SUCRE
que, dans un cas de ce genre, le médecin tourne son attention sur ces causes, qu'il cherche à découvrir si par hasard une d'elles n'existe pas et qu'il dirige son traitement en conséquence. Mais une explication et iin traitement tout à fait satisfaisants d'un cas de ce genre ne deviendront possibles que lorsque les causes mentionnées plus haut, pour la plupart encore controversées, auront été expliquées avec plus de netteté et que leur influence sur la séparation du sucre par l'urine sera mieux connue qu'elle ne l'est actuellement. Pour le moment, l'explication suivante semble la plus probable :
Lorsque, pour une raison quelconque, s'accumule dans le sang une quantité de sucre plus grande que celle qui doit y être décomposée par la métamorphose de la matière, — que ce soit parce qu'une quantité non ordinaire de sucre est arrivée dans le sang ou parce que la décomposition de ce corps dans le sang est empêchée par une cause quelconque, — une partie de l'excès peut être éliminée par l'urine, absolument comme cela a lieu pour un grand nombre d'autres substances.
C'est ici que doit être mentionnée l'existence de petites quantités de sucre dans le sang des artères, des veines, de la veine porte, dans l'urine des femmes enceintes, des femmes en couches, des nourrices, et même dans l'urine d'hommes tout à fait sains. Après de nombreuses controverses sur cet objet, il semble maintenant assez bien établi (malgré l'opinion contraire de Seeyeii; voy. page 91), notamment par les recherches de Brücke, à' Iwanoff et de Pavy, que l'urine de personnes en parfaite santé contient aussi fréquemment de petites quantités de sucre. Mais pour la pratique médicale et le diagnostic, ces recherches n'ont pour le moment aucune valeur réelle, elles n'intéressent que le chimiste ou le physiologiste de profession. Il est maintenant encore très-difficile d'obtenir des résultats positifs, parce qu'il n'y a que l'emploi des méthodes de recherches les plus exactes et des réactifs les plus purs qui, dans les expériences de ce genre, puissent mettre à l'abri des erreurs. Personne ne pourra faire des recherches sur cet objet sans avoir une connaissance complète des travaux assez nombreux déjà publiés. Pour se guider, on pourra se servir avec avantage des deux excellents mémoires de Lehmann [in Schmidfs Jahrbücher, t. LXXXVlI,p. 281, et t. XCVII, p. 3) et de la dissertation de Nicol. Iwanoff {Beiträge zu der Frage über die Glycosurie der Schwangeren, Wöchnerinnen und Säugenden Dorpat, 1861), qui renferme un résumé complet dco travaux les plus récents.
D'après de Sinéty -, on ne rencontre du sucre dans l'urine, chez les femmes enceintes et les femmes en couches, que lorsque la sécrétion des glandes mammaires est incomplètement éliminée ; la présence du sucre dans l'urine est alors constante. Ainsi on trouve toujours du sucre dans l'urine vers le deuxième ou le troisième jour après l'accouchement, au moment de la fièvre de lait. A cette période la sécrétion du lait est très-abondante, tt l'enfant n'en consomme encore que très-peu. Chez les chiens et .les lapins qui allaitent, on peut rendre à volonté l'urine sucrée en éloignant les petits. On peut aussi constater une augmentation de sucre dans le sang lorsque le lait n'est pas éhminé.
On a quelque fois observé du sucre dans l'urine après l'administration d'essence de térébenthine (voy. p. 92), en outre d'une manière passagère dans le tétanos
* Recherches sur l'urine pendant la lactation (Ca:..
.NKIKAUKK ET VUÜEL, l'uKI.NL. LUIT.
méd. de Paris, lb>7ô, u"^ 43 et 45).
rhumatismal (A. VogeL Deutsches Archiv f. Klin. Med. 1872. X, p. 103) et dans la fièvre intermittente
D'après les recherches de I. Setiff [Inaugural Dissertation, Dorpat 1869), l'urine des animaux contient du sucre d'une manière passagère (pendant deux ou trois heures) à la suite d'inhalations d'oxyde de carbone.
Ewald [Centralbl. f. d. med. Wissenschaß. 1875, n" 52) a produit la glycosurie chez des chiens et des lapins en leur injeciant de la nitrobenzine.
Külz [Beiträge zur Hydrurie und Melliiurie. Habilitationsschrift. Marburg, 1872) est aussi parvenu à produire la glycosurie chez des chiens et des lapins par injection de différentes substances.
Dans ces derniers temps Vinosite (voyez § 27) a été plusieurs fois trouvée dans l'urine, mais toujours dans des cas pathologiques, soit avec du sucre de raisin, soit avec de l'albumine (dans la néphrite albumineuse). Son origine et sa signification ne sont pas encore connues. Elle paraît cependant provenir de la substance glycogénique du foie, parce que chez les animaux les piqûres du quatrième ventricule cérébral ou des maladies organiques analogues produisent quelquefois l'inosurie à la place de la glycosurie.
Des cas d'inosurie sont décrits par Gallois [De l'inosurie, Paris, 1864) et par Schnitzen [Archiv f. Anat. 1863. I, p. 29).
Dans un cas de polyurie avec ramollissement de la moelle, décrit par Mosler [Virchow's Archiv. 1873, LYI, p. 44), de l'inosite a été trouvée dans l'urine.
Quelques autres substances, qui, dans certains cas, ont été trouvées dans l'urine : acide lactique (voy. §50), différents acides gras volatils (voy. § 31), acide bcnzoïquc {§ 51), qu'on ne rencontre que dans l'urine putréfiée, hydrogène sulfuré (§ 54), allantoïne (§ 35), ont, quant à présent, si peu d'importance pour le médecin pratigien qu'il nous semble inutile d'en parler ici. Il sera question plus loin (dans les §§ 112 et 115) de certains corps, comme la leucine, la tyrosine, etc., qui dans certaines circonstances offrent quelque intérêt pour le médecin.
§ fl05. Éléments anormaux accidentels.
Sous ce titre, sont compris les éléments anormaux trés-diiTérents qui dérivent des substances alimentaires, des boissons, des médicaments, et qui passent dans l'urine sans subir d'altération ou bien après avoir éprouvé certains changements. Ils rendent l'urine anormale; mais cette anomalie n'a aucune importance pathologique.
11 a déjà été question dans différents endroits de ces éléments accidentels de l'urine, de la manière de les reconnaître et de leur signification (g 56, p. 'J74etsuiv.). Jusqu'à prési3nt ils ont spécialement intéressé le chimiste et le physiologiste; ils ont fait connaître au premier
' E. Bardel, De la glycosurie éphémère dans les lièvres palustres [Union inédicalc, u" lO'n. \K 68, 187^2).
plusieurs produits de décomposition de substances organiques compliquées, et ils ont permis au second de tirer des conclusions sur les changements qu'éprouvent les différentes matières dans Tintérieur de l'organisme de l'homme et des animaux, et ont ainsi jeté quelque lumière au sujet de la métamorphose intermédiaire de la matière.
A ces éléments accidentels de l'urine, qui, du moins pour le moment, intéressent plus le chimiste et le physiologiste que le médecin, appartiennent aussi de petites quantités de peroxyde d'hydrogène (voy, §22), à'azotatcs et à'azotitcs (voy. § 21); ces deux derniers corps proviennent certainement des aliments et des boissons, et ils ont été découverts il y a peu de temps, ainsi que le peroxyde d'hydrogène, par Schöllbein [Journ. f. prakt. Chemie, 186i, p. 152 et lü8).
Ils ne sont cependant pas sans importance pour le médecin, et avec le temps ils en acquerront une beaucoup plus grande encore. Leur présence permet de reconnaître ou de présumer qu'un malade a pris certains aliments, certaines boissons ou certains médicaments. Les asperges, l'essence de térébenthine, le safran, le cubébe, etc., se révèlent par l'odeur qu'ils communiquent à l'urine ; plusieurs substances végétales, comme la rhubarbe, le séné, certains fruits et certaines racines renfermant des matières colorantes, quelquefois aussi la créosote, le goudron, la santonine (voyez page 353), pris à l'intérieur, donnent à ce liquide une couleur particulière, tandis que d'autres substances qui passent dans l'urine peuvent être découvertes par une recherche chimique.
Il est encore plus important pour le médecin de savoir si certains médicaments sont éliminés avec l'urine et, dans le cas affîrmatif, quelle quantité de ces substances est séparée par ce liquide. En effet, la réponse à cette question détermine fréquemment si un malade doit continuer ou au contraire suspendre l'usage de ces médicaments (voyez page 344).
Dans plusieurs cas empoisonnement, la substance toxique peut aussi être découverte dans l'urine, de telle sorte que l'essai de cette dernière peut quelquefois avoir de rim^, ortance pour la médecine légale ou pour le diagnostic et le traitement.
Les substances suivantes sont jusqu'à présent celles dont la recherche dans l'urine peut avoir quelque intérêt pour le médecin :
Pour les méthodes de recherche, qui souvent sont assez compliquées et dont la description est trop longue pour être introduite ici, voyez soit § 5t), soit le mémoire de Kletzinsky, publié dans Wiener médecin. Woclienschs., 1857 et 1858, et en outre Maycnçon et Bergeret [Journ. de l'anal, et de la physiol., 1872, n°' 80 à 98; 1875, n° 5).
A la suite de l'empoisonnement par le plomb ou après l'administration de préparations plombiques, ce métal passe quelquefois dans l'urine. La recherche est difficile et ne réussit pas toujours.
Voyez aussi Folwarczny, Wiener Zeitschrift, 1859.
Le plus souvent on peut découvrir le cuivre dans Turine dans les cas d'empoisonnement par ce métal (Kletzinsky) .
Il peut être intéressant pour le médecin de retrouver le mercure dans l'urine à la suite d'un empoisonnement et après un traitement par ce métal. Dans le dernier cas on apprend si l'organisme contient encore du mercure ou bien si celui-ci est déjà éliminé. (Voyez pour la méthode à suivre page 175.)
Les sels de zinc passent facilement dans l'urine et peuvent y être découverts sans difficultés (Kletzinsky).
Le nickel et le cobalt, qui tous les deux, surtout le premier, agissent comme poisons, peuvent aussi être facilement retrouvés dans l'urine.
Ij arsenic et ï antimoine passent également dans l'urine et peuvent y être découverts par la méthode que l'on connaît (appareil de Marsh) .
La recherche de Viode et du brome dans l'urine offre quelquefois de l'intérêt pour le médecin, en apprenant à ce dernier si, dans un traitement par l'iode ou le brome, l'organisme contient ou ne contient plus de ces substances. La richesse en iode de l'urine peut même être déterminée très-exactement (voyez pages 178 et 179 et g 71).
Lorsque des alcalis carbonatés ou à acides végétaux (acétates, etc.) sont administrés à l'intérieur comme diurétiques ou dans l'intention de neutraliser l'excès d'acidité de l'urine, il est important pour le médecin d'avoir un moyen de déterminer pendant combien de temps il peut donner ces médicaments sans produire d'effet nuisible et à quel moment il doit en suspendre l'emploi ou l'administrer de nouveau après l'avoir suspendu. Dans un cas de ce genre la réaction chimique de l'urine fournit la meilleure indication. Tant que l'urine a une réaction acide, l'usage de ces médicaments peut être continué sans inconvénient, l'organisme n'en est pas encore sursaturé.
Si cependant l'urine a une réaction nettement alcaline, et si cette réaction est due à un excès d'alcalis fixes et non à la présence de carbonate d'ammoniaque (voyez page 560, b), il sera mieux, dans la plupart des cas, de suspendre la médication et de ne la reprendre que lorsque l'urine sera redevenue acide. On choisira de préférence, pour l'administration de ces médicaments, les moments où l'estomac est vide, parce que, pendant les trois ou quatre heures qui suivent les repas, l'urine a l'habitude d'être moins acide et quelquefois même d'être alcaline (voyez § 127).
Vacide tannique pris à l'inlérieur passe dans l'urine sous forme d'acide gallique ou d'acide pyrogallique.
L'alcool Vacide phonique et le c/i/oro/brme passent aussi dans l'ui ine
§106 , SÉDIMENTS IJRTNAIRES. 3 9
et peuvent y être découverts par les méthodes menlionnées dans le g 56.
La quinine prise à l'intérieur passe en majeure partie et relativement vite dans l'urine. La plus grande partie est éliminée dans les 12 premières heures après l'administration, aussi bien chez les personnes saines que chez les fiévreux; cependant, chez ces derniers presque toute l'élimination a lieu pendant les 6 dernières heures {H. ThaUy Deutsches Archiv f. Klin. Med., V, p. 505). Pour la recherche et le dosage de la quinine dans l'urine, voyez pages 185 et 508.