‹ De L'urticaire: Produite par les chenilles processionnaries du pin maritimeChapitre 13 sur 25 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ÉTIOLOGIE DE L'URTICAIRE. — NATURE CHIMIQUE DU PRINCIPE URTICANT. — DU ROLE DÉVOLU A CHACUN DES ÉLÉMENTS POILS ET PRINCIPE URTICANT:.

M. le D Lalesque (d'Arcachon) fut consulté dans la même semaine par sept ou huit personnes toutes atteintes d’une affection cutanée papuleuse et prurigineuse, de même siège et de même forme. Les malades accusaient tous de leur mal les chenilles qui, à cette époque de l’année, descendent des pins maritimes pour aller s’enfouir dans le sable. Plusieurs des sujets affirmaient n’avoir touché ni les chenilles, n1 les objets divers qui sont en rapport avec leur corps pendant leur théorie.

D'après ce dernier fait, il existe donc une action irritante à distance. Les enfants qui touchent les chenilles ou jouent avec

les objets sur lesquels elles ont passé; les résiniers qui courent

pieds nus pendant leur travail et piétinent une procession sont atteints par contact direct. Mais par contre, on constate l'iruption sur les mains, le cou, les jambes des grandes personnes presque toutes à la peau fine et blanche, chez les femmes en particulier.

Ces derniers faits s’observent surtout quand la descente des processionnaires coïncide avec une journée de vent. Le nid s’effrite alors et sa poussière est irritante. |

D'ailleurs, comme je l'ai déjà dit plus haut, le nid des processionnaires conserve ses énergiques propriétés pendant de

longues années. L'exemple suivant le démontre surabondam- 5 Parasol.

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ment : le docteur Calmeil, médecin de la maison des aliénés de Charenton, avait depuis plus de dix ans un nid de chenilles processionnaires dans un bocal ; il ne pouvait l'ouvrir, sans que lui-même et les personnes qui se trouvaient dans la salle, n’éprouvassent de singulières éruptions. Laboulbène (Dictionnaire encyclopédique, art. Chenilles lépidoptères), dit : « Les » poils emportés par le vent se répandent de toutes parts dans » les forêts ou les bois et pénétrent dans la peau, surtout au » visage et aux mains, y causant des douleurs trés vives et » des cuissons brûlantes ».

Ce qui démontre d’ailleurs l’action à distance sont les exemples suivants : des gens sont tombés malades lorsque les chenilles étaient déjà retirées dans leurs quartiers d'hiver. On en verra un exemple frappant dans l'observation IV.

Des touristes ont contracté la maladie pour s'être arrêtés un seul instant dans le foyer d'infection; ils s'étaient cependant tenus scrupuleusement loin des chenilles et de leur contact. On a vu l’éruption apparaître chez des gens de la ville, après s'être servis de serviettes séchées à la campagne. On à vu des dames atteintes une première fois d’urticaire, contracter de nouveau cette maladie en mettant le vêtement qu’elles portaient le jour où elles ont observé chez elles la maladie pour la première fois. Il existe aussi des exemples de chevaux atteints après avoir mangé du foin récolté dans une contrée infestée par les chenilles.

L'action à distance se trouve donc suffisamment démontrée par ces exemples.

Mais quelle est dans la chenille la partie urticante?

Elle estévidemment placée sur le tégument de l’animal, puisque les vieux nids qui contiennent les dépouilles laissées par la mue sont aussi urticants que l’animal lui-même. Si l’on examine le corps de la chenille, on trouve, comme nous l'avons vu

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plus haut, plusieurs sortes de poils. Les uns, placés sur la facs ventrale, sont lisses, les autres, placés sur la face dorsale, sont recouverts de piquants. Les premiers, broyés sur la peau, sont absolument inoffensifs.

Parmi les seconds, on distingue les poils longs, qui sont disséminés irrégulièrement sur toute la face dorsale, ou réunis de chaque côté en petites touffes et qui sont visibles à l’œil nu ; et les petits poils microscopiques groupés en masses compactes sur les organes spéciaux appelés miroirs. | ”

Dans le cours de notre étude sur les chenilles, nous avons pu recueillir des poils longs, nous les avons fortement broyés sur là face Ce flexion du coude et nous n’avons jamais pu obtenir la plus petite rougeur ou démangeaison.

Les petits poils, au contraire, même pris en très petite quantité et très légèrement frottés, ont constamment déterminé l'éruption caractéristique.

Ce sont donc exclusivement ces derniers organes qui sont les agents infectieux. Ils sont si légers et, si ténus qu'ils nagent au-dessus de l’eau et sont emportés par le vent à de grandes distances. A propos de maladies contractées à distance, le célèbre entomologiste Réaumur dit : « Pendant que je défaisais » avec ma canne un nid qui était posé seulement à quelques » pieds de hauteur, il est arrivé quelquefois que les environs » étaient très éclairés par le soleil; dans les endroits éclairés, » je voyais voltiger des milliers de petits corps, qui étaient » pourtant beaucoup plus gros et en plus grand nombre que » ceux qu'on voit au milieu des rayons de lumière qui entrent » dans une chambre obscure ».

Ce même entomologiste avait d’ailleurs contracté la maladie par contact direct en maniant un nid de processionnaires.

Nous avons vu aussi plus haut, dans l'étude détaillée du poil du miroir, que ce poil était creusé d'un canal rempli de matière

LR grisâtre qu'on peut faire sortir par pression. Quelle est la nature de cette substance? Les auteurs français et allemands ne se sont pas trouvés d’accord sur cé sujet. Schmidt, Will et Gorup ont publié leurs recherches sur la nature de cette substance et ont conclu que c'était de l’acide formique. Goossens et Girard, après de nombreuses recherches chimiques, veulent que le venin de la processionnaire soit la cantharidine.

Dans ce dernier cas, le contact seul ne pourrait pas produire une éruption. Avec la cantharidine, en effet, on produit un érythème ou bien un exanthème bulleux et non papuleux comme le produisent les chenilles processionnaires. D'ailleurs, Will fait remarquer que le papier Lakmus au tournesol, suspendu dans un récipient contenant des chenilles processionnaires, met de 6 à 24 heures pour rougir. Ce serait, d’après lui, l'acide formique volatil qui agirait dans ce cas. Nous avons pu nous-même constater la présence de l'acide formique dans l’éther de conservation à l’aide du nitrate d'argent. Quoi qu’il en soit, il est évident que chaque partie de cet organe, crochets du poil et matière granuleuse, a son action particulière.

Nous ne saurions nous ranger à l’opinion de Kaposi, qui prétend que l’urticaire des processionnaires est une éruption produite seulement par le frottement des poils sans intervention de substance irritante. Voici d’ailleurs ce qui prouve surabondamment le rôle essentiel de la substance contenue dans le poil.

Le 13 mai 1895, voulant prendre une chenille conservée dans un flacon d’éther pour l'inclure dans la parafine, nous

nous versèmes par mégarde un peu d’'éther sur la main et

l’'avant-bras. Les chenilles étaient en macération depuis très

longtemps dans ce flacon. Nous ressentîmes, quelques instants

après, une vive démangeaison accompagnée d'un léger éry-

thème, sans soulèvement du tégument. Cet érythème, surtout:

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intense sur le côté de flexion de l’avant-bras, disparut au bout

d’une heure. Comme l'éther aurait bien pu contenir des poils du miroir en suspension et déterminer l'urticaire par ce seul fait, nous voulûmes renouveler l'expérience dans d’autres conditions. A quelques jours de là, nous filtrâmes quelques gouttes | de ce même éther, de façon à le débarrasser de tout poil et nous le versämes sur la face antérieure de l’avant-bras; nous constatâmes avoir obtenu un résultat identique à celui du 13 mai. C'était donc bien la substance irritante dissoute dans l’éther qui produisait le prurigo et l’érythème sans papules. Ste |

Nous recueillimes alors dans une boîte où avaient séjourné une douzaine de chenilles processionnaires, un peu de poils du miroir qui y étaient restés et nous nous les appliquâmes au pli du coude. Deux heures après, nous avions en cet endroit une admirable éruption d'érythème papuleux. Nous obtinmes d’ailleurs le même résultat sur l’autre bras, avec des poils pris sur les miroirs des chenilles conservées dans l’éther.

D’après ces expériences, les rôles du poil et de son contenu seraient donc différents ou plutôt se complèteraient l’un l’autre : l’un ne servant qu’à introduire l’autre sous la peau. La matière du canal ne produirait la papule que tout autant qu’elle serait introduite sous la peau par le poil. Il est établi, en effet, que ces poils pénètrent sous la peau et cela par l'expérience suivante de Laudon : Un homme de 42 ans se trouvait dans sa maison de santé pour une maladie du sac lacrymal; par une pression légère sur le côté de flexion de l’avant-bras il lui broya, après avoir humecté la peau, une petite particule de poils du miroir. Au bout d'une heure, l’éruption d’urticaire était constatée. Avec des ciseaux à fines coupes, il excisa en ce lieu plusieurs morceaux de peau et les mit aussitôt dans l'alcool absolu.

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