MATIÈRES COLORANTES
sur le filtre la pellicule bleue. Après que le bleu d'indigo qui s'est séparé peu à peu a été enlevé, le liquide filtré brun dépose par l'ébullition une poudre brune foncée qui a le môme aspect que celle que l'on peut extraire directement de la substance extractive de l'urine en faisant bouillir cette matière avec des acides, et dont la lessive de soude dissout une partie et laisse l'autre à l'état insoluble. La portion insoluble est dédoublée par l'alcool bouillant en deux corps : l'un se dissout dans le réactif avec une couleur bleue pourpre et paraît être identique avec l'indirubine, l'autre a les propriétés du bleu d'indigo. {Journ, f. pr. Chem., t. LXXV, p. 378.)
B. Préparation d'après Kletzinsky et Heller. — - De l'urine qui, lorsqu'on la mélange avec de l'acide chlorhydrique fumant se colore en bleu d'indigo, est complètement précipitée avec du sous-acétate de plomb et le liquide filtré débarrassé de l'excès de plomb par l'hydrogène sulfuré est évaporé au tiers. On verse le liquide encore chaud dans deux ou trois fois son volume d'acide chlorhydrique fumant et on laisse reposer quelques jours : pendant ce temps il se forme à la surface du mélange une mince pellicule rouge-cuivre miroitante et le liquide se trouble peu à peu. Maintenant on filtre, on lave bien avec de l'eau la masse bleu-noirâtre qui s'est séparée et, après l'avoir desséchée en présence d'acide sulfurique, on la traite avec de l'èther qui alors se colore en rouge foncé ou pourpre et qui renferme une masse, l'urrhodine (indirubine, d'après Sc/iwwc/c), rouge, amorphe et analogue à une résine. On fait ensuite bouillir avec de Talcool le résidu laissé par l'èther et l'on abandonne à elle-même dans un flacon fermé la solution de couleur bleue bluet foncé. Au bout de quelques mois, il s'est déposé un sédiment noir velouté qui contient fréquemment des cristaux rudimentaires (l'analyse élémentaire de ce précipité s'accorde, d'après Kletzinsky, avec celle du bleu d'indigo). Cependant lorsqu'on a affaire à de l'urine très -riche en indican, il n'est pas besoin, d*âprès ma ^iropre expérience, de suivre ce procédé si compliqué ; une urine de ce genre laisse précipiter trèspromptement des pigments, lorsqu'on la mélange avec son volume d'acide chlorhydrique. La quantité que l'on retire est toujours très-petite, et l'on ne devrait jamais opérer avec moins de 5-10 kilog. d'urine.
G. Recherche. — 1 . Pour découvrir des quantités même petites d'indicandans l'urine, on se sert de la réaction suivante extrêmement nette, indiquée par Heller. Dans un tube d'essai on mélange 5 ou 4 centimètres cubes d'acide chlorhydrique très-fumant avec 20 ou 40 gouttes de l'urine à essayer^ ou bien on chauffe l'urine à l'ébullition, après y avoir ajouté un peu d'acide chlorhydrique ou d'acide azotique. S'il y . a de l'indican, le mélange se colore en violet rouge ou en bleu in-
iense, par suite de la décomposition de ce corps. Si, en présence de petites quantités d'indican, la réaction se fait attendre, on peut la rendre beaucoup plus sensible en ajoutant deux ou trois gouttes d'acide azotique concentré. Par cette augmentation de la sensibilité de l'essai, on voit apparaître, non pas immédiatement, mais bien après quelques minutes, une belle coloration violette, qui d'abord tire sur le bleu, plus tard sur le rouge, et qui, au bout d'un temps variable, devient rouge sale et enfin jaune. La plupart du temps, la coloration se manifeste sans que l'on soit obligé d'ajouter de l'acide azotique, mais ce dernier décèle les traces les plus faibles d'indican. Dans cette réaction, de même que dans les autres, l'indican est décomposé en bleu d'indigo, rouge d'indigo et sucre.
2. On mélange 10 centimètres cubes de l'urine à essayer avec un égal volume d'acide chlorhydrique, et l'on ajoute ensuite goutte à goutte une solution saturée de chlorure de chaux. Suivant la proportio:^ de l'indican, lemélange se colorera en rouge, violet, vert oubleu, mais en toutes circonstances il laissera sur le filtre, après filtration, un dépôt offrant une couleur bleue bien évidente. [Jaffé) ^
3. D'après Siockvis, on chauffe l'urine à essayer à 60-70<* avec deux parties d'acide azotique impur, et l'on agite avec du chloroforme et de l'éther. Les deux dissolutions se colorent alors rapidement en bleuviolet et, examinées au spectroscope, elles présentent, entre G et D, les bandes d'absorption caractéristiques du bleu d'indigo.
Les solutions de l'acide sulfindigotique donnent au spectroscope entre les lignes C et D, une bande d'absorption foncée très-nette, qui déborde la ligne D, lorsque les liquides sont très-concentrés.
J'ai eu l'occasion d'observer pendant longtemps une urine très-riche enindican. Cette urine fut éliminée à différentes époques, et pendant longtemps d'une manière continue, par un jeune homme de 18 à 20 ans, d'une constitution saine en apparence.
Si l'on mélangeait cette urine avec environ son volume d'acide chlorhydrique ou d'acide azotique, elle se colorait promptement en violet, devenait de plus en plus foncée et enfin bleu-noir foncé. Après agitation et un peu de repos, la matière colorante se séparait, soit sous forme d'mie mousse bleu foncé, soit sous forme d'une mince pellicule miroitante bleu-rougeâtre.
La matière colorante lavée, se présentait sous forme d'une poudre bleu foncé avec un retlet rouge-cuivre, qui se dissolvait dans l'alcool bouillant, mais qui par le refroidissement se déposait en majeure partie, tandis que le liquide surnageant restait coloré en violet ou en rougeâtre (urrhodine).
Le produit ainsi obtenu se sublimait à une chaleur modérée : il se transformait d'abord en belles vapeurs rouges, puis il se déposait sous forme d'un sublimé bleurouge. Ce subhmé, vu au microscope, paraissait en groupes d'aiguilles comme ceux décrits précédemment. Il n'était pas possible de le distinguer de l'indigo sublimé et sa réaction en présence de l'acide sulfurique concentré, de l'acide azotique etnotam-
* Archiv der Physiologie, t. 111, p. 448.