‹ De La Balano-Posthite ChancelleuseChapitre 13 sur 20 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

(Communiquée par M. Marty, externe du service). Gangrène. Destruction totale de la verge.

L..., entré le 18 avril 1882 à l'hôpital du Midi, service de M. le Dr Mauriac, salle 8, lit 11. |

Le 16 mars 1882, à la suite d’une longue continence, L... eut commerce avec une femme suspecte. Huit jours après, le 24 mars, L..., dont le prépuce recouvrait d'ordinaire le gland, sentit vers l'extrémité de la verge une légère démangeaison ; il s'aperçut alors qu'il avait sur la muqueuse préputiale du côté gauche et assez près du limbe pour que l'examen fut possible, deux petites ulcérations arrondies. x

Au bout de deux ou trois jours, le prépuce, puis toute la verge devenait le siège d’un gonflement considérable azcompagné de rougeur, mais relativement peu douloureux. Un écoulement muco-purulent venait tacher sans cesse la chemise et les linges qui enveloppaient la verge du malade.

L'état de la région s’aggravait malgré un traitement antiphlogistique et le malade qui habitait les environs de Paris résolut de se faire soigner à l'hôpital de St-G.... ,

11 y entra en effet le jour de Pâques (9 avril, c'est-à-dire une

ÉS

: SJ EURE 4 # 4 # D ER M à ET De LE 0 : ee 06 RE

nn) —

quinzaine de jours après l’apparition des petites ulcérations sur la face interne du prépuce.

Le malade, si l’on en croit son récit, est traité à l'hôpital de St-G. par de l’iodure de potassium à l'intérieur, et localement par la poudre de tan.

Dès le 11 avril,le surlendemain de son entrée, il constate que l'extrémité de sa verge devient noire, froide et insensible. D'ailleurs la miction continue à se faire facilement; la douleur reste aussi peu vive qu'auparavant.

Bientôt le malade est pris par la fièvre et, à partir de ce moment, il ne se rappelle plus que très très confusément ce qui se passa.

Néanmoins, les accidents généraux ne tardent pas à s’amender. C'est alors qu’effrayé par l'aspect complètement noir de sa verge, L... quitte l'hôpital dans la journée du 17 avril.

Il quitte St-G...le mardi matin 18 et se présente à la consultation publique de M. le D' Mauriac à l'hôpital du Midi.

Le malade, en enlevant le pansement qui protège la région malade, s'aperçoit que toute la partie gragreneuse de la verge s’est détachée pendant le trajet en voiture, sans qu’il en ait eu seulement le soupçon.

18 avril. La verge a disparu presque en totalité; il n’en reste plus que la valeur d'un demi-centimètre en avant de la symphyse du pubis et, même sur ce moignon, l'enveloppe cutanée fait défaut. Le plan de section des corps caverneux et de l'urèthre est franchement dirigé de haut en bas; la surface à vif est aussi nette que si l’ablation de l'organe avait été faite à la hache. Elle est rosée et ne suppure que très peu.

Pas d'hémorrhagie, pas de douleur. La miction reste facile. Aucun retentissement dans les ganglions de l’aine.

L'état général est aussi satisfaisant que possible; le malade mange avec son appétit ordinaire.

Traitement, — Repos au lit. Compresses d’eau phéniquée.

Dès le début de la gangrène, au moment où les phlyctènes apparaissent, l'odeur qui s’exhale des parües malades suffirait à la rigueur pour renseigner le médecin sur la nature du travail morbide qui s'opère.

L'eau phéniquée, les désinfectants de toute nature peuvent à peime masquer cette fétidité repoussante.

OR

Cette odeur gangreneuse devient de plus en plus forte pendant toute la durée de la formation de l’eschare; elle persiste même en partie pendant la période d’élimination. |

Jusqu'ici la balano-posthite gangreneuse, symptomatique du chancre simple, n’a été étudiée par nous que comme une affection locale. Cependant des symptômes généraux la précédent et l’accompagnent.

Dès que la phlegmasie prend la forme gangreneuse, l'organisme subit le retentissement du nouveau travail morbide et l’on observe alors un ensemble de symptômes qui rappelle celui de la fièvre ataxo-adynamique ; la fièvre s’allume, la peau devient sèche et chaude, le pouls large et fréquent peut aller jusqu’à 120, 130, 140 pulsations par minute. Dès le premier jour, le thermomètre s'élève souvent au-dessus de 39°. La langue se couvre d’un enduit saburral, la soif est des plus vives. Les traits sont abattus, Les forces anéanties, la physionomie du malade exprime la souffrance et la prostration. Il y a généralement de l’insomnie, de l'agitation, quelquefois même du délire nocturne.

L’intensité de la réaction varie du reste suivant les sujets. Cet état général si grave en apparence va tom— ber rapidement, et dans l’immense majorité des cas se terminer d’une façon favorable.

Ces phénomène sont bien uniquement causés par le retentissement de l’état local sur l’économie. En eïfet l’eschare tombée (c’est-à-dire vers le quatrième ou le cinquième jour), la fièvre se dissipe, le pouls et la température tombent à leurs chiffre normal, les symptômes

peut. 5

Page 1