‹ De l'urine et des sédiments urinaires [electronic resource]Chapitre 150 sur 185 · SUCRE · texte numérisé non relu

SUCRE

d'acide cliolaliqiie dans l'urine des ictériques, lorsque ce liquide renferme une grande quantité de pigments biliaires. Lorsque Tecoulement de la bile dans l'intestin est empêché, la voie normale suivie par les matières colorantes de la bile, pour sortir du corps avec les fèces, se trouvant ainsi fermée, les pigments sont obligés de prendre une direction inaccoutumée, et alors ils sont en partie éliminés avec l'urine. Au contraire, à l'état normal la plus grande partie de l'acide cholalique retourne dans le sang pour y disparaître, et comme dans l'ictère il ne se produit, sous ce rapport, aucune modification, il est facile de comprendre pourquoi généralement dans cette maladie, à côté d'une grande quantité de pigments de la bile on ne trouve dans l'urine que peu ou point d'acides biliaires.

En outre, comme la disparition des acides biliaires n'a pas lieu dans la bile, mais dans le sang, nous devons aussi nous attendre généralement à voir l'urine en contenir, non dans les affections du foie, mais dans les maladies du sang , où la métamorphose des acides biliaires dans le sang est empêchée ou amoindrie. Gomme on peut le prévoir, ces acides ne se montreront que dans l'urine des affections du foie qui sont accompagnées d'une hypersécrétion de bile, par suite de laquelle il s'accumule dans le sang une quantité d'acides biliaires telle que la métamorphose normale ne peut pas se faire complètement.

Voyez à ce sujet Huppert, in Archiv der Heilk., 1864, p. 256) et E. Bischoff, in llcnle und Pfeuffer s, Zeitschrift f. rat. Med. 1864, p. 125.

§ I04. iSucre.

Pour découvrir le sucre dans l'urine, on procède d'après le paragraphe 25, D. Si l'urine contient de grandes quantités de sucre, la recherche de cette substance n'offre aucune difficulté pour les personnes tant soit peu exercées. La couleur rouge-brun foncé que prend une urine sucrée, lorsqu'on la fait bouillir pendant longtemps après l'avoir mélangée avec de la potasse caustique , est suffisante pour assurer le diagnostic. Les contre-épreuves avec la soude caustique ou la potasse et le sulfate de cuivre, ainsi que les essais avec le bismuth et le carmin d'indigo, servent pour confirmer le résultat.

[La recherche du sucre dans l'urine tu lit du malade peut être effectuée trèssimplement à l'aide du procédé suivant, indiqué récemment par C. Pratesi^. On dissout à froid 2ê^5 de potasse causti([ue dans (30 grammes de silicate de potasse liquide très-concentré, puis oii ajoute 2 grammes de bichromate de potasse. La solution ainsi obtenue, qui doit être conservée dans des vases bien bouchés, sej't pour la préparation de lames réactives. Dans ce but, on prend des bandelettes de fer-blanc longues de 7 à 8 centimètres et larges de 1 centimètre. A l'aide d'une

' Revue des sciences médicales, t. II, p. 589, 1875.

baguette de verre, on verse à l'un des bouts une goutte de la solution précédente, puis on lait sécher à la chaleur d'une lampe ou d une bougie. On verse de nouveau deux autres gouttes, puis deux autres encore, et on fait sécher. Pour rechercher le sucre au lit du malade, on prend une de ces petites lames et l'on fait chauffer légèrement le mélange qui la recouvre; celui-ci se gonüe et prend une couleur jaune serin plus vive que celle qu'il possédait auparavant. Gela fait, avec une baguette de Terre on verse par-dessus deux gouttes de l'urine à essayer, et l'on fait chauffer presque jusqu'à siccité complète. S'il n'apparaît pas a\issilôt une coloration verte, on verse deux autres gouttes, puis encore deux autres, en ayant soin de chauffer de nouveau. S'il y a du sucre et si celui-ci s'y trouve en quantité non inférieure à 4 ou 5 pour 1000, on verra apparaître promptement la coloration verte déjà indiquée et plus ou moins intense, coloration due aux produits de décomposition du sucre, qui en réagissant sur le Chromate de potasse ont réduit l'acide chromique à l'état de sesquioxyde ou oxyde vert de chrome ; s'il n'y a pas de sucre, cette coloration verte fait défaut].

Quelquefois l'urine contient aussi de Valcaptone (voy. § 26) et de \-à pyrocatéchinc (voy, § 39). Ces cas, probablement rares et dont le mode de production n'a pas encore jusqu'ici été expliqué, n'offrent pour le moment aucune importance clinique, mais à cause de la grande analogie des réactions de ces corps avec celles du sucre on pourrait être conduit à admettre dans l'urine la présence du sucre quand ce liquide n'en renferme pas. Lorsque ces corps existent dans l'urine en même temps que le sucre, on ne peut reconnaître ce dernier avec certitude que par la réduction du nitrate de bismuth, ou bien à l'odeur de caramel développée à l'ébullition par la potasse, ou enfin par l'épreuve de la fermentation. (Yoy. Docteur P. Furbringer. Berliner Klinische Wochenschr, 1875, n° 24.)

Lorsque les essais indiqués ne donnent pas un résultat décisif, on peut être certain que la quantité du sucre contenu dans l'urine en question n'est pas considérable. Dans un cas de ce ^eme , il importe ([uelquefois au médecin de savoir si l'urine est tout à fait dépourvue de sucre, ou bien si elle renferme une toute petite quantité, une trace de cette substance. La solution exacte de cette question est longue et difficile à obtenir. Il faut user de toutes les précautions qui ont été indiquées page 99. (Préparation de l'extrait alcoolique de l'urine évaporée, du saccharate de potasse, etc.)

Pour déterminer avec exactitude la quantité du sucre contenu dans une urine, on procède d'après le paragraphe 70. Mais, à l'exception de la méthode polarimétrique , les procédés décrits dans ce paragraphe sont assez compliqués, et pour cette raison ils ne peuvent pas être facilement appliqués par le médecin, qui, généralement, laisse à un chimiste le soin de les exécuter. Afin de connaître exactement la marche de la sécrétion du sucre, il ne faut pas manquer de calculer pour une unité de temps la quantité du sucre produit (x grammes de sucre sont excrétés dans une heure).

Des essais ont été faits par Wicke et Listing dans le but de comparer l'exactitude des différentes méthodes usitées pour le dosage du suci-e dans l'urine (dosage i)ar l'oxyde de cuivre, la fermentation, le polarimètre).

* Henle und Pfeuftei's Zeitschrift, l. VI, Hel't 3.

§ Wt SUCRE. 585

On a aussi essayé de déterminer la quantité dti sucre contenu dans une urine diabétique en se basant sur le poids spécitiqiie de celle-ci, et dans ce but on a dressé des tables qui indiquent combien de sucre est renfermé dans une urine ayant un poids spécifique déterminé. Cette méthode est très-usitée en Angleterre, mais, comme l'a montré Bence-Jones ^ elle est très-inexacte et elle ne peut même pas être employée pour des déterminations approximatives.

Au contraire, W. Manasseiu' a trouvé que la méthode de Roberts, dans la({uelle on détermine la teneur en sucre de l'urine en se basant sur la différence du poids spécifique de l'urine avant et après la fermentation, donne de très-bons résultats (voy. p.. 2Ö8).

Comme les procédés de dosage du sucre dans l'urine mentionnés plus haut sont longs et difficiles, j'ai à leur place fréquemment employé une autre méthode, qui est tout à fait suffisante pour le médecin, auquel le plus souvent il importe seulement de savoir approximativement combien une urine diabétique contient de sucre et principalement si la proportion de cette substance augmente ou diminue. La méthode est basée sur ce fait qu'une urine sucrée bouillie avec de la potasse caustique prend une couleur brun-jaune, et que par l'intensité de la coloration, et à l'aide d'une échelle de couleurs, on peut déterminer la quantité du sucre de la même manière que la richesse de l'urine en pigment.

La meilleure manière de procéder est la suivante. On dissout dans 40 ou 50 c. c. d'eau une quantité pesée (environ 2 grammes) de sucre de raisin bien desséché, on ajoute à peu près un volume double d"une lessive de potasse assez concentrée et l'on fait bouillir pendant 10 ou 15 minutes. Après le refoidissement, on ajoute au liquide devenu brun foncé autant d'eau qu'il en faut pour que chaque centimètre cube du mélange renferme 10 milligrammes de sucre. Avec ce liquide on forme maintenant une échelle de couleurs. Pour des recherches ne demandant pas une grande exactitude une échelle d'un petit nombre de degrés est suffisante, et l'on peut se servir de tubes d'essai ordinaires, ayant autant que possible le même diamètre dans toute leur longueur. On remplit le premier de ces tubes avec un mélange formé de 1 partie du liquide précédent et 9 parties d'eau, et contenant par conséquent 10 milligrammes de sucre par 10 c. c. On remplit à moitié le second tube avec ce même mélange et l'on ajoute un égal volume d'eau ; on obtient alors un degré de l'échelle, contenant 5 milligrammes de sucre par 10 c. c. Dans un troisième tube, puis dans un quatrième et dans un cinquième, on verse des liquides qui par 10 c. c. renferment 5, '2 etl milligrannne de sucre, etc. Si l'on prépare une échelle composée de 10 à l'2 degrés, et si l'on choisit pour cela de gros tubes de verre aussi semblables que possible, on peut obtenir des résultats très-exacts. Lorsqu'on a fait une échelle de ce genre, on fait bouillir une quantité mesurée (environ 5 c. c. pour les urines riches en sucre, et 10 c, c. pour celles qui n'en renferment qu'une petite quantité) de l'urine à essayer avec le double de son volume de lessive de potasse ; après le refroidissement, on verse le liquide dans un vase de verre qui par la forme et la grandeur ressemble à ceux de l'échelle précédente, et l'on ajoute de l'eau jusqu'à ce que la couleur se rencontre avec celle de l'un des degrés de Féchelle. Puisque l'on connaît la richesse en sucre du degré de l'échelle, on peut maintenant calculer facilement celle de l'urine. Cette méthode est très-commode (elle n'exige que quelques minutes pour être exécutée) et pour cette raison elle est très-convenable pour la clinique.

* Médical Times and Gazette, A février 1S54. ^ Deutsches Archiv f. Klin. Med., 1872. X, p. 73.

Toutefois l'échelle ne se conserve pas pendant longtemps ; mais il n'en est pas de même du liquide primitif lorsqu'on a soin de le placer dans un endroit frais et sombre, et l'on peut préparer rapidement une nouvelle échelle à l'aide de ce liquide. Dans les cas rares où l'urine contient de grandes quantités d'alcaptone ou de pyrocaléchine (voy. p. SS^), cette méthode ne peut pas naturellement être employée parce que ces substances colorent aussi en brun l'urine trait ée par la potasse.

Signification. — La présence du sucre dans l'urine est maintenant encore très-difficile à expliquer. C'est pourquoi il me semble convenable d'indiquer d'abord les faits qui ont de l'importance pour le médecin praticien.

Au point de vue pratique il y a deux cas à distinguer :

1. L'urine contient du sucre non pas seulement en grande quantité, mais aussi pendant un long temps et sans interruption (c'est seulement lorsque les malades sont à jeun que l'urine éliminée est quelquefois exempte de sucre).

2. L'urine ne contient que des traces de sucre, ou bien le sucre n'y apparaît que temporairement ou d'une manière continue pendant un temps court, ou bien d'une manière intermittente, l'urine n'en renfermant pas à certains moments.

Dans le premier c8iS on doit admettre l'existence de la maladie connue sous les noms de diabète sucrée ou de glycosurie. En général, il y a d'autres symptômes concomitants, qui peuvent venir en aide pour établir le diagnostic et le pronostic : urine abondante et trèsdense, soif ardente, amaigrissement, peau sèche, etc. Ce n'est pas ici le lieu de donner une description complète de l'origine, des causes, de la marche et des complications du diabète sucré, et nous ferons seulement remarquer que dans tous les cas de ce genre le médecin est autorisé à déduire un pronostic qui, s'il n'est pas absolument défavorable, est au moins douteux.

Souvent le pronostic est plus favorable dans les cas où l'émission d'une urine trèssucrée a lieu à la suite de lésion de l'encéphale, comme celle que l'on produit chez les animaux par la piqûre du quatrième ventricule cérébral, — en supposant, bien entendu, que la lésion du cerveau n'entraîne pas elle-même un pronostic fâcheux.

Le deuxième cas, dans lequel l'urine ne renferme que des traces de sucre, ou de grandes quantités, mais seulement d'une manière accidentelle, s'observe dans le cours de maladies très-différentes, et même chez des personnes tout à fait saines. La cause de ce fait a été très-diversement expliquée par plusieurs physiologistes : elle a été attribuée à une alimentation trop riche en sucre et en substances amylacées, à des troubles dans les fonctions de l'encéphale et du système nerveux, notamment de la moelle allongée, à un affaiblissement de la respiration et de l'absorption de l'oxygène, à une diminution dans la quantité des alcalis du sang. 11 sera toujours convenable

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