DIFFICULTES DES RECHERCHES
tion du salaire est allouée sous la forme de secours. Dans les départemens du nord de la France, on inscrit au reg^tre des indigens une foule d'individus qui en seraient exclus à Paris. L'indigent du ^« arrondissement , à Paris , n*est pas le même qae celui du 12'; celui qui est ici réputé indigent, là passe pour être aisé.
Que sert à dire : ily a tant (t indigens , si vous ne pouvez dire ce que c*est qu'un indigent? Ces chiffres ressemblent à des moiinaies dont le tiire est inconnu.
Ce n*est pas tout : le dénombrement, fut-il exact ^t régolier, D'expliqué rien, s'il n'est accompagné d'une dassiiication méthodique. L'indigence est un genre qui renferme ■n grand nombre d'espèces. Le nombre total des indigens est on résultat qui conduit à des conséquences fort différâtes, suivant la nature des élémens dont il se compose. Quelle • différence , par exemple , suivant qu'il comprend essenliellem^it ou des invalides, ou des valides! suivant qu'il admet une plus ou moins grande proportion d'enfans, de viellards ! suivant que la plus grande partie peut être entière-. • ment réhabilitée, ou qu'elle est absolument incurable! Or, ces classifications ont-elles été établies? Où voit-on des relevés dont elles aient posé le principe? Ont-elles même été fondées sur les mêmes principes ?
Enfin t il ne suffit pas de connaître le nombre des vrais indigens , si l'on ne peut se former une idée au moins approximative du degré de misère qui règne parmi eux. On ne peut additionner ensemble , comme des valeurs égales, la misère complète , absolue , avec la misère seulement partielle , ni les misères partielles , qui diffèrent dans leurs proportions. Autant Tandrait former une somme dans laquelle on additionnerait confusément, comme autant d'unités, l'unité monétaire avec ses diverses fractions. On n'opère avec exactitude qu'en calculant d'après la moyenne.
Ce qu'il importe de connaître pour apprécier la situation économique d'une contrée , c'est la masse de la misère ; le
nombre des misérables D'en est qu'un élément. Le pays le plus riche est quelquefois celui on les dénombremens donnent un chiffre d'indigens plus élevé.
Si les documens nécessaires manquent en toute cette matière à nos études , la faute n'en est pas à la science. Où pourrait-elle les puiser? L'administration publique seule est en état de recueillir et de présenter avec quelque certitude les données qui peuvent satisfaire à ceis conditions. Elle y par-' viendra à l'aide des états de population dressés d'une part pour les établissemens publics hospitaliers /et de l'autre pour les personnes secourues à domicile. Les contrôles ordinaire-' ment tenus dans les établissemens hospitaliers y permettent* du moins de constater le nombre des entrées , des sorties ^ celui des lits occupés ; mais, danà les hôpitaux où les malades sont reçus sans autre condition que celle de la maladte, ils ne donnent point de lumières positives sur le degré de misère des individus qui y sont recueillis. Il y a des hôpitaux qui n'admettent que certains genres de maladies; il en, est qui* n'admettent les malades qu'à un certain âge. Dans les hos-^ pices , les états de population fournissent le nombre des personnes entretenues à divers titres ; mais souvent ils ne dis- , tinguentpas les vieillards des infirmes; ils ne classent pas j les premiers d'après l'âge , les seconds d'après le genre d'in- ^ firmités. Il n'est pas facile de constater avec certitude le ^ nombre des îndigens errans , ni de ceux qui résident à leur . domicile , population en partie mobile et dont la situation ^ aussi est sujette à changer. Chaque vérification faite à Paris ^ amène une réduction sensible dans les états de la population ^ indigente.
Si l'on veut des états de population dont on puisse tirer quelques conséquences instructives , il convient de les re- i nouveler périodiquement , et de les rapporter à une classification bien entendue. Il n'est pas nécessaire de faire descendre cette classification jusqu'à de minutieux détails. Il n'est pas nécessaire non plus de descendre à des distinctions
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«ibtiks y pour composer l'échelle qui sert à déterminer Tintensité de la oiisëre. On peut se contenter d'y marquer trois degrés principaux.
U est utile cependant de distinguer la population indigente des villes et celle des campagnes : parmi les villes , de dis tingoer les grandes villes, les villes manufacturières ou comnerçantes: et dans les campagnes, les régions où Tagricultture est la seule occupation des habitans ; celles où quelques fd)rications inqMntantes y sont jointes-, les pays de grande et de petite clilture ; les pays de vignobles et ceux qui sont principalement exploités en cultures de céréales, etc., etc.
Lorsque l'on cmsidère les variations successives que le loabre des indigens subit dans la même contrée, en différeas temps, suivant les circonstances de paix ou de guerre, le produit des récoltes , l'état sanitaire , les oscillations de riodnstrie, on reconnaît qu'il importe de choisir et de faire connattre avec soin les époques auxquelles sont dressés les reoeosemens : elles serviront à fixer un maximum et un winwiiifw, c'est-à-dire les deux termes extrêmes entre les- «[seispeut flotter la misère publique. Il est rare que ces effets soient fdacés sous Taction de causes constantes. Ces variations assez fkréquentes et qui ne sont pas toujours attentivement remarquées , affectent de quelque imperfection la plupart des évaluations statistiques ; elles jettent de l'incertitude sur les comparaisons qu'on cherche à établir entre la destinée des diffërens peuples.
Enfin, il n'est pas inutile de tenir compte des. calamités exnraordinaires qui viennent quelquefois désoler une région : elles apportent de lumineuses révélations sur les forces réelles des nations qui les subissent. Mais ces grandes ca- Uisirophes doivent être enregistrées à part dans l'histoire de
rmdigence.
En traçant les conditions qu'une telle statistique exigeil rait, on reconnaît toujours davantage combien sont insuf- 4 fau» les élémens que nous possédons jusqu'à ce jour. Que
si nous ne pouvons obtenir que des notions aussi imparfaites sur rétat réel des choses , tel qu'il est sous nos yeux , et malgré les recherches qui ont, depuis quelque temps, occupé les amis de l'humanité^ que sera-ce si Ton veut remonter aux temps antérieurs, aux diverses périodes de This- ' toire, lorsque les historiens, plus occupés en général de fixer les dates, de noter les évèuemens extérieurs que de pénétrer dans l'étude des mœurs , se sont si peu occupés des destinées des classes inférieures de la société? Macfarland seul a écrit une Histoire des pauvres.
Nous demandons humblement pardon aux personnes qui glorifient la puissance des chiffres dans les sciences morales, d'avoir été conduits encore sur ce sujet à ébranler une autorité qui a reçu déjà tant d'autres atteintes. La même néces- i site nous sera plus d'une fois imposée dans la suite de cet n écrit. Toutefois, en avouant l'imperfection de nos connais^ •^ sauces actuelles sur la statistique de l'indigence , nous sommes loin d'en tirer des conclusions trop décourageantes ^ dans les intérêts de la bienfaisance publique. D'abord, signa- - 1er l'imperfection présente de nos connaissances, c'est provoquer les travaux qui servirgnt à les perfectionner. Ils pourront procurer une partie des faits qui nous manquent. Ceux même que nous possédons déjà , quelque incomplets qu'ils soient , peuvent cependant être consultés avec fruit, pourvu qu'on ne leur attribue que leur juste valeur, et qu'on n'en lire pas d'autres conséquences que celles qu'ils comportent.
La science d'ailleurs n'est pas ici dans une dépendance servile de la statistique. L'étjide de la nature humaine , la connaissance des lois qui régissent l'organisation sociale, les faits généraux de l'histoire , sont autant de flambeaux qui 1» guident dans sa marche avec plus de sécurité peut-être. U ne s'agit pas d'ailleurs d'établir ici des démonstrations géométriques , mais d'obtenir des appréciations morales.
Après nous être mis en garde contre le danger d'attribuer