I. RÉXUIIÉRATIOS DU TRAVAIL
concurrence; ils ouvreul ainsi au travail indigène une nouvelle carrière. Toutefois, aux causes générales qui, en anie- ^ nant la saturation des marchés, arrêtent l'extension de
• ces débouchés , peuvent venir se joindre divers obstacles qui fermeraient plus ou moins Taccès de ces marchés eux*
* mêmes: comme les guerres , les mesures fiscales, le développement de rindustrie chez les autres peuples, etc., etc.
Réciproquement , lorsque les marchés intérieurs sont otiverts à Timportation des produits étrangers, le développement de l'industrie indigène a encore cet avantage qu'il obtient pour elle la préférence du consommateur régnicole. Or, comme il existe des pays où les progrès de l'industrie ne s'arrêtent pas un ^eul jour , il devient indispcus»able pour les autres de marcher aussi sans cesse, sous peiue de perdre eu partie récoulement dont jouissaient les produits. '
Voici donc encore deux rapports sous lesquels les perfec- Uonnemens industriels augmentent la consommation, eu même temps qu'ils rendent la production plus abondante. Us augmentent la demande de travail , de toutes les manières, dans une proportion bien plus forte , qu'ils ne réduisent la quantité de travail , en simplifiant ses opérations. C'est l'emploi delà bêche ^ de la charrue , de l'aiguille^ du ciseau, du marteau , qui ont créé les professions du cultivateur, de Tontrière et de l'artisan.
(Test peu encore , et les perfectionnemens de l'industrie étendent sous un autre point de vue et d'une manière indirecte la consommation générale , envisagée dans son ensemble. En effet, le consommateur habituel auquel le produit perfectionné est offert à un prix plus modéré , ou (ce qui ivvientau même) dans une meilleure qualité, reporte sur l'aitiuilition d'autres objets les ressources que cette économie rend pour lui disponibles ; il étend le cercle de ses jouissances ; ildonoe de l'emploi à d'autres branches de production. La condition du consommateur améliorée lui inspire de nouveaux besoins. S'il y a des limites naturelles pour l'emploi d*mi ob}el
particulier, il n'en esl point pour les désirs de riioiume : ul espace indéfini s'offre à ses vœux ; les jouissances qu'il goùl . alimentent en lui la soif de jouir; rindustrie elle-même, daia ses inginieuses études, épie ces'vœux naissans,et souvent sa les faire naître.
Seulement , et cette remarqtie est importante , si cette prc: gression de désirs amène un accroissement indéfini dans 'M demande générale de production , elle opère quelquefois u déplacement de travail. Le travail, qui s'arrête en présea^ d'une consommation satisfaite, est remplacé par celui qui îff satisfaire une consommation nouvelle. «
Ënvisagéç de ce point dé vue général , la consommation ne connaît donc plus d'autres limites que celles des facultés réunies des consommateurs. Or, et c'est ici le dernier bienfait des perfectionnemens de l'industrie : ils augmentent proportionnellement les facultés des consommateurs ; ils y ajou- i tent tous les avantages qu'ils procurent aux producteurs eux-mêmes lesquels figurent à leur tour dans les rangs de ceui qui consomment.
Enfin , le producteur ne consomme pas seulement les produits qui servent à son usage personnel ; il consomme aussi des matières plus ou moins brutes et élaborées, des instramens de toute espèce. Le perfectionnement de l'industrie lui procure à un prix plus favorable, ou avec des propriétés plus utiles, ces matières et ces instrumens. ïi peut, dès-lors, en employer de plus fortes quantités , et donner lui-même >pius d'étendue à son entreprise.
C'est ainsi que l'accroissement du fond commun de la richesse sociale, quelle qu'en soit la répartition, profite à tous les membres de la société : car, tout ce qu'elle crée de facultés à la consommation générale, devient un encouragement pour le travail qui produit l'abondance. La production qui favorise les goûts du riche , se convertit en salairespour le pauvre. Qt»ne saurait le proclamer trop haut , le répéter trop souvent : I la prospérité générale est utile à chacun en particulier; il y
BAFFO&TS DS l'EKTREPEENEUR AVEC L*OUVBIBR. 193
»iiimiuiauté réelle , mette au travers des difTërences de ditions.
Continuation.— Des rapports de Fentrepreoeur avec Toiivrier.
usqu'ici nous avons supposé la rémunération ou le salairo, lés par la seule convention directe qui s'établit entre 1<^ ducteur et le consommateur. Cest ainsi que les choses ont . pour l'ouvrier travaillant à son propre compte, entreprer de son propre ouvrage , propriétaire de seft instrumens, [uéreur de la matière première, exécutant l'objet fabriqué s^tout son ensemble , le conduisant jusqu'à sa dernière ne, le livrant lui-même au commerce, jouissant en un mot le complète indépendance.
[ais le perfectionnement de l'industrie amène d'autres îbinaisons. Il substitue un travail collectif à ce travail taire; il crée des appareils qui font un service com- 1 pour un grand nombre d'ouvriers; il distribue les rations nécessaires pour la confection d'un même ouvrage, *e des fonctions plus ou moins diverses et nombreuses ; il pose une direction supérieiu*e qui coordonne tous ces éléiset répartit tous ces rôles; un capital qui fournit aux nces pour l'acquisition des matières et des instrumens.En mot, il amène la naissance d'une entreprise combinée, et tles simples ouvriers à la solde d'un entrepreneur. In nouvel ordre de rapports prend naissance ; la rémunéion du travail du simple ouvrier se trouve soumise à de tvelles conditions.
hk ne saurait le nier : la situation de l'ouvrier soldé par un repreneur est beaucoup moins avantageuse que celle de l'ousr qui travaille à son propre compte directement pour le sonmiatear. Le second , en jouissant d'une indépendance est eUe^néme d'un prix inestimable, recueille, outre la ré- I. 13
19/^ PEEBUÈRK PABTIB. LIVRE II. CUAP. II.
tribut'ion de sa main d'œuvre , le profit de l'entrepreneur sur les matière^ et les instrumens; il n'entre en partage avec personne du prix payé par Tacheleur. L'ouvrier soldé par un entrepreneur, perd , sur le salaire total , toute la part que Tenireprencur se réserve.
A mesure que, dans ce partage, la portion échue à l'entrepreneur est plus forte, la condition de l'ouvrier devient moins avantageuse.
Cependant, afin que les avantages attribués àTouvrier qui travaille isolément pour son propre compte ne soient pas imaginaires, il faut que ce genre de travail Indépendant trouve un emploi efiectif, emploi qu'il obtiendra d'autant moins qu'il opérera avec moins de perfection et d'économie. Or il peut arriver de deux choses l'une : ou que, la production se trouvant réduite faute de débouché, il reste un certain nombre d'ouvriers sans occupation; ou que, pour conserver le même débouché, chaque ouvrier soit condamné à se contenter d'un moindre profit. On le sait, c'est à l'aide de l'économie obtenue par le travail collectif ou l'entreprise, que les débouchés s'étendent. La création des entreprises multiplie donc l'emploi du travail, et sert les intérêts de la consommation, en élargissant la sphère où elle se déploie. C'est ainsi que la petite fabrique, la profession des ouvriers travaillant à leur compte, tendent à se réduire pour faire place au régime de l'entreprise. Combien d'ouvriers sont trop peu favorisés par la fortune pour pouvoir faire eux-mêmes les avances des matières premières et des instrumens, pour s'approvisionner par masses et en temps opportun, emmagasiner leurs produits, attendre l'occasion de la vente ! Le nombre de ceux qui peitvent satisfaire à ces conditions est d'autant plus restreint, (pie les avances qu'elles exigent sont plus considératjes. Ce n'est pas tout : l'entreprise seule peut souvent découvrir k» coosonmiateurs, prévoir leurs besoins, apprécier exacteme&l leurs convenances. Qu'on se représente par la pensée SQ,OM ouvriers en soie de Lyon, par exemple , obligés d'ouvrir ci
&APPORTS DE l'entrepreneur AVEC l/OUTRIER. 195
d'entretenir chacan une correspondance avec les Etats-Unis , l'Angleterre, TOricnt; tous les ouvriers iileurs et tisserands de coton, réduits à apprendre par la même voie Tcxistence des débouchés, leur étendue, et de se procurer le moyen d'y faire parvenir leurs ouvrages ! Les entreprises sont donc utiles , souvent nécessaires dans Tintérét de l'ouvrier lui-même. C'est surtout l'ouvrier pauvre qui en recueille les avantages : l'entreprise vient à son secours en suppléant aux capitaux, aux lumières qu'il ne possède pas, en lui offrant les matières, les instmmens qui lui manquent, et les moyens de négocier qui sont hors de sa portée. Hàtons-nous d'en conclure cette importante vérité, trop méconnue sans doute, et qui ne saurait être rendue trop populaire, c'est qu'il y a, sous l'apparence d'une opposition d'intérêt, communauté réelle entre l'ouvrier et l'entrepreneur. Cette vérité va bientôt se produire encore sous un nouveau jour.
L'entrepreneur est un intermédiaire placé entre le consommateur et l'ouvrier; mieux il réussit à servir le premier, en lui ofiGrant une économie dans les prix, et n^ieux il sert le «econd, en multipliant pour lui l'emploi du travail.
Dans une situation semblable, l'entrepreneur contracte àla-fois avec le consommateur et avec l'ouvrier ; les conditions de chacun des deux contrats réagissent sur l'autre ; ils se trouvent dans une mutuelle dépendance. Tout est lié dans ces tranlactions : à mesure que le prix payé par le consommateur est plisiàible , l'entrepreneur ne peut offrir qu'un plus faible sa* liire à l'ouvrier; à mesure que l'ouvrier exige im salaire plus ^fort , Tentrepreneur est contraint de demander un prix plui élevé à celui qui consomme. Mais, à mesure aussi qu'on élève leprix demandé au consommateur, la consommation se réduit. L'ouvrier, en forçant par ses prétentions les prix de vente ^ ^pt donc contre lui-même. Il croit attaquer l'entrepreneur; tfest la consommation qu'il frappe; ce sont les débouchés qtH resserre ; c'est la source des salaires qu'il fait tarir.
En obtenant tout ensemble plus d'économie dans les prix
et plus de perfection dans la qualité des produits, Tentreprise réussit à coDcilier toujours mieux les prélenlions contraires du consommateur et de l'ouvrier; la part qu'elle prélève, dans la rémunération du travail , n*est donc pas perçue au détriment de Tun ou de l'autre; elle peutdemeurer fort au-dessous des avantages qu'elle assure à tous deux.
if L'entrepreneur est un véritable mandataire, qui procure à l'ouvrier un emploi dont celui-ci eût été privé, ou qu'il n'aurait obtenu du liioins que dans une plus faible proportion; son droit dç commission se prélève, non sur l'ouvrier, comme celui-ci
se l'imagine à tort, mais sur l'économie obtenue paf la simplification des opérations. ^ ^
lia première condition pour la nui^sance et le développement des entreprises, c'est l'existence des capitaux; retendue de l'entreprise et par conséquent de l'économie qu'elle obtient, se mesurent çur la masse de ces capitaux: nouveau bienfait de l'industrie, qui crée des capitaux par des q[)écula- 4ions bien conduites, jet prépare ainsi à l'ouvrier pauvre Tassistance dont il avait besoin ; nouveau lien qui unit ies intérêts du bien-être de la classe laborieuse avec ceux! de la richesse commune ! Les capitaux que cette richesse ,enfante s'en vont féconder de toutes parts les sources du trayaiL
L^entreprise, en traitant avec l'ouvrier, est elle-même sous la loi qu'elle reçoit du consommateur; elle doit obéir en même temps aux conditions que lui imposent le prix des matiènoi premières et des instrumens, et les intérêts de ses avances. Les progrès de l'industrie, en rendant ces conditions plus favorables, permettent à l'entreprise d'être à son tour plus libérale envers l'ouvrier. ...
^ U est encore un élément essentiel du contrat entre l'entrepreneur et l'ouvrier : il consiste, dans le rapport gui eiJsta entre la demande d'emploi formée par l'ouvrier, etrVpffrefiMte par ré^trq^rise. L'enireprise figure ici le rôle 4'un CQnsom*mateuir de travail. Si elle j besoin de moins de bras qu'a ne s'en présente , leur rémunération sera plus faible ; si ce sont
RAPPORTS DE L*ENTKEPRENEUR AVEC l'oUVRIER. 197
an contraire les bras qui manquent, ils obtiendront une plus forte récompense.
La question se représente donc à-peu-prcs telle que dans le paragraphe précédent ; elle reçoit une solution semblable.
Le nombre des bras qui viennent s'offrir dépend, soit de la population , soit de la capacité physique et intellectuelle des si^ets.qui demandent à être employés.
L*offre d'emploi peut être réduite d'abord par la simplicité inCrodaite dans les procédés , par les combinaisons qui substituent des agens matériels au bras de l'homme ; sous ces dem rapports, les progrès de l'industrie, en accroissant la ' masie de la puissance productive , tendent à laisser un plus grand nombre d'individus dans l'inaction, s'il n'y a de débou* chés que pour une égale quantité de produits.
Mais, la consommation, encouragée par l'abaissement des prix, accepte une plus grande masse de produits. Si l'extensioa qu'elle reçoit compense la réduction opérée dans Tem-' pibi du travail, l'équilibre sera maintenu. Si le premier terme dépasse le second, l'emploi des travailleurs, quoique restreint poarnne quantité donnée de produits, obtiendra un plus vaste développement dans 2a masse totale de la production. En supposant que l'ouvrage exécuté jusqu'alors par dix ouvriers, puisse maintenant être fait par un seul , mais que la consommation en demande une quantité mille foiâ plus considéra- Ue, il y anra en définitive de l'erhploi pour un nombre d'ouvriers dix fois plus fort.
Mais cet effet s'arrête lorsque la consommation est satiu*ée, lorsque les limites sont atteintes : alors la concurrence des ouvriers que l'économie dans l'emploi des bras laisse sans travail, et qui demandent de l'emploi, croit dans la même mesmne quèl^ette éc^omie elle-même; et le taux conventionnel da salaire s'affaiblit par une réaction inévitable. Alors, un re« mède à cette situation se ||^résentera , si une partie des ou« viiers, renonçant à un emploi qui cesse d'être offert, trouve i se réfugier dans nne autre carrière ; si elle y retrouve une
198 PAEMièÛ PARTIE. LIY&E II. CHAP. II.
demande de travail non encore satisfaite. Telle est en effets commQ nous l'avons vu , la tendance générale des progrès de l'industrie. Toutefois, en supposant que ces nouveauK débouchés soient assez larges pour recevoir le reflux, et s'our vrent assez rapidement pour le recevoir en temps opportun , ce changement de carrière ne s'exécute pas sans de graves in-^ convéniens pour l'ouvrier , inconvéniens que nous sigQftJerons tout-à-l'heure.
Tout se lie , on le voit, dans les nombreuses conséquences qu'entraîne à sa suite la marche de l'industrie ; elle appelle ici, ceux que là elle repousse; elle guérît les blessures qu'elle a £aites. Mais ces résultats ne sont point absolus et ne s'opèrent pas sans l'immolation de quelques victime.
La facilité que trouvent les ouvriers con|^édié& dans une branche d'industrie pour s'occuper dans une autre , réagit sur le taux conventionnel du salaire qu'obtiennent een% qui demeurent attachés à la première ; les avantages offerts au travail dans une carrière ne peuvent s'élever, sans que la rémunération du travail ne s'en ressente de proche en proche. Ainsi chaque convention particulière de l'entreprise avec ses ouvriers est sous l'influence générale de la faveur qu'obtient le travail au sein de la société entière.
Les entrepreneurs qui se rencontrent sur les osarchéà d'écoulement se font aussi concurrence entre eux. De là nésolte, pour ceux qui ne savent pas obtenir la ^ même écpaomie dans les frais de production , la nécessité de réduire le iam des salaires , et pour ceux qui ont à lutter contre les produits obtenus avec de plus faibles salaires, la nécessité ds perfectionner les procédés pour atteindre à une production plus économique*.
Les progrès de l'art exercent donc sur létaux conventi(Nh nel des salaires une influence salutaire par l'avantage qu'ils procurent sur les marchés. Cet avantage estt acquis à eelm qui marche le premier dans les voies du perfectionnement L'entreprise ne peut se dispenser de suivre l'exemple des pro* k
BAPPOKT8 ,DB l'SNTEEP&EIHEUB AVEC L^VRIEB. 199
grè« obtenus par des rivaux , pour protéger le sort des ouvrier» qu'elle emploie .
Dans le contrat qui s'établit entre Tentrepi'eneur et Touyrier, les situations ne sont pas égales et parallèles. Celui des dem dont les besoins sont les plus impérieux ev les plus pressans , celui des deux qui a le moins de lumières, est . dans une position moins favorable; il cédera plus facilement. Telle est la situation du prolétaire : la pauvreté place l'ouvrier dans la dépendance de l'entrepreneur.
Cependant, dans un état de prospérité croissante , les bras manquent quelquefois aux entreprises, et surtout les bras habiles. Alors l'aisance, devenue plus générale, multiplie les besoins des consommateurs , transforme en besoins ce qui n'appartenait qu'aux agrémens de la vie, engendre des habitudes parla facilité des jouissances, propage les désirs en les rendant plus vifs, étend aussi les moyens de les satisfoire.
L'entreprise découvre , saisit rapidement l'occasion qui s'oflre de donner à ses spéculations un nouvel £ssor. Elle va au-devant de l'puvrier , dans la crainte de laisser échapper le JDoment propice. Tout service rendu au consommateur tourne an profit de l'ouvrier.
n est un dernier rapport sous lequel les savantes conquêtes de l'industrie servent à-la-fois tous les deux.
Elles multiplient les matières premières, qui, transformées, satisferont aux besoins de l'un, et, pour se transformer, donneront du travail à l'autre. Elles remplaceront l'alun , le salpêtre, et d'autres substances , jadis extraites du sol , par des combinaisons chimiques formées de toutes pièces; elles substituent la brique , la tuile, la fonte et même des pierres ai"tificielles aux blocs extraits de la carrière. D'autres fois, elles conCèrent par le travail une valeur à des matières naturelles jusque alors stériles : le sable et une argile se transforment en cristal et en porcelaine ; l'os jeté au rebut vient raffiner le sucre ; la. carbonisation du bois, celle de la houille tirtnt
200 PREHIÈEE PÀATIE. LIVHB II. CHÂJ». II.
d'un résidu qui se perdait ignoré, Tacide piroligneux ou un gaz^ lumineux ; les débris de tissus hors d'usage se convertiasent en papier; grâces à Tindustrie, des débris de drap en laine filés, des ouvrages jusqu'alors inexécutables, une foule d'exploitations jusqu'alors inconnues, négligées, deviennent possibles. En général , les exploitations de ce genre ne peuvent être exécutées que par voie d'entreprises.
Les conséquences qui naissent de ces diverses observations vont se produire par la suite. ^
Des rapports du salaire avec le prix des objets de consommation.
Nous venons de voir comment la marche de l'industrie affecte tour-à-tour la condition de l'homtne qui vit du travail de ses mains , dans sa double qualité de consommateur et de producteur ; nous avons reconnu que les progrès généraux de l'industrie tendent en réalité à améliorer sa condition, sous ce double rapport à-la-fois , non sans doute sans rencontrer quelques obstacles , sans produire quelques exceptions et quelques anomalies, sans faire naître quelques dangers.
Afin de nous rendre un compte exact de la situation du pauvre , il faut maintenant, en nous mettant à sa place , rappro* cher, comparer entre eux ces deux élémens de son existence, sous l'influence des circonstances qui modifient l'un ou l'autre, de manière à apprécier le rapport qui s'établira entre ses besoins et ses ressources.
Il n'est pas une situation plus favorable à l'homme laborîeux que celle où il voit tout ensemble le prix des objets de consommation baisser, et lé taux des salaires s'élever. C'est l'avantage que lui apporte l'industrie , lorsque ses progrès se déploient en liberté, et qu'elle est fécondée par la libéralité de la nature. Il n'est pas au contraire de désastre égal à celui que l'homme laborieux éprouve lorsque, tout à-la-foisj
RAPPORTS DU SALAIRE AVEC LA CONSOHttATIOlf. 201
les prix de ce qu'il cornsomme s'élèvent, et la rémunération de ses suenrs vient à décroître.
Que si ces deux termes , quoique variant chacun en parti- ;ulier , conservent cependant entre eux le même équilibre , a situation de l'homme laborieux ne sera pas changée. Sils valent chacun , mais dans des proportions différentes , iSk sination se trouvera améliorée ou détériorée en raison de la liflërence. Ainsi , même avec un renchérissement des subûstances, il pourra éprouver plus de bien-être si les »daires ont subi une augmentation encore plus sensible; linsi, alors même que les.subsistances seraient à vil prix, il >era plus malheureux si les salaires se sont avilis davantage.
L'industrie fait triompher l'homme laborieux des circonstances en apparence les plus défavorables. Le Polonais lu milieu de ses riches moissons jouit d'une bien moindre lisance qu'un habitant de l'Ecosse. L'habitant du Nord, bien logé , bien nourri , brave la rudesse de son climat, pendant qpie rindien est misérable.
n n'en est pas de même relativement à l'indigent incapable le travail. Pour celui-ci , l'effet produit par le prix des sublistances est absolu ; parce que, pour lui, il n'est point de compensation. Il jouit plememMi du bon marché ; il spuf- Ore de tout enchérissement ; qK lui importe le taux des salaires?
Par la même raison , lorsque le prix des subsistances et le taux des salaires sont également élevés, les professions dont le travail, présentant le plus faible mérite, obtient la plus faible rémunération , sont plus péniblement affectées par^n tel état de choses. La ' situation de l'ouvrier habile en devient au contraire plus favorable. L'inverse a lieu, lorsque le taux des salaires et le prix des subsistances viennent à baisser à-la-fois.
L'avantage ici , comme en tant d'autres choses , est au plus fort et au plus habile.
L'ouvrier qui consomme peu proCte plus qu'un autre de râétratiou des salaires,, lorsqu'elle dépasse le renchérissement
$0p pamiiû PÂ&TiB. UYBB ii. chap. ii.
des Gonsommations. C'est le privilège du célibataire. U n'en est pas de même du père de famille ayant des enfans en bas âge à sa charge. Celui-ci ressent plus vivement le second effet que le premier.
Il suit encore de là que le travailleur imparfait par ignorance, par faiblesse, par nonchalance, par o^^ladresse, profite moins qu'un autre de i'élévatioQ des salaires, et souffre davantage du renchérissement des subsistances : le bienfait de l'industrie s'évanouit de la sorte pour lai. ' L'homme actif au contraire, en redoublant d'efforts pour s'instruire , et de persévérance dans la fatigue , participe mieux à cette salutaire influence.
Usuit enfin de là que les progrès de l'industrie, en parvenant à modérer le prix, des consommations, servent miçuiL le soulagement de l'indigence existante ; et qu'en élevant le prix i des salaires, ils contribuent plus elBcacement à prévenir Vm^ ' \ digenca avant sa naissance. ' *
Le premier effet est plus bienfaisant pour l'indigent invalide; le second, pour l'indigent valide.
Le taux du salaire et le prix des consommations ne sont pas sans quelque dépendance mutuelle. Avant tout, rbomme : qui ^availle doit subsister et renouveler ses forces, s(m u* laire doit le rembourser de ses avances ; il élève donc la demande en raison de la hausse des prix des objets qu'il ccn- ] somme. La main d'œuvre tend nécessairement à ntteindre à \ un taux plus élevé, à mesure que les denrées , les vêtemonst les loyers renchérissent, Mais l'homme laborieux est fhigal ) il se contente de peii ; le besoin qu'il a de trouver de rem* ploi le force à modérer ses prétentions , lorsqu'il peut vivre i peu de frais.
Réciproquement, lorsque l'homme laborieux est mieux ré« munéré , il est disposé à consommer davantage ; le taux des salaires réagit donc jusqu'à un certain point sur le prix des eonsommations.
Cependant, celte influence réciproque des deux termes IVw
liAPPOlTS DU SALAimS AVEC LA. GOH80H1IATION. ^Oft
sur Tautre, n'est pas à beaucoup près aussi absolue qu'on pourrait le croire ; rélévation du prix des denrées agit d'une manière beaucoup plus sensible sur les salaires faibles, et sur la rémunération du travail qui présente le moins de mérite.
D'un autre côté, et lexpcrieuce journalière le fait reconnaître 9 le renchérissement des denrées stimule le travail et rfidouble l'activité de ceux qui vivent à la sueur de leur front. Ils s'efforcent alors de porter plus de diligence , de soin , . dliabileté dans la confection de leurs ouvrages. Au contraire l'ibondance des objets de première nécessité et leur bas prix favorisent le penchant naturel à l'indolence, un aurait peine à le croire, si on ne le voyait de ses propres yeux : un grand aouibres d'ouvriers de nos villes , lorsque le pain descend au taux le plus faible , au lieu de saisir une occasion si précieuse défaire des épargnes, n'y découvrent que le moyen de se reposer un jour de plus. La journée d'un ouvrier, dans le Nord de l'Europe , est deux fois plus productive que dans le Midi. Si r<m pouvait vivre pour rien , combien de gens passeraient la vie à se divertir! où en seraient les opérations de l'industrie?
Il n'en est pas de même, lorsque l'abondance, au lieu de se lépandre exclusivement sur les denrées, embrasse d'une manière générale toutes les espèces d'objels propres à la consommation , lorsque les marchés se remplissent, à des prix modérés, de productions variées. Alors l'abondance excite les d^sir^ , et, par là , stimule l'activité. Il est heureux de toute manière que la classe laborieuse connaisse les jouissances de U cmunodité $ elle y trouve un aiguillon caché pour l'animer au travail.
He redbu|x>ns point l'excès de la production, en tant qu'elle aoiène seulement une abondance générale des produits : il peut y avoir du trop-plein dans une branche déterminée ; il n'y a jamais d'excès dans l'ensemble .
Ne redoutons point l'étendue de la consommation, aussi long^temps que la production peut s'étendre avec elle. Il n'en résulte qu'un encouragement au travail.
âO& PBSKiiES PAHTIE. LITAB II. GHAP. II.
Supposons deux pays voisins , d'une égale étendue , d*niie égale fertilité : que les habitans de Fun s'occupent exclusivement d'agriculture ; que les seconds s'occupent à-la-fois de l'exploitation du sol et des travaux de fabrication. Le premier fournira au second une partie des matières premières produites par son sol, sur laquelle les ouvriers du second gagneront les salaires de la main d'oeuvre; le premier fournira encore ' an second une partie des denrées par lui récoltées qui alimenteront les ouvriers de la seconde. Le premier ne nourrira donc point toute la population que comporterait son territoire; le second nourrira une population beaucoup plus nombreuse que celle qui eût subsisté avec les seuls produits de son territoire.
Aussi 9 une contrée dans laquelle l'industrie manufacturière prend un essor régulier, peut nourrir un nombre d'babitans toqours croissant, sans cesser de jouir de l'abondance. La population de la Bohème a triplé en 70 ans. Elle s'est élevée.de 1,661,000 âmes à A,0&0,000 dans l'intervalle de 1762 à 1835 ; et jamais ses habitans n'ont joui d'àne plus grande aisance. Quelle cause a produit ce prodige ? L'industrie, qui pendant le même intervalle , a multiplié les fabriques de tout genre , les papeteries , le tissage du lin et du coton , l'impression des tissus , les manufactures de drap, de porcelaines , etc.
S'alarmer de la production , ce serait s'affliger de la fer^ tilité du sol, des bienfaits de la chaleur et de la rosée; 8*alariner de la consommation , ce serait s'affliger de voir le travail récompensé. Comment se fait-il que la même école se trouve frappée de terreur tout ensemble, et en voyant se mol' tîplier ceux qui produisent, et en voyant se multiplier ceux qui consomment? Elle crie aux premiers: «cÂrrétez-vons! |^ <c ne voyez-vous pas que vous allez vous faire les uns aux avec très une leUe concurrence que les produits de votre trace vail ne trouveront plus de débouchés? que fefihez-voas de (c vos bras? que ferez- vous de ces richesses que vous anrex « c^ées et qui resteront entassées ?i> Elle crie aux antres:
UHMTÉ du TlAYAILy CONCUmiBHCB. SOS
c Arrélei-voiis ! renoncez aux douceurs de Iliymeni ou que « pour vous lliymen soit stérile ! ne voyex-vous pas que c TOUS allez vous disputer les moyens de subsistance et qu*ils « ne suffiront plus pour vous alimenter tous à4a-rois? où c troaverez-vous des approvisionnemens qui puissent vous « suffire? » Quelle se rassure ! le producteur est en même temps consommateur; le développement simultané de la prododion et de la demande porte avec lui ses remèdes, ellet deux eSèts se compensent.
ARTICLE IV
Vc la avarié du trapail et de la concumnce,
Lindigence, du moins en ce qui concerne les indigens Tslides, est née précisément de la même cause qui a produit h richesse dans les sociétés modernes, à savoir, de la liberté dit travail.
Voyez en effet les indigens valides se produire et se nuiltipUer an sein de la société humaine, à niesurc que tombent les (Qhatnes qui asservissaient le travail : Tcsclavagc des peuples de raniiquité, le servage de la féodalité, les droits de bourgeoisie, les mattrises, les jurandes ! L'homme était lié à la t&cbe; mais la t|kche était assurée à l'homme; la subsistance étant réglée comme la tâche , rien n'était livré au hasard. L'émancipation est obtenue : l'homme dispose de lui-même ; le champ de l'industrie lui est ouvert, il s'y précipite, et voilà mille voix q|ii s'écrient : Le trapail notu manque , le pmm naui manque! que devenir? à qui nouê adrener?
Ld fiiit est incontestable , il s'explique de lui-même. D'abord la liberté du travail est aussi la faculté de rester oisif, et eela seul sufiGlrait pour ïaire un grand nombre de misérables^ Il n'est que trop de gens qui considèrent la paresse OMune le premier privilège de l'émancipation.
506 PRBMlinlB PARTIE. LITRE II. CHAP. II.
Mais on autre effet se produit, qui demande à être sérieusement étudié. De la liberté natt la concurrence ; de là ûoncul«rence, la lutte; on se dispute le champ du travail, comme le magasin des approvisiùnnemens. Ceux-là prospèrent, ceox-^
ci sont exclus. Tous se plaignent d'avoir des rivaux. Yalaitil donc mieux pour eux avoir des maîtres?
Nous devons supposer ici, pour un instant, la populatioii égale sous les deux régimes contraires , celui du travail eii^ chaîné, et celui du travail libre. Si la population s'accroisMdl, ce serait un autre problème qui sera examiné à son tour.
Or, la population étant égale, y aura-t-il moins d'emploi pour le travail sous le régime libre, que sous celui de la servitude? Il ne saurait être moindre; il sera beaucoup plus étendu. La demande du travail se règle sur la consommation; or la consommation ne saurait diminuer et doit s'accroître sous le règne de la liberté.
On convient, en effet, que les produits seront obtenus et livrés à un prix plus modique ; les consommations seront àla-fois plus étendues et plus variées, et le progrès à cet égtfd sera immense.
Le bien-étré acquis par le consommateur, loin d'entrataer la ruine de Touvrier, ouvre un plus vaste emploi au travailleur.
Gomment donc se fait-il qu'il reste des bras inactifs?
Cela arrive de plusieurs manières :
D'abord la liberté du travail amène une très grande iné- P galité, dans la faculté de, produire, entre les divers travail^ T leurs. Les capitaux dont chacun dispose, rinstructioii (|a'iii acquise, Thabileté dont il est doué, l'estime qu'il sait acquérir lui assignent, dans la concurrence, une supériorité on me Infériorité marquée. La liberté du travail centuple les forces productives de celui qui sait exploiter ce grand bien&it. Olui qui, sous le régime du travail libre, ne fait ni plus ni moiiB que n'eàt fait l'esclave, doit succomber. La concurrencé} triomphe du fort^ est la ruine du faible. L'élite des oavi4eii
UBB&TÉ DU TRAVAIL y GÇKGU&BEUGE. 207
est recherchée; les mauTais ouvriers sont délaissés. Les demandes affluent auprès des uns, Toccasion de s'occuper échappe aux autres. Ainsi, quoiqu'il y ait en niasse beaucoup plus de travail, le travail peut manquer à ceux qui se pré» sentent au concours avec moins d'avantages.
De plus, le choix du genre d'occupation, du lieu qui lui ser* vin de théâtre, sont laissés à l'arbitrage de chacun. Quels lODt ceux qui auront assez de lumières, assez de sagesse, pour bien choisir sous ce double rapport à-la-fois? En voici qui se jettent dans des professions déjà encombrées , OB qui accourent dans des lieux où déjà le nombre des travailleurs surabonde. En voici qui choisissent une prcH fettiOB à laquelle ils sont Impropres, dont les conditions leur Buuiqaent. On se jette au hasard dans la carrière; on court pMe-méle, on se pousse, ou se heurte, la confusion règne, me fMiIe de gens restent sans emploi , pour n'avoir pas su trouva leur place. Du moins, sous le règne de la servitude et tons cdui des corporations, les travailleurs étaient enrégt-> tteatéft ; chacun avait son poste, chacun savait ce qu'il avait
à&iie«
La liberté ouvrant à chacun toutes les perspectives, la coth' cvrence irritant les ambitions, ceux qui se croient les plus capables dédaignent les emplois modestes où ils eussent réttsai, briguent ceux qui paraissent plus lucratifs et plot hriUins. On verra pulluler autant d'avocats que de causes, aiH tant de médecins que de malades ; et de là que d'espérances troaq>ées ! Ceux, au contraire, qui espèrent peu de leur pro* pre 'capacité I se jettent en foule sur les professions â*on exerpice facile. Qui ne veut être portier dans une grande villes Les métiers qui n'exigent aucune combinaison de l'esprit deviennent le jrefuge de ceux auxquels les dons de l'intelligence n'ont été accordés qu'avec parcimonie. Il en est qui , dans la liberté du travail , goûtent surtout l'indépendance habituelle
j de leurs actions; ils se font journaliers, commissionnaires,
J pour ne se lier par aucun contrat.
SOS PABHIÊ&E PARTIE, UVHfi II. CHAP. tl/
La liberté entière et absolue, peut-elle être e&emple d'erreurs et de désordre ? Dans le champ de Tindustrie, sera-teUe exempte des inconvcniens et des dangers qui raccompagnent dans toutes les autres carrières? £st-il possible d'ob;-. tenir les biens qu'elle apporte, sans s'exposer à quelques sacrifices? mais aussi, ces biens n'ont-ils pas un trop haut prix " pour que, même avec ces sacrifices, ils ne soient dignes d'être achetés et conservés? Ici c'est au philosophe plus encore qu'à l'économiste de répondre, et sa réponse ne saurait être douteuse.
S'ensuit-il de là que les inconvéniens de la liberté du travail ne puissent être atténués par quelques sages prévisions, sans en altérer les avantages? Que les dangers d'une concurrence aveugle, effrénée, ne puissent être prévenus par une bonne organisation qui donnerait des directions, sans imposer des chaînes ? Nullement, et la recherche de ces antidotes et de ces remèdes salutaires, mérite d'occuper les bons eq>rits. Plusieurs s'y sont livrés avec plus ou moins de succès. Oo sent généralement qu'après avoir obtenu la grande conquête de la liberté industrielle, la société a encore une œuvre à accomplir pour en goûter les fruits sans les laisser corrompre. Il est permis de concevoir de légitimes espérances. Nous-mêmes, dans le livre suivant, nous hasarderons quelques vues qui nous paraissent propres à les confirma. Nous se demanderons point que le travail soit asservi , mats qu'il apprenne à user de la liberté ; nous demanderons qu'au règne de la contrainte succède l'appui d'un patronage éclairé; que^ libre d'entraves, l'ouvrier cependant ne reste pas sans protection.
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