‹ De la bienfaisance publique; (volume 2)Chapitre 43 sur 80 · CHAPITRE I**. · texte numérisé non relu

CHAPITRE I**.

De la nohesse soeîale.

ARTICLE I*'

'Ùisiineéion de la êoMe influence exercée par la tnassede la richesse, et pat

son mode de répartition.

Si Ton supposait pour un instant que la richesse totate d'un pays fût également partagée entre tous ses habitans , que cette égalité fut fixe et permanente^ la richesse commune ne pourrait s'accroître ou décroître, sans que Taîsance de chacun fut accrue ou diminuée dans le même rapport. La condition individuelle suivrait la situation générale. Mais les choses ne sont point ainsi, ne peuvent, ne doivent pas être ainsi, dans tin état de civilisation avancé et progressif.

Si Ton supposait que la distribution de la richesse entre les habitans , quoique inégale , conservât du moins les mêmes proportion», et présentât toujours des différences sembla^ blés , l'accroissement ou l'affaiblissement de la richesse commune déterminerait encore une augmentation ou une diminution corrélatives dans le bien-être individuel. Dans le premier cas , les riches deviendraient plus riches , les pauvres plus aisés. DaM'le second, les riches deviendraient moins aisés; les pauTrés'^phis misérables. Là seulement où le mode de distribution de la richesse subsiste le même, on peut conclure de la situation générale aux conditions individuelles.

Ce que nous disons d'un pays comparé à lui-même à diverses époques , doit se dire de deux pays comparés entre eux. Si, dans chacun, la richesse était également répartie , le pays le plus riche aurait le moins d'indigens. Il en serait de même si, dans chacun, le mode de répartition était semblable.

1A2 PKEMIÉRE PARTIE. LIYRE II. CHAP. I.

Tout change, dès que rinégalité dés conditions commence, et lorsque cette inégalité elle-même varie dans son mode et ses degrés.

Alors, ce qui peut paraître un paradoxe au premier coup d*œil,un pays peut s'enrichir, pendant que Tindigence s'y fait plus vivement sentir dans les classes inférieures de la société; il peut s'appauvrir et avoir moins d'indigens. L'indigence peut exercer plus de ravages dans un pays riche que dans un pays pauvre. ,

C'est que la misère de plusieurs a précisément sa cause dans la richesse de quelques-uns , et cela par plusieurs raisons qui demandent à être soigneusement étudiées.

Ainsi s'expliquent quelques contrastes apparens qui frap* peut et étonnent l'observateur.

Ainsi, cette île florissante où affluent toutes les richesses du globe , que le génie du commerce et de l'industrie a dotée de.ses prodiges , est la contrée où s'élèvent les plus vives plaintes sur les progrès du paupérisme.

Ainsi, les villes, brillant séjour de l'opulence, du luxe, des arts, des plaisirs, sont aussi le hideux réceptacle de la plus affreuse misère.

Ainsi, en France, les départemens où les* contributloBS publiques donnent un produit plus élevé, relativement à la population et au territoire, sont précisément ceux qui ont été signalés à deux époques différentes, comme renfermant UB plus grand nombre d'indigens : tels sont , sans co|ppter celui de la Seine qui réunit au plus haut degré les deul élémeos de ce contraste , le Nord , l'Aisne , le Pas-de-Calais , la Somme, la Seine-Inférieure, le Rhône, la Gironde, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise , l'Hérault , le Calvados., où , à une culture perfectionnée , s'unissent les bienfaits de l'industrie manuËicturière et commerçante. '

Ceux des départemens de la France qui sont indiqués comme renfermant le. moins d'indigens , sont ceux qui présentent l'aspect d'une moindre prospérité, qui acquittent les

HASSB DE (.A RICHESSE ET SA RRPARTITIOIC. i&3

eontributîonsles plus faibles relativement à leurs territoires. Ce sont les pays de montagnes, comme les Hautes et Basses Alpes, TAriège, les Vosges, la Haute-Loire, l'Ain; ou ceux du centre, comme la Creuse et la Corrèze ; ce sont aussi les Laudes. 'Au fiiein des Alpes, dans ces étroites vallées qui fournissent pea de ressources à la subsistance de l'homme , la Suisse , réputée pauvre, «et qui a peine en effet à nourrir ses habita», est peu affligée par le spectacle de la misère, surtout parmi ses propres citoyens.

AU milieu de ses vastes steppies , sous un ciel rigoureux,, peu initiée encore aux opérations dotJ'industrie et du commeree j la Russie ne se plaint point du fléau du paupérisme. EllÈi ne s en plaint pas davantage , cette Suède voisine des

pôles, et placée sous un climat rigoureux.

Si, en effet , la masse totale de la richesse sociale demeurait constante , et que sa répartition vînt à changer, on conçoit qu'à n(iesure que les riches viendraient y puiser une part plus considérable , il ne resterait qu'une part plus faible à distribuer aux pauvres. De même , en supposant deux contrées également riches, q^ani à la masse totale du capital, celui où la distribution serait la plus inégale, serait nécessairement affligé par la présence d'un plus grand nombre de pauvres.

Il y a donc ici deux ordres de causes qui agissent concurremment, qui peuvent ou se fortifier l'un l'autre, ou se combattre et se balancer plus ou moins.

En recherchant les lois suivant lesquelles cette alliance^ ou cette lutte peuvent s'établir , on découvre qu'elles donnent lieu à 9 combinaisons différentes , suivant que chacune des 3 hypothèses qui appartiennent à l'un des deux ordres, se combine avec une des 3 hypothèses qui appartiennent à l'autre.

Premier ordre d'hypothèses.

Masse de la richesse générale :

z'^ hypothèse : elle reste stationoaire) a* hypothèse : elle s'accroît, )• hypothèse : elle décroît.

Deuxième ordre d'hypothèses.

Sa répartition :

Elle reste stationnaire, L'inégalité s'augmente, Elle diminue.

ikh PREMliRS PART». LITRE II. CBAP. I.

l'"* Combinaison : réunion des deux premières hypothèses : Tindigence (toute autre cause à part, bien entendu) demeure la même ; aucun résultat.

2*" Combinaison : la richesse reste stationnaire, Tinégalitédela répartition croissant, Tindigenceauginentera; résultatfuneste.

3"* Combinaison : la richesse reste stationnaire , Tinégalitéde répartition diminuant, Tindigeqce sera réduite; heureux résultat.

Il' Combinaison : la richesse totale s'accrott , la répartition restant stationnaire , l'indigence sera réduite I résultat heureux encore.

5' Combinaison ; la richesse totale crott^ l'inégalité de répa^ titîon augmentant. Ici, il y a lutte; ici l'effet peut varier, suiVam que les deux mouvemens s'opèrent parallèlement, ou qu^ l'an ' . dépassé l'autre. Si l'accroissement de la richesse totale est plus sensible que l'augmentation de l'inégalité , il y a gain ; il y a victoire de la cause salutaire , sur la cause pernicieuse. L'inverse a lieu, si, quel que soit l'accroissement de la masse J de la richesse , l'inégalité de la répartition est plus forte en- ; core. Si les deux causes se balancent, la condition de Tindi- ; gence reste stationnaire. i

6*" Combinaison : la masse de la richesse croit , l'inégalité dans la répartition diminuant , l'indigence diminue sous un double rapport ; résultat le plus favorable de tous.

T Combinaison : la masse de la richesse décroît, la répartition ne changeant pas, l'indigence augmente; résultat fâcheux.

8"^ Combinaison : la masse de la richesse décroît, l'inégalité de répartition augmentant , Tindigence augmeate elle-même sous un double rapport ; résultat le plus funeste de tous.

9'' Combinaison : la masse delà richesse décroît, Tinégalité de. répartition diminuant, il y a lutte entre les deux causes. Celle qui agit avec plus de force et de rapidité, triomphe. Si elles sont égales elles se balancent, et la condition de l'indigence n'est pas changée. (1)

(1) On pourrait dire qu'il y a. treize combinaisons, car la dnquièmft ellt

Page 1