INTRODUCTION
Si, dans sa forme urétrale, la blennorragie est connue depuis les temps les plus reculés, —sa contagion est en effet mentionnée dans le troisième livre de Moïse et sa description faite dans le Susrulas, le plus vieux monument de la médecine hindoue, — ce n'est qu'au milieu du siècle dernier que les auteurs commencèrent à s'inquiéter du retentissement de cette affection sur l'organisme tout entier. qi
Fournier disait, en 1866, en parlant des accidents qui se produisent sur des organes qu'aucune relation anatomique, qu'aucune dépendance fonctionnelle ne relie à lurètre: <On les prendrail volontiers pour les manifestations d'un état géné- ‘al, d’une infection constitutionnelle, d'une diathèse »: el Chottier (1884) fait «de l’anémie elde la souffrance de l'économie entière observées chez les blennorragiques le résultat de lempoisonnement du sang par les matières virulentes de lécoulement, anémie analogue à celle qu'on observe dans la syphilis qui est bien due à l’action du virus sur le sang. »
Ce n'est qu'à l’époque des découvertes bactériologiques que les complications de lurétrite gonorrhéique purent ètre étudiées d’une façon plus scientifique. Pour connaitre la pathogénie de celte infection généraie il fallait, comme le dit Souplel dans sa thèse parue en 18953, étudier l’état du sang chez les blennorragiques.
Les auteurs dirigent leurs recherches de ce côté et les procédés se perfectionnant d'année en année, la présence du gonocoque dans le sang est constatée de plus en plus souvent.
Mais cet examen fut presque toujours fait chez des blennorragiques avec complications générales et ce furent les symptômes cliniques qui suggérèrent au médecin l'idée de pratiquer un examen bactériologique.
Nous nous sommes demandé, en présence de ces faits, s’il ne pourrait se faire que le laboratoire fût amené à devancer le diagnostic clinique, à indiquer la possibilité de complications non encore existantes. De nombreux cas considérés comme urétrites simples auraient peut-être été diagnostiqués infection générale, si un examen du sang avait été pratiqué. C'est souvent un incident fortuit, mettant un point de l'organisme à l’état de moindre résistance et permettant ainsi au gonocoque sa localisation, qui fait connaitre certains cas de passage du gonocoque dans le sang. Sans une contusion légère, le malade d'Hochmann n'aurait pas présenté un phlegmon métastatique à gonocoque et, sans son hématome, le sujet de Busquet et Bichelonne n'aurait pu fournir un milieu de culture excellent pour le diplocoque spécifique errant dans le liquide sanguin.
Contrairement à l'avis de Faure-Beaulieu qui, par suite d'échecs subis (faute, peut-être, de milieux appropriés par Trapeznikoff en 1892 et Oro en 1902), déclare dans sa thèse, soutenue à Paris en 1906, que « la gonococcémie est toujours absente en cas d'urétrite blennorragique non compliquée de lésions à distance ou de symptômes généraux », on peut se demander s'il est bien exact d'affirmer que dans tous les cas d'urétrite simple l’ensemencement doit toujours être négatif. Il est bien difficile de saisir le moment où la blennorragie, affeclion locale, se complique de symptômes généraux. Ceux-ci paraissent devoir être la résullante et la manifestation grossière du passage dans le sang du gonocoque en quantité notable.
Ne pourrait-il pas se faire que le gonocoque franchisse la muqueuse urélrale en l'absence de complications à distance ou de symplômes généraux. Il sullit que l'économie ait le temps d'organiser la lutte contre lagent pathogène pour que la maladie soit rendue sans gravité, el si la quantité est minime, ce sera même sans élat lébrile que se fera cette réaction.
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Nous avons essayé de rechercher dans ce travail si les méthodes de laboratoire pouvaient nous fournir un moyen pralique de constater la présence du gonocoque dans le sang des blennorragiens, même de ceux ne présentant ni localisations secondaires, ni symptômes généraux, et de vérilier par là même jusqu'à quel point est vraie cette parole de Balzer qui, en 1900, se demandait, sans preuve expérimentale à l'appui, si les complications de la blennorragie constiluaient une exception et s’il n'existait pas dans les cas considérés comme des urétrites blennorragiques simples une infection latente qui n’évolue que chez les sujets prédisposés.
Nous n'avons pas la prétention, avec les quelques observations que nous présentons, de vouloir trancher définitivement la question. Nous nous contentons d'apporter notre modeste contribution à létude du problème, faisant nôtre ce souhait exprimé par La Fontaine: « Il arrivera possible que mon travail fera naître à d’autres personnes l'envie de porter la chose plus loin. »
Nous éludierons successivement:
1° L'historique des recherches relatives à la présence du gonocoque dans le sang des blennorragiques :
2° L'historique des constatations du gonocoque situé dans l’endocarde ;
3° Les procédés et les milieux de cullure employés par les auteurs ;
4° La technique et le résultat de nos expériences.
o° Conclusions.