‹ De la bienfaisance publique; (volume 2)Chapitre 42 sur 80 · INDUCTIONS. ETC · texte numérisé non relu

INDUCTIONS. ETC

▲ETICLE IX.

induetions qui peuvent être tirées des documens rapportés dmu Us articles

précédera,

Nous noos sommes fait ua devoir de mettre sous les yeux du lecteur avec une scrupuleuse fidélité , tous les documens qu'il nous a été possible de raiBsembler sur la statistique de ^indigence en Europe et dans le Nouveau-Monde , afin qu'il puiite juger par lui-^méme de leur mérite et de leur utilité. Ces^Qcamens confirment encore Topinion que nous avons émise sur Timperfection des données que possède la science sur un sujet aussi important. Nous nous trouvons privé ainsi dn droit de pouvoir , à Texemple de quelques auteurs, admellre comme positive la proportion du paupérisme dans tell A ou telles contrées, et en déduire, comme autant de vé-^ rites établies en fait par Tobservation , que le paupérisme sobit telle ou telle influence , par Teffet de Tindustrie , du culte religieux ^ des institutions politiques, etc. Mais nous préférons la vérité au prestige des systèmes ; et c'est déjà peut-être avoir obtenu une vérité précieuse , quoique négative 9 q[ue d'avoir montré combien sont peu solides les bases sur lesquelles on a construit certains systèmes.

Heureusement, les conséquences qu'ont demandées quelques auteurs à la Statistique, et qu'elle n'a. pu encore leur dfonner d'une manière exacte, peuvent être obtenues par d'autres voies 9 ainsi que nous le verrons plus tard. Si l'action des causes qui déterminent la misère peut êire démontrée à priori j et il en est ainsi de plusieurs causes, on pourrra en déduire avec certitude que l'indigence règne avec plus d'étendue, là où elles agissent avec le plus de force.

Que, si nous nous refusons à> tirer des informations de la, Statistique,^ des formules générales qui, jusqu'à ce jour, nous paraîtraient hasardées, nous reconnaissons cependant qu'elles

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peuvent, malgré leur imperfection, fournir dès ce moinent, quelque^ indications plausibles, qui seront utiles à la scien^ce, pourvu qu'on ne leur accorde pas une valeur exagérée.

Ainsi, d'abord, il demeure établi ^e le nombre desindigens , c'est-à-4ire des përsoBÎies qui ont besoin, pour subsiscer , de recourir à la charité' individuelle ou à la bienfaisance publique , est presque nul dans les conti^éeé où le travail et les personnes ne sont point encore entièrement affranchis d'un reste de servage. *

Il demeure également étabf! que le nombre des fûdigens »ubit d'extrêmes variations, suivant leà temps, équivaut les pays , et d'un lieu à l'autre dans le même pays. Une grjande partie des différences qu'on rencontre dsuis les réstiltat^dès évaluations doit être sao^ d^te rapportée à la diversité des modes suivis pour ces évaluations. Là, on n'aura tenu coisfpte que des înalades et des vieillards reçus dans lés étstblisse- Ifnens hospitaliers ^ et des enfans trouvés; ailleurs on n'a t songé qu'aux mendians ou aux personnes secourues à do- . micile. Là, on a eu recours à des registres publics ; ailleurs, on a manqué de documéns officiels. L'admission aux secours publics n'-estpas d'ailleurs souniise partout et en tout temps aux mêmes règles ; presque partout on a confondu lès gens qui demandent l'aumône, avec les nécessiteux qui ont besoin d'être secourus. Mais des difierences essentielles résultent certainement aussi de la nature des choses. Ainsi, le monbre des indigens est généralement , dans les villes , beaucoup plus considérable que dans les campagnes. Ainsi , il est plus considérable dans les pays condamnés par les circonstances politiques ou commerciales à une fatale décadence.

Si le nombre apparent des indigens va presque partout en croissant d'année en année, la chose s'explique naturellement. Car, à mesure que Taisance générale augmente, le nombre de ceux qui demandent doit augmenter, d'une pan , parce que le désir de recevoir est plus vivement aiguil-

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lonnéi deFautre, parce qu'il y a aussi plus d'espoir d'obtenir. D'ailleurs, les progrès que fait chaque jour l'administration des secours publics , la libéralité dont elle se montre de jour eo^our plus.animée, fait surgir un plus grand nombre de sollicitations . et les fait plus facilement accueillir.

Il semble résulter de ces divers exemples que le nombre des valides qui éprouvent des besoins par le manque de travail, est de beaucoup supérieur à celui des personnes. dont les nécessités proviennent de l'âge ou des infirmités. Mais cette apparence aussi serait trompeuse : entre ces deux classes d'indigens, c'est la première surtout qui parvient à se créer une indigence fictive. Aussi, à Paris, où l'inscription des indigens admis au secours est soumise à des conditions régulières, la proportion des indigens incapables de travail, aux indigens valides, est en sens inverse. Les premiers forment plus des deux tiers des ménages secourus à domicile , et plus du quart de la population indigente. ^

On voie* aussi que les familles chargées d'enfans en bas âge occupent sur les tableaux d'indigens une place plus considérable que les pauvres adultes sans«nfans. On y voit figurer plus d'enfans que de vieillards. Il n'est aucun exemple où ce phénomène se produise d'une manière plus frappante que dans le département du Nord où les indigens par vieillesse ne représentent que le 1/27 du nombre total, les indigens par infirmités ou maladies le 1/16, et on ces deux classes forment ensemble le 1/10 de ceux qui sont réputés avoir droit aux secours publics.

A Paris, le nombre des vieillards et des incurables reçus dans les hospices, joint à ceux qui sont secourus à domicile , forme près des 25/100 du total des individus secourus ; le nombre des malades en compose à-peu-près les 7/100; ces deux classes réunies représentent ainsi au moins les 32^/100 de la population indigente. Cette proportion peut être considérée comme normale pour les grandes villes.

En prenant pour type les résultats des dénombremens dans

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la capitale de la France, on remarque encfore que les eofans assistés ch^z leurs parensy à domicile y ou entretenus soit comme orphelins, soit comme enfans trouvés , représentiént è-peu-^rès le quart du nombre total des individus assistés par la bienfaisance publique. '

Quoique sans doute les recensemens faits à Paris jeûent une grande lumière sur les élÂnens de la Statistique de via pauvreté, quoiqu'ils aient le dou^e mérite^ dç^reposer sur des vérifications exactes, sur des règles fixes fit kages, et de présenter les classifications l6s plus utiles, divers moi^fs cepeudant interdisent d'appliquer, sans de ndbibreuses modifications, les exemples qbi.en naissent. Ces dénombremens s^àppliq^ucâoit à.une yille et à une très grande ville, à i^ne^^tale. Ils comprennent upe masse considéi^^le dindigen» veiltKâl du dehors. On ne" p^t se diséfi^ler , 'd'ailleurs , que , même à Paris , Tinscrl^tiOn au contrôle de9 indigens pour les secours à domh^ile f ne sii^ppose pas toujours un besoin 1res réel de secours': quelques 1i]^(lividus inscrits né participent pas même' aux secours : ils obtiennent, de se faire insci^, pour être exempts des contribinions^ publiques, des frais Judiciaires. L'admission des malades dans les hôpitaux n'étant soumise à aucune autre conditieh que. la vérification de la maladie elle-même, ces asiles recueillent beaucoup d'individus qui ne sortent pas de la classe des indîgens proprement dits. Combien d*enfans naturels portés aux enfans trouvés appartiennent à des personnes qui seraient en état de les élever ! Il manq'ue d'ailleurs un élément essentiel à la classification des pauvres dans la capitale de la France, et cette lacune résulte d'une omission dans les réglemens qui y gouvernent l'administration des secours à domicile : on ne distingue point les pauvres dénués absolument de toutes ressources, de ceux auxquels il ne manque que la moitié, le quart de ce qui est nécessaire à leur subsistance. Ce soin, qui a été pris en Belgique et en Hollande, permet seul d'arriver à des évaluations un peu précises. On pourrait avec

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.quelqaa. probabilité estimer à J/iO le jDombre de ceux qui sont dépoor^s de tout ; à 3 ou /i/10 ; ceux auxquels il manque à«peu*près la moitié; à 5 ou 6/10, ceux auxquels il manque à-p^urprès le quart des moyens d'existence. Mais cette proportion varie dans les divers arrondissemens de la ca* pitale.

Si Ton ne tient plus compte seulement des lits occupés dans les hdpijaux^ mais si Ton fait entrer dans le calcul le nombre entier des malades qui y sont traités pendant le cours d'une atfkiée, l'exemple de Paris semble confirmer la proponiw admise en principe par le comité de mendicité de l'Assemblée Constituante , et d'après laquelle le nombre des indigens recueillis, par Thospitalité publique, serait considér^ comme à-peu-*près égal à celui des indigens secourlis à domicile. Car, à Paris , les hôpitaux traitent chaque année près de 60 mille malades , qui , joints aux vieillards ou infirmes recueillis dans les hospices, forment un total de près de 70 mille personnes. Mais, parmi ces malades, il en est qui sont en même temps inscrits sur les contrôles des indigens secourus à domicile , en sorte qu'on ferait un double emploi , en les comptant à- la-fois sous chacun de ces deux titres. D'autre^^ au contraire, ainsi que nous l'avons déjà renv^rqué, bien que se faisant traiter dans les hôpitaux , n'appartiennent réellement pas à la classe des indigens. Tels sont surtout les ouvriers étrangers.

La proportion des indigens admis dans les asiles publics, avec ceux qui sont secourus à domicile , dépend d'ailleurs de plusieurs circonstances: l'étendue, la proximité des élablissemens publics ; le degré de facilité accordé aux admissions ; le degré de bien-être dont jouissent ceux qui y sont admis , qui tend à inspirer plus ou moins d'attrait ou de répugnance pour s'y faire recevoir; enfin, le degré de perfection de l'administration des secours à domicile : car son perfectionnement a toujours pour effet de conserver à leurs familles un plus grand nombre de malheureux, et de réduire le

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nombre de èeni qui soDt cbntraiats de venir se réfugier dans les établissemens publics. .

SI toutefois te rapport adopté par TAssemblée Constituante pouvait être admis, sinon' comme une règle mathématique et rigoureuse , du moins comme une approximation , on posséderait un iudice précieux pour comparer la misère relative dans les différentes régions, san^ avoirbesoin de recourir à des renseignemens qui n'existent pas» la plupart du temps 9 pour les indîgens à domicile.

En partant toujours de cette hypothèse , l'état (ubihé en France par le Gouvernement des individus recueillis dans les établissemens hospitaliers, et que nous avons rapporté ci-dessus p. 114^ servirait aussi, faute d'autres- renseignemens, à fair& mesurer la proportion du nombre des indigens dans les •différens départemens du royaume.

En supposant aux Statistiques de l'indigence l'exactitude la plus rigoureuse ^ il resterait toujours une classe d'infortunés dont elle est inhabile à tenir compte : c'est la classe de toutes la plus digne d'intérêt; celle qui, dans sa douleur, s'enveloppe des voiles du mystère. Commentv calculer le nombre <ies pauvres honteux , puisqu'on ne peut les connaître?

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Les circonstances qaî jettent ou qui retiennent un malheureux dans le besoiu exercent sur lui une action immédiate , spéciale , individuelle ; mais ces circonstances se rattachent elles-mêmes à un ordre de causes plus lointaines et plus générales y dont l'influence s'étend sur la société entière. Si la charité privée , occupée de soins personnels , s'applique à discerner les unes, parce qu'elles caractérisent les maux qu'elle est appelée à soulager, la bienfaisance publique doit remonter aux autres; il n'est pas pour elle d'étude plus importante, parce que sa mission est de remédier par des dispeusations générales à un fléau général et durable , et surtout de le prévenir autant qu'il se peut , à son origioe.

Les causes générales de l'indigence sont à leur tour plus ou moins directes ; elles agissent à diverses distances , sous diverses formes, et, dans leur action, se lient les unes aux autres.

Comme membre de la société, l'individu prend sa part dans la masse des ressources qui forment le commun patrimoine. Un premier ordre de considérations frappe donc l'esprit , en cherchant à remonter de cause en cause : on interrogera la situation économique de la société elle-même ; le capital dé richesse dont elle jouit, ou les besoins universels qu'elle éprouve, afin de rechercher comment la situation des diverses

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classes qui la composent est affectée par les conséquences de l'aisance ou de la détresse.

En s'élevant ensuite aux sources de la richesse sociale , c'est-à-dirp au travail et aux forces dont il dispose, on découvrira comment le mouvement de l'industrie agit sur lé développement de l'indigence.

La population exprime à-la-tois et l'étendue de la consom-' mation et la puissance productive ; sur elle se mesurent les besoins et les ressources; sous ce double rapport elle occupe un rang essentiel parmi les causes de l'indigence.

Mais l'homme est lui-même en grande partie l'auteur de sa propre destinée \ soit comme producteur, soit comme consommaiem*, l'homme a une valeur essentiellement morale ; l'emploi qu'il fait de ses facultés réagit à-la-fois et sur ses besoins et sur ses forces ; de là l'influence des mœurs sur Tindi^ence : c'est l'élément philosophique du grand pro--* blême.

Enfin , en rem,ontant plus haut encore , les institutions sociales se présentent à la pensée, comtne agissant à-la-fois sur la production , sur la répartition de la richesse, sur les succès de l'industrie, sur le mouvement de la population , sur tes mœurs publiques; tandis! que, par une réaction naturelle, elles en ressentent aussi les effets. Voici donc un dernier ordre de causes qui, bien que de h>in, se fait puissamment sentir dans les destinées de la classe malaisée.

La richesse sociale, Tindustrie, la population, les mœurs, les institutions publiques, telles sont donc, si nous ne nous trompons, les cinq sphères successives que nos méditations doivent parcourir, dans l'étude des causes de l'indigence. Cependant les erreurs de la bienfaisance, elle-méme,^ peuvent accroître et perpétuer la misère en essayant de la soulager : nous devrons donc examiner aussi dans quels cas et jusqu'à quel point elle peut encourir ce reproche.

J)E LA RICHESSE SOCIALE. l&l

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