convertissent entièrement en une gelée. Cette urine coagulable ne se rencontre que très-rarement en Etirope, mais on la voit plus fréquemment dans d'autres contrées (Brésil, Ilede-France).

La gelée fibrineuse ainsi formée peut être facilement confondue avec celle qui, beaucoup plus fréquente, prend naissance dans les urines riches en carbonate d'ammoniaque, par l'action de ce sel sur les corpuscules de pus contenus dans ces mêmes urines, phénomène que l'on observe souvent dans les catarrhes vésicaux (voy. § 115 et 114).

Quelquefois une urine coagulable contient en même temps du sang ; dans ce cas on ne peut conclure que l'urine contient à la fois de la fibrine et du sang, que lorsque le coagulum fibrineux est assez considérable pour qu'il ne soit pas possible de lui donner le sang contenu dans l'urine comme seule origine.

J'ai vu uu cas de ce genre chez une femme atteinte de maladie de Bright. Pendant longtemps l'urine de cette malade donna régulièrement naissance, quelques heures après son émission, à un coagulum fibrineux coloré en rouge très-pâle, qui se loritiait au iond du vase et renfermait un grand nombre de corpuscules de pus et

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