‹ De la bienfaisance publique; (volume 2)Chapitre 69 sur 80 · EFFETS DBS BBAEVRS DE LA BIENFAISANCE. UU · texte numérisé non relu

EFFETS DBS BBAEVRS DE LA BIENFAISANCE. UU

D*autres erreurs multiplient les misérables , en favorisant rimprévoyance chez les personnes indépendantes ; perpétuent la pauvreté chez celles qui ont éprouvé des malheurs; encou-i ragent la cause la plus funeste et la plus féconde de la misère en aidant le vice.

.l"" Ainsi la certitude d*étre assisté, en cas de besoin, entretient , chez l'homme qui vit de son travail , une sécurité funeste. Qu'a-t-il besoin de songera l'avenir, si la bienfaisance le lui garantit? Malade, blessé, il sera traité gratuitement par les médecins les plus habiles ; vieux , il goûtera le repos dans un asile commode ; ses enfans seront élevés aux frais du public; sa femme partagera les faveurs qui lui sont promises ; s! même le salaire qu'il gagne se trouve insuffisant , il obtiendra un supplément convenable : Pourquoi s'imposerait-il des privations? pourquoi se fatiguerait-il par des efforts redoublés? pourquoi hésiterait-il à se marier? de quoi s'inqniéterait-il, en un mot, puisqu'on a pourvu à tout? L'aiguillon de Tindustrie est émoussé ; l'inertie, l'incurie, le défout d'ordre et d'économie^ loin de subir la peine qui les attendait, trouvent une récompense.

'Ces réflexions, en les approfondissant, pourraient faire ressentir à l'ami de l'humanité des perplexités cruelles. Car enfin , en accusant les erreurs de l'homme bienfaisant , ne font-elles pas le procès à la bienfoisance elle-même ? Appuyé sur la religion et les mœurs , le règne de cette généreuse vertu n'offre-t-il pas à tous ceux que l'adversité menace une garantie suffisante contrée les maux qu'elle entraîne? Que peut-on craindre sous l'égide d'une telle protectrice ? La sécurité qu'elle inspire n'est-elle pas une conséquence naturelle de la perfection de ses œuvres?

S'il en était ainsi, devrait-on donc, en soulageant le malheureux, trembler d'en créer d'autres ?

Qu'on y prenne garde : il y a peut-être ici une erreur des économistes, avant celle des philantropes. C'est une habitude pour quelques économistes, de qe chercher le mobile de l'acli-

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vite humaine que dans l'intérêt individuel , que dans Tintërét matériel. La prévoyance, Téconomie, la modération, l'esprit de conduite ont d'autres garanties que la sanction pénale qui leur est imprimée par les souffrances de la misère ; leur véritable garantie est dans Tinstruction et dans les mœurs. La vraie bienfaisance s'exerce par des influences morales, autant que par des secours matériels ; elle répand les conseils de la sagesse autant que les aumônes^ entretient dans les classes laborieuses les sentimens d'honneur et de fierté qui font apprécier l'indépendance et redoiiter une existence due aux secours d'autrui. On prévient ainsi, dans leur sonrce, les dispositions fâcheuses, que favoriserait la certitude d'être asr* sisté. Offrez aux individus des classes laborieuses, les moyens de se ménager des ressources pour les accidens et pour les temps de détresse; éclairez-les sur les avantages des Institutions de prévoyance ; guidez-les, aidez-les, dans la pratique de la prudence -, alors^ vous serez moins exposés à les voir cheN cher, dans les aumônes de la charité, leur seul moyen de salut. D'ailleurs, s'il est une funeste sécurité qui entretient l'incurie, il est une confiance salutaire qui nourrit l'activité et qui soutient le courage. L'ouvrierle plus laborieux, le plus sobre, leplas économe , a besoin d'être rassuré, autant qu'il se peut, contre les chances de malheurs imprévus et inévitables. A la vue de ces institutions qui lui promettent un appui , dans les revers qull n'aurait pu prévenir^ il goûtera plus de sérénité et travaillera ayec plus d'énergie ; le calme est aussi un principe de force ; l'abattement , le découragement créent aussi des misérables. Poursuis donc sans hésitation, céleste charité, ta noble mission dans l'empire qui t'appailient ! l'influence de tes œuvres sur l'amclioration des mœurs, agira comme un principe vivifiant sur les classes laborieuses 5 la bienveillance dont elles se verront entourées leur fera accueillir avec plus de défé-* rence les conseils qui leur seront donnés. Il y aura toujours, dans leur sein , quelques personnes qui se reposeront trop facilement sur l'espoir d'être aidées,- mais, quelle est donc

EFFETS Dis ERREURS DE LA BIENFAISAFCE. UVt

ici b^% rinstitution la plus louable, qui ne puisse aussi donner lieu à quelque inconvénient? Mais, Tînconvénient n'est-il pas compensé avec usure par les avantagei^ de la protection promise auKintbrlunes des gens de bien ?

Toutefois, pour remplir cette condition, le pouvoir de la bîen^ fisiisance doit s'exercer librement, avec disc^nement. Avec le droit positif attribué à l'indigence d'obtenir des secours déterminés, commence l'abus. Mais, ce n'est plus ici une erreur de la bienfaisance ; car, il n'y a plus de bienfaisance là où il y a contrainte. L'individu, qui réclame un semblable droit, n'est pas même arrêté par la crainte de l'humiliation ; il croit exiger une créance. C'est là un danger propre aux' secours publics; mais seulement, quand ils sont garantis par des promesses légales et des formalités judiciaires ; quand ils sont illimités, et que, pour y prendre part , il suffit de les requérir.

Si, en examinant la situation présente de l'indigent , on n'inlerroge pas sa conduite passée; si l'imprudent qui subit les conséquences de ses fautes personnelles est entièrement assimilé à la personne estimable, viclime de malheurs imprévus, la bienfaisance qui les confond est prodigue envers l'un, injuste envers l'autre. Le premier se félicitera d'un défaut de conduite qui lui a permis de jouir, sans l'exposer à des privations ; le second se demandera à quoi lui a servi d'être fidèle aux règles de la sagesse. Voici encore l'un des dangers propres aux secouns publics, lorsqu'ils se bornent à établir des règles générales d^admission, d'après des conditions purement matérielles, et sans s'aider du concours de la charité privée pour avoir égard au mérite des personnes.

2^ L'indigence se prolonge, par la même cause qui l'a Cait nattre, dès qu'elle devient un métier profitable : mais, ici, l'erreur devient plus facile; elle peut avoir lieu de plusieurs manières.

D'abord, il arrive souvent qu'un secours donné avec raison, dans l'origine, est continué sans nécessité, lorsque les circonstances qui l'avaient rendu nécessaire , se sont modifiées et que le besoin a disparu.

hk& PRBMiiRS PA&TIE. LIVRE II. CHAP. TU.'

Il arrive souvent encore que Tindigent assisté, se persuade que désormais il est, par ce motif, dispensé de rien faire pour lui-même. Il se considère comme un pensionnaire qui n'a plus qu'à se reposer. Il néglige de tirer parti des forces quilui restent encore ; il perd Thabilude du travail. La faute en est à ceux qui, en venant à son aide, n'ont pas exigé de lui comme une obligation essentielle que , avant tout , il s'aiderait luimême autant qu'il est possible.

La bienfaisance a quelquefois le tort de faire acheter ses dons, par des pertes de temps et des démarches inutiles. Ce sacrifice équivaut pour le malheureux à un sacrifice pécuniaire; car y il le prive d'heures qu'il eût pu rendre productives ; il lui enlève quelque chose de sa liberté ; il affiaiblit en lui ce sentiment de dignité qui est un principe de force.

Négliger de surveiller l'emploi des dons faits aux malheureux, c'est presque inévitablement rendre incurable une misère qui devait n'être que temporaire. Laissés à la libre disr position de celui qui les obtient, ces dons seront détournés de la destination en vue de laquelle ils avaient été accordés. Les besoins renaîtront sans cesse ; les secours appelleront les secours et ne pourront plus être refusés.

Enfin, la misère se prolonge au-delà du terme qui eût dû lui être assigné, si la bienfaisance manque le moment opportun, si elle ne continue pas son œuvre et ne lui donne pas toute l'étenjlue indispensable. Son tort ici est ou dans le retard, ou dans le défaut de suite, ou dans l'insufiSsance des secours. Il en est de la situation d'un' indigent à-peu-près comme d'un édifice menaçant ruine : les réparations doivent êlre faites à propos, d'une manière complète, même pour être exécutées à moins de frais. Si vous attendez que le malheur soit devenu irréparable, si vos secours ne sont que des palliatifs, s'ils ne réhabilitent pas l'indigent, en le rendant à l'indépendance, quand il peut encore la recouvrer, vous éprouverez le double regret d'avoir augmenté indéfiniment la dépense , et de n'avoir pas su la rendre efficace.

EFFETS DES ERREURS DE LA BIENFAISANCE. /il&9

3^ Prêter faveur au défout de conduite, ce n'est pas soulager la misère ; c'est la rendre plus abondante et plus irrémédiable tout ensemble. Voilà, cepeûdant, ce qui arrive, quand on fournit au pauvre des moyens de dissipation et de désordres. Si vous vous contentez d'offrir vos dons à celui qui ne sait pas se conduire, il en abusera, comme il à abusé de ses propres ressources ; si vous lui remettez de l'argent comptant, il le dépensera au cabaret ou de quelque autre manière funeste ; si vous lui confiez, en une seule fois, une libéralité un peu forte, il la consommera aussi ënunjoar; si vous déposez dans sesmainsce que vous destiniez à ses enfans, il interceptera votre bienfait au passage; si vous consentez à vous charger de son enfant, sans examen, il se hâtera de s'en débarrasser ; si vous ne savez pas vous montrer sévère dans l'exercice de la générosité ellemême, vis-à-vis d'un être vicieux , vous donnerez un plus libre essor à ses vices.

Il y a des aumônes qui corrompent , parce qu'elles avilissent. Ce sont ces aumônes dédaigneuses, qui ressemblant plus à de capricieuses faveurs qu'à des mouvemens de bonté , excitent l'esprit d'adulation, la servilité et la ruse ; qui, souvent , font naître l'envie plus que la reconnaissance. Les secours accroissent et perpétuent la misère, lorsqu'ils dégradent ceux qui les reçoivent. L'assistance, qui vient rémunérer le désordre, en prolonge, en redouble les ravages. Or comment éviter ce danger, si l'assistance est appliquée sans choix, ^i elle confond le vice avec la vertu, si elle s'en remet aveuglément, de l'emploi des secours, au libre arbitre de ceux qui vivent dans des habitudes perverses? Il est un grand nombre de villes en France où les marchands en boutiques ont Tusage de réserver, un jour de la semaine, sur leur comptoir, une pro* vision de pièces de monnaie, pour les remettre au premier venu qui se présente pour recevoir le tribut accoutumé. Ces bonnes gens sont mues par un sentiment fort louable : mais quelle serait leur surprise , si elles découvraient quel usage a* été fait, 1^ plupart du temps, de leur pieuse offrande ! I. 39

A5Q fEBHnbUB PAliTIS. LITEB H- CHA9*TI|.

Tel est surtout le danger propre k une bienfaisance qu'on pourrait qualifier de bienfaisance matérielle, c'est-à-dire, qui Ci*oit avoir atteint le but, quand elle a seulement satisfait au)^ nécessités physiques. En abdiquant sa plus belle puissancei ^on pouvoir moral, en renonçant à consoler, à diriger, elle néglige de remédier ans: nécessités les plus réelles , quoique les moiQS visibles^ elle compromet le succès de ses vœux et Futilité de ses sacrifices* L'effet des secours matériels est iQ^y jours abandonné au hasard, ^'ils ne sont secondés, garantis, par le concours de Tassii^tance niprale. Eq v^în vous disfri- )i)uez au pauvre des libéralitéS| sf ^fi même temp^ vous Qe M serviez de guides.

Le danger de l'abus que lei^ indigens pjduvent faire des se* cours qu'ils obtieunent | trouve un préservatif dans les éta* bUssemens publics, sojt par l'effet de la discipline qu'ils permettent d'instituer, soit par des restrictions qu'ils imposât} soit par la facilité qu'ils offrent d'appliquer avec une ce^ine étendue des influences salutaires, Là^ des conditions seront fixées, une surveillance sera organisée , des difrections iur telligentes et sages seront données ; l'assistance sera toiyoui^ délivrée en nature 3 ;5on emploi aur^ lieu dans rétablissement lui-même et sous les yeux des chefs. Mais , les soins indivi* duels d'une charité inspirée par les plus sublimes motifs, on( seuls le privilège de faire pénétrer avec une entière efficacité, dans l'âme des infortunés, par le pouvoir de la sympathie et par lapersuasion^ les dispositions qui régénèrent, fortifient et améliorent le caractère; seuls, ils peuvent exercer ainsi la brenfaisauce morale dans toute $on ^tendue.

Il est une dernière erreur de la bienfaisance qui a été trop couvent la suite de la fausse interprétation donnée à une maxime vraie, éminemment morale^ à la maxime qui commande le respect pour le malheur, et qui dit : heureus lef pauvre* I

Juste et salutaire, quand elle est entendue de manière à faire

•JionQrer dans l'indigence, une infortune non méritée, à faire

respecter, «qus les bidilons du ipif érable , le caractère sacré

EFFSTS P8S BMSUHS DE tJL SlEOrPAI^AUCE. ki%

de rhumanité, rapplicatioD de cette maxioie devient fausse et funeste lorsqu'elle béatifie la misère elle-même, quelles qu'en soient Forigine et les circpiistances; lorsqu'elle rend ainsi i la fainéantise l'hommage qui serait dû à la patience vertueuse; lorsqu'elle va jusqu'à entourer la mendicité d'une sorte de vénération. En faisant cesser l'humiliation naturelle attachée à la condition de quiconque vit par sa faute aux dépens d'autrui, cette erreur enlève à l'activité un aiguillon nécessaire ; elle afirai^chitrégoïsme, la nonchalance, le défaut de conduite, de la punition qui devait leur être infligée. Quelquefois, noot devons l'avouer, elle a été accréditée, propagée, par un clergé ^op peu éclairé, par les membres de quelques ordres mona^» tiques, par la constitution même de ces corporations ^ quelles régions du midi de l'Europe, quelques cantons de la $pisse, pourraient ^ujoi^rd'h^i encore en oJDTrir des exemples. Cepejudant, les progrès de la civilisation, des lumières, de Vint 4ustrie tendent de Jour en Jour à la dissiper.

Il peut être intéressant de comparer dans les diverses ré- (jpoqs de la Frapce l'abopdauce des libéralités en faveur den pauvres, qui se manifestent par des legs ou donations, avec le npmbre d'indigepi assistés par les institutions de bienfai* »Dce.

Yoici, pour les départemens qui présentent sous ce dpu-* )^e rapport le maximv/m et le minimum, ce rapprocher* nient tel qu'il résulte de^ documens officiels publiés par le l^ouvernement.

VBEHiiKI PARTIK. UTHE If. CH&P. III.

NOMS DÉPARTCMENS.

DÉPARt (iniienfonneii Jinmlire d'inJ

■EMESS leplLiKrand ffaa sjsiilej ;

doinkile.

TOTAL INDIGESS.

1 N rd

io,ias

171,624 49,828 23,565 2î,l(lll 16,692 18,009 11,062 8,163 4,637 10,847 1M67 13,439 6,811 8,065 11,920 9,063 11,423 5,938 8,600 3,796 3,000

2 PM-de-Calaù

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9 Seine-Ioférieurc....

13 lléraiilL

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20 Piiï-dc-D6me

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