CHAPITRE III
CSonfmaatkm do même sojet. •— 2l«s causes qnî modifient la
eonditioa de l'ouvrier*
A&TICLE r'.
De remploi des agens matéiieU^
Llndostrie est une alliance de la puissance productive de rhonmie, avec la puissance productive de la nature, et même me sorte d'empire exercé par la première sur la seconde.
A ces riches approvisionnemens de matières qu'elle met
ï la disposition de l'homme , à cette fécondité du sol qui
couvre de récoltes la surface de la terre, à cette vie dont elle
I doléles animaux, en préparant la perpétuité de leurs espèces ,
bi natilre joint, pour l'homme, d'autres dons encore : le secours
d'agens mécaniques qui se comportent comme moteurs, d'à-
gens chimiques qui transforment , d'agens de conservation,
de division, de composition, de mensuration; d'agens pour
toutes l<es opérations du travail.
L'art d'emprunter ces agens marque les premiers pas de l'in- Susirie au sortir de l'état saavage. Le feu, l'air, l'eau obéissent à la volonté humaine. Le fer, le bois prêtent des leviers, le Chanvre se convertit en voiles et en cordages. Chaque jour es découvertes de la science, dérobant à la nature le secret le ses lois, dévoilent dans son sein de nouveaux principes , m enseignent à les subjuguer. L'art hydraulique construit les iclnses ; la mécanique crée les chariots roulans de la mulenny ; la vapeur emprisonnée devient un moteur gigantesque; 3 sel fournit, dans l'acide sulfurique, le plus actif des dissolans; du sein même des débris des corps organisés sortent es principes doués de propriétés jusques alors inconnues. I. 14
MO PREMIÉBl FAKTII. tlTRl II. GHAF. III.
Quel secours pour le faible travail de Thomme pressé par tant de besoins, et rencontrant sans cesse les limites de ses propres forces!
Cependant il arrive un moment où Tbomme livré au travail croit, dans cet instrument, rencontrer un rival; où, loin d'y voir un secours, il y aperçoit un danger. Voici des ouvriers en fureur détruisant les machines; voici, au lieu de Talliance, une guerre déclarée par l'homme à la puissance productrice de la nature.
Quoi donc ! y aurait-il un moment où cette assistance bienfaisante qui soulage la faiblesse de Thomme, en doublant sa richesse, se transforme en une arme meurtrière? Pourquoi ces agens officieux, deviendraient-ils plus funestes que la fé- . condité même du sol, que les trésors qui sortent do sein de la terre ? devrioiis-«oQs donc rétrograder vers la barbarie, ou bien quel sera le point où il faudra nous arrêter dans la carrière des progrès ?
C'est ici que s'agiterait la question de l'utilité on des iuconvéniens des machines; mais elle est loin de se concentrer dans les machines seules ; elle s'applique tout aussi bien aux appareils chimiques et à la pile de Yolta qui a pris place parmi les agens chimiques ; elle s'applique aa ti souffle des vents, à la chute d'eau, qui font mouvoir nos usi* p nés; aux bêtes de somme, qui s'attèlent à nos chars, etc. $ en un mot à tout emploi des forces naturelles qui peut suppléer au travail humain.
S'il ne s'agissait que d'apprécier les effets du secours des agens matériels sur la masse commune de la richesse, la question serait résolue par cela seul qu'elle serait posée. Car 3 suffit que leur concours ajoute à la puissance générale de production, pour qu'il augmente l'abondance générale des paroduits.
Les choses changent, lorsqu'il s'agit d'examiner quel en sert l'effet sur la répartition de la richesse commune, et lorsqu'oi considère le travail comme un instrument de cette répartiliaai
B1UI.0I DS8 AOEHS MATÉMILS. 211
Fjguronsriious un instant, par la pensée, une hypothèse où - tous les agens naturels seraient à la libre disposition de chacun de nonSjXooime Tair qu'il respire. Alors la puissance productive de chaque travailleur serait également accrue à- , la-foisy ou du moins pourrait Têtre, de tout le libre emprunt qu'il pourrait faire à celle des agens naturels; et chacun, s*U n'avait qu'à travailler directement pour sa propre consommation, s'enrichirait d'une manière indéfinie.
Mais, de même que la surface du sol se divise en héritages, l'eau elle-même commence en partie à entrer sous le régime de la propriété privée; le feu appartient au possesseur du combustible ; les bêtes de trait appartiennent à leurs mattres. Que sera-ce d'un ordre d'agens, qui, comme les appareils, les moteurs, les mécanismes, les acides chimiques, ne s'obtiennent que par des avances considérables, ne s'appliquent qu'au travail collectif, ne peuvent être créés que dans des temps, des lieux, sur une échelle déterminée? Cette nouvelle puissance productive ne sera plus à la libre disposa tion de tous; elle sera la propriété particulière d'un certain nombre; elle multipliera le nombre des entreprises, elle attribuera aux entreprises un plus vaste champ d'expioitations. Plus la masse d'avances exigée sera considérable, plus sera restreint le nombre de ceux qui en pourront, dis*
poser- Si c'est en raison de leur énergie que ces agens matërida
syoutent à la masse de la commune richesse, c'est aussi en raison de leur énergie qu'ils exigent des avances plus considérables. Ainsi, ils occasionnent une distribution d'autant plus inégale dans la jouissance de la force productive entre les travailleurs , qu'ils enrichissent davantage la société entière considérée dans son ensemble.
Dans ce nouvel état de choses, quedevient le sort du travail* lenr,rédnit à sa puissance productive, propre et individuelle? Quel effet cette circonstance prodidra-t-elle sur la condition de lliomme qui est ccmlraint de louer ses services à autrui ?
213 PREHiéBB PARTIE. LIVRE II. CHAV. III.
La production a-t-elle atteint les limites de la consommation possible? tout ce qui est syouté à remploi des agens naturels est enlevé à l'emploi du travail de l'ouvrier.*
Au contraire , les débouchés ouverts à la production s'éten* dent-ils dans une proportion plus forte que celle du supplé* ment de puissance productive apportée par les agens naturels? l'emprunt fait à ces agens laissera encore un accroissement d'emploi ouvert au travail de l'ouvrier.
Or, il est impossible d'affirmer d'une manière constante et absolue , pour tous les temps , pour tous les lieux , laquelle de ces deux hypothèses se réalisera. Caria consommatlon/nous l'avons vu , a certaines limites naturelles indépendantes de la modération des prix ; elle peut en avoir d'accidentelles par l'effet de diverses circonstances qui s'opposent aux exportations, ou qui réduisent les facultés du consommateur indigène.
Si, tandis qu'un pays, qui produisait pour l'exportation, continue à emprunter le secours de nouveaux agens matériels, les marchés étrangers viennent à lui être fermés par les guerres, par des mesures fiscales, ou par quelque autre cause , tout ce qu'il économisera en puissance productive du travail humain, se transformera en une réduction d'emploi pour les travailleurs. Si la gène ou les alarmes des consommateurs nationaux s'opposent à ce que le marché s'agrandisse , et plus encore s'ils viennent le restreindre , le travail auquel il sera suppléé par des agenç matériels manquera aux ouvriers qui étaient ea possession de l'accomplir.
Le consommateur sans doute en éprouvera un bien-être sensible ; mais le travailleur en souffrira.
Ce n'est pas tout : il peut arriver et il arrivera trop souvent que l'accroissement de débouchés obtenu par l'économie des prix, ne marchera pas aussi rapidement que la nouvelle exploitation introduite par la création des agens matériels. Il y aura donc un intervalle de souffirance , pendant lequel les ouvriers devront attendre que l'effet de ces innovations leur ait rendu l'emploi qu'il leur enlève an premier moment.
EMPLOI DES AG£]!fS MATÉaiELS. 213
U peut arriver enfin, et il arrivera souvent aussi que le développement indéfini de la puissance productive empruntée aux agens naturels, tout en déterminantune augmentation générale daas remploi 'des travailleurs, leur occasionnera un déplacedient de travail dans quelque espèce d'emploi ; il forcera l'ouvrier de changer d'occupations : changement qui, ain^i qu'on l'a TUy entraine quelques inconvéniens assez graves.
Il n'est donc pas exact de dire que la création des machines rend toi^ours à l'ouvrier plus d'emploi qu'elle ne lui en enlève. Lorsqu'en France on a récemment introduit les madunes dans la fabrication du tabac , il a fallu que les ounîers congédiés des manufactures cherchassent à s'occuper d'une antre manière. Les tireuses des métiers à tisser les étoffes de soie brochée ont dû se procurer une autre ressource , braque les métiers Jacquart ont été introduits à Lyon ; quand l'imiMimerie a été inventée, il a fallu que les copistes qui furnuiient alors de si nombreuses corporations apprissent à se rendre utiles par d'autres services.
Mai$| dans les circonstances ordinaires, et hors les cas que nous venons de signaler , si rien n'arrête ou ne retarde la tendance de la consommation à s'étendre en raison de la modératioB des prix, les choses reprendront leur cours naturel, et les machines rendront cent fois au travail l'emploi qu'elles aoront paru lui ravir. (1)
Nom ne reproduirons point ici la puissante argumentation des apologistes des machines , argmnentation parfaitement
(1) Llndien employé à la manatention da oocoiiy produit de «on sol, ob« tient 20 oemimes de sa journée ; TouTrier anglais pour le même emploi reçoit 4 fr., et le tissu fabriqué en Angleterre avec du coton venu d'an autre bémisplière,est encore à un prix pins modéré que celni qui est febriqué dans l'Inde.
La seule invenlion des muljennys a porté en Angleterre le nombre des fu- •einx en actiTÎté de 60 mille à 6 millions; le nombre des ooyriers enplojés, de 50 mille à 2 millions : et le produit annuel de'la £9d)ricatidn, de 65 minions de francs à 564 milliou».
^iU PHEMliEBB PARTIE» LIVRE II. GHAP. IIi;
juste quand elle se renferme dans certaines conditions déterminées. Nous ne rappellerons point toutes les considérations que nous avons développées dans le précédent chapitre. Nous ne répéterons point que la modération introduite dans le prix des objets consommés, les met à la portée d'une classe de consommateurs beaucoup plus étendue, et centuple sous ces rapports remploi du travail , lorsque les machines en économisent les neuf-dixièmes; qu'elle peut ouvrir de nouveaux et , vastes débouchés 9 procurer l'accès des marchés étrangers, y . faire obtenir la préférence; que la confection des machi- -i nés elles-mêmes fait naître des arts nouveaux; que Taisance .j procurée au consommateur détermine de sa part des demandes qui font éclore aussi de nouvelles branches d'industrie, et dé*veloppent les anciennes. Nous ne rappellerons pas que, députe j l'introduction des Muljennys le nombre des seuls tisserands en : Angleterre, loin de diminuer,est devenu quarante fois plus considérable. Nous ne redirons pas que l'emprunt fait aux agens matériels , ayant pour objet de remplacer dans le travail de | Thomme seulement la part qu'il exécute comme simple inoteur,et donnant un essor bien plus étendu à la part de travail que l'homme exécute comme agent intelligent, prête ainsi im bien plus haut mérite à ses fonctions. On peut se repré^nter par la pensée un dernier terme de progrès où tout l'^nploi de la force mécanique étant abandonné aux simples agens matériels , l'homme n'interviendrait plus dans le travail que par les nobles facultés de Tintelligence; et c'est à ce terme, idéal sans doute , que l'industrie marche par la création des machines. Il est manifeste qu'une mécanique, dans une manufacture, remplit précisément l'office d'une lime et d'un marteau dans les mains de l'artisan ; que la machine à vapeur est par elle-même une richesse, comme une chute d'eau; que vouloir proscrire les machines serait la même chose que d'interdire les canaux, ou défendre de naviguer sur les fleuves, pour protéger les voituriers. C'est ici la loi générale; mais , conuM toutes les lois, elle admet ses exceptions ,et ses réserves. Uem-
EMPLOI fiSS AQENS MATÉAIELB. 215
ploi offert à la puissance productive peut rencontrer des obstacles locaux momentanés ; il peut entraîner des changemens de combinaisons. Ce sont comme autant de frottemens qui surviennent dans la marche du char de Tindustr^ie ; ce sont des accidens subordonnés aux circonstances, occasionés quelquefois par Timpaiience ou la présomption de l'industrie elle-même. Mais enfin ce sont des frottemens qui entraînent des pertes; ce sont des accidens qui font des victimes. Les apologistes des machines ne doivent pas se laisser aveugler par la rigueur abstraite de leurs théories; ils ne peuvent fermer les yeux ad témoignage des faits. Ils sont contraints de B^avoaet* que la société*, en s'enrichissant par ces grandes créations de Tart, en s'avançant d'une manière générale dans la carrière des progrès, voit cependant quelques-uns de ses membres succomber sous le poids de souffrances individuelles, et qu'elle traverse elle-même quelquefois des épreuves pé- ' Bibles, quoique passagères.
Les victimes seront d'autant plus nombreuses que Tinlrodttctlon des machines sera plus brusque , leur multiplication plus rapid^e, leur énergie, plus subitement déployée, plus gigantesque. Les victimes seront de préférence immolées dans la classe des ouvriers qui fournissent leur part de travail plus en force musculaire qu'en action de rintelligence. Elles feront mie plus fatale concurrence à l'homme qui ne sait ou ne peut s'employer que pour la fonction de moteur. Quelques exemples , tirés des grandes manufactures de l'Angleterre pourraient faire craindre aussi, que l'introduction des mécaniques ne fite défavorable aux ouvriers adultes qui ont passé l'&ge de quarante ans, conséquence d'autant plus fâcheuse qu'à cet Age le travailleur ne peut guère essayer un nouveau métier (1).
(1) Sur 1600 ouvriers des manufactures de Ecufrew et de Lanark, 10 sciilemeiit étaient arrivés à 45 ans, et encore u*étaient-iU conservés que par une indolgcnoe spéciale (enquête £dte en 1832, par ordre de la chambre des
ARTICLE II
Des grandes exploitations^
Le travail collectif commence dans Fatelier d'un simple artisan, entouré de quelques ouvriers et apprentis, quelquefois même aidé de sa femme et de ses enfans. Les' rôles s'y distribuent sous un chef qui est en même temps Tentrepreneur. Travaillant plus en grand , on économise sur les matières, sur le temps, sur la main d'œuvre ; on divise les opérations ; le maître fait les avances ; il approvisionne ; Il emmagasine les produits, en attendant le moment favorable à Técoulement ; il fournit le local, tout ou partie des instrumens, outils et métiers; il se met en rapport avec les consommateurs ou leurs représentans , avec les commissionnaires , les expéditeurs ou les spéculateurs ; il s'informe des prix courans, des débouchés des besoins, il reçoit les commandes; il représente son atelier, agit dans Tintérét commun ; il dirige l'ensemble prescrit , surveille , avec les données que lui prêtent ses informations, avec la supériorité qu'il tient de son iostruction, de son expérience et avec la connaissance qu'il a de l'ensemble- Il prend le titre de maUre. ^ Ce qui se passe ainsi sous nos yeux dans l'atelier du me^ nuisier, du tailleur, se développe sur une plus grande échelle dans les entreprises industrielles, et le travail collectif y re-» çoit quelquefois des proportions gigantesques. L'économie de temps et de frais, la simplicité et l'énergie des moyens croiS" sent avec la centralisation de l'action industrielle , avec l'étendue même de l'entreprise. L'emploi de certains moteurs n'est même possible qu'à des entreprises conçues sur une très vaste échelle. La presse hydraulique n'est utile à l'imprimeur que pour les publications tirées à un très grand nom*
DES C^RAliBBS EJLPLOXTATIOXIS. 217
bre d'exemplaires ; une machine à vapeur d'une baute pres« sion exige un capital considérable.
La création des grandes exploitations a , sous quelques rapports, des effets analogues à ceux de l'emploi des agens naturels ; indépendamment de ce que ces deux combinaisons s'unissent d'ailleurs naturellement l'une à Tautre. Elles ont donc en général la même utilité pour la commune richesse ; elles peuvent avoir en certains cas les mêmes inconvéniens pour les ouvriers , en les exposant à une réduction ^e travail et de salaire.
Les' grandes exploitations ont aussi des effets qui leur sont propres.
La création des grandes entreprises est un arrêt porté con ; tre la petite fabrication dans les mêmes genres. Elle fait p& rir les ateliers où le simple ouvrier travaillait pour son propre compte. Elle cause une ruine momentanée, mais inévitable ; elle met obstacle à l'emploi des petits capitaux.
La chute d'une ou de plusieurs exploitations fondées sur ane grande échelle, porte, par contre-coup, une atteinte aa capital que les exploitations semblables avaient employé en frais de premier établissement. Elle amène une vente forcée de produits qui avilît les prix; elle donne à l'établissement ruiné un nouveau chef qui, l'acquérant pour une faible somme , n*y tient aucun compte des frais primitifs; les grandes exploitations étant nécessairçment en petit nom* bre, toutes subissent la loi des évènemens qui surviennent dans une ou deux. Elles sont d'autant plus exposées, à de telles catastrophes , qu'elles opèrent sur une plus grande échelle. Aussi remarqne-t-on depuis quelques années que la plapart des grands établissemens de manufactures, en France et en Angleterre, ont dû cesser de tenir compte da capital primitif représenté par les constructions et 4es appareils.
Les établissemens, qui opèrent en grand, contribuent avec une paissante efficacité à la formation et à l'agglomération dea capitaux. Un seul exemple suffira : Les enti'eprises ior-
218 PAEMliBB PA&TIB. UT&B II. GHAF. III.
mées en Angleterre, pendant le cours de 1825 , se sont élevées à 276, représentant un capital de /i,375 millions.
Concentrant dans la personne de leurs chefs les principales opérations de Tintelligence , celles qui ont pour objet les calculs , la direction des travaux, les combinaisons du spéculateur, les grands établissemens exigent de ces chefs une haute capacité intellectuelle, une plus grande culture, des études plus profondes; par là ils ouvrent aux lumières fécondantes de la science , l'accès du champ de Tindustrie ; ilft les y propagent ; ils la dotent d'une part toute nouvelle et presque indéfinie de puissance intellectuelle. Mais en même temps ils restreignent pour tous les agens relégués dans les rôles subordonnés , la part de coopération intellectuelle , et remplacent pour ceux-ci la pensée par l'obéissance.
La double tendance des grandes exploitations est donc à-rla-fois d'accrottre le nombre des prolétaires, et de les réduire à un emploi de pure exécution. A mesure qu'elles s'élèvent sur une plus grande échelle , elles affaiblissent la classe moyenne , en réduisent l'importance et l'aisance ; elles font naître dans- l'empire de l'industrie une sorte de féodalité nouvelle, en groupant de vastes familles de travailleurs autour d'un chef, et liant leur destinée à ses établissemens.
Alléguerait-on, pour atténuer les fâcheux effets de cette nouvelle situation de l'ouvrier, ce qui a été dit quelquefois à l'égard des serfs? Dira-t-on que l'ouvrier assuré de son salaire journalier, est exempt par là même de tout souci) que, si les opérations de l'entreprise subissent une langueur , et même une interruption momentanées, il n'en sera pas moins entretenu par l'effet de la règle qu'adoptent ordinairement les fabricans, dans leur propre intérêt autant que par équité ^ de tenir toujours leur établissement monté pendant cet intervalle? Mais, en supposant que cette sécurité fut fondée, elle ne se^^ rait acquise qu'aux dépens de la dignité du travailleur. S'il n'a plus de souci , c'est qu'il h'est plus l'arbitre de son sort. Cette sécurité d'ailleurs peut être trompeuse; car son sort dé^
BIS GBJJfBlS BXPLOlTATIOKft. 219
pend de la bonne volonté du chef et de la durée de rétablissement. La chute d'un vaste établissement crée du même coup une foule de misérables.
li est cependant quelques autres points de vue qui méritent d'être considérés.
D'abord, la création des entreprises est utile dans les lieux où il existe un grand nombre de prolétaires; elles leur offrent un asile. Combien de villages en France qui , jadis groupés autour de riches abbayes , vivaient fl'aumônes au sein de Finaction , se sont merveilleusement transformés en atdiers , lorsqu'une filature ou toute autre fabrique est venue occuper l'antique monastère , donner du travail aux tiabitanB ? Une telle exploitation vieni à propos là où il existe des pauvres sans ouvrage : elle est pour eux à-la-fois et un apprentissage et un emploi.
Une grande exploitation, convenablement dirigée , peut convertir une population de prolétaires, en une population de petits propriétaires, et nous en citerons bientôt de frappans exemples. Par l'apprentissage du travail, parles bonnes directions données, elle favorise la formation des épargnes.
Une grande exploitation introduite dans une région agricole vient, sans arracher les bras à la culture du sol', répandre un nouveau principe.de vie, un nouvel élément d'aisance dans les chaumières. Tel est le spectacle qu'offrent les tissages des Vosges et des départemens du Nord, et celui qu'a offert la lld)rication des toiles de chanvre dans les montagnes de l'Isère» Des exploitations de mines, des forges, viennent ani- ■MT une contrée languissante.
Une grande exploitation , si elle est conduite par des hommes capables d'en concevoir toute l'utilité, perfectionnera par une habile division du travail, les opérations industrielles. Elle permettra d'appliquer chaque travailleur à la spécialité pour laquelle il a le plus d'aptitude. Elle étendra les idées de l'ouvrier par le spectacle des vastes combinaisons qa'éOe réalise , de l'ordre qui y préside ; elle offrira à
320 P&EMiéRE PARTIE. UYBE II. CHAP. III. '
^ Touvrier des chances d^avancement^ et créera des positions honorables pour des sujets utiles.
Les grandes fabriques sont une sorte de familles artificiel* les, de communes, de colonies, de petits états, qui ont leur loi, leur discipline, où peuvent s'introduire beaucoup d'abas, mais qui peuvent obtenir, grâces à une sage direction, les avantages attachés à toute action collective.
Une foule d'arts utiles échappent, par la nature même deleurs procédés, à l'envahissement des grandes exploitations. Oti les petites fabrications qu'elles respectent se multiplient quelquefois par un effet indirect de ces entreprises même, soit parce qu'elles mettent le consommateur en mesure de satisfaire à un plus grand nombre de besoins; soit parce qu'elles détermineift autour d'elles la naissance d'un certain nombre de petites fabrications , ou un débit de détail , qui se lient aux diverses branches de leurs opérations et leur forment comme une sorte d'auréole.
Une portion des capitaux employés à la création d'on grand établissement se consomme en main d'œuvre. Le fréquent renouvellement et l'entretien des édifices, des agrès, des métiers, deviennent ainsi la source d'une occupation pour un grand nombre de bras.
Lesinconvénîens des grandes exploitations de manufactures sont moins sensibles , leurs avantages sont plus marqués , lorsqu'elles sont disséminées à quelque distance sur le territoire. Or, plusieurs circonstances tendent aies éloigner des villes où les emplacemens sont rares, les loyers dispendieux; les objets de consommation plus chers, la main d'œuvre en même temps plus élevée.
Il est certain^ genres de fabrication, tel par exemple que celui des étoffes de soie de Lyon, où le fabricant entrepreneur se borne à rechercher et recevoir les commandes, à acheter, distribuer la matière première à l'ouvrier, à payer et expédier les produits fabriqués. L'ouvrier en soie, qui reste sous-entrepreneur à son tour, possède en propre les mé-
DES aRAlIBSS BXPLOITATIOKS. 2^1
tiers, dirige .et 3oIde les ouvriers inférieurs, conserve son indépendance. Le tissage du lin et du coton ofiTre aussi quelques exemples d'une combinafison analogue.
Tilles du génie de l'industrie , les grandes exploitations hii impriment un nouvel essor. Elles représentent et résument en elles tous les progrès de Tindustrie. Elles sont éminemment favorables au consommateur; elles secondent les efforts de l'exportation et tendent ainsi à rendre un nouvd emploi au travail national; elles aident à l'agglomération des capitaux; elles permettent l'emploi de machines plus pirissaiites; elles favorisent les perfectionnemens techniques; elles ouvrent un champ plus vaste à l'esprit de spéculation.
Certaines exploitations ne peuvent même être exécutées que par des entreprises de ce genre; celle par exemple, des mines par galeries souterraines. Ces entreprises deviennent nécessaires , pour soutenir la concurrence dans la confection de produits qui, sur les marchés , sont apportés par de grandes exploitations étrangères.
N'admettons donc point à l'aveugle les alarmes exagérées, qui signalaient la naissance des grandes entreprises , comme une sorte de botte^e Pandore, comme la cause fatale qui engendre le paupérisme. Reconnaissons que ces exploitations sont inhérentes au grand bienfait du progrès de l'industrie; elles sont généralement utiles à la classe laborieuse, sous le double rapport de la consommation et du travail. S'il est . trop vrai qu'elles entraînent, dans certaines circonstances, des malheurs partiels , surtout lorsque leur formation est trop rapide, leur agglomération trop marquée, leur masse trop disproporlionnée à celle de la moyenne industrie ; lorsqu'elles reçoivent une fausse, ou une imprudente direction, cherchons les moyens de prévenir ces dangers, d'atténuer ces inconvéniens ; c'est une recherche nouvelle sans doute , mais du succès de laquelle il ne faut pas désespérer. Nous la tenterons dans le livre suivant.
222 PBUlilB MARTUL U?mi U. CHA». III.
ARTICLE m.
De l'influence du commerce sur le sort de V ouvrier^
La condition dn simple ouvrier profite indirectement de \àt% les avantages du commerce ; elle souffre aussi des erreurs que le commerce vient à commettre, des obstacles qu'il rencontre , des perturbations qu'il éprouve. ' Le commerce, ainsi que l'industrie manufacturière; multipliant indéfiniment les valeurs mobilières, valeurs sinj^ière* ment divisibles, rend la jouissance de la propriété accessible à plus de personnes, et diminue ainsi le nombre des proie* taires ; il imprime à la circulation de la richesse un mouvement plus rapide ; il en favorise la répartition ; il multiplie les chances favorables pour ceux qui y aspirent.
lie commerce remplit, pour tous les produits dii travail, comme pour tous les objets de consommation, le même oflSce que les chemins, les fleuvei^, les canaux, les niers. La classe laborieuse recueille ses bienfaits à un double titrè^ et pour ce qu'elle produit et pour ce qu'elle consomme. IlapprovirioBiie à-la-fois les marchés, et de matières premières, et d'objets flh briqués. U évite au consommateur les frais et l'embarras d-im emmagasinement \ il fournit des capitaux au producteur en même temps qu'il lui ouvre des débouchés.
Le commerce de débit au détail ne se chaîne guère que d'approvisionner les consommateurs réunis sur un territoire circonscrit. Le colportage transporte avec de grandes fotigués des objets de peu de valeur dans les cantons reculés. L'un et l'autre représentent le commerce , tel qu'il fut à son berceau. U est plusieurs branches d'opérations que le eommerce en grand peut seul entreprendre : seul il peut établir des relations avec les pays lointains, faire des expéditions de quelque impoTtance, rassembler, distribuer à Tavance les demandes ou les offres^ former les entrepôts, créer et fournir les moyens de paiement et de crédit , garantir contre les*
IimUUICB DU GOXIIBEGI BUB l'oUTAIHB. 238
risques. Plus il opère en grand, et plus il obtient d'économie dans ses frais.
Cependant , il suffit d'un obstacle qui intercepte un instant les relations commerciales, pour faire ralentir le mouvement d*une foule d'ateliers. Ne voit-on pas les Etats-Unis eux-mêmes, ce théâtre inépuisable de travail , souffrir momentanément d'une surabondance de bras, de sorte qu'un grand nombre d'ouvriers y restent sans emploi, par suite delagéue qu'éprouvent labanque de Philadelphie etlesbanqueslocales? Toutes les causes qui portent atteinte au crédit , aux capitaux, à U liberté, à la sécurité du commerce, vont donc en définitive paralyser la main d'œuvre à laquelle ce grand facteur traosnietle principe de vie.
Les grandes entreprises de spéculations commerciales doi-: vent quelquefois leur origine et leurs succès à l'ignorance ou à l'apathie du petit commerce ; elles s'arrêtent lorsque la classe moyenne des commerçans s'éclaire sur les lieux d'approvisionnement , se met en rapport direct avec les ports , avec les lieux de fabrique. C'est ainsi que nous avons vu en plusieurs branches, les marchands de détail s*affranchir des intermédiaires , qui se chargeaient d'entretenir leurs magasins, en prélevant une part dans leurs bénéfices.
Dans l'enceinte du territoire national , le commerce soumis à moins de chances, rencontre moins d'obstacles à vaincre , prend une marche plus régulière. Plus ce territoire est étendu, varié sous les rapports du climat, des productions naturelles , des directions industrielles, et plus le commerce national sera en mesure de satisfaire avec avantage aux besoins du coih ftoounateur et du producteur. Beau privilège d'un pays placé dans une situation telle que celle de la France !
Le commerce extérieur sert les intérêts du consommateur*, en lui apportant d'une manière presque indéfinie des subsi^ tances, des matières, des produits de tout genre. Il sert les intérêts du producteur, en découvrant et exploitant des mar* cbés nouveaux. Ces services sont d'autant plus essemiels qne
ûîk FRBMIÈEB »ARTt«. LIVRE II. CHAP. nt.
le pays qui les recueille est lui-même enfermé dans de plus étroites limites, ou restreint à une spécialité plus marquée de productions. Il faut bien qu'un telrritoire auquel le climat refuse le vin i rhuile , le coton, etc., se crée un commerce étranger et les moyens de Talimenter.
Le commerce réciproque des nations entre elles, lorsqu'il peut se déployer librement et sans crainte, est, pour la gi^ande famille humaine, un bienfait du même ordre que celui dont le commerce intérieur de chaque état jouit par l'étendue de son propre territoire.
Le commerce intérieur tend à assimiler sur toute la surface du pays, la condition des consommateurs; à assimiler aussi celle des producteurs. L'abondance qui règne sur un point profite à tous, sauf les frais de transport. L'économie* et la perfection de la fabrication sur un point, lui assurent un débouché partout où l'on ne sait pas l'imiter. Mais les conditions ne sont pas égales partout ; chaque canton profite de ses avantages naturels, ou subit la loi des circonstances. L'aclir vite, la richesse se portent sur les points du territoire les plus favorablement situés, vers les foyers d'opérations, vers les capitaux. La population, l'industrie se déplacent en raison de ces circonstances; mais toujours avec avantage pour le pays entier.
Un effet semblable se produirait dans le monde entier, si le commerce de nation à nation était universellement et constamment libre. La société humaine y puiserait une nouvelle source de prospérité; mais les difiérences qui existent entre les conditions des divers peuples se feraient ators d'autant plus sentir, que les circonstances où ils sont placés se trouveut plus dissemblables. Ceux qui possèdent le moins de capitaux e% d'industrie céderaient dans cette vaste concurrence à ceux où la puissance de production serait plus féconde. Le travail s'y ralentirait inévitablement par l'efiet d'une communauté où ils n'entreraient qu'avec désavantage. Le commerce extérieur, en rapportant sur les marchés inr
IHFLUBirCB DU OOHMERCB SUE L'OUTIISB. 235
lérienrs le produil du travail étraDger, y restreial d^auiant remploi du produit du travail indigène. Il s^cfforcesansdoutc, en retonri de payer Tétranger par des échanges qui exigent et excitent une création indigène d'autres genres de produits. La compensation alors est égale. Mais ceci ne peut arriver, lors* que le pays qui reçoit les produits du dehors, reste inférieur à ceax qui les lui fournissent, en capitaux et en industrie ; il donne plus pour avoir moins. Cette compensation ne peut s'établir pour un pays qui échange les récoltes de son sol , eontre les marchandises sorties des fabriques étrangères. Il cède rtliment de ses forces productives en retour des productions d'autrui.
Cet considérations sont simples ; mais elles ne sont pas hors tfœâvre dans Tétude des causes de l'indigence. Elles montrent par quelle immense chaîne toutes les conditions so- . cilles se ll^t les unes aux autres, dans l'ordre économique, comme dans l'ordre moral. L'ouvrier ne soupçonne pas à quel point les opérations de l'armateur, du banquier, du gros né-. godant, réagissent de proche en proche sur les ressources que lui offre le travail dans son modeste atelier ; de même qu'il ignore à quel point les découvertes obtenues dans le cabinet par un chimiste, par un mécanicien, modifient avec les procédés du travail la situation de celui qui manipule en Caibrique.
Le conunerce extérieur, et spécialement celui des importations, réagit sur la durée des établissemens existant dans l'intérieor du pays , sur la sécurité de ceux qui les dirigent , et par là même sur la destinée de ceux qu'il emploie. • Ici se présente un ordre de considérations qui veut élrc particulièrement étudié.
226 niHiiu pàrtr. livre ii. ghav. ht.
AUTIGLE nr.
Des vicissitudes d« Vindustiie, et des suites qu'elles entraînent pour la coadi»
iion de l'ouvrier.
Deui sortes de victssiiudes peuvent affecter la situation isduslrielle d'un pays.
La première n'est qu'un simple déplacement ou une simple transformation qui ont lieu, soit lorsque les établissemeufi se portent d'un point sur un autre, soit lorsqu'ils changent de ^\ procédés, soit lorsqu'une branche de fabrication se réduit ûo cesse pour faire place à une fabrication d'un autre genre.
La seconde consiste dans une crise jsans compeâsaiion, foit j par la raine d'un certain nombre d'établissemens, soit par le ralentissement de leurs travaux, crise phis ou moùK iatcnit- ^ tente ou continue, passage ou durable*
Le premier genre de vicissitudes peut s'allier «vee 191 progrès général de l'industrie , avec un accroifisemantdeta '\ richesse publique; mai$ il occasionne inévitablemeniqaelqoes , souffrances individuelles. '
Le déplacement des capitaux ne s'opère pas sans d'assez grandes difficultés^ sans des pertes sensibles pour l'eatrepre- ' neur. Les constructions, le mobilier, qui composaient oniéia* blissement de manufacture, restent à-peu-près sans valeur, lorsque ce genre de fabrication vient à cesser ou à se traaa- : planter dans une autre localité, alors même que le iooil pourrait recevoir une autre destination. La n^ces^té <fy iar troduire les changanens adaptés k ce nouvel emplcH , fera perdre une portion considérable de leur valeur aux anOMBI élémens dont l'établissement se composait. Un entrepreneur ne peut d'ailleurs changer de résidence, ni d'habitudes, sans renoncer à une portion des avantages dont il jouissait, sans se heurter contre quelques obstacles.
Toutes lés créations nouvelles, par cela même qu'elles po^
VICISSITUDES DE |.'|NDUSTRIE. 327
tent le caractère d'essais^ sont rarement fructueuses à leurs premiers auteurs. CèuK qui viennent ensuite, profitent des erreurs de leurs devanciers autant que de leurs découvertes. Ils opèrent avec plus de sécurité, en plus entière connaissance de cause; ils simplifient, ils complètent, ils rectifient les ébau-;ches de leurs prédécesseurs. Les Certes presque inévitables de ceux-ci sont une sorte d'holocauste, offert à Tavancement de rindustrie.
Le char de Tindustrie ne s'avance donc pas dans la. voie brillante des progrès, sans causer quelques frottemens. Ces frottemens, en atteignant directement quelques entrepreneuTOi influent au moins momentanément sur la destinée des oiivriei*s.
Le «impie ouvrier d'ailleurs ne change pas lui-même ou de séjour ou de profession, sans faire des sacrifices plus ou moins considérables.
U est certains métiers dans lesquels les simples garçons] iffm nous servir de l'expression usitée, sont dans l'habitude de mener, quelque temps du moins, une sorte d'existence nomile. Tels sont les chapeliers, les papetiers, les charrons, etc.; Us se promènent de ville en ville, de pays en pays ; ils ror trouvent, par la généralité même de cet usage, la certitude d'Aire employés. Mais , il n'en est pas de même du mattre ; celui-ci est dans la môme situation que l'entrepreneur, avec moiae de ressources. L'ouvrier, livré à ub métier sédentaire et cpi quitte son domicile, a peine à trouver du travail loin de u Êimille, de ses amis, dans un lieu où il est inconnu, o& il manque d'appui, où peut-être il rencontre quelque défiance* Ce» déplacemens lui font perdre du temps, lui occasionnent dAsfraie.
L'inccHavénient est bien plus grave encore s'il faut que Tounier change d'occupation ; il s'aggravera d'autant plus que ks occupations seront plus dissemblables. Il faudra que l'artisan entreprenne un nouvel apprentissage, et rarement réus-» 41ai|8Si bien que s'il eût pu s'y exercer dès son jeune âge;
228 PREMIÈUB PAaTIS. LIYBE II. CHAP. III.
Toutes ces mutations occasionuent des non-valeurs i' et des chômages, et des tentatives plus ou moins infructueuses et coûteuses.
Or, ces mutations, cependant, une foule de circonstances les amènent.
Quelquefois, c'est un changement dans les habitudes ouïes goûts des consommateurs indigènes ; quelquefois, c'est Teffet de circonstances relatives au commerce extérieur : certains marchés deviennent moins accessibles pendant que d^autres s'ouvrent ; l'étranger modifie ou ses demandes ou ses envois.
Quelquefois, c'est une circonstance défavorable poorune localité, favorable à une autre; comme la création ou la dispsf rition d'un port, d'un canal, d'une route, d'un entrepôt ,• l'élévation du taux des salaires sur un point , sa réduction sur d'autres; un certain génie particulier qui semble tour-à-loar afiTectionner un s^our ou s'y déplaire ; que sais-je ? la nature même du sol, la qualité des eaux qui y circulent.
Quelquefois, c'est la découverte ou l'introduction d'une mâr chiue, d'un procédé.
Quelquefois, c'est la naissance et le développement d'entreprises sur une vaste échelle, avec agglomération de capitaux, de bras et de moyens d'exécution.
Quelquefois, c'est une plus grande division introduite dans le travail.
Combien de branches de fabrication ont dû être abandonnées, sur certains points en particulier, ou même d'une manière générale ! Combien de professions ont été transformées, par cela seul qu'on a appris à mieux faire !
Certains travaux , certaines exploitations industrielles soit sujets, par leur nature même, à une intermittence qui affecte quelque régularité. Les travaux de construction sont suspen- 4ÙS pendant la mauvaise saison ; il en est de même d'une portion des travaux agricoles. C'est un désavantage sans doaca pour l'ouvrier de n'être occupé que pendant un temps de l'aipée ; mais lorsque cette intermittence est régulière» du moto
VICISSITUDES DE l'i9DU8TEIE. 229 |
3 doit la prévoir ; il peut s'arranger en cbnséquence, mettre éa réserve quelques épargnes, se préparer quelque autre emploi momentané pour Fintervalle de la stagnation périodique.
Mais, il est aussi djins le mouvement de l'industrie des oscillations imprévues, des circonstances inattendues, interrompant ou ralentissant les demandes ; la durée de cette in- (ermption est incertaine. L'ouvrier est alors d'autant plus à plaindre qu'accoutumé à une plus grande aisance, il goûtait plus de sécurité. li n'a point pris ses précautions ; il ne sait sll doit bu non déserter une profession qui trompe son at- . tenie ; il m sait comment faire pour traverser cette épreuve et arriver à des jours meilleurs.
Ces intervalles de stagnation irrégulière surviennent même ordinairement à la suite d'une demande fortement prononcée. On voit alors l'émulation des producteurs, excitée par l'appât des bénéfices, y répondre au-delà des besoins; un excès de surabondance vient engorger tous les magasins : il faudra suspendre ensuite, jusqu'à ce que ces approvisionnemens soient écoulés, sauf à recommencer de nouveau ces alternatives. Comment en elTet mesurer avec précision ce qui manque? comment empêcher le concours de tous ceux qui veulent à-la-fois y subvenir?
De )| ces crises périodiques que nous voyons se reproduire à certaines époques dans la situation de l'industrie européenne, et qui, au sein de la prospérité, de l'activité générales, semblent un instant suspendre le mouvement de la circulation, et avec lui l'essor de la production.
Au milieu dé ruines affligeantes, de revers particuliers, pluftiemrs effets utiles suivent cependant quelquefois ces crises passagères. L'engorgement amène un abaissement des prix, qoidevient un attrait pour le consommateur, et qui lui fait contracter de nouveaux goûts. Le producteur se réveille , y trouve un motif pressant de recourir à une plus rigoureuse éeoDomie^ ou d'obtenir un plus grand mérite de perfection.
La témérité des entreprises , cause fréquente de ces crises
fatales , prend quelquefois un caractère épidëmîqub au seîn de là société. C'est souvent au milieu de la prospérité que cette maladie prend naissance et se propage. Le mouvement ascensionnel de Tindustrie exalte Tardeur des esprits, fait concevoir des espérances sans bornes et éclorc une foule de spéculations avantureuses. L'abondance des capitaux, le spectacle du bien-être d'autruî, l'exemple des fortunes rapidement faîtes favorisent ou excitent les ambitions. Eq voyant ceux qui réussissent, on croit qu'il suffît de tenter; on se précipite à l'envi dans les projets; Texagéralion va croissante, et rillusion de l'enivrement ne cesse qu'au moment de la catastrophe.
On le voit : une grande partie de ces vicissitudes sont inhérentes au développement même de l'industrie. La rapidité de son essor rend quelquefois ces oscillations inévitables. C'est surtout dans la fabrication des objets de luxe, ensuite dans celle des objets de commodité, que' ces effets doivent se manifester; car, c'est sur ce genre de coiisommatioii qu'agissent plus puissamment les caprices du goût, le changement survenu dans les mœurs, les circonstances qui portent atteinte à l'aisance ou à la sécurité du consommatenr. De tels dangers croissent donc encore avec les progrès de la civilisation et de la richesse générale, qui muUîplientlhdéfiniment les besoins artificiels des hommes.
L'accès du Nouveau-Monde pouvaît-il être ouvert à l'Eu- 1k rope, sans que les navigateurs eussent à subir les tempêtes? jk Cette belle conquête ne devait-elle pas être achetée par plus p d'un naufrage ? |^
On retrouve à chaque pas ce grand résultat qui faitpay^»
par quelques sacrifices particuliers , les avantages qui protttent à la communauté; les lois elles-mêmes ont dû le cùùr sacrer de mille manières, en imposant au profit de la société des tributs aux intérêts privés.
Si telle est la condition à laquelle s'élève l'édifice de b prtspérîlé générisilë, que sera-ce lorsque quelques accidens
ce
YICISSITUDKS DE l'iADUSTAIE. 231
viennent menacer, aliérer ses bases , lorsque les ravages de la guerre ou les troubles du dedans frappent à-la-fois le crédit, la circulation ; paralysent les approvisionnemens , ferment les débouchés, détruisent les capitaux? La crainte seule produit quelquefois des ravages égaux à ceux de la réalité elle-même. La ruine de quelques' maisons puist antes réagit au loin sur les plus obscurs ateliers. Les convulsions d'une nation commerçante se font sentir à toutes celles avec lesquelles elle est en rapport. En vain la commune richesse a-t-elle acquis un immense développement; Ténormité même de sa masse, l'extrême complication d'intérêts qui s'y rattachent , l'exposent à de plus nombreux dangers. L'Angleterre, au faite de la puissance commerciale , pousse souvent des cris d'alarmes qui sont inconnus à de modestes états du continent. C'est un vaissenu qui a déployé toutes ses voiles et qui se trouve surpris par l'orage. Les secousses qu'a ressenties pendant ces dernières années Tlnduslrie lyonnaise, sont survenues u Tcpoque où la fabrication des tissus de soie y occupait plus de métiers que jamais. De
quelle crise les Etats-Unis ne viennenl-ils pas de subir l'épreuve, et quelle contrée marcha cependant jamais plus rapidement à une prospérité gigantesque?
Les bénéfices que présente une branche d'industrie y font âfflaer les entrepreneurs et les ouvriers; la concurrence redouble par l'effet de cette émulation générale ; ceux qui se flattaient d'un succès subissent quel<)uefois une nerte : leurs rivaux, mieux situés peut-être, fabriquent à moins de frais. Il fiiut fabriquer dans les limites des prix établis au marché (OQunun, et acceptés par le consommateur. En vain écrit-on alors sur son drapeau : vivre en travaillant^ ou mourir en ^mhatlanti le travail nç se conquiert pas de vive force ; il lie s'obtient qu'en faisant pour le moins à aussi bon marché et aussi bien que les concurrens. L'industrie n'accepte point ces combatSi ne leur promet point de victoires, n'exige point ce genre de courage et d'immolation ; elle fuit le sol où l'on ne
sait pas fabriquer avec un égal avantage pour le consommateur. Si le prix des choses de la vie y rend les salaires trop élevés, elle va chercher un théâtre où Touvrier, vivant à meilleur compte, peut se contenter de moins. £lle va chercher surtout un séjour où la liberté des stipulations , principe fécond de tous ses succès, est respectée, garantie, où Talliance naturelle des diverses conditions sociales est comprise, où les opérations reposent sur la sécurité et la confiance. (1)
AaiICLE V.
De Vindttstne agricole, et de la destinée du cultivateur.
Jusqu'ici, en nous occupant de la destinée du travailleur, nous avons surtout considéré l'artisan. Quittons maintenant les ateliers ; transportons-nous aux champs : la destinée du cultivateur veut être considérée à part^ elles promet des études intéressantes et nouvelles.
Des perspectives beaucoup moins variées s'ouvrent au prolétaire villageois. Celles qui lui restent ne lui laissent pas espérer des chances aussi rapides d'amélioration dans son sort. Il lui e^t plus difficile d'atteindre graduellement à la condition de propriétaire; car, il ne trouve pas aussi aisément pour ses moindres épargnes un emploi qui l'associe d^à à la propriété. Sa condition semble donc à quelques égards plus dépendante. Le travail des champs est d'ailleurs interrompu pendant une portion de l'année , et il ne s'y rencontre pas toujours un autre emploi des bras pendant la saison rigou-
(1) La devise : vivre en travaillant, etc., ne pourrait-elle pas se traduire en ces termes : achetez nos tissus, payez^es-moi plus chers, ou je vous attaque à main armée?
Le sujet, que nous n'avons fait quVsquisser ici , a été traité de la manière k plus lumineuse par Fun des hommes que son excellent esprit, ses connaissances; sa position rendent Fun des juges des plus compélens dans cette matière» M. Emile Yincens, conseiller d*état et directeur du commerce, etc., au Ministère du commerce ; De. l* organisation industrielle, dans la Revue cTéconomte ooH tique. Paru, 1886.
IfiDUSniB AGmiGOLE. BESTIIIBB DU GULTIYATBUA. 232
reuflC. Ne trouvant plus à s^occuper pour Texploitaiion rarale, le prolétaire ou cultivateur n*a souvent d'autre ressource que de déserter son village , d'aller tenter aventure au sein d'un bourg on d'une ville ; il y arrive avec un grand désavantage , peu préparé à un autre ordre d'occupations, et réduit ordinairement à louer ses bras comme porte-faiit, comme homme de peine.
Les travaux agricoles ne peuvent, comme ceux dés manufactures, admettre une variété indéfinie d'emplois, recevoir une extension illimitée. Les fonctions de berger, de laboureur, de vigneron, de bûcheron , de voiturier, voilà à-peuprès ce qu'ils laissent à l'emploi des bras , et ces professions méme.se confondent souvent en une seule. La surface du sol 6st drconscrite. Les emplois libres une fois occupés, les bras qui surviennent n'ont plus de travail à demander à l'agricultore, si ce n'est dans le cas où de grandes améliorations viendraient à s'opérer. De là souvent un excédant de bras qui ne trouvent plus à s'employer.
Cette réflexion s'applique surtout aux régions où les bois et les pâturages occupent une grande partie du sol, et laissent peu d'espace aux. travaux de la terre; elle s'applique moins aux pays vignobles.
Aussi une portion considérable des prolétaires qui peuplent nos villes sont des émigrans arrivés de la campagne , avec leurs bras seulement; ils viennent y chercher des ressources ; fréquemment ils n'y rencontrent qu'un cruel mé*« compte.
Si, dans le royaume de Wurtemberg, on trouve 2& communes rurales dans lesquelles les indigeos composent le ^ ou le T de la population , tandis que dans d'autres ils en représentent seulement la 53® ou 5/i' partie, c'est que les premières sont privées de ce genre de propriétés connues en Allemagne sous le nom de markung^ et qui , ditisées en lots à-peu-près égaux au nombre des habitans qui en jouissent à vie, constituent pour chaucun d'eux une petite exploitation. Dans les
UU ffiuisiftiB paath. uyab ii* cmai . ui<
prettiiëres un grand nombre d*habitaii8 de voient ainsi réduits au rôle de prolétaires , et restent sans emploi, (i)
Aussi long-temps du moins que les travaux des champs appellent ou admettent le prolétaire, ils lui promettent une ré«gularilé , une sécurité bien supérieures à celles des ateliers. Son genre d'occupation peut-être aura moins de mérite, exercera moins Tintelligence que certains arts industriels ; mais il exige aussi moins d'instruction , un moins long apprentissage, des avances moins considérables.* Quoique plus pauvre dans sa modique existence , le prolétaire villageois qui trouve à s'employer est moins menacé de Tindigence.
Partout cependant, et même au Sein des campagnes, rhomme subît la loi de sa destinée. Là, d'autres épreuves ratteadent : celles qu'amène l'inclémence du ciel , les intempéries des saisons , la grêle , l'inondation , la sécheresse , les épisooties ; elles seront d'autant plus rudes que le prolétaire était d'avance moins pourvu d'épargnes , ou qu'il se trouve moins à portée de se créer d'autres ressources.
Telles sont les principales conditions fiuxquelles est soumise la condition du prolétaire dans les campagnes. Il reste à examiner quelles sont les causes qui y augmentent ou y diminuent la proportion du nombre des prolétaires.
Parmi les causes qui, dans les campagnes, multiplient les prolétaires, figure au premier rang l'existence de la propriété appelée de main-^morte, c'est-à-dire appartenant aux corporations , et placées hors du commerce; ensuite l'existence des substitutions et des /îrf^-t?(;mmiV. L'exploitation de la propriété possédée en main-morte est ordinairement fort négligée ; elle subit le sort des biens occupés par un usufruitier, puisqu'elle reste soumise à un usufruit perpétuel. Elle souffre souvent aussi de l'incurie des corporations qui en jouissent. De plus, par cela seul que de tels biens restent placés
(1) Voyez Schmidlin : AUgemeiner Vmriss des Wurtcmbergîsthen Armn^^ wesenst l6S0.
INDUSTRIE ÀaRICOLE. DËSTIlfÉIS DU CTULflYATEUR. 28S
hors du commerce, qu'ils ne pfeuvent être acquis nî divisés, leur existence, leur étendue, diminuent d'autant la portion de la surface du sol qui peut servir à créer des propriélxiires. S'ils couTraient le teniloire entier, le pays tie serait plus habité que par des prolétaires.
La ghtnde propriété, concentrant dans les mains d'un seul une étendue de terrain qui eût pu être partagée entre plusieurs , réduit par conséquent le nombre des propriétaires et de ceux qui peuvent le devenir. Mais une grande propriété peut recevoir une exploitation ôîi grand, et toute grande exploitation peut , si elle est habilement dirigée , si elle opère avec des capitaux suffîsans, augmenter les produits du sol avec une économie sensible de main-d'œuvre. Elle permet de simplifier les opérations, d'accomplir certains travaux qui ne sont réalisables que sur une grande échelle , de donner plus d'extension aux pâturages , et par là de multiplier les engrais. Elle verse donc des tributs plus considérables à la richesse commune ; mais elle réduit plus ou moins le nombre des bras occupés.
Par des combinaisons, moii^s savantes, la petite culture obtient cependant du sol, à sa manière, des dons abondans, quand elle est associée à la petite propriété ; les sueurs du cultivateur remplacent ici la puissance de l'entreprise. Il n'est pas de travail plus actif et plus fécond que celui de l'ouvrier qui travaille pour son propre compte , que celui par lequel le propriétaire exploite son propre champ. Le terrain le plus stérile, lé plus petit recoin sera mis en valeur, soigné avec tendresse. Il y a dans ce système un autre genre de fécondité, avec un emploi plus étendu pour le travail ; mais il y a moins d'économie , et le travail , au milieu de ses efforts, est moins rémunéré.
Certaines exploitations de détail, comme la culture du mûrier , du tabac, etc. , l'éducation des abeilles et des vers à soie, étant à la portée de la petite culture, lui font goûter un nouveau bien-être.
236 PBElUiBE PA&TIE. UVBE U. CHAP. III.
La petite culture unie à la petite propriété entretient et oc-^ cupe dans les champs une population plus nombreuse.On cite en Ecosse, en France, des paroisses « des communes (1) oit la division des' propriétés a presque doublé le nombre des habitans, en leur donnant plus de bien-être. En Irlande, en Angleterre^ la concentration de la propriété sur qiÉriques points a produit un effet contraire.
Les choses changent lorsque la division des propriélés dé- , passe certaines limites. Alors, la culture se divisant avec elle, on arrive à un point où le morcellement devient un obstacle à certaines exploitations, et ne compense plus, par la multiplication des produits, le surcroît des labeurs qu'elle eidge. Cet état de choses s'accommode encore d'une exploitation de jardinage, et jusqu'à un certain degré de la culture de la yigne; il a moins d'inconvéniensdans la zone qui entoure les grandes villes. Maisilestindbmpatible avec l'existence des forêts, avec les assolemens alternatifs "de céréales et de fourrages, avec les grands pâturages. Les avantages de ce régime pour la population agricole ont donc leurs limites.
On sait à quel point ce morcellement de la propriété rurale a été poussé dans une grande pcfrtion de la France, par l'effet des évènemens politiques, et par la conséquence des nou- * vellcs lois civiles. Les relevés publiés par le gouvernement nous apprennent que, en 183&, la propriété était déjà répartie dans l'tensemble du territoire entre 10,805,682 propriétaires, et divisée en 12^,360,338 parcelles. On y voit des lots, réduits par les partages, à la surface d'un are; un champ, un pré, une vigne, déjà trop restreints pour être exploités avec avantage, se sous-diviser cependant entre un certain nombre de cohéritiers, qui, chacun, préfèrent avoir leur part dans chaque fonds.
(1) Dans son Essai sur la population de Loir-et-Cher, M. dé Pétigny cite ^ge 71) des commuoes rurales où, depuis 1757, la population a plus que double.
nrnusimiB aobicoli. DssTmiB wj ctLTtTAnuK. 239
L'attrait attaché à la jouissance de posséder ajoute encore k ce mèrcellement^ multiplie le nombre des acheteurs. UAn- Teignat qui revient de Paris place ses épargnes dans Tacquî* niioD d'une parcelle de terre. ' Tout habitant des campagnes qiii parvi^it à se créer un petit pécule ne connaît pas d'autre emploi. En^ continuant de la sorte, on arriverait à un éiat de diosesoà les sentiers nécessaires à Texploitation occuperaient la moitié du sol^ en la dérobant à la culture; on flnirait par adjuger la prq>riété d'une. motte de terre.
n fuit donc reconnaître que la propriété rurale est renfermée oitre deux limites ; qu'elle n'a pas comme la propriété molrilière une faculté indéfinie d'extension et de divisibilité; qae dès-lors elle résiste à admettre au-delà d'un certain nombre de propriétaires ; qu'ainsi le nombre des propriétaires dans les campagnes, ne peut s'accroître lorsque le sol oceapé à sotn toutes les divisions possibles, et que, le nombre des babitans croissant, ils ne cherchât des ressources que dans les travaux de la culture.
Noos avons supposé jusqu'ici la petite culture associée à la petite propriété. Mais il n'y a pas de condition plus fâcheoKpour le cultivateur que le régime de la petite culture, eonriHiié avec un système de colonage, qui interpose entre le eokm et le propriétaire, un intermédiaire, une sorte dVntreprenenr roral , dont les bénéfices sont prélevés sur la rémunémimi du travailleur. Un colon tfop pauvre est comme «nonvrier privé d'outils. Réduit à une exploitation trop restreinte, il se consume en fiitigues, sans pouvoir tenter aucune améliivation utile. Les âcbeux effets de ce mode d'exploitation afligHit les regards dans une portion de la France; ils nvaîeot d^ tnppé sir Arthur Yoang. Mais c'est surtout la vme de llrlande qui enseigne à quel point une semblable combinaisMi peut, sur un sol fertile, condamner le cultivalenr à la conditicm la plus misérable. Là, une grande partie dn sol est affermée à bail perpétuel, avec lacnlté pour le tenancier de so«s4wer. La ferme se sons-divise leilemc&t, entre
238 PI^BlIliBE PAATIE. LIVRS ||. C^^V. II|.
les mains de celui-ci, de ses enfans et de leurs successeurs; que liOQ hectares se jfraciionnent en petits champs de 2 à 5 hectares cultivés en pommes de terre. De cette sorte la plus grande partie]jdesexploitatîons en Irlande ne Idépassent pas 12 à 14 hectares (1). Là, point d'assolemens, point de prairies artificielles, aucun emploi de la chaixue; là, au lieu de chaumières, des huttes délabrées, malsaines letsqns meubles.
Parmi les améliorations invoqiïées par Tagriculture, U jsp est qui ont tout ensemble Tavantage d'accroître la féçoaflité dusol,el d'offrir un emploi plus étendu au travail. TeU^ sont, par exemple, la suppression des jachères, certain^ii opérations de sarclage, d'endiguement, de clôture, de condipfe d^ eaux; tels eacore sont les travauii: de dessèchement.
Il en est d'autres, au contraire, qui, en augmentation prpr duits du sol, diminuent l'emploi de la main-d'œuvre; t#U^ e^t l'introduction d'instrl^nens et de machines perfectionna^ qpi suppléent au bras de l'homme; tel (sst l'aménagement des forêts en futaies, etc.
Il en est d'autres, enfin, qui augmentent les produits ^ sol, sans modifier la main-d'œuvre ; telle est la prà^ation des engrais, le choix des assolemens, l'éducation d& mi^Ur leures races d'animaux, le choix des espèces les plus .lUilas en arbres, en plantes herbacées*
Loi*sque ces améliorations s'accomplissent sans que )a propriété se concentre, sans qu'aucun obsta^cle en génje la tvsmr mission , l'efiet naturel et direct des progrès de riuchliWÂe agricole, est d'accroître tout ensemble et le nombre .et l'aisance des familles qui vivent du travail des champs; J4k France nous en montre une preuve vivante, éclatante. Ia population agricole de 90s campagnes a doublé depuis nn
(1) Elles sont de 2 hectares à 2 hectares et 20 acres, dans une partie da Londonderry ; de 2 à 8 hectares, au nord deKilkenny. {Stathtical llitistration Araduit.dani U Berne briumnique^ n^-de déôembre ISa?.)
iirotrsvmiB ▲aniiioLE. »iSTUvibi w wvHv^teua. 889
siècle, ei le cultivateur y goûte généralement un bien-étne plot sensible. (1)
Les diverses parties du sol ne jouissent pas d'une égala fertilité 'f il en e^t dont la culture présente de plus grands obstacles : celles qui sont les plus éloignées des mardiés, «| qui eommuniquent plus difficilement avec eux, ont à lutter contre des frais de tran^ort plus sensibles. Pour qu'tm pays tire tout le parti possible de ses ressources agricoles, U faut donc que le prix des productions du sol s'y maintienne à qn taux suffisant , pour assurer une juste rémunération aux prch ducteurs placés dans les conditions les plus défavorables; une ceriiiae élévation dans le prix de ces produits devient donc néoeisaire au développement de toutes les ressources ; il n'est pas moins nécessaire pour maintenir Tabondance ellemême que pour maintenir le taux des salaires. L'avilissement .4u prix des subsistances, s'il soulageait quelques paur vres, créerait de nouveaux indigens.
Il n'est pas de combinaison plus pr.opice tout à-Ia-fols et an bienrétre du cultivateur, et à la prospérité de Tagriculture, que cdle qui, par une heureuse alUance, introduit sous le ehanme quelques travaux de fabrication, propres à occuper le culttvHeur pendant la morte saison^ dans les longues soi-
(1)' Dans un essai du pins fnmd intérêt, qd\l piibfia il y qaskp$!M fomém^
sur Jm population dm d^artement de Loir-eUCborH. que ncHM vanons de icitcrf
M* jHlfisd^ Petig»y, après avoir présente le dénoittbrement par professions 4^
jeunes gens appelés au semice de 1816 à 1826, fait remarquer que sur un
novlHre total de 8,226
les professions agricoles en fournissaient, savoir :
Iidxmreurs et charretiers * ,*,, iK)S| ^ ^j..
yilMqrons et herfers .- .^ ... ..,,.,, 1,07:9 i **''***
C!est-à-dire près des 2/3; et jfue d*après un mémoire manuscrit de M. de Bouville^ intendant de la généralité d'Orléans enieOS, où la population de la province «st dassée par pro^ fessions, on y trouve cooune aujourd'hui 4a dkuse agriecde Ssmant les S^ de la papy^ion totale, et se partageant à-peu«jMrès ^l^^ffyff^ jsotre ks lahoud'une jpvH lat les ¥ign^»eii« et hej^ievsfds )>nlf^ (pfiif. é^ «t .6^).
â&O PBBMliRS PA&TIE. LITAS II. CHAP. IH.
rées de Thiver et lorsque le mauvais temps interdit l'accès des champs. Cette nouvelle carrière ouverte au travail, ajoute ' au salaire du laboureur un supplément qui tourne en partie ' au profit de la culture elle-même. Elle permet de mieux supporter les épreuves qu'occasionnent les mauvaises récoltes. Elle permet aussi d'occuper au besoin l'excédant de bras pour lequel les travaux de la terre n'offriraient plus d'emploi.
La présence de certaines fabrications au sein des caippagnes offre souvent en partie ces avantages ; elle occupe les femmes, les enfans, les cultivateurs eux-mêmes ; c'est ainsi que l'établissement des usines vivifie la contrée d'alentour; c'est ainsi que le tissage répand l'activité et l'aisance dans les Vosges, dans le Beaujolais, dans la Normandie et la Bretagne; l'horlogerie, dans une portion du Jura ; la fabrication des horloges de bois, dans la Forêt-Noire. Les manufactures elles- | mêmes trouvent dans ce rapprochement des avantages no- | tables ; elles ont la main-d'œuvre à meilleur compte. ]
Cette ressource manque à la Pologne, à une portion de l'Espagne, au sud de l'Irlande. Là il n'existe guère, pour occuper les bras, d'autre emploi que la culture du sol.
Lorsque la population d'une commune rurale s'accroît rapidement, et que les améliorations agricoles ne peuvent créer de l'emploi pour les bras nouveaux; ou lorsque, même avec une population stationnaire, l'emploi des bras vient àse restreindre, peut-on à volonté y créer une exploitation industrielle? Peut-on donner à cette exploitation wie extension suffisante ? Dans les villages, on manque de capitaux disponibles, d'entrepreneurs exercés, de débouchés assurés d'avance. Une exubérance de population devient alors bien plus onéreuse aux communes rurales qu'aux grandes villes, à moins que, du sein des villes, ne se détachent des capitalistes, des entrepreneurs, qui viennent transporter au milieu des champs un nouveau foyer d'industrie. ^
Si ce secours manque, il n'y a plus d'espoir pour les uns de deveiur propriétaires, pour les autres de louer
INDUSTEIB AGRICOLE. DESTINÉE DU CULTIVATEUR. ^l\i
nUIemait leurs services ; les petits propriétaires eux-mêoies, |Mir une division excessive de la propriété, aiTivcnt à ne |ilii8 trouver dans le produit de leur patrimoine un moyen de subsister; Témigration devient presqn'un remède indispensable. On émigré dans le pays même, partout où Ton espère se créer une occupation ; on émigré, s*îl le faut, dans Tétranger, dans un autre hémisphère.
Les villes, au contraire, et en général tous les lieux qui servent de théâtre aux manufactures, peuvent recevoir, à la tiKvenr des progrès et du génie industriel, un développement presque indéfini.
Arnsi', dans les contrées qui, comme l'Angleterre, ont atteint Qd haut développement de prospérité industrielle, voit-on s'éleviw les plus grandes villes, et se multiplier la population nriMdne. L'Angleterre possède neufvilles de 100,000 &meset turdessns, habitées par environ 3,000,000 d'individus; et ▼ingt-trois de 30 à 100,000 âmes, habitées par plus de 1,200,000. La France sur un territoire bien plus étendu ne compte que trois villes du premier ordre, et quinze du second, contenant : celles-là, moins de 1,200,000 habitans; celles-ci, moins de 7S0, 000.
' La population agricole ne compose qu'un tiers de la po- INdation totale de TAngleterre ; l'Irlande offre précisément an spectacle inverse : la population agricole forme les deux tiers an moins de la population totale. Cette proportion est en France (1) et dans l'Allemagne méridionale , à-peu-près la même qu'en Irlande. (2)
L'accroissement de la population urbaine d'un pays, comparativement à la population rurale, est un symptôme duquel
(1) Let relevés présentés par M. le ministre de la guerre en France sur le mnleflMiit de Tannée, nous montrent que sur 100 jeunes, gens appelés, plus 4e k BMiitié appartiennent à la classe des cultivateurs, et 18 seulement à celle 4es oarricrs, dont 7 à-peu-près pour les ouvriers en bois et 4 pour les ouvriers <B fior.
(a) Dans le grand-duché de Bade, par exemple, sur ime population totale
SAS PABldâlIE PAUl'Ili. LITR« II. CHAP. Itl.
on peut coDclure, oti que lés campagnes n'oBrent plus une occupation suffisante à leurs habitans, ou que l'industrie des villes leur offre des salaires plus lucratifs, et le plus souvent lé concours de cette double circonstance.
ARTICliE VI.
Des effets dû luxe sur la condition de Tourner,
Il est dans la nature du travail productif de contribuer puissamment à la répartition de la richesse^ et d-autant plus qu'il est plus justement rémunéré. Toutefois, un trâVftil gra« tuit peut aussi produire à-la-fois et distribuer lâ rioliesse dans les plus larges proportions : noble privilège réservé aux veilles de l'homme de génie, au sèle de {z, bienfaitancOy à la sagesse de l'administration publique ! Ils produisent, en mah tipliant, ranimant, dirigeant les forces, en fécondant les sources de la richesse ; ils la répartissent, en répandant ces salutaires influences sur unie sphère ^tendue. Un travail pro^ ductif faiblement rémunéré, quoique multipliant les élémens de la richesse, concourt peu à sa répartition* Tel est celui des esclaves et des captifs.
Par une cause inverse, un travail improductif par sa nature^ peut servir encore à la répartition de la riohesae, en créant des salaires. C'est un tribut acq[uitté par la frivolité des uns envers l'activité des autres. Il fait l'effet d'une distnbaiiaa
de 1^200^000 habitans on compte précisénient, • . • 6S0|000 cnltivataurs 0I
141,900 jourmiiers.
t(!s métiers y occupent seuleinent d3d,6Ô0.
ypfez Hennisch, Beschreibung, etc.» 1833, pag. 67.
La proportion est à-peu-près la même dans le grand-duché de Wurtemberg,
£ti fie^i((ue la population des communes rurales s*élève à . • . . a,û^'},49d
celle des villes à OOO.^Sâ
(Annuaire pour 1834). En retrandiaut de la première quantité les profesaioiii industrielles exercées à la campagne, ou a encore plus des 2^3 de la population totale.
EFFETS BV LUXS SUE L'oVTmnH. tU
de dons, avec cette différence qu'il De suppose aucune gênérositë d'une part, aucune reoonnaissance de l'autre. ' Il est sans doute, à tous égards, plus utile pour la société, que la répartition de la richesse s'opère par une large récompense du travail productif; mais, là où ce travail n'offre pas une ressource suffisante au prolétaire, le travail fûtil même stérile en fruits réels, devient un bienfait pour ceux qu'il délivre à-la-fois de Toisiveté et de la misère. Il est donc un bienfait surtout dans les pays où les prolétaires sotit nombreux, où l'industrie languit, où la classe moyenne est faible, gênée, où des fortunes colossales se transmettent dans un petit nombre de familles. Pour foire sortir ces trésors du gouffre où ils s'entassent, pour flaire descendre ^or lè pauvre la rosée de l'aisance, que resterait41 alors, en l'absence de ce travail^ sinon des libéralités éventuelles d6 la JKirt de ceux qui possèdent; la violence de la part de cettx qui ne possèdent pas ? Le travail, quoique improductif, opère ) en quelque sorte, en faveur des classes inférieures, un effet analogue à celui qu'opèrent les forêts qui couronnent les montagnes, en pompant les nuées du ciel pour alimenter les sources qui viennent arroser les vallées.
Yoilà, réduits à leur expression la plus claire et la plus simple, les avantages que le luxe apporte à la clàsie laborieuse.
Qu'est-ce cependant que le luxé? Le travail employé à le servir est-il tout entier un travail stérile 1
!Uen n'est plus stérile, sans doute, que le travail employé à servir les vices et les passions des hommes , dUsons mieux : il est destructeur, en concourant à corrompre les mœurs, en apportant des alimeus à la vanité, au libertinage, à Té* gotsnie, que dis^e ? de tels actes ne méritent pas le nom de travail ; ce sont de vrais ravages , plus funestes souvent que œnx de la guerre.
Mais, il est un autre genre de luxe qui consiste à jouir, à satisfaire de simples convenances , à orner la vie hiuiaine , et qid tt*est en soi ni cqrrompu, ni corrupteur.
Hh VRKJilÀRE FAJITIE. LIVEE II. CHAF. TU.
Entre les jouissances de commodité , et les jouissances de pur agrément , ou de simple opinion , il existe peu de limites absolues et tranchées. Avec les progrès de la civilisation, qui répand les habitudes nées de l'aisance , Timitation , née des exemples , produit à son tour des goûts, convertit ces goûts en besoins. L'esprit aussi a ses besoins , les plus nobles de tous et les plus délicats. Seraient-ils rangés an nombre des travaux stériles , ceux qui concourent à déployer sous nos yeux le Juxe des beaux-arts, à décorer le théâtre de la société , à entretenir ainsi , avec le sentiment du beau et l'activité de l'imagination, le principe de vie de toutes les Êicultés humaines? Seraient-ils accusés de stérilité, ceux qui, par de nobles délassemens ou des plaisirs purs, nous reposent de nos fatigues, et nous rendent de nouvelles forces; ceux qui en élevant les monumens publics , en venant animer les solennités, en préparant les jeux de la scène, en contribuant à la pompe des cérémonies, à la msyesté, à la décence des formes extérieures, servent, parle secours d'un langage muet, les grands intérêts de l'ordre social et de la dignité de notre nature? Reftiserait-on le caractère d'un travail productif à celui qui perfectionne l'instrument le plus puissant sur la terre , l'activité de l'homme et son intelligence ?
L'artisan travaille mieux, lorsqu'il accompagne de son chant ses pénibles labeurs ; le soldat en marche sent moins la fatigué au son des instrumens. Telle est sur l'homme la puissance des arts qui s'adressent à l'imagination ; telle est la fécondité attachée à toutes les professions qui cultivent ces :a*ts. Une fête publique dirigée avec goût , au milieu de tout cet éclat passager, et en apparence futile , ravive plus d'une existence. C'est du luxe, si vous le voulez ; l'élégance aussi sera du luxe ; mais un tel luxe est producteur. Sous ce ehors sont cachées des idées et des forces qui leur survivent. Il y en a dans cet appareil auguste qui , environnant le trône où se trouve personnifiée l'imité nationale, fait respirer l'âme d'un grand peuple, exprime et nouirit les sentimens publics. Ce
EPPSTS DU LUXE SUE LOUTEItm. âàS
ne ser^i donc pis asses dire que de rec<Hiiiattre, dans la distribaticm des salaires qa*entratnent k leur suite loules ces brillantes décorations sociales, nn mode de répariir la rtchesse , en procurant nn emploi à la main-d'œuvre occupée à leor confectiim ; il Csiut y découvrir quelque chose de plus, lorsque ce luxe est bien conçu , lorsqu'il remplit son but : il faut y découvrir une semence répandue sur le sol social, qui se transformera en germant. C'est le cas de dire, dans un autre sens, que V homme ne vit pae seulemeni de pain/ il vit de tout ce qui nourrit sa vie intellectuelle et morale.
Un luxe oiseux, un luxe sans objet, un luxe ridicule, le luxe de l'ostentation , celui de la sensualité, celui de la frivolité , du caprice , voilà celui qui se borne à distribuer au pauvre, sous la forme d'une rétribution volontaire, mais sans nécessité, les deniers du riche. Or, un pays n'en est jamais réduit à n'avoir point d'autre ressource, pour mieux distribuer la richesse sociale : il suflSrait de rendre au luxe lui-même un caractère de commodité, de noblesse et d'élégance.
Conserver , c'est reproduire, c'est encore créer. Toutes les fonctions de la société qui ont pour mission de protéger, sont donc éminemment fécondes. Le magistrat, l'administrateur, le notaire, le soldat, en tant que leurs services sont bien entendus et bien remplis, et se renferment dans les justes limites de l'intérêt public, produisent chacune leur manière, puisqu'ils cojuervent. Les services publics, par|ki généralité même m leurs effets, sont beaucoup plos productifs que les services privés : la rémunération qui leur est attribuée, si elle arrive à des agens peu fortunés, opère une répartition fiivorable ; toujours elle imprime à une portion de la rir chesse publique nn heureux mouvement de circulation.
Que si le nombre de ces agens excède les besoins du ser** vice social , c'est un autre genre de luxe , le luxe des emplois. L'excédant de travailleurs employés est alors dérobé à des travaux utiles ; on peut comparer ce luxe à une institmloo q«i aurait pour objet de payer des bras pour battre l'eau, ou
ik$ Muauàu PAJiTii. UYU n. cha». iu.
même des gens pour ge reposer. Il n'y aurait plus qa'une distribuUon de dealers, faite par la société sans motib; dia-r tribution profitable seulement quand elle est faite des fonds de ceux qui ont 'trop eu faveur de ceux qui manquent » et seulement encore quand ceux qui manquent de biens, manquent aussi d'occupation productive. Je me trompe : il y aurait encore un autre avantage à distribuer un salaire pour un travail même stérile, mais innocent: ce serait d'exer* cer à un travail quelconque les individus qui fussent restés oisifs. Ceci s'expliquera par la suite,
ARTICLE VU
influencé J^giémque de ^industrie.
Tout travail modéré est un exercice gymnastique ) il en-^ tretient la santé et les forces. Tout travail régulier, coordonné, réfléchi, est un apprentissage ; il instruit , rend habile. Alors même que Touvrage devrait être consumé ou brisé à l'instant où il vient d'éclore , il resterait encore un profit réel au travailleur, à savoir : la santé, la capacité qu'il aurait conservée ou acquise; ce sciit autant* de puissances réelles.
Une ébauche qui manque, un essai qui échoue, ne. versent aucun produit dans le commerce ; mais Us laissent une instruction à leur auteur, et de cette instrucQon, un jour ou l'autre, sortira peut-être^uelque fruit utile.
Le travail récrée ; les oisifs sont à charge à eux-mêmes, comme aux autres. Nos jeux, semblables à ceux des enfans, sont un travail varié, lége», quelquefois même fatigant et agréable par sa fotigue. Le jeu cruel des combats, quel charme n'a-^t-il pas pour les hommes ?
Comme exercice gymnastique , Finfluenoe bienfaisante da travail suppose qu'il soit contenu dans de certaines bornes; qu'il exerce ib-la^fois ou tour*à-tour les divers organes, qull
CffliUBlICB HYGIÉNIQUE BB L'ilfDUSTmiK. 247
les exerce avec une certaine harmonie. Un trayail qui con* aist^ dans la répétition perpétaelle d'un seul mouvement, rend capable sans doute d'eiécnter ce mouvement avec idos de facilité et de précision , mais n'exerce pas une infloeiice fiaivorable sur l'organisation tout entière. ^Ici Tabus est près de l'exercice; les inconvéniens , près des avantages. Toot dépend de la mesure , du choix , de la combinaison des pumvemens. Les diverses professions industrielles pré- «aoleol sous ce rapport une diversité infinie. '
On ne saurait se le dissimuler : l'extrême division du travail a géqéralement pour effet , en simplifiant l'opération confiée à chaque agent , de condamner celui-ci ^ des mouvemens d'une plus constante uniformité , c'est-à-dire à un genre d'exercice peu favorable au développement harmonique des organes.
Les professions qui permettent la locomotion ont, pour l'entretien de la santé et des forces muscidaires , une supéri(Hrité marquée sur les professions sédentaires. Celles quiemr ploiflot l'œil et la main, de préférence aux forces musculaires, donnent plus d'adresse ; elles exercent les organes intelligens.
Celles qui^ imposent une attitude contrainte , où la resp^ ration » la circulation sont gênées , celles qui condamnent l'ouvrier à rester assis et courbé , laissent prendre moins d'essor aux fonctions de la vie y et altèrent facilement la santé. Les tisserands, les cordonniers, les tailleurs fournissent le plus grand nombre de malades à nos hôpitaux ; et d'indigens aux secours publics. D'après les relevés obtenus par M. Blach, membre du collège des médecins de Londres, la moyenne des âges de 100 fileurs n'est que de 26 ans ^, tandis que celle des soldats et de ^3 ans —.
Les bienfiaits de l'air et de la lumière, ces bienfaits que du moins'la nature semblait avoir également départis à tous les hommes, ne sont-ils pas altérés trop souvent par les conditions du travail ? Si les uns sont condamnés à subir l'intempérie des saisons , d'autres sont enfermés , privés des rayons
2&8 PBEMIÈ&V PA&TIE. LIYAE II. CXLÂ9, Ul.'
du soleil , et ne respirent souvent que des exhalaisons dëlf^ tères. Le tisserand est enseveli dans un souterrain; le verrier vil auprès d'une fournaise; le fabricant de céruse, le pdntre, les manipulateurs de certains métaux avalent une poussière malfaisante ou des gaz corrosifs. Ceux-ci, captifs dans d'étroits ateliers, ceux-là, accumulés dans des salles closes, sont privés du renouvellement de l'air.
On a remarqué que la classe dés tisserands enchaînés sur leurs métiers, dans une position pénible, est de toute» la pluà chétivc. (1)
La condition faible et mortelle de l'humanité sème partout les périls sous nos pas. L'oisiveté a les siens, quoiqueies maux qu'elle entraîne agissent d'une manière lente et invisible. L'activité les rencontre sous toutes les formes. Lepédieur, le marin, s'exposent à la tempête; le mineur, aux explosions; le couvreur, le maçon à des chutes. Tantôt le chef de la fiimille est atteint par des infirmités précoces, condamné à quelque incapacité; tantôt là famille entière est privée de ison chef.
Le séjour même des champs et les paisibles occupations du .laboureur, qui semblent promettre tous les bienfaits de la santé et une vie aussi longue que douce, n'ont-ils pas ainsi leur chances défavorables? Les pays marécageux subissent une mortalité plus forte. La vie moyenne de leurs habitans a été évaluée, par Sausset et par le docteur Price, à 26 ans; par Condorcet, à 18 seulement. L'automne, la saison la plus salubre pour l'habitant des villes, est celle où se manifestent le plus de maladies dans les campagnes. Les travaux des récolte* occasionnent des fatigues excessives,ou des accidens;rhomme, dans ce genre de vie, est plus exposé aux intempéries de l'ah*.
On a plusieurs fois comparé la mortalité des villes à celle des campagnes; on a tiré de ce rapprochement la conséquence que l'industrie manufacturière, en général, est préju-
(1) Rapport de M. Praire au Conseil général des manufactures de France, le 0 janvier 1838 ■
lAFLVBNCE HTGIÉHIQVE DE L'iHDUdTaiE. 249
didable à la santé de l*homiiie (1). Mais, il ne faut pas oublier que les villes voient périr dans leurs murs un grand nombre d'individus qui n'y sont pas nés; il ne faut pas mettre sur le compte de l'industrie, Tinfluence d'un grand nombre de causes qui lui sont étrangères, et qui sont nuisibles aux populations ai^omérées; comme un air moins salubre, des occasions plus nombreuses de débauches et de désordres. Un illustre et savant auteur (2) remarque qu'en Angleterre, c'est précisément au milieu du merveilleux essor de l'industrie , de 1780 à I82I9 que la mortalité s'est réduite en 40 ans de i/ftO à 1/58; que c'est dans les villes les plus industrieuses que cette amâicMration a été plus remarquable. Ainsi, à Londres, où la mortalité était de 1/âO au commencement du siècle, elle n'est plus que de 1/40 aiyourd'hui ; à Manchester , de 1/28 , proportion qu'elle observait en 1770, elle est descendue à 1/45; à LIverpool, de 1/27 1/4, en 1773, elle est descendue à 1/44 4/5 ; dans le liancashire, pays de fabrique , la mortalité n'est que de i/55. La France , moins industrieuse et plus agricole, Bobit ;nne mortalité plus considérable que l'Angleterre. Plttsienrs de nos départemens essentiellement agricoles figurent parmi ceux où la mortalité est la plus sensible.' Ainsi, dans le Cher, elle est de 1/^6 ; dans le Finistère , de 1/29; dans la Nièvre, Loir-et-Cher, Indre-«t-Loire , Loiret , de 1/SO : tandis que certains départemens, essentiellement manufacturiers figurent parmi ceux où la mortalité est la plus fdMe; ainsi, elle est de 1/50 dans les Ardennes,de 1/48 dans le Calvados, de 1/58 dans l'Orne, de 1/47 dans l'Oise. (3)
(1) En Betgiqiie, la morUUté des Tilles en 1882 présente un rapport de a5»606 sur 090)268 habitans ou de un sur 25, et dans les campagnes de 7a;804 sor 3»077,478, ou de un sur 38. A Paris, la mortalité est de 1/26 1/28 1/80, dans les 12% 8« et 0, arrondissen^ens, qui sont le principal siège des travaux de manufactures» tandû qu'elle n*est que de 1/62 1/48 1/48 dans les ]«» 3* et 8« arrond'ssemens, pendant la période de 1823 à 1826.
(S) MaocuUoch, Prùtciples ofpoIUical eeonon^, 1*" partie, cliap. ti.
(a) M. le baron de Morogues, dans son ouvrage litbograpbié tur les causes
Î50 Funiu VAATns. LrfRi ii. châf. ni.
Toutes* les febrications sont^elles donc fixées dans les villes? une portion notable d'entre elles, le tissage, la filature, l'exploitation des forges, ne préfèrent-ils pas le séjour de la campagne, où n'y sont-ils pas paturellement situés? Le rapport de la mortalité des villes à celle des campagnes ne foinw nit donc pas ici là base d'inductions aussi positives qu'on le suppose.
Vouloir établir sur l'influenoe hygiénique de l'industrie des règles d'une absolue généralité , c'est violenter la nature des choses. Il n'y a ici aucune loi universelle, ni en faveur des travaux agricoles, ni contre ^les travaux de fabrication. Les inconvéniens auxquels les uns et les autres exposent la santé des hommes, sont subordonnés à des circonstances diverses, qui se modifient suivant les espèces particulières de travaux et les circonstances locales. Chaque branche d'industrie a ses victimes fleur nombre varie suivant les conditions qui l'accompagnent.
de la richesse et de la misère, a eomparé, page 216, les département qu'il ^otsidère comme les plus indtsstrieux avec les 10 qui le sont moins; il s nontré que, de 1827 à 1832, la population ne a'est accrue, terme moyen, dam les pv»* miers, que de 63 habiUos sur 10,000, tandis qu'elle est augmentée de 201 m 1 0, 000 dans les autres.
Mais, M. le baron de Morogues, dans ce parallèle, a considéré comme les départemens les plus industrieux ceux qui acquittent une plus forte niasse de patentes relativement à la population. Or, il fout remarquer d'abord qne le taux de la patente varie : 1* En raison de la population; a*' en raison du taitt des loyers, deux circonstances étrangères à rindustrie. Il faut remarqnçr eih suite qu'une portion des patentes, et les plus élevées, n'est pas acquittée par les fabricans. Ce sont les banquiers, les négocians, les marchands en gros. Puis dans le nombre des patentables , combien ne compte-t-on pas de débitans de boissons.
Enfin , parai les 10 départemens les plus industrieux qu'il a citée, les Boudies-du -Rhône comptent sur 10^000 habitans un accroissement de l,017i le Rhône de 420, la Marne de 370, la Gironde de 220 ; tandis que dans les 10 départemens les moins industriels la Lozère ne compte qu'un accroissement de 113 habitans, le Puy-de-Dôme de 115 et que le Cantal offre même mie divination de 180;
JNfLUBHGE ETGliKIQUB Dl L'inUSTEIE. S51
Certaines précautions, un bon régime, de prompts secours, peuvent diminuer ces inconvéniens. L'ouvrier profitera d'autant mieux de ces préservatifs et de ces remèdes, qu'il jouira d'une plus grande aisance, qu'il sera plus et mieux instruit. Il en jouira plus facilement dans les villes ; il y sera guidé par de plus sages conseils, assisté plus promptement, avec plus d'efficacité. A mesure que sa condition s'améliore et s'élève, il peut s^aocorder quelques délassemens et quelques loisirs, et réparer ainsi ce que les habitudes de son genre d*ecciipation peuvent avoir de fimeste. A mesure que la civilisation avance, il est entouré d'une protection plus salutaire. Ainsi, les progrès même de l'industrie tendent à réparer les nuuDL physiques que ses opérations entraînent à leur suite.
L'exeès du travail est quelquefois la cause du préjudice qw lindnstrie fait éprouver à la santé de l'ouvrier; mais, U est domeax que ces excès lui profitent même comme gain : un ouvrier qui, pendant 15 ou 16 heures s'épuise sur son métier, B*exécute pas plus d'ouvrage pendant un mois que celui qui travaille avec vigueur pendant 12 heures.
L'infloence exercée sur la santé des ouvriers, par leur emploi dans les manufactures, dépend beaucoup du caractère personnel des manufacturiers, et du régime qu'ils instituent dans leurs établissemens. On est firappé de la vigueur des ouvriers de certains ateliers dirigés par des chefs pleins debienveiilance et d'humanité (1). Cest donc par de sages conseils aux ouvriers, par de bonnes directions données à ceux qui les emploient, qu'il convient surtout de recourir pour écarter du théâtre du travail les conséquences pernicieuses à la •anié des travailleurs. (2)
(1) lUpport fiiit, le S janvier 1818, «i conseil général des mmafiKtnres de tnatoe^ par M. Praire.
(a) L'on des meilleurs Juges des questions qvi intéressent le bien-être des ftÊinmfVtmtÊur dn célèbre rapport des Commissaires Royanx chargés de Tenqnéle de 18S4, à la suite d'une visite fidte dans quelques-uns des districis ks
252 PABMiiaE PAETIB. LIVEE II. CHAF. III.
ARTICLE Vni.
Du travail des enfans dans les ateliers.
L'homme qni abuse de tout, abuse du travail même ; des entrepreneurs avides abusent du travail de leurs ouvriers, achètent, à défaut d*escbves, des victimes volontaires qui acceptent ce dur sacrifice. On cite, en France, des ateliers où les ouvriers de tout âge travaillent de IS à 15 heures par jour (1). Si l'ouvrier est occupé à un emploi qui exige mi grand développement de forces, la fatigue deviendra excessive. Si, comme pour la profession de tisserand, pair ez^oqile, il doit rester pendant tout ce temps immobile à la m£me place, exécutant toujours le même mouvement, il semble difficile que sa constitution n'en soit pas altérée à la longue. Mais, TefiTet d'une telle application deviendra bien plus ftineste s'il tombe sur de pauvres enfans , qui ont un besoiQ impérieux de mouvement, dont tous les organes demandent à se développer. On a généralement remarqué que Tintroduction du système des mécaniques, dans la filature de cotooi a fait singulièrement rechercher le travail des enfans ; et^ dès l'origine , on a abusé de l'emploi de ces innocentes créatures.
phis industrieux de F Angleterre, s^exprime comme il suit : « L -imprasâon g^ « nérale qu'a produite sur nous tous TefTet du travail dans lés fidjfiqnei i •* été £ivocable d'une manière inattendue. Les ouvriers, dans ces districts, sont « les personnes de la classe laborieuse les mieux portantes, les mieux vétncs qui « j'aie jamais vues. Les filles en particulier ont beaucoup meilleure Dîne ^ «c celles de la campagne. Les salaires que gagne chaque feraiUe s*y élèvcatai « double de ceux qu'elle obtient dans les districts agricoles. » (Lettni de M. Nassau W. Senior, sur le Faetoij'Jct, Londres, 1837, pag. 28). Ho» pourrions rendre le même témoignage à un grand nombre des plus importantes manufactures de France.
(1) Voyez l'enquête provoquée, en 1884, par le ministre du compiiero ci France, et les déclarations de plusieurs fid>ricans à ce sujet (toaie 8, pagM 41^ ' 84, 146, 194,â70, 351, 621, 669,etcO;
TKATAIL US IlITAlfS DAITS US AKUlftS. 25S
IVaprès le rapport da bureau sanitaire dé Manchester, en 1796, eet abus se manifesta en Angleterre à la suite de Ui célèbre invention d*AiiEwright. ^introduction de ces savantes mécaniques, en réduisant remploi des forces musculaires de l'homme, lui substitue un genre de coopération flicile, qpi entraîne peu de fotignes. Il suffit de surveiller le jeu de ces ■ombreux fuseaux qui vont, viennent, tournent d'eux-mêmes, de renouer les fils. Une femme, un enfiint peuvent rendre ce service, aussi bien, mieux peut-être qu'un ouvrier adulte et vigoiirenx; leur salaire est moins coûteux (1). On a dit, que cette oceqMition, par sa nature même, ne peut nuire aux enbns, parce quelle leur demande peii ou point d'eCTorts; mais, l'immobilité à laquelle ils sont assiyétis, l'air trop peu renouvelé qafib respirent, la prolongation surtout d'une occupation Bdfimne dans sa simplicité, peuvent leur devenir nuisibles, lorsque la durée du travail dépasse certaines bornes.
L'invention des mécaniques pour la filature du coton a beaucoup accru le montant du capital fixe employé dans ces Miriques, et réduit en même temps celui du capital circolaAt ; de \k, pour les fabricans, un intérêt manifeste à obtenir la plus grande continuité, comme la plus grande extcniion dans les opérations productives, et delà, par conséquent aussi les motifs qui leur font désirer à-la-fois, et de Mtiplier le nombre des ouvriers, et de prolonger la durée
Le docteur Aickin , au commencement de ce siècle, traçait le lamentable tableau des fatigues dont on accablait alors , dans les filatures de coton, de pauvres enfans, aceumtilés, i^parëa de leurs par^u, respirant un air insalubre, privés des Menfidls de l'éducation ; la chambre des communes d'An-
(1) M. HoffMT, dns M» rapport ào SI joiDet 1814» eit« ans mnrafiMtvrs |4i Mil. firiij et Goiip. à l>enfton da» k FttllidHfs» oà 1^
l&k raniiBE PARTIB. LITBK II. OHAV. ni.
gleterre a retenti des réclamations élevées contré cet abus par des amis de l'humanité (1). En s^pposant qu'il se soit mêlé quelque exagération dans les peintures qui en ont étd faites, on ne peut nier qu'il ne fût très grave, puisqu'il afaHu que plusieurs lois successives vinssent arrêter le^conrs de ces barbaries, et fixer la limite des heures qu'on ne pourrait dépasser^ dans l'emploi des jeunes ouvriers* (3)
Enfin, le célèbre bill du 29 août 1833 a établi les règle» suivantes : '
ce Nul enfant ne peut être employé avant Tâge de 9 ani^
a Nul enfant au-dessous de 13 ans ne doit travtiBer plu de 48 heures par semaine^ ou plus de 9 heures daAs un seul jour.
« Les personnes au-nlessous de 18 ans ne dôivefit pas Vt^ vailler plus de 69 heures par semaine ou 13 heures^ par jdur; elles ne doivent pas travailler entre 8 heures et demie da soir et 5 heures du matin.
ce On donne une heure et demie pour les repas ;.ittaiS| ce temps n'est pas compris dans les 9 ou 12 heures de travail*
ce Tout enfant restreint à 48 heures de travail par semaine, doit passer, au moitis, deux heures par jour à l'école, chacun des six jours de la semaine. »
Diverses formalités sont prescrites, diverses pénalités introduites pour assurer l'exécution de ces règles^ Les lois que nous venons de rappeler ne s'appliquent, du reste, qu'aux manufactures de coton, de laine, de lin, d'étoupe, de chanvre
(1) M. Rorner a déclaré que, sur 2000 enfant employés danâ àa manutn*. turti eai Angleterre, il ne s'en était trouvé que 1067 qui eussent apprii ^ écrire. (Rapports à la chambre des communes du 12 octobre 1836f pa|e W et du 18 janvier 1837, page 47.)
(2) Le bill de M. Robert Peel, en 1810, fixa à 12 heures la limite légale da travail des enfans dans les manufectures.
Celui qui fut adopté en 1825, sur la proposition de M. John HoUknv^ accorde seulement 60 heures par semaine pour le travail des ouvriers au-dei- Sous de 16 ans, savoir : 6 jours à 12 heures et un à 0.
TIAYAIL DES ENFARS DA1T8 LIS ATUIIBS. l&i
on de soie, qui font usage de machines à vapeur ou de roues hydrauliques.
Mais, on se demande si la loi la plus récente , celle du 29 août 1833) ne va pas au-delà du but qu'elle se proposait d'atteindre; si, en interdisant aux adolescens de s'engager pour plus de 12 heures, et en ne leur permettant que le travail de jour, elle n'impose pas une gène trop rigoureuse pour la liberté et pour les intérêts des ouvriers qui seraient capables de prolonger au-delà , sans fatigue , la durée de leur tra*« vaiL Une discussion récente s'est élevée à ce sujet , au sein même de l'Angleterre. En applaudissant aux principes de oette législation, des homme» graves ont blâmé les mesures d'exécution qu'elle prescrit; ils ont pensé que les garanties exigées sur l'âge des enfans , sur leur assiduité à l'école, étaient trop rigoureuses; que le système de partager en deux séances le travail journalier des enfans {Relay^Syitemé)^ était à*peu-près impraticable; ils ont adhéré aux réclamations on aux vœux des fabricans qui se plaignent des poursuites judiciaires auxquelles ils sont exposés, pour* avoir dépassé les limites de la durée du travail des 'enfans , pour avoir laissé insérer de fausses énonciations dans les registres d'entrée, ainsi que des' obligations qu'on leur impose pour veiller euxmêmes à l'éducation des enfans; enfin; de l'étendue des pouvoirs conférés aux inspecteurs (1). Ces mesures cependant ont trouvé des apologistes dont l'autorité est grande en ces matières (2); c'est à l'expérience peut-être qu'il &ut s'en remettre pour apprécier le mérite de ces dispositions de dé* tail, qui sont purement réglementaires. (3)
Au reste, on est d'accord, en Angleterre, sur Jj^possibililé de réduire à de plus étroites limites la durée du travail
(1) M. Nassau W. Senior, Esq. : Letten im tbê Jfaetmy net, etc. Loudon,
16a7*pag. 17^23.
(a) Utter to M. Senior from L, Hofher, Msq», ib. pag. <•« 42*
(8) Nous aurons, par la suita, oocaùan de tnitar qudqUM4iliat de cal
questioiis.
256 FEBMlilS PAKTTI. UTEB II. CHAF; III.
dans les fabriques, sans causer un extrême préjudice aux fabricans. Mais on se demande si la môme législation ne doit pas être étendue aussi à d'autres genres de fabrication, et le Pariement anglais ne tardera pas, sans doute, à être saisi de cette question.
En France même, nous avons eu à gémir du même spec* tacle, dans de grandes manufactures, dont les entreprençnn avaient, essayé de réunir des colonies d*en(àns appartaiant aux hospices.
Une société formée dans l'un des principaux foyers de findustrie, française, et qui se distingue autant par son eatcel* lent esprit et la moralité de ses sentimens, que par son zèle pour les progrès de l'industrie, a cru devoir appeler la sollicitude du législateur sur la nécessité de prévenir Fexoès du travail imposé aux enfans dans les grandes manafàcturei en fixant une limite ; elle a signalé les conséquences (àcheoses qui résultent du travail illimité, et le dépérissement de la santé qui s'annonce sur ses jeunes êtres qui se trouvent ainsi sacrifiés (1). Le gouvernement n'est pas resté sourd à 'ces avertissemens ; il a adressé (2) aux chambres du cornmerce et aux chambres consultatives des arts et manufactures et aux conseils des prudhommes, deux séries de questions sur ce projet :
^' La première série a pour objet de rechercher les ftils | et embrasse les points snivans :
. <c Depuis quel âge les enfans sont-ils reçus dans les fidnri- «iques?
(1) La MMNté indiutrielte de Mulhouse. Voyez son bolletia, n^ 2S.
EUe t été eUe-méme proToqaée dans cette circoiisUaice par le zèle de ta de nos plus estimables fabricans, M. Bourcart de Guebwiller (Hant-Rhîn). . M. le docteur Villenné, membre de Vlnstitut, s^est livré lui-même sur ce sujet à d'intéressantes recbercbes, dont il a fidt jouir TAcadémie des mÎÊÊtrm mondes et politiques. Un de ses mémoires a été lu dans une séance publique dn 2 mai 1SS7» et publié diez Firmin Didot. lQ-4k ^
(2> Circulaire du SI juillet 1SS7.
TAATâIL nS BNVAN» bAN8 LIS ATlLtÙS. K7
«Qoek sont leç salaires qiiMeur sont attribués?
«c Quelle économie résulte, pour ie fabricant, de la substilu- K lion des enfiins à des ouvriers adultes?
c Quelle est la durée de leur travail?
cS(Hit-4s soumis à des travaux de nuit?
«Les enfans des deux sexes sont-ils confondus dans les mé- K mes ateliers?
«cAppisuliennent-ils le plus souvent aux ouvriers occupés « egx-mémes dans les fabriques et dans quelle proportion?
- «Quel est leur degré d'instruction? Suivent-ils les écoles? « Les suivent-ils le jour, le soir ou les dimanches ? .
«Quel est l'état de la moralité de ces' enfans?
- cSo0t-ib l'objet de mauvais traitemens de la part des mat- « très m de ceux qui les emploient. t>
La seconde série a pour objet la législation qui peut intervenir; elle comprend les questions suivantes : t c Depuis quel âge les enfans pourront-ils être reçus dans «lesfriliriques?
c La durée du travail sera-t-elle graduée suivant leur ige?
• « Leurs forces physiques devront-elles être en rapport avec « cet ftge, et leur constitution reconnue bonne et capable de «supporter les fatigués de râtelier, ainsi que le veut la loi « anglaise qui exige, comme justification, un certificat du cbi- K nurgien de la localité?
a Quelle sera la durée du travail ?
ce Enfin, à quel âge l'adolescent pourra-t-il librement s'en^ >( gager, par lui ou ses parens ou ses tuteurs, sans qu'aucune K restriction soit apportée à la durée de son travail?
c Les veillées seront-elles interdites aux enfans et aux adot lescens, et jusqu'à quel ège?i»
Les organes de l'industrie française se sont empressés de
Répondre à cet appel, et il est résulté de ces informations que
e sort des enfans est loin d'être aussi fâcheux , dans les fabri-
loesde France, que Tétait celui des enfans dans les fabriques I. 17
rexécution de ces mesures, et qu'elles doivent être accoDupagnées d'une sanction pénale; mais que des enconragetnens accordés avec discernement doivent aussi en seconder les effets.
On a pensé que les dispositions proposées devaient s'appliquer spécialement aux établissemens de filature et de tissage du coton, du lin, du chanvre, de la laine et de la soie y dans lesquels la force qui agit sur le moteur est exercée par des cours d'eau, la vapeur, ou des chevaux ; sauf à les éçendre plus lard à d'autres établissemens, si elles répondent; au bot ^esiré. Le travail des enfans au dessous de huit ai» a paru d'ailleurs indispensable à certains genres de fiabricatioD, comme celles des toiles peintes en particulier-, sans qu'il y donne lieu, aux mêmes inconvéniens.
Il est reconnu que douze heures de travail par jour est une durée qui n'a rien d'excessif pour des enfans de 12 à 18 ans; aucnue plainte ne. s'est jamais élevée sur les effets d'un travail ainsi restreint. Toutefois la durée du travail devrait, à noire avis, se modifier suivant la nature de l'occupation, et le liea qui leur sert de théâtre : il convient d'abréger cette durée selon que le travail impose des efforts plus fatigans, une situation plus sédentaire et plus immobile, le séjour dans des salles closes ; car le mouvement et l'air sont surtout nécessaires à la santé des enfans.
, On a remarqué, du reste, que le travail des adultes ne revient pas en France proportionnellement plus cher que ceint des enfans; les premiers travaillent avec plus d'assiduité, d'application et de vigueur : ils font plus et mieux.
Nous ne saurions' douter que les vues exprimées par t^es estimables représentans de l'industrie ne soient bientft réalisées par le gouvernement. C'est une circonstance aussi satisfaisante en elle-même qu'honorable pour l'industrie 'française , que cette initiative prise par une ville manih facturière , et par des fabricans , pour soUiciler l'amélioration qui vient d'être indiquée ; que ce vote unanimement exprimé par les deux conseil où siège l'élite des
TKA.VA1I< DES BKFJUKS DANS LES ATEUEES. 261
riers et des commerçaDS. AjoutODS cet autre résultat des informations recueillies, que dans un grand nombre d'établissemens , les fabricans eux-mêmes ont non-seulement exécuté d'une manière spontanée ce qu'on demande à la loi de prescrire, mais fondé des écoles gratuites, et pris les soins I^ plus généreux, comme les mieux entendus, pour l'éducation morale des enfans qu'ils emploient. Les deux conseils généraux consultés par le gouvernement ont aussi insisté vivement, et d'un commun accord , pour que les bienfaits d'upe semblable éducation soient assurés aux enfans qui travaillent dans les fabriques, et ils ont indiqué quelques moyens pour les en faire jouir. (1)
Il est donc permis d'espérer que l'abus^ contré lequel se réunissent à-la-fois la morale et rhumanité, aura bientôt un terme ; c'est à l'administration publique qu'il appartiendra d'y remédier. Du resté, quelle cause doit-on accuser, d'une cruauté qui mérite en effet une sévère réprobation ? Est-ce donc le progrès des arts mécaniques? Il peut avoir o(fert seulement l'occasion : la cause véritable , elle est dans l'avidité des. entrepreneurs, avidité mal entendue peut-être, et il faut le dire, principalement dans l'avidité des parens eux-mêmes, qui. deviennent complices d'une spéculation cruelle. Le marché,'dans lequel ces tendres victimes sont immolées, ne se conclut que par l'accord de ceux qui les achètent et de ceux. qui les vendent. De semblables marchés n'ont-ils pas lieu trop souvent dans les communes rurales de nos départemens du centre, pour de pauvres enfans qu'on amène dans les grandes Tilles sous la dénomination déjeunes Savoyards j et qui y végètent dans les plus rudes privations? En Angleterre, l'enfant ]i*est pas engagé par le manufacturier, mais par l'ouvrier filear, et c'est ce dernier qu'on accuse d'exiger de son jeune isdde une fatigue excessive.
(1) M. François Dclesserl a parfailement exposé, en particulier, ces vues, dtiu le rapport fait au conseil général de commerce, avec autant d'élévalion qu» de duileuj'.
S62 fiunims r^aTiB. litbx ii. cuap. ni.
AKTIGLC IX.
De tinfiuènce du travail considéré comme moyen d^msiruetion.
Considéré comme une sorte d'éducation intellectueUe^ le iraTail offre au travailleur Toccasion d^observer les phéno* mènes, de comparer les circonstances, de combiner les effets, de réfléchir sur les lois et les causes. Une opération mëcanir que en eille-méme devient une sorte d'étude. Les merveilles de l'industrie déploient, sous les yeux de l'ouvrier qui y con* court, toute la puissance de l'art humain, et lorsqu'il peut en saisir l'ensemble, en voir jouer les ressorts, s'en expliquer les procédés, l'activité de son esprit est entretenue par uo tel Spectacle. Si lui-néme est obligé de recourir à l'emploi du calcul^ au raisonnement, pour iguster et prévoir; s'il doit inventer en exécutant, cette activité prendra encore un plus grand essor. Tel est en particulier le privilège de certains arts, qu'on pourrait presque appeler des arts savans, tels que l'horlogerie, la fabrication des instrumens et des machines; d'autres qui se lient aux arts d'imagination et qui sont plus ou moins employés au service du luxe, comme l'orfèvrerie, la bijouterie, la gravure; d'autres qui se rangent parmi les arts particulièrement ingénieux, comme ceux du tourneur et de l'imprimeur» Tel est aussi le privilège de certaines fonctions dans les entreprises industrielles, qui demandent un ordre d'ouvriers instruits et capables, qui lès appellent à diriger ui ensemble de travaux . Tel est encore le privilège de toute profetëion industrielle qui se trouve combinée avec tme spéculation un peu étendue, et qui force ainsi à étudier les rapports auxquels se rattachent les approvisionnemensetles débouchés;! se rendre compte des avances, des frais, des bénéfices. Ce privilège, on le voit, est en général réservé à la classe d'ouvriers la plus avantageusement partagée dans le choix des occupations;
DU TAATAUi COHIIB HOYCR l>*UI8TEUCnOK. S6S
Il appartient sous quelques rapports à la petite fabrication. L'iDdastrie, pour cette classe d'ouvriers, est une sorte d'ëducatkm incomplète sans doute, mais qui favorise Tessor de cer« faines fiicultés intellectuelles.
Il est d'autres classes d'ouvriers^ moins favorisées : ceuxci obâssent au lieu d'agir par eux-mêmes ; ils sont conduits par la routine plus que par la réflexion ; ils n'aperçoivent qu'un seul et même objet, ne conçoivent qu'une seule et même opération ; ils roulent dans un cercle étroit d'idées , peut-être même dans un cercle d'actions sans idées; ils violentent la dure matière, mais ne la gouvernent, ne la transforment pas; ce sont les manoeuvres; ce sont ceux que la division du travail confine dans le détail d'une occupation mécaniquement ab-» solue, uniforme. Toutefois, si quelque application est encore demandée à leur esprit, s'il leur faut exécuter avec une précision délicate et rigoureuse, observer des proportions, se conformer à un modèle, la persévérance même de l'exercice eidgé fiivorisera chez eux cette attention qui est la plus essen- ' tieDe des f!acultés de l'esprit, la plus propre à former le Jugement, et qui se fortifie surtout par la régulant^ et la constance.
L6 travail des champs place l'homme sur un autre théâtre et le met en présence de la nature. Quelle école ! Quelle magjiiflque succession de phénomènes! Quelle inépuisable va* riétë ! Quelle puissance, quelle ms^jestéj quelle régularité dans ces lois! Combien d'observations à recueillir! Quel aliment pour rimagination ! N'est-ce pas à ce même foyer que s'exalte le poète? Les trois règnes se déploient tour-à-tour ; chacun vient s*alller à l'industrie humaine ; le cours de l'année amène chaque Jour et de nouvelles scènes et des soins nouveaux. Le cultivateur ne doit-il pas tout ensemble se ressouvenir et pré* toir? Ne doit-il pas imaginer sans cesse avant d'agir, vçiller de toutes pstrts sur ses richesses on ses espérances? N'a-t-il pas aussi une sphère de spéculation à embrasser, des comp- ' tes exacts à tenir?
Oui sans doute, et telles seraient en effet ses éludes^ si, ou
^ MA f ABMliAS ^AATU. I.ITB8 II. CIU9. |U«
propriétaii^e, ou fermier^ ouco1ûD| il avait quelque loisir» 8*ilf^ apportait les dispositions convenables, s'il y était préparé par^ réducation nécessaire. Mais le simple joumaliéry le manoeiH vre n'ont qu'une occupation matérielle à conduire. Nos bergerl ne s'occupent par d'astronomie comme les pasteurs de l'Arable) ils ne s'occupent pas de zoologie, quoique vivant au milieude leurs troupeaux. Les bûcherons ne se livrent pas aux recherches sur le régime forestier, sur l'éducation des arbres. Le commerce continuel avec les ai)imaux,l'excèsdesfatigae8|Cor* porelles ralentissent l'essor de l'esprit , entretiennent la léthargie dans l'intelligence. ' - '
L'artisan a l'avantage d'entretenir, soit par le séjour qull habite, soit par la nature même de ses travauxi des retatik»! plus étroites, plus suivies, plus multipliées avec ses sembla-» blés. L'isolement auquel l'honmie des champs est condamnéi pendant la plus grande partie de son temps, s'il est propice à la méditation calme et solitaire, le prive des secours que rééducation intellectuelle puise dans les^commuhications sociales.
Il «e montre plus d'esprit chez l'artisan, plus de bon sens chez le cultivateur. Le premier esc plus habite discouretuTi calcule plus promptement ; le second se conduit avec plus de sagesse pratique. Il sort plus d'aliénés des ateliers; un plits grand nombre d'idiots errent dans les campagnes.
L'industrie manufacturière rejette au sein de la misère un grand nombre de pauvres ouvriers , repoussés par leur incapacité, ou languissans par la faiblesse de leur esprit : il reste toujours assez d'intelligence àl'honwie des champs {lîoiùr s'(>ccuper encore à quelque détail utile ; la plupart des crétins eux-mêmes rendent divers services dans les vallées des Alpes ; uû vieillard, un enfant, gardent le troupeaui ou du moins la basse-cour. Les ateliers ouvrent ime carrière bien plus étendue à l'ouvrier actif et capable, dont l'écrit saisit ce qu'il voit faire ou entend dire, et^compren J la puissance de son art.
AISUMS BT COACLUaJOlf DS6 BEUX GHAPITABS. 266
ARTICLE X; Bésumi et eonchuion de cet deux cfu^Ures»
Cest par le travail que l'hoinùié lutte conire rindigence ; c'est par rindttstrie dans le travail qu'il lutte jivec avantage.
Il y a toujours trop de population dans une contrée ({ue ne vivifie pas Tindustrie. La sauvage Tartarie envoyait l'excédant desa population, envahir la Cbineetrinde. Au commencement de notre ère, les nations de l'Occident et du Nord se disputaiient un territoire presque inculte, et s'en chassaient les unes les autres. La Germanie désignait périodiquement par le sort le liera de ses familles, pour aller chercher sur les terres de l'empire romain la subsistance qui lui manquait, et ce furent ces fcssaims de Aigitifs, qui, après l'avoir assailli pendant tant de siècles, finirent par l'anéantir et par en occuper le vaste territoire. Le désir de prévenir les inconvéniens d'une population surabondante a fait introduire dans l'Ile de Madagascar, l'atroce coutume d'une immolation d'enfans pour célé^ brer les iétes du roi (1).
Quoi qu'on en puisse dire, il n'y a jamais trop d'industrie dans un pays, ni une industrie trop parfaite. En considérant le système de l'industrie dans son ensemble, il ne peut y ayoir ni nn excès général d'abondance de produits,, ni up excès géné^ rai d'emploi pour le travail. L)un forme la richesse commune, r^^otre en distribue la jouissance.
Ainsi s'évanouissent les alarmes de ceux qui croient apercevoir dans les progrès de l'industrie une sorte de fléau des* tnicteàri qui voient une cause de ruine dans la source de la prospérité sociale; alarmes dont la conclusion logique serait
(1) TogfM une întéraBianta notice mr cette Ile, dani It BièUoihèfuê unmrjwtfi A ^Méftt de Boveodire, 1893.
i66 FAmitaB FAETIB. UnA II. CHAP. IU«
de faire chercher la sécurité et le bien-être dans Toisiveié et Tignorance
Mais ce serait aussi fermer les yeux à la lumière pour considérer le progrès industriel, comme poùTant à lui seul prévenir Tindigence, y porter remède, et pour méconnaître qu'au contraire en certains cas il peut rapcrottre.
Le navire qui s*élance hors du port en déployant ses voiles, qui traverse TOc'éan pour aller conquérir dans un autre hémisphère des richesses inconnues, ne peut^it pas être arrêté par le calme, assailli par la tempête, brisé contre un éceuil, frappé de la foudre ? Et comment Findustrie, dans son vol audacieux, ne rencontrierait-elle pas aussi des périls?
Tlus est vaste d'ailleurs la sphère qu'elle a embrassée , et plus elle offre de prise aux chances variables dès évènemmis. La fortune a ses jeux terribles pour les états comme pour les particuliers ; lorsque te crédit s'ébranle , que les débouchés sont interceptés, l'étendue et la vivacité des souffrances est en raison de l'étendue des entreprises qu'alimentaient les capitaux et qui comptaient sur le succès.
Les créations industrielles sont séduisantes pour la pensée, mais environnées, dans l'exécution, de mille difficultés et de mille obstacles. Alors même que toutes lea circonstances les favorisent , un appui souvent leur manque , celui de l'expérience. Une foule d'entr'elles échouent ; celles mêmes qui réussissent ne se consolident souvent qu'après avoir ruiné les fondateurs.
Les circonstances locales peuvent être plus ou moins fiivo- I râbles ou contraires, suivant que les matières première aboodent ou manquent , que les marchés d'écoulement sont plus ou moins accessibles , que les capitaux s'agglomèrent et ci^ culent ; suivant que le degré d'instruction , le génie des habitans préparent mieux d'habiles ouvriers ;' suivant que les arts qui sont dans une dépendance mutuelle niarchent en accordi suivant la situation géographique d'une contrée, son .étendue, la nature de ses limites : ces influMces divenes «ffieeieA iit
KèsVmÈ » CONCLUSION DBB DIUX CBAflTECS. ' 967
le principe vital de l'industrie elle-même ou quelques-unes de ses branches. Les évènemens que le temps amène avec lai apportent des encouragemens ou des obstacles à l'avancement et à la propagation des connaissances y à l'extension ou à l'affermissement du crédit , à la facilité et à la sécurité des échanges.
Les ouvriers dont la destinée est la plus exposée aux chances défavorables sont :
Ceux qui travaillent entièrement pour compte d'autroi;
Ceux dont le travail n'emploie que la force musculaire ;
Ceux qui louent leur travail au Jour le Jour;
Ceux qui fabriquent les objets de luxe ;
Ceux qui fabriquent les objets destinés à l'exportation.
Quelque merveilleuse que soit la puissance de l'industrie , elle a ses limites. Yeut-elle lutter contre la nature des choses y sans s'être assuré les moyens de triompher des obstacles ? ses efforts font autant de victimes.
Faut -il donc pour cela maudire ses créations , arrêter son essor 7 Non , non : mais il faut régler sa marche , prévoir les dangers » les conjurer par la prudeqce , porter remède ensuite aux maux qu'on n'aura pas su ou pu éviter. Loin de fermer les ateliers , de proscrire les agens naturels , de frapper d'interdit les grandes exploitations , applaudissons au doublé effet qui tend à-4a-foi5 à favoriser le consommateur par le bas prix des marchandises , et à encourager le travail en élargissant sa carrière. Mais entourons d'une protection tutélaire le simple artisan , qui , vivant au Jour le Jour , ne peut n! calculer le rapport des produits avec lés besoins, ni échapper à la souffrance , quand , paf une rupture dans l'ëqnilibre général^ il se trouve momentanément sans emploi.
Nons devons le reconnaître : le malaise qui parait se prodttlre en certains pays dans la classe ouvrière, est moms l'effet d'une gêne ou d*une détresse réelle, que celui d'un état tf hujtitëiiide, d'agitation, de mécontentement, qu'ont produit;
268 tABltlSAB PAKTIB. UVAE II. CHA». lîl.
qu'enlretienDent des circonstances récentes , le spectacle des grandes fortunes , la propagation de certaines doctrines, l'influence des mœurs générales; ils éprouvent la contagion d'une maladie dont la société actuelle semble atteinte, et qui, dans tous les rangs, dispose chacun à être mécontent de son sort.
Donnons à l'industrie agricole tout l'élan qu'elle est susceptible de recevoir; mais nanous flattons pas qu'elle puisse
fournira tous les bras une occupation suflBsan te, . ^
La propriété foncière est soumise , pour sa masse totale et sa divisibilité à des limites certaines : la propriété mobilière n'en connaît pas. Vindustrie qui multiplie et répartit la seconde peut donc seule , au-delà d'un certain terme, rendre accessible à tous la propriété. et la richesse. Dirigeons donc vers les champs de l'industrie les prolétaires que la pror priété foncière refuse d'admettre au partage.
Les producteurs et les consommateurs , loin de se regar» der comme eimemis, doivent enhn reconnaître qu'ils ont au fond le même intérêt. Rivaux en apparence, les producteurs de genres divers ont aussi un intérêt commun : chacun d'eux trouve dans la prospérité des autres une plus grande faculté de consommation pour ses propres ouvrages.
Le pauvre, soit comme consommateur, spit comme producteur , est doublement intéressé à la prospérité de ceux qui produisent et de ceux qui font travailler. L'inégalité des conditions, dans le nloude industriel, exprime la division du travail, les répartitions des fonctions productrices: elle est la condition du développement de la fabrication , de Tactivité pour ceux qu'elle emploie. Le plus modeste ouvrier recueille par des canaux divers des bénéfices obtenus dans les rangs supérieurs. L'irriter contre le capitaliste, c'est l'irriter contre l'instrument, contre le mobile des travaux. Autant vaudrait briser dans ses mains le ciseau et la lime , dessécher le lit du ruisseau qui vient baigner son champ » priver de sâ chute d'eau le moulin qu'il exploite. L'entreiNi^eur est
BlSsUHt ET CONCLUSION hiA DStX CHAPlTBEâ. 269
ÎQtëressé à voir acquérir la plus haute valeur à rinstrument qu'il emploie , et, par conséquent , loin d'avilir l'ouvrier , il doit désirer le voir jouir de l'instruction et du bien-être.
L*anii de Thumanité ne peu,t s^ssez insister sur ces grandes vérités, trop méconnues peut-étfe: que ne lui est-il possible de les rendre populaires , de les faire comprendre à tous ! que ne pêut-it en présence de l'homme laborieux et de celui qui remploie , dérouler .les anneaux de la chaîne cachée qui unit leurs destinées, et leur faire comprendre tout le besoin qu'ils ont de leur bien-être mutuel !
De même qu'une branche d'industrie ne saurait, hors quelques cas d'exceptions , s'élever isolée et solitaire , de même q[iié llndustrie manufacturière a besoin d'être appuyée sur le Goinmerce , que l'agriculture invoque la présence des fabrications, le développement général de l'industrie ne peut porter'^véritablement ses fruits que lorsqu'il est accompagné, secondé, au sein de la société humaine, par le développement 'des' lumières et de la moralité : ces deux ordres de progrès doivent marcher parallèlement. Il faut que l'homme, qui vit à la sueur de son front , acquière, autant qu'il se peut, toute la puissance de ses facultés, qu'il soit plus instruit , pour que; dans l'avancement de l'industrie, il puisse retrouver, par son emploi comme agent intelligent , un ample dédommagement à remploi qui lui est retiré comme simple moteur matériel : il lliat qaHl soit meilleur , pour mieux tirer parti des avantages 4ld lui sont offerts et mieux se préserver des dangers qui l'environnent. L'homme qui préside à une grande exploitation est le chef d'une société. Il est responsable de l'imprur dence de sa conduite à ceux qui lui ont confié leiur destinée^ en même temps qu'à lui-même. U ne doit pas être seulement knr maître, mais leiur exemple, leur protecteiur et leur giude. A mesure que le pouvoir donné sur la matière se dépk»e dans . sa main, que l'homme sache mieux, en un mot, comprendre et maintenir toute la dignité de sa nature.
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