QUATRIÈME PARTIE
las nous avançons, plus la matière de^ vient sérieuse* Ce n'est pas seulement un ridicule qu'il faut attaquer, c'est un excès ruineiuc dont il serott important d'arrêter les progrès. On a dit^ il y a longtemps, qu'un gros livre est un grand mal : Magnas liber, mag^ * nmn nudum (i). Ne peiit-<m pas le dire, à plus forte raison^ d'un grand amas de livres? Combien cette maladie n'a-t-elle pas dévoré de riches patrimoines et d'amples successions? Combien
CalUmach, apud Athcn,^ lib. },cap. i.
DS LA BIBUOUAHIE. ^5
nVt-on pas vu de gens qui, après avoir mis le désordre dans leurs affaires pour contenter un goût illimité, se sont impitoyablement refusé les dépenses les plus indispensables de leur état. Je nécessaire même de la vie^ pour fournir aux frais et à Tentretien d'une copieuse collection de livres?
Le nombre est assez grand de ces martyrs de la BibUomanie. F oUement passionnés pour tout ce qui est beau et curieux, ils franchissent les bornes de leur fortune ; ils font ensuite des re* tranchements sur leurs plus pressants besoins; ils éprouvent enfin la plus honteuse déroute.
Paris» cette ville immense, théâtre fameux de tant de spectacles divers, expose quelquefois au concours public la vente de ces bibliothèques dont Tacquisition a ruiné leurs maîtres. Ces Bibliomanes, aussi insatiables qu'imprudents, se trouvent enfin réduits à livrer aux mains de leurs créanciers ce qui leur a tant coûté à recueillir, et dont la jouissance a été si courte !
Voilà où conduisent les goûts dont on ne sait pas se rendre maître pour les resserrer dans les termes de la nécessité. Ce ne sont pas là cepen* dant les plus grands dangers de la Ëibliomanie. Ceux qui en sont possédés ont encore d'autres
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écueils à redouter, où la raisati et la religion ne font que trop souvent de funestes naufrages. ^ Je dis, en premier lieu, la raison : car, qu'y a*t«il de plus hcmteaxpoar l'homme raisonnable
que le soin capricieux de recueillir par préfé^ lence des livres d'un genre bizarre et singulier, où il a rien à gagner pour Pkistruction, tien à espérer pour la culture de l'esprit, rien même pour Tamusement des lecteurs polis et délicats ?
Ce n^^t nullement une supposition que ctt attrait dépravé auquel s'abâiidonnenl certains BibHomaneSy chez qui Pon yoit des suites eom» plètes de tout ce que la presse a produit dâ plus grotesque, de plus frivole et de plus saiyrique.
Rien ne manque dans ces collections ; fables, contes, romans, histoires de chevalerie, aventures galantes, poésie burlesques, focéties, bons mots, œuvres macaroniques, traités de magie, de sorcellerie, art divmatoire, mémoires de procédures scandakuses, chroniques médi^ santés, libelles diifamatoires, et tant d'autres écrits dictés par une imagination déréglée et par la liberté cynique.
Voilà les recueils merveilleux qu'un certain
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traveis d'esprit fiait rassembler.' La vaine gloire de tout avoifi dans le genre même le plus méprisable, engage à tout recevoir, à tout adopter dans des productions dont la frivolité est le caraaère le moins défectueux.
A force de se rendre facile snr le choix des . livres, en faveur de la beauté singulière des éditions, de l'élégance des reliures, des charmes dn style, des agréments répandus dans les ou«vrages et de la réputation imposante de leurs auteurs, on vient au point de font se permettre; on ne trouve plus rien de dangereux^ rien de repréhensible.
Un écrit s'introduit dans k public sous les auspices de la nouveauté. Après avoir d^abord lévolté la délicatesse du lecteur par des propositions hardies, il commence peu à peu à lui devenir toiérable et indiâérent. Une seconde lecture applanit toutes les difficultés* On se reproche presque d'avoir ^ trop susce{^ble et trop pointilleux. C'est là,ciit-on^ l'ouvrage d'un homme qui pinse; tout j est frappé au cda du g/im; certainement l'auteur est pkilûsoplu. Ënân^ cet écrit devenu suspect au premier coup d'œil, et qui mérite très-s&rement de l'être au juge-
ment intègre d^un esprit sain, parvient par degrés, avec le secours de l'habitude et l'autorité des préjugés^ jusqu'à obtenir l^estime et l'approbation.
Insensiblement un abyme en attire un autre.
L'homme qui n'a pas soin de respecter sa raison^ ni le courage de s'interdire ce qu'elle condamne, n'a bientôt de ménagement ni pour la décence des mœurs ni pour la religion. C^est ainsi que la folle passion des livres entraîne souvent au libertinage et à l'incrédulité.
Il y en a si peu, dans le nombre même de ceux qui ne sont pas prohibés , que tout le monde puisse lire sans danger 1 II y en a tant dont la lecture alarme la charité ou la pudeur^ et compromet presque toujours l'innocence ou la foi 1 On a beau avertir ces lecteurs, curieux de tout, qu'en tel endroit est caché sous des fleurs ardstement assorties le venin le plus subtil et le plus mortel : ces avertissements ne sont que des aiguillons pour la curiosité, qu'un nouveau mo* tif de lui tout accorder, qu'une raison de plus pour tout acheter sans examen^ pour tout lire sans précaution.
Ne suffit-il pas ordinairement que le débit
DB LA BiBLIOMANIE.
d'un livre soit défendu pour qu^il devienne plus uiuverseUement répandu dans le public et plus lucratif pour l'éditeur? Veut-on faire monter le prix de ce livre, le vrai moyen est d'essayer d'en arrêter le cours. Mais il n'est pas digne, dira quelqu'un, de l'attention des gens de goût, encore moins de l'estime des hommes de bien.
N'importe^ la vente s'en fait furtivement : c'est assez pour que tout le monde s'y jette.
Après qu'on a dévoré avidement ces tas de brochures, ces productions licencieuses qui nous inondent, dont la vigilance des magistrats ne peut empêcher la publicité, qu'en résulte^-t-iU sinon un vuide honteux pour l'esprit ou de funestes impressions pour le cœur ? Suite ordinaire d'une lecture pour laquelle le mauvais emploi du temps est le moindre reproche qu'on ait à se faire.
Mais un abus si condamnable doit être plutôt
l'objet du zèle des prédicateurs que de la critique d'un académicien. Je cède donc aux mditres de la chaire le soin de déclamer à haute voix contre un pareil désordre j et pour ne pas sortir du district académique, après avoir exposé les différents excès qui caractérisent la Bibliomanie,
je vai$ tâcher, en finissant, d'indiquer par quel* ques courtes réflexions les préservatifs qu'on peut employer pour s^en gaiantir, et les moyens de contenir Tamour des livres dans les bornes de l'utilité et même de l'honnête abondance.
On m^ob)ectera sans doute que ma censure est trop sévère^ que mes portraits sont outrés et les exemples que je dte trop rares ou trop peu connus. On trouvera peut*être dans mes réflexions une espèce d'austérité, un air de rustidté et de barbarie, qui tendroit à ofiènser les talents, à dépriser les sciences et les arts, à décourager l'émulation, à favoriser l'ignoranœ et i'obivet^.
Je dois me justifier sur tous ces reproches, et je dis d'abord que ma critique n'a rien d'excessif. J'en appelle aux Gens de Lettres, sunout à ceux qui vivent dans le monde et qui habitent les plus grandes vilies* Ils avoueront que mes taUmix sont conformes à la nature ; ils diront qu'ib ont souvent rencontré dans le commerce de là société les modèles dont j'ai fait les copies, et que leur nombre augmente chaque jour.
J'ai puisé la plus grande partie de ces caractères dans les déclamations que faisdent sur ce
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&u)et le& anciens Pliilosophes. On peut voir par mes citations marginales que, si quelquefois je n*ai pas traduit littéralement leurs expressions^ )e ne m'en suis écarté que dans la vue de les adoucir ou de les ajuster à nos mœurs. Mais l'ai cru devoir m'^^ppuyer sur leur auumté» afin d'élever une voix plus libre dans le sanctuaire des Muses contre un abus qui les déshonore^
O^ailleurs, je ne aois pas avoir franchi les limites d'une censure modérée. La prudence, la modestie^ la sobriété que je demande dans l'usage des choses delà plus grande utihlé^ sont fondées sur les premiers principes de la raison^ sur les lois de la phibsophie, sur l'observation néces* saire du bon ordre^ sur les règles de la bienséance et de Phonnèteté publique (i).
Au reste, je connois tout le prix de la littérature. Bien bin de vouloir la décréditer, j'honore sincèremeni ceux qui la cultivât; j'applaudis à tout ce qui contribue aux progrès de l'étude, à la perfection des talents ; je n'ignore ptts que les livres leur fournissent les plus grands secours, que l'impiimerie est le moyen le plus
(1) Quid vemm atque decens cnro et rogo, et omnis In lioc mm. BcraLj Hb. t, ^i$t. 1, v. (i*
DE LA BlBLiOMANiE.
propre à rendre ces secours prompts, {aaies, universels.
Je sais le cas qu'on doit faire de ces chefsd'ceuvre de la presse dont la délicatesse séduit les yeux» et dont la correction satisfait l'esprit. J'ai toujours aimé les livres et ceux qui les aiment, mais j'aime encore plus la vérité : Amicus Plaîo, magLs arnica veritas. Plus j'estime une chose utile, plus j'en déplore les abus»
S'il est vrai^ comme personne n'en doute, que Tétude épure l'âme, qu'elle rectifie le jugement, qu'elle est l'école de la vertu, est«il supportable que des livres qui sont les instruments de Fétude, les organes de la vérité et de la science, deviennent, par un goût abusif, les vains meubles dont on orne un appartement ou les signes équivoques du travail et du savoir, ou même les armes offensives dont on se sert pour intimider la raison, et avec lesquelles on ose combattre ce que les lois divines et humaines ont de plus respectable î
Quelle utilité pourroit-il y avoir à parottre curieux de livres pour se borner à n'en rien faire et à ne rien savoir ? A quoi serviroit-il de devenir savant, si ce n'est pour devenir meilleur i
A quoi bon se nourrir des maximes des philo^ sophes et considérer d'un œil d'admiration les belles actions des grands bommes, si l'on néglige de pratiquer les unes et dHmiter les autres ? N'est-ce pas aux Gens de Lettres, plus exercés à méditer» à réfléchir/ qu^il conviem de donner des exemples de modération dans les goûts et de décence dans les usages l
(^smd même la vsmité, le luxe^ envabiroient toutes les professions, infecteroient tous les états, le leur devroit être exempt de cette contagion. Ils connoissent si bien la véritable institution des livres, qu'ils ont lieu de craindre d^en porter l'estime jusqu'aux moindres entêtements de la passion.
J'en ai reconnu et éprouvé moi-même le péril. Cet aveu semble me donner le droit d'en manifester les écueils. Un Navigateur échappé du naufrage se platt i raconter les risques d'une mer orageuse, lin Voyageur curieux, mais quelquefois imprudent, après avoir couru mille hasards sur sa route, avertit ceux qu'il rencontre des embûches ou des précipices qu^ls doivent éviter. Ce seroit une injustice de vouloir interdire à un Joueur ta feculté de déclamer contre
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le jeu lorsqu'il a quelque sujet de s'en plaindre.
Le penchant que je me suis toujours senti pour ia Bibliomanie m'a laissé néanmoins la liberté d^en examiner les dangers. Instruit par ma propre expérience, j'ai appelé la raison à mon secours pour me prémunir contre cette séduction, et les réflexions que ce sujet m'a inspirées sont bien moins des leçons pour les autres qu'un avertissement que je prends pour moi.
Concluons de tout ce que j'ai dit, que la Bibliomanie est le comble du ridicule pour ceux qui n'ont ni les dispositions ni la volonté de faire un usage sérieux des livres ; que pour les gens d'étude et les connoisseurs , c'est une superfluité déraisonnable que de rassembler toutes les facultés, toutes les matières qu'un seul homme ne sauroit cultiver; que ces collections, portées jusques au luxe et à la magnificence, sont l'effet d'un amour excessif du merveilleux et Tobjet d'une prodigalité condamnable et ruineuse; que ce goût bizarre et libertin, qui fait donner la préférence à certains ouvrages où tout respire la frivolité et la licence, est un travers d'esprit odieux et méprisable, un déré-
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glement de cœur consommé, digne de la rigueur des lois et des aitathèmes.
Quiconque sera une fois bien convaincu de toutes ces vérités avouera que la destination primitive des livres est diamétralement opposée à tous ces excès ; qu^iis sont faits pour éclairer notre âme, pour corriger nos mœurs, et non pour les séduire et les pervertir ; que leur véri-* table valeur ne dépend ni de leur grand nombre, ni des ornements qui les parent, mais seulement des choses utiles ou agréable^qu'ils renferment.
Contentons-nous donc de recueillir ceux que la brièveté de la vie et la portée de nos talents nous permettent de lire. Joignons-y encore ceux que les diverses fonctions de notre état nous obligent de consulter. Préférons la qualité bien choisie à la quantité superflue. Les plus précieux en apparence, et les plus richement ornés, sont * souvent les moins instructifs. Des éditions correctes, des reliures durables , doivent borner notre ambition.
Mais des objets encore plus dignes d^elle nous sont offerts dans ces livres, c'est-à-dire les moyens de nous instruire, je ne crains pas d'ajouter, et de nous amuser. Il faut à l'homme
^é os LÀ BtBLlOMAHiE^
des occupations sérieuses; s'y appliquer, c est son devoir. Il lui faut aussi de légitimes récréalions ; se les procurer, c'est son besoin.
Néanmoins, soit qu'il étudie, soit qu'il pr^me quelques délassements par la lecture, ces diverses aoions doivent toujours être dirigées par la rai- S0& par la tempérance* Les livres simplement agréables contiennent, ainsi que les plus sérieux, des leçons utiles pour les cœurs droits et pour les bons esprits.
Apprenons des maîtres de la morale qui nous enseignent tous les jours ia vérité par la lecture, unt6t avec l'autorité des préceptes et des exem* pies, tantôt avec la double persuasion des con- ' seils, quelquefois avec les agrémems d'un amu-sèment ingénieux ; af^renans, dis-^e^ que notre vrai bonheur consiste à mépriser i^néreusement les tentations de la vaine gloire et les recherches de la superiluité ; apprenons que Àe sage n'anw bitionne point ce qui abonde et ce qui brille, mais qu'il se contente simplement de ce qui est bon et de ce qui suffit (i).
(g Sapiens nos cqpianw sed snfifeknttsm veram volt.
PitrarCf àt Lib* cop,f diaL 4|.
£n êflet, avoir ce qu'il fiauti c'est une véritable richesse, et c'est une indigence réelle que d'aceamuler toujours sans cesser jamais de désirer* Le nécessaire et l'utile une fois acquis, tout le reste n'est bon qu'à engendrer des soins, des dégoûts et quelquefois des repentirs. . Tandis que Thorame s'épuise en projets, et . qu'il cherche à satisfaire de plus en plus la soif d'acquérir, la vie s'écoule, le temps de jouir se passe, et bientôt l'avantage de posséder s'éva- Qôtnt avec la joubsance (i). Sofcms donc per* suadés qu'en tout, le trop est toujours vicieux^ încommode même, et souvent pernicieux (2) ; que le brillant et le merveilleux sont rarement utiles. Accoutumons-nous à mesurer nos désirs et nos acquisitions sur nos vrais besoins, et à écarter de nous tout ce qui ressent le luxe et la parade : assuescamus a nobis removere pompam^ et usa rerm omamenta nutàfi (;).
(1} Qi^d milans? Qt^d stupcs? Pompa esi. Oatendantur^ bue reS| non possideninr ; et dnm placent transenht. Ad vem pothis te eottverte divhias : disee paivo esse contentas.
5«n<f., tpist. 110*
(a) Yitiosum ubique quod nimium est.
dt Trmq. dn^ cap. 9.
(f) Idem Seneca^ ibidm*
73 DE LA BIBLIOMAKIE.
Suivant ces principes si vrais, si solides, usons des livres avec discrétion si nous voulons en jouir avec fruit. Que leur usage ne soit pas pour nous un motif de vanité^ mais un moyen d'instruction. Ils ne furent jamais destinés à faire briller notre goût pour l'appareil et le faste, mais à nous rendre plus doctes et plus sages(i). Ce sont des remèdes contre le vice et l'ignorance qu'un funeste abus peut trop &cîlement convertir en poison.
Heureux qui sait se fixer à un bon choix, et en faire un emploi salutaire 1 Heureux qui, dans ce genre comme dans toutes' les choses de la vie, ne rougit point de la médiocrité et ne connoît rien de tout ce qui va au delà du nécessaire i Heureux encore celui qui a le talent de jouir et de se procurer une espèce d'abondance dans les bornes mêmes de la retenue , qui ne s'accorde la jouissance que de ce que lui permettent la raison et la vertu !
Muni de ces précautions, quiconque aime rétude trouve dans l'élite de quelques bons livres une noble occupation et des satisfactions
(i) Paretnr itaque iibroium quaatum satis est, nihii ia apparatum. Semc^ ibià.
DE LA BIBLIOMANJE. 79^
inexprimables. Dès qu'il jouit d'un bien si âélectable et si pur, à quel autre plaisir seroit-*ii sensible ? Quel état pourroit être plus désirable que celui où Pon est délivré des langueurs de l'ennui et des dangers de l'oisiveté i
Oui. certainement, la véritable félicité de l'homme de lettres est d'éprouver l'accomplissement du vceu que fait Horace, lorsqu'il dit :
Quîd crediSy amice^ precari l Sit mihi quod nunc est, etiam minuSy ut mi i vivant, Quod super est avi^ si qaid super esse volant Di, SitbonaUbrorum copia* • • • * (i)
Avec de telles dispositions, l'homme studieux aime véritablement les livres, en connoit tout le prix, et en retire la plus grande utilité.
11 est seul capable de leur rendre cet honorable témoignage, et de dire, avec Cicéron, qu'ils fournissent à l'esprit dans la jeunesse la plus exquise nourriture : adolescentiam alunt; qu'ils sont les plus solides plaisirs de la vieillesse : senectaiem oblectant; que leur usage bienménagé ajoute un nouveau lustre à la prospé-
(i) HoraL, lik. x, epist* iS, v. io6. Observez qu*Horace dit : Bona libroram copia, €f non pas magna ni splendida*
On doit entendre ici par le mot copia l'honnête abondance^ mais nullement la magnificence ni la superfiuité.
te DS LÀ BiBliaMÀNlS.
rité : secundas tes ornant', qu'ils procurent des ressources et des consotalioiu dans l'adversité : admsis perfugmai ac solatium prsbenii qu'ils sont les délices de la vie privée, et non mi d»tacle aux fonctions pobdiqaes : détectant dmi, non ifîipediuat foris; qu'ils veiUent avec nous, qu'ils nous servent de compagnie dais 1^ voyages et à la campagne : peraoctaia aobiscm, peregriaaa^ fur, rusticaniur (i).
C'est surtout dans les lieux champêtres et dans la solitude que leur jouissance est plus délicieuse. C'est là que» dans le silence majestueux de la nature, et à l'aide d^une lecture choisie, il s'élève au dedans de nous une voix secrète qui nous rappelle à nous-mêmes, qui nous fait sentir nos erreurs^ qui nous enseigne nos devoirs. C'est dans ces retraites chéries des Muses qu'il est doux de e livrer à leurs inspirations ; qu'il est plus libre de méditer sur les merveilles de l'Univers, sur les mystères de la Morale et de la Physique, avec le secours des livres qui en sont les dépositaires et les interprètes.
Quel charme ne goùte-t-on pas à se retirer
(i) Cîcer., pfQ Arck. poet.f nm* j.
VE LA BIBLIOMANJB,
quelquefois du tumulte des villes, de l'embarras des affaires y de la conversation des vivants^ souvent frivole ou incommode, pour s'entretenir avec d^illustres morts, pour apprendre d'eux à penser, à réfléchir; pour recueillir leurs maximes et profiter de leurs conseils! Rien ne manque à qui sait faire cas de ces précieux avantages. Si liortum cum bibliotheca habes^ nihil durit (i).
Épurons donc ce goût des livres, qui ne peut être ni utile ni agréable qu'autant quil est légitime et modéré. Tâchons d'en augmenter les douceurs et les fruits par Fassainissement d'une judicieuse sobriété. Apprenons à le mettre sagement à profit, etj pour n'en perdre jamais l'utilité, évitons d'en faire l'objet d'une ostentation ridicule ou d'une passion aveugle et dangereuse.
(i) Ciur,^ ad FamiL^ lib^ 9, cpisU 4.