‹ De la bibliographie générale au dix-neuvième siècle (volume 2)Chapitre 4 sur 4 · DE LA BIBLIOGRAPHIE GÉNÉBALE · texte numérisé non relu

DE LA BIBLIOGRAPHIE GÉNÉBALE

pas encore paru, contiendra « une table en forme de catalogue rai^onné^ » où sont classés méthodiquement tous les ouvrages portés dans le dictionnaire^ et un grand nombre d'autres ouvrages utiles, mais d'un prix ordinaire, qui n'ont pas dû être placés au rang 'des livres ou rares, ou précieux ». C'est-à-dire, si toutefois j ai bien compris la phrase rapportée ci-dessus, que, dans la pensée de l'auteur, le Dictionnaire bibliographique doit être réservé aux livres ou rares, ou précieux, et la table systématique aux livres utiles, mais d'un prix ordinaire ; aussi ne suis-je pas peu surpris de trouver dans la série des livres ou rares, ou précieux : Y Encyclopédie de Courtin, Y Histoire de la campagne d'Espagne, par M. Abel Hugo, les OEuvres de Beaumarchais, la Chronique des ducs de Normandie, par Benoit, et maints autres livres utiles et d'un prix ordinaire. Déciçlément, le plan de M. Brunet m'échappe tout à fait, ou plutôt je regrette, et chacun regrettera comme moi, (jue M. Brunet n'ait pas suivi plus rigoureusement le programme si sage et si rationnel énoncé au titre de son ouvrage.

Sans doute, l'imperfection de méthode que nous signalons à regret, ne diminue en aucune façon la valeur des articles du Manuel pris isolément. Bien plus, cette imperfection prencl sa source dans un sentiment louable, celui de venir en aide à un plus grand nombre de lecteurs. M. Brunet a tenté de donner à la France ce qu'Ebert, l'auteur de Bibliographisches Lexikon, a donné en 1820 à l'Allemagne; il a enrichi son Manuel des excellents matériaux rassemblés par Eberl, et quiconque a consulté le Bibliographisches Lexikon^ conviendra que M. Brunet ne pouvait pas suivre un guide plus sûr et pliis expérimenté pour tout ce qui n'était pas du ressort de la littérature française, partie où lui, M. Brunet, riche de ses connaissances personnelles, n'a nul besoin d'être guidé. Toutefois, on remarquera qu'Ebert, critique judicieux et éclairé, philologue comme un Allemand, familier avec toutes les élucubrations de la science, n'a accordé aux livres rares qu'une place secondaire, et que son lexique s'adresse avant tout aux érudits, à ceux qui recherchent les bons livres et les bonnes éditions. Certainement, M. Brunet est un homme instruit ; mais comment n'a-t-il pas vu qu'il devait faire de deux choses l'une.

que les deux publics que M. Brunet parait avoir désiré satisfaire tout à la fois et du même coup, les amateurs de raretés et les amateurs de littérature, procédaient par des voies souvent contraires ; que ceux-ci achètent des livres rares sans trop s'inquiéter s'ils sont bons, et que ceux-là achètent de bons livres sans s'informer s'ils sont rares; comment, enfin, M. Brunet n'a-t-il pas compris, dès la première page du Manuel, que ce qu'il s'efforçait de concilier était inconciliable, et qu'amalgamer deux éléments si hybrides, c'était ôter à son travail deux qualités essentielles, l'unité et l'harmonie?

Les prix assignés à chacun des ouvrages inscrits au Manuel devaient" naturellement occuper une place sous la plume de M. Brunet. Nous sommes peu à même de contrôler la justesse de ces estimations, qu'il ne faut accepter qu'avec une certaine réserve, car la mode introduit tous les jours dans le commerce de la librairie des variations imprévues. Telle édition qui, il y a un quart de siècle, se vendait cent écus, ne rencontre plus aujourd'hui d'acquéreur à 6 francs, et telle facétie en vieux langage, cotée 6 livres à la vente La Vallière (1781),' ou à celle de Mac-Carthy (1814), sera payée cent écus, en 1844. Bien^plus, deux exemplaires du même livre et de la même édition monteront, dans la même soirée, à un taux très-inégal. Ceci tient à un millimètre de marge, à un témoin, à (une reliure aux armes du comte d'Hoym, de Longepierre ou de Grolier. M. Brunet est parfaitement au fait de ces petites particularités ; aussi on désirerait qu'il consignât non-seulement le prix du livre ; mais, lorsque ce prix est plus élevé que de coutume, qu'il dît la cause d une cherté qui ne peut être considérée que comme une exception, et non comme une loi générale. Enfin il nous semblerait nécessaire que le Manuel fût clos par un index chronologique des nombreux catalogues auxquels renvoie l'auteur dans le courant de ses volumes ; cette table supplémentaire aurait pour objet de rappeler au lecteur l'époque à laquelle les livres, dont le prix est marqué, ont été •vendus.

Indépendamment de ses recherches sur la valeur mercantile des livres, M. Brunet ouvre aussi les colonnes de son Manuel à des observations empruntées à la critique littéraire et érudite. Ces observations, dont quelques-unes paraîtront peut-être hasardées, sont néanmoins d'une utilité incontestable ; seulement il serait à souhaiter que l'auteur eût désigné partout les sources où il a puisé les faits qu'il reproduit. C'est là une bonne coutume que M. Quérard a remise en honneur, et qu'on ne pourra jamais

AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. ' iZ

assez recommander aux bibliographes. J'engagerai donc M. Brunet à étendre davantage ce principe, qui était également celui d'Ebert, et qui n'a pas peu contribué au succès du Bibliographisches Lexikon ; et, s'il n'entre pas dans son plan d'accroître les citations d'Ebert, je lui saurais gré du moins de conserver dans le Manuel celles que le savant allemand a déjà recueillies. Les lecteurs français, j'en suis sûr, seront de mon avis.

Je ne chicanerai pas M. Brunet. non plus c[ue M. Quérard, sur des fautes de détail : car, si les petites fautes d'un auteur ont jamais droit à Tindulgence de la critique, c'est assurément dans des ouvrages comme ceux-ci. Toutefois, j'am*ais voulu que M. ^unet u^avançàt des dates historiques ou biographiques qu'après une vérification préalable. Je ne relèverai ici qu'une erreur de ce genre : tome !«% page 76, M. Brunet fait vivre Vasco de Lobeira, Fauteur présumé des quatre premiers livres de VAmadis de Gaule^ sous Jean 11, roi de Portugal; or, Vasco de Lobeira mourut en 1403, et Jean II monta sur le trône en 4481.

J'aurais voulu encore que M. Brunet, qui en général réimprime des nomenclatures déjà imprimées, apportât un peu plus d'exactitude à la transcription des noms propres, chose d'absolue nécessité en matière de bibliographie. Tome II, page 244, je lis Glanel, typographe breton, bien connu du seizième siècle, au lieu de Glamel ; tome 1", page 324, je lis Cramer au lieu de Cremer; on sait que ce Cremer a écrit, en 1456, sur un exemplaire de la Bible de Gutenberg conservé aujourd'hui à la Bibliothèque royale, deux notules célèbres dans les fastes de la typographie naissante. D'autres fois, les listes du Manuel pourraient être plus complètes; ainsi M. Brunet a omis l'édition d'Arien (de expeditione Âlexandri) donnée à Berlin par M. Rrûger, et qui offre des leçons inédites fournies par le» manuscrit de Paris ; il est vrai de dire que cette édition, parue en 1835, n'a pas été insérée au lexique d'Ebert. Tome II, page 318, M. Brunet a également omis la traduction en vers français du poëme de Fracastor par M. Barthélémy : cet oubli a lieu d'étonner, car le poëme de M. Barthélémy est du ressort du Manuel ; il a été tiré à petit nombre. A l'article de VArs moriendi^ M. Brunet m'a fait Thonneur de citer favorablement un article que j'ai publié sur cette ancienne production de l'imprimerie xylographique ; puis il ajoute que la Bibliothèque royale a hérité des notices rassemblées par M. Van Praët sur ces sortes de livres. En effet, M. Van Pract a légué tous ses papiers à la Bibliothèque ; parmi ces papiers, beaucoup sont relatifs aux éditions du quinzième siècle ; mais, malheureusement pour moi et pour ceux qui après moi s'occuperont du même sujet, aucune des notices de l'honorable savaiit, je crois pouvoir l'affirmer, ne concerne VArs moriendi ni les livres xylographiques. C'est ce dont M. Brunet pouvait facilement se convaincre à la Bibliothèque royale ; il eût constaté aussi, par la même occasion, que les catalogues de cette bibliothèque ne faisaient aucune mention du Cymbalum mundide 1537 (Voyez le Manuel^ t. II, p. 63) ; enfin il aurait lu correctement le nom de Cremer sur la signature oridnale. Je comprends qu'il est désagréable de quitter son travail pour courir après des renseignements ; cependant, ne vaut-il pas mieux retarder la publication d'un volume de quelques semaines, et être certain de la fidélité des notions qu'il renferme ?

Au tome lil, page 833, je trouve l'édition de Manon Lescaut, Amsterdam (Paris), 1753, deux volumes in-12, indiquée comme la première du livre. J'ai devant moi un

et qu'avec un peu moins de précipitation M. Brunet eût facilemeut évitée, provient sans doute de ral)andon, je dirai presque de l'antipathie que notre bibliographe semble professer contre les écrivains du dernier siècle, et surtout contre les écrivains contemporains. Selon moi, cette tendance est fâcheuse ; rien ne la justifie, et on ne saurait trop la combattre dans rintérèt de l'auteur et de la bibliographie. Ouvrons la préface du Manuel : € Quant aux ouvrages, dit M. Brunet, véritablement remarquables de nos premiers littérateurs vivants, de ceux dont les noms doivent survivre à notre époque, ils sont trop susceptibles d'être journellement reproduits sous une forme nouvelle pour que nous ayons dû en indi(jiicr les diverses éditions ». En vérité, retrancher des colonnes d'une bibliographie choisie les premiers littérateurs d'une époque, par cette raison concluante que leurs livres sont les plus estimés, les plus lus, les plus recherchés et les plus fréquemment reproduits, c'est la une doctrine non moins neuve que singu* lière, et ou'on ne s'attendait pas à rencontrer ici ; si encore l'exclusion ne portait que sgr la fouie des littérateurs médiocres, on comprendrait ; mais non, elle porte sur (es

• premiers littérateurs, sur ceux dont les noms doivent survivre». J'avoue que les con* sidératioDs alléguées par M. Brunct sont loin de m'avoir persuadé, et que je serais embarrassé d'en imaginer de plus puissantes contre M. Brunct lui-même. Et d'ailleurs, n'est-ce pas précisément parce que les i:rands écrivains sont trop susceptibles d être journellement reproduits sous une forme nouvelle que M. Brunet aurait dû distinguer te» formes successives ? Qui donc s'acquittera de ce soin, si les bibliographes ne le font pas? N'est ce pas là qu'ils tendent? n'est-ce pas là leur but et leur principale mission? Espérons que, dans les volumes du Manuel qui restent à imprimer, M. Brunet accordera une petite place aux grands écrivains de son temps.

Si maintenant nous comparons les ouvrages de MM. Quérard et Brunet, ou mieux, si nous comparons le bibliographe qui se voue à une spécialité qu'il creuse profondément et celui qui choisit, la comparaison tournera visiblement à l'avantage du premier. Choisir et juger sont synonymes ; or, quel est Térudit assez érudlt, assez encyclopédique, assez haut placé dans la hiérarchie intellectuelle pour juger sciemment du mérite de tous les hvres, en d'autres termes, pour repousser ou admettre celui -ci plutôt que celui là? Une bibliographie universelle est impossible ; on aurait peut-être quelque raison d'ajouter qu'une bibliographie universelle et choisie offre des difficultés non moins insurmontables ; ceci s'explique de soi même : l'esprit le plus favorisé ne peut tout apprendre ni tout retenir, et il faudrait avoir tout appris et tout retenu pour choisir avec discernement le meilleur en toutes choses. Se renfermant dans un cercle, du reste suffisamment large pour remplir la vie d'un homme laborieux, M. Quérard s'est ouvert une voie qu'il a sondée à l'avance, et qu'il parcourt jusqu'à ses extrémités ; fort de ses études spéciales, il satisfait à une tâche qui ne l'entraîne pas au delà de ses études ; chez lui il n'y a point de fantaisie, il y a un vaste programme exécuté rigoureusement. Aussi la Lillêrature française contemporaine restera, comme les Bibliothèques françoises de La Croix-du- Maine et de Duverdier, ses modèles, sont restées. Des ouvrages de l'espèce du Manuel du Libraire finissent à peine, qu'il faut les recommencer, et le dernier venu fait oublier immanquablement ceux qui l'ont précédé. Telle a été en France la destinée des bibliographies choisies depuis Guillaume de Bure. Pourquoi M. Brunet, qui décrit et apprécie si bien les livres rares, ne s'est-il pas borné aux livres rares? Il eût attaché son nom à un travail durable, bien conçu et pour lequel nous n' aurions eu que des éloges? cette partie du Manuel^ nous aimons à le dire, est traitée de main de maître ; l'auteur y a montré une expérience consommée et une supériorité qui mérite sans restriction les louanges de la critique. Mais, au lieu de se tenir prudemment dans une branche de la bibliographie où son opinion est reçue par chacun comme une autorité, M. Brunet a voulu sortir de son milieu habituel ; il a cru pouvoir tout embrasser. Pour un seul, la charge était trop lourde ; néanmoins on ne saurait sans injustice ne pas tenir compte de sa bonne volonté, de son labeur persévérant, de ses actives exploiations ; et, si le succès n'a fMt toujours répondu à ses efforts, c'e4 qu'il ne suffit pas de découvrir au juste le prix des livras fixés pai^ les libraires, de numéroter curieusement les exemplaires d'un opuscule oublié, d'avoir enfin assisté pendant quarante années aux ventés des bibliothèques pour acquérir cette pratique des sciences et des littératures nécessaire à celui qui veut résumer avec intelligence, dans des listes restreintes et choisies, les monuments les plus dignes des sciences et des littératures.

J. -Marie GUICHARD.

Les eonséquenees de l'appréciation précédente devaient être subies par quelqu'un. La bicnveiliance avec laquelle on a généralement parlé de votre livre vous a gâté, aussi ne $ôuffrez-vous, Monsieur, aucun conseil, et la critique même profitable vous irrite. L'apparition de l'article de Jos.-Mar. Guichard fit naître chez vous une vive irritation qui se manifesta par une suite de procédés de fort mauvais goût envers moi. Je vous avais offert, comme hommage à un devancier dans la même carrière, un exemplaire de ma France littéraircy en grand papier, que vous avez reçu jusqu'au complet achèvement de l'ouvrage. Lorsqu'eut paru l'article de Jos.-Mar. Guichard, le premier acte de votre colère fut de me supprimer immédiatement la continuation de la 4« édition de votre Manuel, que par réciprocité de courtoisie vous m'aviez donnée, tandis que M. Silvestre, votre éditeur, continua a fournir au critique l'exemplaire dont il l'avait gratifié. Vous devez avoir. Monsieur,

parmi vos papiers, une lettre assez verte de moi sur cet étrange procédé. — En 4845, la librairie de Paris ouvrit une souscription en faveur d'un de vos confrères malheureux : des bibliophiles et bibliothécaires des deux^mondes y prirent part, mais la rancune vous dicta Tabstention! — Enfin, est venu Tarticle que vous m'avez consacré dans votre dernière édition, et que je vais commenter : il prouve jusqu'où peut conduire la haine d'un orgueil blessé.

IVotlee des travaux bibliographiques de J.-M. Quérard»

Par M. Jacques-Charles BRUNET, Remaniée au point de vue de la vérité altérée.

I. La France UUcraire, ou Dictionnaire bibliographique des savants, historiens et gens de lettres qui ont écrit en français, plus particulièrement pendant les dix-huitième et dix-neuvième siècles, etc. Paris, Firni. Didot, 1827-42, 10 vol. in-8, 120 fr., et plus en gr. papier collé (tirés seulement à trente exempl.).

« Ouvrage indispensable à toutes les personnes qui se livrent à Tétude de Thistoire littéraire de la France, et même à toutes celles qui s'occupent des livres, soit comme bibliophiles, soit comme libraires. C'est un vaste répertoire, bien supérieur, selon nous, aux dictionnaires qui avaient déjà paru sous le même titre que celui-ci *. En le rédigeant. Fauteur a fait preuve d'un amour bien louable et d'un courage dont il est juste de lui tenir compte. Néanmoins, quelques critiques lui ont fait le repixwhe d'avoir surchargé ses pages d'une multitude de titres d'ouvrages qu'on n'a nul besoin de connaître : reproche injuste, sans aucun doute, puisque, d'après le plan de son livre, M. Quérard était dans la dure nécessité d'indiquer tout ce que la presse française a rais au jour depuis le commencement du dix-huitiêm(; siècle. Au reste, voici la réponse

3ue M. Quérard lui-même a faite à cette observation mal fondée (voir la page 498 du ixième volume de la France liltéraire) : a Les critiques, chagrins, malades, dont nous « venons de parler, ne s'apercevraient point, si nous ne prenions la peine de le leur « indiquer, que notre livre n'est point un Manuel du libraire et de l'amateur de livres^ « mais bien une Statistique de la France intellectuelle depuis 1700. »

Toute bienveillante que soit votre appréciation de /a France Zif^eraiVc dans la cinquième édition de votre ouvrage, je ne puis. Monsieur, vous en savoir beaucoup de gré : vous ne pouviez vous déjuger (voy. votre lettre du -19 octobre 1827) ; ensuite, les éditeurs de votre ouvrage étant également ceux de la France littéraire, n'eussent pas laissé pass<T un(; note malveillante de vous, qui eut pu nuire à la vente d'un de leurs livres.

Permettez-moi, néanmoins, Monsieur, de vous faire remarquer qu'entre l'appréciation de votre article et celui de votre lettre dont je viens de parler, il y a une énorme (Ulférence. Dans l'article, vous dites, en parlant de la France littéraire : « C'est un vaste répertoire, bien supérieur, selon nous, aux dictionnaires qui avaient déjà paru sous- le môme titre que celui-ci ». Dans votre lettre, vous me disiez : « Tel qu'il est (l'ouvrage), je le juge très-supérieur à ceux que vos amis les Allemands et les Anglais ont donnés dans le mémo genre », jugement très-injuste à mon avis. Je vous rappelle. Monsieur, votre opinion d'alors, parce qu'une autre à peu près semblable a été émise plus tard devant feu Ch. Magnin, par des employés du a British Muséum ». Ce changement d'opinion viendrait-il de ce que vous avez eiiiin rendu justice aux estimables travaux de nos érudits voisins d'outre lihin etd'outre-Manclii'. Je vous en féliciterais sincèrement,

i Le premier ouvragée porUintce tilreeslla l'^ance littéraire ou Alnitnach des beaux-arls, etc. Paris, liuctiesne, 1755, ïn-2i de 240 pages. Q.

i6 DE LA BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE

car après tout, il vous ont été très-utiles. Non. Vous vous êtes posé roi des catalogographes, et vous n'abdiquerez pas. La modification de votre ancienne opinion vient de ce qu'il ne vous convient plus de parler aujourd'hui aussi gracieusement qu'autrefois d'un ouvrage que l'on a placé dans les établissements littéraires des deux mondes à côté du vôtre, tandis que vous pensez qu'il devrait être bien au-dessous.

Ayant la prétention de faire seul autorité parmi vos rivaux, vous devriez. Monsieur, ne laisser rien à désirer aux personnes qui consultent votre Manuel^ sur des particularités qu'il leur importe de connaître, touchant les livres que vous citez. Par exemple, vous eussiez dû compléter Tindication de la France Ultéraire par ces deux notes :

tt On doit rechercher les exemplaires anciennement reliés, parce que les exemplaires brochés qui circulent aujourd'hui dans le commerce ont trois articles cartonnés, par la volonté des éditeurs : ce sont les articles Panckoucke, Pardessus et Rousselin.

« Deux monographies des derniers volumes ont été tirées à part : celle de J.-J. Rousseau (1836, gr. in-8 de 44 p.), et celle de Voltaire; précédée d'une Introduction intitulée : De V Influence de Voltaire sur la société au dix-huitième siècle, par Aubert de Vitry ^1842, gr. in-8 de xxxv et 184 p.). Cette dernière monographie, surtout, méritait Lien la peine que l'existence en fût rappelée. »

IL La Litléralure française contemporaine (dix-neuvième siècle, 1827-1849). Continuation de la France Ultéraire, par M. Quérard. Paris, Daguin frères, et Delaroque aîné, 1840-57, 6 tom. en 12 part, in-8, 96 fr. (Il y en a 50 exempl. tirés sur gr. pap.)

« Le premier volume de cette suite, publié en 1840 \ et les 288 premières pages du second ont été rédigés par M. Quérard ; mais à partir de ce point jusqu'au tome III inclusivement, c'est-à-dire des syllabes Bon à Gau, l'ouvrage a été continué par MM. Louandre et Bourquelot ^. Les trois derniers volumes sont de M. Bourquelot, sauf la collaboration de M. Alfred Maury, depuis la page 369 du quatrième volume jusqu'à la page 496 du tome V. La rédaction et l'impression de la Littérature contemporaine ont, comme on le voit, duré pendant dix -sept années *. C'est assez dire que le livre est déjà fort arriéré, puisque les premiers volumes ne vont que jusqu'en 1840 et que les autres ont laissé successivement bien des lacunes à remplir. Les erreurs et omissions qu'on a pu remarquer dans les derniers volumes de cette continuation font regretter que M. Quérard ne les ait pas rédigés lui-même. Nous regrettons beaucoup aussi que la France littéraire n'ait pas eu tout le succès qu'elle méritait, et qu'après trente années de publication, il en reste encore un trop grand nombre d'exemplaires pour que l'auteur en puisse donner une nouvelle édition complétée et continuée jusau'à ce jour, et surtout débarrassée d'accessoires qui ont fait un peu multiplier les volumes de la première. »

Par les ménagements avec lesquels vous parlez de la Littérature française conlempO"^ raine, on s'aperçoit bien vite que MM. Didot sont les propriétaires actuels de l'ouvrage. Vous allez être, Monsieur, tout à l'heure débarrassé de votre gène et pouvoir chargera fond de train sur les autres ouvrages dont vous avez à parler.

Vos regrets, Monsieur, sur le manque de succès que méritait la France littéraire sontils bien sincères? Dans votre orgueil démesuré n'êtes vous pas, au contraire, très-satisfait de vous dire : a Mon Manuel a obtenu de 1841 à 1860 deux éditions contre une seule de la France littéraire ! » Vous ignorez, Monsieur, qu'au détriment de mes intérêts et de

l'éditeur, et de la publicité dans les journaux. Vous oubliez, monsieur, que j'étais en-

^ La première livraison fut effeclivement imprimée en 1840; mais les hésitations successives des libraires Daguiu ralentit l'impression des autres, et le premier volume ne fut réellement terminé qu'en 1842, date que porte la couverture imprimée.

2 Et deux autres personnes que je me réserve de faire connaître eu temps et lieu.

^ L'une des raisons que les éditeurs firent valoir, lorsqu'ils eurent besoin de nie déposséder, c'est que j'allais trop leuteraenl. Mes continuateurs, au nombre de cinq, ont rois treize années, de 1845 à 1857, pour faire quatre volumes et demi, et comment 1 Je le dis plus loin. (Voyez le § 111.)

AU DIX-NEUV1ËMË SiËGLE. 17

tièrement inconnu lorsque je commençai à publier mon livre (dix volumes comme début), et qu'alors la publicité m'eût été nécessaire.

Et pourtant, mon livre a fait son chemin, lentement il est vrai. Si, depuis bientôt trente-six ans (et non trente) \ les 1,600 exemplaires ne sont pas vendus, c'est qu'un livre de la nature du mien se consulte ou se lit dans les établissements littéraires et ne s'achète guère que pour les riches bibliothèques particulières, et par un nombre restreint de libraires désireux de faire leur commerce autrement que la majeure partie, qui le fait comme elle vendrait des pommes.

Quant aux accessoires dont vous voudriez qu'une seconde édition fût débarrassée, permettez-moi de vous répéter une réponse que j'ai déjà faite, et que vous avez approuvée : Je ne fais pas un Manuel du libraire^ mais une France liUéraire. Nos voies à suivre, et que nous connaissons Tun et l'autre, ne sont pas les mêmes. En tant qu'ouvrage national, on exige du mien plus que du vôtre.

III. Omissions et Bévues de la Littérature française contemporaine, ou Correctif du tome 11, deuxième partie de cet ouvrage (Bon-Chr). Paris, l'Auteur, 1848, in-8 de xvi et 34 pages, a Véritable diatribe. »

Affranchi désormais de ménagements vis-à-vis de nos communs éditeurs, ici vous commencez à épancher votre bile contre l'auteur de la France littéraire. L'opuscule précédent n'est qu'une véritable diatribe! Vous voyez bien,. Monsieur, que la qualification à votre adresse de bouquinographe est, sinon française, au moins juste, quoique vous

J)rétendiez être bibliographe. Comme presque toujours, vous n'avez vu que le format et e nombre de pages de cet écrit ; vous ne l'avez pas même ouvert avant de le juger, car vous eussiez vu que je signalais avec une grande bonne foi 788 omissions et bévues ! pour la deuxième moitié du second volume de la Littérature française contemporaine y en appuyant presque toujours mes critiques de la citation d'une source {la Bibliographie de la France) où l'on n'avait pas même exactement puisé. Feu le baron Frédéric de Reiffenberg, homme d'érudition et d'esprit, qui n'était pas moins distingué que d'autres comme bibliophile et bibliographe, ne s'est pas borné à ne voir que le titre et le format de l'opuscule, ainsi que vous, I^onsieur ; il l'a lu avant de le juger, et voilà ce qu'il en a dit dans son Bulletin du bibliophile belge (t. V, p. 132). « L'errata de la moitié de ce second volume est effrayant, mais c'est une preuve sans réplique. A cette manière d'argumenter on ne peut opposer que le silence ». Qu'eût dit le baron Frédéric de Reiffenberg s'il eût pu prévoir que 788 omissions et bévues pour un demi-volume, multipliées dans la môme proportion pour les quatre derniers volumes, élevaient le chiffre à 6,792, non pas pour omissions de titres d'ouvrages, mais bien d'articles, comprenant au moins trois indications de livres en moyenne. Les omissions sont considérables, et les bévues! ! ! Ne fissiez-vous que parcourir quelquefois les livres que vous citez, et particulièrement ceux de bibliographie, sur lesquels vous prétendez parler en maître, vous vous seriez bientôt aperçu que mes continuateurs pour la Littérature française contemporaine : 1° n'étaient aucunement préparés à ce travail, et n'avaient pas môme étudié préalablement la

Eartie des auteurs anonymes et pseudonymes, très-importante dans une semblable pulication ; 2* que peu de personnes ont pris intérêt à leur livre pour leur faire des communications ; 3° qu'ils ont fait peu ou point de recherches ; 4° qu'ils se sont bornés à dépouiller, sans soin, ainsi que le démontrent les Omissions et Bévues, la Bibliographie de la France, mais par contre ils ont très-largement puisé dans deux, de mes ouvrages. Vous n'eussiez pas alors qualifié une critique de bonne foi de véritable diatrihe. Le prospectus du tome XII de la France littéraire, postérieur à la brochure en question et aux observations critiques disséminées dans les Supercheries littéraires dévoilées, donne pages 4 à 6, sur deux colonnes, un petit errata de la Littérature française contemporaine. Si vous aviez lu ces pages, vous eussiez été de nouveau édifié sur les continuateurs

* Il y a donc déjà (rente-six ans qae la maison F. Didot est propriétaire de la ffremiére édition. C'est anequeslion à soumettre, et que je soumettrai, à la Commission pour la propriété littéraire qui fonctionne aujourd'hui. Un libraire, au détriment de l'auteur et du public, peut-il être pendant trente-six ans possesseur de la première édition d'un livre ? ce qui équivaut à une possession perpétuelle. Le livre a trop vieilli pour rendre les services qu'on en attend, et Tauteur se trouve irustré da prix de ses veilles et de ses sacrifices.

i8 DE LA BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE

de Touvrage dont j'ai été dépossédé ; mais tous ne lisez rien, pas même tes livres de votre spécialité, car vous êtes bouquinographe; sans cela, vous eussiez vu que ces messieurs, loin de nettoyer les écuries d'Augias, les ont, sans s'en douter, encombrées à nouveau. Ainsi, tous les mémoires supposés publiés vers 1830, et ils sont en assez grand nombre, ont été cités aux noms des personnages qu'ils concernent ; .puis, viennent les indications d'auteurs imaginaires, tels que Cartouche !! ! (11, 531); Clément 1[IV, pour sa correspondance avec Bertinazzi (111, 17), ouvrage apocryphe, de la composition a H. de Latouche ; Lemuel Gulliver! I ! (V, 80); Lorenzo (V, 182), pour M. Drieude ; fi<chone (VI, 184), pour M Louis Say (de Nantes), et tant d'autres. Dans une autre série de bévues, le petit errata cite les articles mal placés, les confusions de noms, les doubles emplois, les fausses attributions, les noms d'auteurs altérés, dont les Omîssiong et bévues^ publiées en 1848. n'avaient pu parler. Aucune bibliographie n'est exempte d'erreufs et d'omissions, mais l'ouvrage qui en renferme un si grand nombre, qui n'a pas été rédigé dans de meilleures conditions qu'il ne l'a été, devait être une mystification d'un bout à Vautre, et c'est ce qui est arrivé ^ J'en appelle donc de votre malveillante oi)inion sur ma brochure aux personnes qui l'ont lue> tandis que vous. Monsieur, vous n'en avez vu que le titre, et de parti pris vous l'avez éreintée.

IV. La France littéraire..., par J.-M. Quérard. tomes XI et XII. Corrections. — Additions. —Auteurs pseudonymes et anonymes dévoilés Paris, l'éditeur, 1854-57, 1859-62, 2 vol. in-8 à deux colonnes, 48 francs (lisez : 60 francs).

<( Voilà le dernier titre donné â cet ouvrage, qui portait d'abord celui-ci : la France liltéraire : les Ecrivains pseudonymes et autres mystificateurs de la littérature française pendant tes quatre derniers siècles, restitues à leurs véritables noms.

« Les lettres A-K, qui forment ordinairement la moitié dans tous les dictionnaires, sont contenues dans les 203 pages du tome XI (ou premier supplément) de celui-ci qui en a 703 (lisez : 708). Le douzième volume se compose de trois livraisons, dont la dernière doit paraître à la fin de 1862 » (lisez : de quatre livraisons, dont la dernière paraîtra en mai prochain).

Votre remarque au sujet du tome XI, pour n'être pas bienveillante, n'efi eSt pas moins parfaitement juste. Si vous aviez lu le prospectus du tome Xll de la France littéraire, vous sauriez pourquoi les lettres A à K Ont une brièveté sans proportion avec l'étendue des lettres suivantes. Le tome XI ne fut dans l'origine que le commencement de la table des Supercheries littéraires dévoilées. La rédaction de la Littérature française contemporaine, que je suivais avec attention, était si lâche, si pleine d'erreurs et d'omissions, C[ue j'eus un profond chagrin de ce que mon nom eût servi d'abord d'étiquette à un sac qui né renfermait plus que des graines trop vertes. Je pris le parti de remanier les.dix premières feuilles de cette table, d'y introduire des articles omis entièrement par M. Bourquclot et d'en compléter d'autres. Je fis alors, par une heureuse combinaison, d'une même composition deux publications particulières, et donnai à Tune d'elles le titre de la France littéraire. J'élargis successivement ma rédaction, jusqu'au jour où je m'aperçus qu'après avoir mis très-fortement à contribution mes Superchei'ies litléfaires dêroilées, on procédait ainsi à l'égard du tome XI de la France liuèraire, et que l'on tne rendait par là le collaborateur forcé d'un livre auquel j'étais entièrement étranger. Je pris le seul parti possible. Je fus d'abord sobre d'additions, puis je les suspendis tout à fait jusqu'à ce que cette publication rivale fut achevée, et que je n'eusse plus à redouter les emprunts. De là le peu de proportion entre les premières et dernières lettres. Mais si Dieu me prête vie, et mes souscripteurs leur appui, je veux faire une seconde édition du

^ Ce n'est pas sans fondement qne M. Mérimée, sénateur, disait dans son discours au Sénat,

séance du 10 juin 1861, à l'occasion de la pétition de M">^ Libri a Âvàient-ils d'ailleurs pour

cela une apiilude spéciale? Non, sans doute, les élëves-de TEcole des chartes sont initiés, par des éludes fortes et suivies, à la connaissance des anciennes écritures, à l'histoire do moyeti âge, à ses mœurs^ ses habitudes ; mais ce ne sont pas des bibliographes : ils n'ont rien qui les désigne pfarttenliërement pour la recherche de l'origine des livres, pour celles des signes, des estamoilles, de$ reliures, qui peuvent les faire reconnaître ; sur tous ces points un bon bouquiniste est plus habile qu*eux. f

AU DIX-NËUVlÈaiE SliteLE. i9

tome XI9 QQÎ serait divisé en deux très-gros vollimes, dans lequel je rétablirais Tuniforsnité du plan, suivant la marche du tome XII, d'après lequel je tiens à être jugé comme bio bibliographe. Cette deuxième édition comblerait bien des lacunes de biographies et de bibliographies récentes, ainsi que Ta fait le tome Xli.

V. Les Auteurs déguisés de la liltérature française au dix-neuvième siècle. Essai bibliographique pour servir de supplément aux recherches de A. -A. Barbier sur les ouvrages pseudonymes. Paris^ au bureau du Bibliothécaire, 1845, grand in-8 de cinq feuilles et demie, 4 francs.

Ballon d'essai dé Touvrage suivant. C'est la réunion d'articles qui avaient paru dans le Moniteur de la librairie.

C'est par malveillance ou par ignorance (choisissez. Monsieur), que vous donnez à cette brochure le titre de Dictionnaire des auteurs déguisés de la littérature française au dixneuvième siècle^ ouvrage qui n'a jamais existé; que, d'après vous, j'aurais pourtant commencé dès 1845, et que je n'aurais pas continué! Ne sortez pas de vos vieilleries, monsieur le bouquino^raphe, vous pourriez déchoir de votre haut rang d'infaillibilité en vous occupant de livres français modernes.

VI. Supercheries littéraires dévoilées. Galerie des auteurs apocrypheç, supposés, déguisés, plagiaires, et des éditeurs infidèles de la liltérature pendant les quatre derniers siècles. (Ensemble les industriels littéraires et les lettrés qui sont anoblis à notre époque.) Paris, l'éditeur, 1845-1854, cinq volumes in-8.

« Ouvrage curieux, quoique dans ses révélations indiscrètes il se trouve bien des choses hasardées et des critiques plus malveillantes que justes, ce qui, pourtant, n'a pas nui au succès de l'ouvrage, dont les premiers volumes, tirés à 500, sont entièrement épuisés. Le cinquième volume, en grande partie occupé par la table, n'a été complété qu'en septembre 1860, et, selon les annonces de l'auteur, il n'en a été tiré que 250 exemplaires. »

Là, encore, je vous reprocherai. Monsieur, comme à l'occasion de la France littéraire^ l'oubli d'un renseignement que vous deviez aux personnes <|ui consultent votre ouvrage. Cest que des Supereheries littéraires dévoilées il a été tire à part un long article, qui m'a valu et des elogés et de sévères reproches, selon le parti qui les émettait. Je veux parler de la NoUce bibliographique des ouvrages de M, de fMmennais, de leurs réfutations, de leurs apologies et des biographes de cet écrivain. 1849, in-8 de 149 pages.

Un autre reproche, à l'occasion de votre citation de ce dernier ouvrage. Comment vous. Monsieur, qui vous posez en quelque sorte le comme taxateur des livres que vous mentionnez, pouvez-vous, dans la dernière livraison de votre Manuel, qui a paru en janvier, coter à iOO francs un ouvrage qui se vend 150 francs depuis deux ans? (Voyez divers numéros du Bultetin du bouquiniste ). N'est-ce pas encore avec l'intention d'en rabaisser la valeur littéraire par la valeur vénale ?

Quant à votre opinion sur cet ouvrage, permettez-moi, Monsieur, d'en tenir peu de compte. Les bibliographes pratiques, très-distincts des critiques bibliographes, ne peuvent avoir la prétention de porter de jugements sans appels. Il y a quelqu'un qui leur donnerait tort : c'est tout le monde L'on attend d'eux autre chose que de l'exactitude, et de ne pas mettre la passion à la place de la conscience. Votre livre, Monsieur, ne remplit pas toujours cette dernière condion. Vous avez attaqué sans ménagement ceux qui portaient ombrage à votre célébrité, et moi. dont les travaux n'ont point obscurci votre gloire, je suis la dernière victime que votre orgueil ait essayé de faire. Votre opinion sur les Supercheries littérairer dévoilées ne me blesse guère. Vous êtes bouquinographe, * Monsieur : la littérature moderne' vous est inconnue ; et si, par hasard, vous émettez un jugement sur l'une de ses productions, c'est à coup sûr la couverture qui vous Ta dicté.

Les Supercheries littéraires dévoilées sont. Monsieur, une œuvre de courage ; mais la vérité n'est pas toujours bonne à dire, surtout aux gens dé lettres, gens vaniteux et hargneux quelquefois, j'en ai une preuve en vous. Monsieur, par suite de l'article de J.-M. Guicnard ; quelques-uns Se sont trouvés froissés dans leur amour-propre, et j'ai été déféré jusqu'à quatre fois devant les tribunaux, fait unique à l'égard d'un bibuogiràpBé!

Quels qu'aient été les dangers que m'a fait courir cette publication, je n'en prépare pas moins, avec une grande activité, une seconde édition. Vous l'avez vue annoncée^ et vous n'en dites mol. Si vous m'avez consacré, exceptionnellement, deux colonnes dans votre Manuel, ce n'a pas été en vue de m'étre favorable, mais afin d'avoir |)lus de place pour épancher votre bile. Annoncer la deuxième édition des Supercheries, n'était-ce pas, en effet, constater le succès de la première *?

VII. Dictionnaire des ouvrages polyonymes et anonymes de la Ultérdlure française. 1700 à 1845. Livraisons 1 à 3. A.-Almanach. Paris, l'éditeur, 1846, in-8 de 240 pages, 6 fr. 75 c, et sur grand papier collé, 13 fr. 50 c.

Permettez -moi, monsieur, de suppléer à votre mutisme sur cet ouvrage, qui ne mérite pas un si superbe dédain.

Conçu sur une très-grande échelle, ce Dictionnaire eût compris tous les ouvrages anonymes dont les auteurs ont été découverts et ceux qui sont restés inconnus (ces derniers d'après Geoi^, les anciennes France littéraire, les iournaux de bibliographie depuis 1763 jusqu'à ce jour, Fleischer, etc.), les collections, les recueils académiques, les revues, ainsi que le constatent les trois livraisons publiées. Il^eût formé près de iO volumes. Là révolution de 1848 en a arrêté la publication, comme elle a arrêté celle de bien d'autres ouvrages; je ne l'ai pas repris depuis, parce que le bibliographe ne peut même pas dire avec George, de la Dame blanche ^ j'ai

Douze cents francs

D'appointements Et Ton ne dira pas que je fais des folies, CsiT j'élève un château sur mes économies.

Les notes recueillies s'élèvent bien à soixante mille.

Vlll. Le Quèrard, Archives d'histoire littéraire, de biographie et de bibliographie françaises. Complément périodique de la France littéraire, Paris, au bureau du journal, 1855-1856, deux volumes in-8, 20 francs.

Ici, soit dit en passant, vous avez. Monsieur, deux fois altéré ce titre. Ce ne sont point des Archives littéraires^ et le journal est présenté comme complément périodique de la France litléraire,

(C Troisième ouvrage périodique de ce genre que, de son propre aveu, l'auteur s'est vu forcé d'interrompre, faute d'un nombre suffisant d'abonnés. Dans ce dernier, à côté de quelques bons articles, se trouvent beaucoup de choses dépourvues d'un véritable intérêt, et aussi des assertions assez singulières; par exemple, on y lit que, depuis la mort des Van Praet, des Barbier, des Peignot et des Renouard, il n'y a plus de bibliographes en France, et qu'il ne nous reste plus que des faiseurs de Manuels, Or, nous aimons à le reconnaître, jamais peut-être la bibliographie n'a été cultivée chez nous avec tant d'ardeur et de succès que de nos jours. Bien peu de personnes, il est vrai, embrassent, dans toutes ses parties, l'étude de cette science ardue, et en font leur unique occupation ; mais un certain nombre de savants et de bibliophiles lettrés ont écrit, sur les spécialités qu'ils affectionnent le plus et qu'ils connaissent à fond, d'excellentes monographies bibliographiques, qui contribueront efficacement au progrès de la connaissance raison née des livres. Quant à l'auteur du Manuel du libraire^ il avoue franchement que, ne se connaissant pas de titrés littéraires aussi brillants que ceux dont s'enorgueillit l'auteur des Supercheries, il accepte volontiers la modeste qualification de faiseur de Manuel, sous laquelle il est désigné, et qui, jusqu'ici, lui a porté bonheur, laissant au savant M. Querard celle de chef de la bibliographie française, qu'il s'est bénévolement donnée, sans

> Cette seconde édition sera mise sous presse quand le tome X!I de la France littéraire sera terminé. Augmentée de deux tiers, elle sera imprimée en caractères compactes, à deux colonnes, afin de ne pas dépasser le nombre de cinq ou six volumes, chacun de cinquante feuilles : elle paraîtra par livraisons de dix feuilles.

avoir remarqué que si la pénurie de bibliographes était chez nous aussi grande qu'il le supposait, il se trouverait être placé dans la position d'un colonel sans régiment, »

IX. Relouches au nouveau Diclionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes de M, E, de Manne; par Fauteur des Supercheries littéraires dévoilées, Paris, Fauteur, i862, grand in-8 de viii-46 pages à deux colonnes, 4 francs.

Calomnies de M. Brunet.

Vous voyez. Monsieur, où conduit la passion. Vous avez fourni à votre cadet Foccasîon de vous donner une leçon de bibliographie, en relevant dans la notice qui précède les inexactitudes et les omissions qui la déparent.

J'aurais bien des observations à faire sur votre dernière note, mais je veux arriver tout de suite aux deux calomnies au'elle renferme.

Vous dites, en parlant du Quérard, « qu'il se trouve dans ce journal beaucoup de choses dépourvues d'un véritable intérêt (ne voudriez-vous pas parler de Findication des ouvrages nouveaux que d'après mon plan j'étais obligé de donner?;, et aussi des assertions assez singulières, par exemple, on y lit que, depuis la mort des Van Praet, des Barbier, des Peignot et des Renouard, il n'y a plus de bibliographes en France, et qu'il ne nous reste que des faiseurs de Manuels, »

Quand on porte une accusation si ridicule, il ne faut point, Monsieur, altérer sciemment la forme, il faut môme citer la page où elle se trouve formulée, afin que chacun puisse vérifier si Fimputatiou est vraie. Or, je vous donne. Monsieur, le démenti le plus formel que j'aie jamais imprimé, je pourrais ajouter que j'aie jamais dit a qu'il ne nous reste plus en France que des faiseurs de Manuels, » Dans Finterèt d'une injuste rancune "contre moi, et cherchant à vous venger, vous avez inventé pour votre besoin cette première calomnie, et comme on tue partout les gens avec l'arme du ridicule, vous vous êtes dit, Monsieur, j'atteindrai mon but. Mais toute calomnie est déférable aux tribunaux, et n'était votre grand âge, vous eussiez mérité que je vous y fisse comparaître ; j'ai préféré vous traduire devant les bibliophiles auprès desquels vous m'avez calomnié, ils prononceront entre nous deux.

Voici le paragraphe du Quérard (1856) p. 2, que vous avez tronqué à dessin.

a Qu'avons- nous eh France qui nous représente cette science, cultivée chez nous autrefois par Ant. Duverdier, Lacroix du Maine, Naudé, Baillet, Lelong, Nicéron, Rive, Mercier de Saint-Léger, Camus, et plusieurs membres de l'ancienne Académie des inscriptions^ et, dans ces derniers temps, par Daunou, de savante et honorable mémoire ; par A.-A. Barbier, Ch. Nodier, G. Peignot, par Renouard etWeiss, qui seuls ont su conserver à la vieille tradition tout son intérêt et toute son utilité? Qu'avons-nous, disonsnous, qui puisse faire prendre goût à cette science? Rien ; on semble, au contraire, s'être attaché à la rendre repoussante par une sécheresse désespérante. »

Votre calomnie, Monsieur, est-elle assez évidente. Y a-t-il quelques mots, dans ce paragraphe, qui fassent allusion, même de loin, aux faiseurs de Manuels, imputation que vous m'attribuez si bénévolement.

Jamais non plus je n'ai imprimé, mais je n'ai cessé de dire et de répéter depuis plus de dix ans, que nous avions en France des bibliographes pratiques, généraux et particuliers, et point de bibliographie nationale, proprement dite. Pensez -vous. Monsieur, que nos deux ouvrages se complétant Fun par Fautre, pour la partie française, puissent en constituer une: On n'a toujours pensé qu'aux vendeurs et acheteurs de Uvres, mais jamais à la classe intéressante et nombreuse des gens d'études, qui ont besoin de connaître tout ce qui a été publié en livres, brochures et articles sur la plus minime partie de Fune ou Fautre des connaissances humaines dont ils s'occupent : un guide pour l'ouvrier de l'intelUgence et en même temps un aide-mémoire pour le bibliothécaire. La table méthodique de votre ouvrage est certes très-précieuse; mais quand même vous auriez donné autre chose qu'un choix arbitraire de livres, très-grand, il faut en convenir, le plan de cette table permet-il d'arriver complètement et instantanément à remplir ce but? 11 reste donc aux travailleurs nos monographies bibtiographiques dont je reconnais toute Futilité et Fimportance, aussi en ai-je fait pour ma part un certain nombre, que^

Page 1