‹ De la bienfaisance publique; (volume 2)Chapitre 71 sur 80 · TOTAL SOMMES · texte numérisé non relu

TOTAL SOMMES

des

liospiccs.

des hiireain de hifnfaisau.

I Creuse

3 Dordogne

4 Uaules-Alpes

6 Landes

8 Corse ■

7 Tarn-el-Caronns . . .

9 Haute-Marne

10 Cbareate

Jkii pMittilot »ÂBtts< ttffkÈ Iti dU». lit.

On croit toir par ces exemples que les dispdsiticms àtii Ih béralitës semMent beaucoup plus dépendre, des mœurs lo« cales, que se régler sur le nombre des indigens.

La moyenne pour la France entière est , savoir : . .'.*: Dons et libéralités ,

i'' Aux hôpitaux et aux hospiceé* . . . 1,026^35 .V Aux bureaux de bienfaisance 2»00&,95&

#' * Total. ZMi,lS9 -'' In^gèns secourus par les

Hôpitaux et hospices. ...... 579»IÔ2

^^ Bureaux de bienfaisance. ..... 695,932

Total. 1,275,884

AâttCtË lY.

Quel est le fondement des alarmes ripundues sur l'extension du paup'dHsms0

Un cri d'alarme, parti naguère des Iles Britanniques, a re^ tenti en Europe, y a répandu une terreur universelle. Il a signalé l'invasion d'un fléau qui menacerait la prospérité sociale, le repos du monde et la civilisation elle-même ; une dénomination nouvelle a même été imaginée pour désigner ce nouveau péril. De toutes parts on a craint de voir surgir une nuée d'indigens*; déjà quelques personnes ont cru la voir se montrer ; on a supposé que son extension n'aurait plus de bornes. Le péril a été admis comme constant, quoique dénué de preuves ; dès-lors, on s'est , à l'envi, efforcé de découvrir les causes, d'indiquer les remèdes. On s'en est pris à l'excès de la populatioil, aux mariages, aux manufactures, aux grandes villes; mais, c'est surtout aux conséquences du régime des secours publics qu'on a attribué la calamité, dont l'imagination était frappée.

Cependant cette épouvanté , quelque générale qu'elle soit, ésWlIe justifiée par îes faits ?

Déjà, qnelcpies réfiexioiis qui tendent à la calmer se Mat nit^ tnrellement présentées, dans le cours dé lios intestlgaâonè Mr la fttatistiqne de l'indigence et sur les causes qui la pto^ duisenit. (i)

D'antres considérations se préisentent également pour QOHé rassurer , et portent à penser que la masse dé la liiisèré n^esi point augmentée dans l'état présent de la société huniainéi si même elle n'est considérablement diminuée ; qu'elle ne teild pdint à s'accrottre dans l'avenir^ du moins sous Un bon régime de secours publics; qu'elle doit plutôt se restreindra soué l'empire d'un tel régime. Elles expliquent en même tempà \éi apparences trompeuses qui ont pu occasioner l^effroi , en fah^ fiant nattre le prestige.

D'abord^ c'est une observation (Constante, que des infirmités dont l'existence était trop réelle, mais qui restaient inconnues^ se dévoilent d'elles-mêmes alors qu'on institue un régime ré-^ gulier de moyens propres à les soulager. Les faits ne sont pas changés; ils sont seulement mis en lumière. G'éSt ce qui est devenu sensible par plusieurs exemples. A peine soiipçoif^ oait-on qu'il existât une classe nombreuse de sourds^ueti^ dans la société, avant l'époque où foi inVénté l'e^t bienfaisant qui, en leur procurant l'éducation, les dédommage de la perte de l'ouïe et de celle de la parole qui en est la stiité. Dans Uê contrées où les établissemens . destinés à Vapplieation dé eé( art n'ont pas encore été introduits, on n'entend pointparler de sourds-muets ; c'est seulement lorsque ces établissemens,en se multipliant, se trouvent à la {Portée des familles affligéed^ dans quelqu'un de leurs enfans par ce genre d'infirmités, &â lorsque l'administration publique procède à quelque enqtiête spéciale sur cette matière, qu'on découvre avec surprise à quel point cette infirmité est répandue; les sourde-muets surgissent inopinément par milliers : cependant, cette privation des organes de l'oule n'est pas et ne peut être factice :

(1) Voyez ci-dtTant, liv« ler, cbap. 3, art. 7 et 9; liv. ii, diap. rer> artiofes. 1 et 6.

416 PABMiiAB PàETIB. LIVBB II. CHAP. III.

elle existait, mais ne s'était par révélée. Le même phénoonèiie sç répète aujourd'hui sous nos yeux relativement aux aUénéi. .A peine de notables améliorations ont-belles été apportées dans le traitement de Taliénation mentale ; à peine de grands établissemens se sont-ils ouverts à leur applicatiouy que le nombre des personnes atteintes de cette maladie.' a paru subitement augmenté. Ces améliorations, ces fondatîras n'ont fait perdre la raison à personne ; mais les pen^upes privées de la raison ont été conduites par leurs &• milles aux sources salutaires qui font espérer la guérison. Que des consultations gratuites soient ouvertes par l'administration, à des maladies qui peuvent se contenter d'un traitement externe , une foule de malades se montreront et viendront profiter de l'avantage qui leur est offert ; ils ne se seront point faits malades pour la circonstance. Or, le même phénomène qu'on aperçoit. relativement aux infirmités du corps, se reproduit, quoique moins remarqué, relativement aux apparences de la misère, autre infirmité plus complexe. La misère ne s'acccroît pas en réalité, par cela seul qu'elle se manifeste aux regards.

Or, c'est surtout lorsqu'un régime de secours publics s'introduit et se développe dans un pays, que le phénomène ici signalé doit avoir lieu. Car, les secours privés se distribuent en silence et dans l'ombre ; il n'en est poiht tenu d'état; les info^ tunes qu'ils soulagent restent ignorées. Mais, les indîgens, admis aux secours publics, viennent se faire inscrire , ils soDt enregistrés, ils paraissent, ils semblent naître. Les mendians, dans les pays où la mendicité est permise, sont les seuls indigens dont le public eût connaissance, lorsqu'il n'existait encore pour l'indigence que des charités privées. La présence des pauvres fait plus d'impression dans les villes, parce qu'ils y sont plus accumulés, parce qu'ils s'y montrent davantage, et en présence d'un grand nombre de témoins. Plus la répartition des secours publics s'exécute avec régularité, et plus les listes authentiques des pauvres s'étendent,

EXTENSION DU PAUPBAISMB. 457

Enfin, c'est seulement l<H*sque Fadministration livre à la publicité les relevés des dénombremené opérés par ses BOins, que les faits entrent dans le domaine de la science. Or, ces publications ont commencé généralement à une époque très récente; trop incomplètes, elles s'étendent de jour en, jour. Les faits ne changent pas; la lumière seule se répand. Les objetsne naissent pas; ils se découvrent. Qui se fût imaginé, avant la publicité donnée parle magistrat qui administrait, il y a quelques années, le département du Nord, que la moitié des babitans de la ville de Lille était porté au rôle des indigens ?

Une autre cause contribue à produire Tillusioa de laquelle dérivent les terreurs sur Taccroissement du paupérisme. C'est que, par le seul effet des progrès de la civilisation, les limites qui séparent le pauvre de l'homme aisé, l'indigent du pauvre se déplacent. D'un côté, les conditions jugées nécessaires au bien-être s'étendent ; les besoins se multiplient ; on considère comme un état de pauvreté ce qui jadis eût été une situation aisée ; celui qui jadis était seulement pauvre, devient nécessiteux, parce qu'il y a pour lui desnécessités nouvelles. Loin que cet effet atteste une augmentation dans la masse de la misère , il résulte au contraire d'une augmentation dans la prospérité sociale. D'un auk*e côté, à mesure que cette prospérité s'accroit, les personnes aisées ont plus de moyens pour donner; à niesure que la civilisation se perfectionne, la sympathie pour les maux d'aulrui devient plus vive ; il y a donc plus de gens qui reçoivent, sans qu'il y ait plus de gens qui souffrent; ceux qui souffrent sont eux-mêmes plus disposés à se plaindre, en présence de la prospérité générale, et plus enclins à demander, à raison de l'accueil que reçoivent leurs demandes. Le commerce entre la bonté et l'infortune se trouve ainsi étendu ; commerce louable, et salutaire aussi long-temps qu'il se borne à soulager des maux réels ! S'alarmerait-on de ce que, sans qu'il y ait plus de misère véritable, celle qui existe est mieux soulagée? Ce n'est point ici l'accroissement

us VMDUiiS VIATIS. UYBS II. CHA». UI.

^tfn fléau ; c-est le âévéloppement d'one verta qui resserre les liens entre les hommes; c'est une diminution de souffiranceSi dans la classe de la société la plus malheureuse. (1)

Qu'on cesse donc de nous alléguer, comme preuye de Tauginentation de la misère , la plus grande abondance des secours! Là où il y a des médecinset des pharmaciens , il se èonsomme une plus grande quantité de médicamens,saBS qu'il y ait plus de malades; il y a aussi plus de guérisons, plus de gens conservés à la vie.

Où sont donc, cependant, les preuves authentiques par lesquelles se justifierait l'épouvante qui saisit certains esprits, sur les progrès du prétendu fléau? Le seul exempW qu'ot cite, celui qu'on nous allègue toujours, est l'Angleterre, oa plutôt la taxe des pauvres en Angleterre, que Ton eonfond avec la misère dont on la considère comme un symbole. Qa ne feit pas attention que l'accroissement de la taxe est la suite ^ non d'une multiplication dans le nombre réel des nécessiteux, mais des erreurs commises, depuis le milieu du siècle dernier, dans l'application des lois anglaises sur les pauvres; que' la taxe est devenue, pour beaucoup de ceux qui

(1) On aime à voir, dans le relevé qui a été fait en France des donatkm fiûtes aux établissemens publics pendant ces dernières années, que ceUes qui ont eu lieu en faveur des établissemens de bienfaisance, forment un peu plus de la moitié du total, et se montent à des sommes considérables. Cependant .on est frappé de voir aussi que, sur ce nombre, près des 2/3 ont lien par testament, 1|3 seulement entre-vifs; c'est qu*il est plus facile de donner aAt dépens de ses héritiers, que de s'imposer des sacrifices à soi-m^e. On remarque avec quelque surprise que, parmi les départemens de France les plus riches, il en est plusieurs qui sont en même temps ceux où les donations de la biedàisftnce senties plus rares, par exemples : le Calvados , l'Eure, la Chareute-Ioférieure. H en est au contraire dans les plus pauvres qui figurent parmi ceux où les donations sont les plus abondantes, comniei'Ardèche, la Lozère» lejon, la Haute-Loire» les Basses-Alpes, la Drôme, l'Aveyron. (Voir la SiatUtifit morale de M. Guerry, page 63 , et le rapport du mimstre de Fiiitérifvw roi y sur les hôpitaux, hospices, etcf in-4^, 1837| pages 4, 5 et 6.

vtnsÈtoTt Bt tktftÉimiÉ. M9

y pdrtlitiipent 9 un snpjplëmeilt anx salaires, àtt lien d'être «Ë secours pour les nécessités. Et en effet, le bill dé iSSft, les reformes qu'il ftjntrodtiites dans la distribution des Secôtirs publics, ont-ils amené une réduction sensible dans le nombre &e ceux qui y sont admis? Le bill n*a pas en un pouYOir magi^ que pour diminuer la misère; il a ramené seulement les sc^* cours à un plus juste rapport avec la misère existante. Comment seniit-ott fondé à attribuer aux progrès généraux de rinâustile et de là richesse en Angleterre, raugmetttàtion prc^essi ve qu'a éprouvée là taxe des pauirres dans ceroyaume, pendant un siècle, lorsqu'on toit, sous le même gouverne-' ment, une contrée beauceup moins avancée, en industrie et m richesse ^ llrlandd / gémir sous le poids d'tme misère bien plus profonde , bien plus répandue que TAngleterre proprement dite?

On cite encore un ex6Ait)le t TaccroIsseméKkt du nombre des enfans trouvés; spécialement en France. Ce ne serait, en suplk>sant cate assertion exacte, qu*une augmentation partielle , laquelle pourrait s'expliquer par des camies particulières. Mais, nous aurons occasion par la suite de reconnattre que cette assertion est sans fondement réel, et que, en France même, à Paris surtout, le nombre des enfans recueillis chaque année pair la charité publique j va en diminuant d'une manière sensible.

Si Ton ne peut justifier par aucun document positif le pré^ tendu accroissement du paupérisme, on peut donner des preuves certaines qui attestent une tendance contraire dans les pays bien administrés. Ainsi le nombre des indigens inscrits aux secours publics , a dimrnué , à Paris , de près de moitié en quarante-sept ans , quoique la population de cette grande cité ait presque doublé pendant le même intervalle d« temps ; et, cependant, toutes les causes, auxquelles on attribue Taugmentation progressive du fléau, conspirent à-la-fois dans la capitale de la Fran^. La mendicité a disparu entièrement dàib ptiiUMH ^té ; ëlté est fort diminuée dans quelques

460 ranniii PAim. uvu n. €ha». ni.

autres. Les pauvres eux- mAoïes sont ai gàiéral miewL Tétas et mieux oourris. Mais , ce qui établitdela manière la pluédatanie une réduction progressive et générale en Eonqpe, de la masse de la misère, c'est rabaissement {urogressif et génénd de la mortalité, la prolongation de la vie commune. Yoici ne démonstration qui repose sur des faits reconnus, dont les résultats sont hors de toute contestation, et qui atteste une auiélipration considérable dans le sort des classes les plus nombreuses. Si TAngleterre, en particulier, est le pays où la mortalité s'est réduite d'une manière plus sensible , TAngleterre elle-même ne saurait donc fournir l'exemple qu on a cru voir, et qui seul, d'après des apparences trompeuses, justifierait l'opinion des économistes effrayés de l'extension de la misère.

Singulière argumentation : de ce qu'il y aurait un plus grand nombre de personnes secourues , si l'on veut , on se bâte de conclure qu'il y a plusd'indigens ; mais, s'il se trouve qu'il y avait jadis des malheureux qui manquaient de secours et qui maintenant en reçoivent, il y a seulement plus de charité, moins de souffrances. Et n'est-ce pas précisément dans ce but que la charité est descendue du ciel sur la terre?

Amis de Thumanité ! rassurez-vous donc. La société humaine ne marche point vers cet abtme de maux dont on Ta un instant menacée; Les alarmes dont quelques esprits sont saisis ne sont qu'une terreur panique. Ne redoutez plus les conséquences des secours publics, comme causes productrices de la misère ; s'ils la manifestent, c'est pour la calmer. Ne redoutez même pas l'accroissement de la masse des secours, si elle est bien employée ; elle attestera , non une plus grande masse de maux, mais une plus grande et plus juste abondance de remèdes.

Serait-ce à dire qu'il n'y a pas toutefois des craintes légitimes à concevoir, des dangers à prévenir? non sans doute, et une foule de périls naissent , comme nous l'avons vu, delà iparche de I9 civilis^ttion ^ il$ s'acçroUrM^At surtout par Taf*

EXTENSION DtJ PAVFfEISHE.

faiblissement de la morale publique ^ par la corruption des pauvres, par régoisme des riches. La sécurité que nous • avons essayé de vous rendre, que nous espérons vous avoir rendue, loin de refroidir votre zèle, doit lui inspirer une nou7 velle ardeur. Car , si lés erreurs de la bienfaisance peuvent ajouter aux dangers, Taction d'une bienfaisance éclairée est le moyen le plus puissant pour les coiyurer. Les secours publics, loin de favoriser le paupérisme , en sont le préservatif, s'ils sont bien conçus et bien dirigés.

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