EME
Que de fois il arrive à un médecin, consulté par la victime d’un de ces accidents, de déclarer qu'il n’y a rien dans l'œil blessé parce qu'il n'y voit rien ? Et cependant le malheureux revient quelques jours après en proie à des souffrances atroces ét victime de la présence irritante d’un corps étranger intra-oculaire, » i
L'importance du diagnostic immédiat accroït encore de ce fait : que les complications d'un corps étranger peuvent se faire sentir bien des années après l'accident.
« Je me suis trouvé, dit Le professeur Panas (1), en présence d'un phlegmon orbitaire survenu chez un officier dont l'orbite recelait impunément depuis 15 ans une balle de chassepot, le globe oculaire ayant conservé jusque là
son aspect normal, bien que privé de vision. »
Importance au point de vue pronostic
Pour un œil blessé, le pronostic varie considérablement avec le siège et la présence intra ou extra-oculaire du corps étranger. ne
Pour Fucks, la question de savoir si un corps étranger sera bien supporté ou non, dépend des circonstances suivantes:
io Le corps est-il aseptique ou non ? | £
2° Quelle est sa nature chimique ? |
3° Quel est son volume ?
4 Quel est le degré de tolérance des tissus de l'œil où
ge le corps étranger ?
(1) Archives d'ophialmologie, 1902.
SAONE
Chacun des tissus de l'œil présente un degré de tolérance différent pour les corps étrangers. C’est l’uvée et surtout le corps ciliaire qui réagissent le plus violemment à l’occasion de toute espèce de traumatisme, Au contraire, le cristallin supporte le mieux la. présence d'un corps étranger. De toute façon le pronostic est très grave quand le corps étranger est dans l'œil.
Dans un livre écrit en 1877, Are, se plaçant au point de vue pratique, fait dépendre du siège du corps étranger le pronostic de l’œil blessé.
On peut admettre qu'à égalité de lésions trauma tiques et de propriétés physiques un corps étranger sera plus facilement toléré dans la partie postérieure du globe, surtout en arrière de l’ora un que dans le voisinage ou au contact du tractus uvéal..
Rouquette (1) attribue à a éléments essentiels la gravité du pronostic :
La nature du corps étranger ;
La profondeur à laquelle il a pénétré
« Les éclats de capsule, dit-il, amènent presque fatalement la suppuration de l'œil, tandis que les grains de plomb projetés par déflagration de la poudre ne provoquent Jamais de phénomènes de panophtalmie. »
Dans une thèse écrite en 1878, Moutlleron concluait : Le séjour prolongé d’un corps étranger dans un œil est une menace incessante pour lPœil malade aussi bien que pour l'œil sain. Le pronostie d’un œil blessé par un corps
étranger est donc toujours très sombre
(t) Rouquertre. 7hèse, Lyon, 1892.
HE O0 Le
Pour Falencon (1): Dans la chambre antérieure la présence d’un corps étranger est très dangereuse pour l'œil, Dans les parties profondes de l'œil le désordre que peuvent occasionner les corps étrangers varie avec leur situation, leur volume, leur composition chimique et leur degré de septicité. ù
Coppez (2) et Gunzbourg envisagent seulement le cas de corps étrangers magnétiques et font dépendre le pronostic surtout du siège.
Quand le corps étranger siège dans la chambre antérieure, le pronostic est bénin. Au contraire, il est très grave pour les corps étrangers siégeant dans les parties profondes de l'œil.
Sur 28 corps étrangers profonds, le résultat lut:
1 fois l’acuité visuelle — 2/3 ; 2 fois une bonne perception lumineuse ; 5 fois la conservation de la forme du globe;
20 fois l’énucléation. | : |
Le professeur Panas (3) insiste sur la bénignité relative des accidents dus aux grains de plomb intra-oculaires. , Il donne en exemple la statistique de Tornatola où, sur 22 cas, une seule énucléation fut nécessaire, 21 yeux conservèrent leur forme et leur volume, 8 ayant seulement récupéré un degré moindre de vision, Par contre, il attire l'attention sur la gravité des blessures par balle de
revolver. h
(4) Vazençon. Gazette des Hôpitaux du 14 mai 1898. (2) Archives d'Opht., 1900.
(3) Archives d'Oplit., 1902.
Enfin, Valois (1) cite deux observations de blessures de l'œil par grain de plomb, observations que nous repro-duisons plus loin. Dans l’une, le diagnostic du siège ne fut pas fait, et l'œil fut énucléé. Dans l’autre, le diagnostie du siège fut fait grâce à la radiographie, mais l'œil n’en fut pas moins énucléé. A la suite de ces deux observations, l’auteur conclut :
Dans les blessures par grains de plomb, toute la gravité du pronostic réside dans la plaie :
i° Par les dangers d'infection ;
20 Par le siège de la blessure oculaire.
Il est donc amené à déduire : :
1° Que, d’une part, l'importance qui doit être donnée à l'examen radiographique est assez relative ;
90 Que la conduite qu’il faut tenir en présence d’un cas de ce genre doit être réglée par l'examen clinique bien
plus que par l'examen radiographique.