‹ De l'utilisation de la chloropicrine dans les opérations de dératisation et désinsectisationChapitre 18 sur 22 · LUE · texte numérisé non relu

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vénient d'imprégner les corps poreux qu'elle peut rencontrer de chloropicrine à l’état liquide ; l’éliminatiton de cette dernière est ainsi rendue plus difficile ; l'opérateur, souvent peu expérimenté, peut recevoir sur la tête et les épaules des gouttes de liquide ; il se produit alors autour de son visage une telle concentration de vapeurs que celles-ci peuvent passer sous le masque et devenir gênantes ; de plus, au sortir des locaux traités, les vêtements ainsi imprégnés nécessitent une aération d’une certaine durée pour que l’opérateur puisse enlever son masque sans désagrément.

Pour obvier à ces inconvénients, M. le Professeur Bertrand trouva un procédé simple ne nécessitant aucun appareïllage spécial, basé sur ce fait que « une serviette retient facilement son poids de chloropicrine, c'est-à-dire qu'avec une serviette de toilette de 100 grammes on peut très bien retenir, par simple imbibition, 100 grammes de chloropicrine ; ceci suffit pour traiter très intensément une pièce qui aurait de 10 à 20 mètres cubes ».

Pour traiter un navire, il suffit donc d'examiner d'abord comment les différents compartiments sont reliés les uns aux autures pour commencer la répartititon de la chloropicrine par le compartiment le plus éloigné de la sortie. Dans ces compartiments on a tendu des ficelles auxquelles on accroche les serviettes imbibées de chloropicrine.

Des linges de dimensions suffisantes étant préparés et la chloropicrine répartie dans des bouteilles contenant la dose nécessaire pour chaque compartiment, on transporte tout ce matériel à l’endroit où il doit être utilisé. L'opérateur, muni d’un masque, pénètre dans le compartiment le plus éloigné de la sortie, imbibe les linges absorbants avec les doses de chloropicrine préparées, les accroche aux ficelles, et, recu-

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Jant compartiment par compartiment, continue l’opération jusqu’à la sortie.

Une méthode exactement semblable fut ainsi employée par M. le Professeur Bertrand pour la dératisatiton et la désinsectisation d’un yacht de 30 compartiments et où le cubage à traiter était de 645 mètres cubes, ce qui exigea 6 kg. 500 de chloropicrine. L'opération, préparée comme il a été indiqué ci-dessus, n'exigea plus que 13 minutes pour être réalisée.

Dans ce cas, le bateau n’était pas pourvu de hublots, il était simplement aéré par des lanternes placées audessus des salles, et par les portes d'accès aux escaliers. Quarante-huit heures de ventilation suffirent néanmoins pour le rendre habitable.

Généralement, 24 heures de ventilation suffisent pour assurer l’aération. Cependant, après 27 heures d'aération, lors de la dératisation et de la désinsectisation d’un navire, le Docteur Seguy signala qu’un. officier, ayant voulu coucher dans sa chambre, fut fortement incommodé. On peut s'expliquer ce fait si on se rappelle que les laines et plumes retiennent facilement les vapeurs de chloropicrine, ainsi que nous l’avons indiqué précédemment ; des doses résiduaires de vapeur ont pu persister dans les objets de literie. Il serait donc nécessaire de les battre avant de les réutiliser.

Une méthode semblable peut être Dunlotes à terre sans modifications.

Pour les locaux à terre, cette question de ventilation, qui est certainement la plus difficile à résoudre, dans l'emploi de la chloropicrine, comme d’ailleurs de tous les gaz toxiques, se pose beaucoup moins, par suite de la grande surface des orifices d'aération qui, comme les portes, peuvent se prolonger jusqu’au ras du sol. Seule l’aération des sous-sols pourrait présenter quel-

que difficulté.

L'’aération des voitures de chemin de fer ou de toute autre voiture publique est plus facile encore, car il suffit de les faire rouler un certain temps à vide, les portières ouvertes, pour éliminer sûrement toute trace de vapeurs toxiques. Ceci est intéressant, car le Conseil supérieur d'hygiène publique a interdit l'usage de l’acide cyanhydrique pour la désinsectisation de ces . véhicules.

Il fallait néanmoins se demander si l'emploi de la chloropicrine pour le traitement des locaux à terre ne présente pas d’inconvénients pour le voisinage. Pour les bâtiments isolés, la question ne se pose pas ; elle est facilement résolue dans l’armée, où l'emploi de la chloropicrine est réglementaire, par l'évacuation complète des bâtiments traités. Il semble cependant qu'après un bon calfeutrage des orifices : portes, fenêtres, cheminées, fissures des planchers, ouvertures des lieux d’aisance, l'évacuation des pièces contiguës soit suffisante ; dans les vieux bâtiments en particulier, ‘es fissures des murailles et des cloisons, les cheminées communicantes, etc ., devraient être recherchées avec soin. Ce ne sont pas là des précautions plus difficiles à observer que celles que M. le Professeur Violle indique pour l’emploi de l’acide cyanhydrique. Cependant, si un orifice, une fissure quelconque a échappé à l'attention, on est immédiatement averti, grâce à son pouvoir lacrymogène, de la présence de la chloropicrine dans un local voisin et on peut l’évacuer sans dommage.

En 1920, un appartement put être désinsectisé à Bordeaux par la chloropicrine. C'était la destruction des puces qui était uniquement recherchée. Les doses employées furent de 5 grammes par mètre cube ; les portes et les fenêtres étaient fermées mais non obturées hermétiquement, le rideau de la cheminée était

simplement baissé. On put rentrer dans l'appartement sans ventilation préalable, au bout de 48 heures, et, en aucun point de l’immeuble, on ne sentit l'odeur de la chloropicrine, même au ras des parquets ; quant aux insectes, ils furent totalement détruits.

L'emploi de la chloropicrine dans des chambres spéciales, pour les opérations d’épouillage en particulier, ne présente aucune difficulté.

La chloropicrine peut être également employée pour la destruction du rat dans son terrier. Ce procédé fut utilisé par le Médecin général Bouffard lors d’une bouffée épidémique de peste en 1921. On opérait très simplement en introduisant des tampons de chloropicrine, à 5 cm. de profondeur, dans les trous de rats, puis on bouchait l’orifice à l’aide de mortier.

Bien mieux, M. le Professeur Bertrand a montré qu'une goutte de chloropicrine par décimètre carré de surface du sol traité, suffisait à détruire des surmulots placés dans des cages de treillis métalliques à 25 cm. de profondeur. Ce procédé présentait de plus l’avantage, au point de vue agricole, de détruire les vers blancs. Il a donc imaginé un appareil distributeur de chloropicrine à cet effet.

La chloropicrine, malgré ies apparences dues à ses propriétés lacrymogènes est donc facilement maniable aux doses utiles de 10 grammes par mètre cube. Elle n’a jamais causé d'accident mortel. Elle ne nécessite pour tout matériel que le masque de guerre. Elle peut être utilisée dans les mêmes conditions que l’anhydride sulfureux, et avec une efficacité incontestablement plus grande, dans la destruction des rongeurs en pleine campagne.

Le temps nécessaire pour obtenir une bonne aération est néanmoins parfois un obstacle à l’utilisation pratique de la chloropicrine. En hygiène maritime en

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