CHAPITRE IV
He l« stalîstîqtte de l'îndîgenee.
ÂIITICLE I".
Du mérite des recherches staHstiques en cette matière,
Des difficultés que reocontreat ces redierdMs.
là&k ne serait d'un plus grand intérêt sans doute., que de posséder une exacte statistique de la pauvreté. Quelles conséquences fécondes naîtraient des comparâisonsJT Mais plus ces résultats ont de prix, plus il importe de les as^seoirsur des bases solides. Or, dans l'état présent de la science, une;ypaiè statistique de Tindigence existe-t-elle,' d'après les.éléinens que nous possédons? est-elle même possible? ' / . r
Quelque pénible que soit cet aveu pour celui qui'aspircrardemmeni à la connaissance de la vérité, et qui ^ s'est 'livré à de laborieuses investigations, il'- faut Tavouer cependant l'es-
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pérance d'obtenir une statistique de l*indigence,qui en mérite le nom , est une illusion dans l'état présent des choses.
On le reconnaît d'avance en méditant les considérations ev posées dans les deux chapitres précédens.
D'abord, il n'est qu'un petit nombre d'états où il soit dressé des recensemens des indigens, où leur nombre soit porté sur des registres officiels. Là même où l'on exécute le dénombrement, il n'embrasse pas toujours le pays tout entier; il manque souvent d'^ctitude. Dans la plupart des localités , il n'existe même pas de conditions fixes et précises pourTad-. mission aux secours publics. Ces dénombremens ne remontent qu'à des dates récentes. La plupart du temps, ils n&<sont pas renouvelés d'une manière périodique ; ils n'ont pas eu lieu aux mêmes époques. Ainsi , on n'a que des présomptions vagues ; on manque de résultats comparables.
Mais c'est peu encore : la valeur des chiffres donnée par ces dénombremens est sujette à une extrême incertitude. «
Les relevés, établis sur l'indigence apparente, confondent l'indigence mensongère avec l'indigence réelle, et les proportions de l'une avec l'autre sont extrêmement variables. Dans les pays où la mendicité est tolérée , la fausse indigence prend un développement beaucoup plus étendu.
Pour que ces chiffres eussent une valeur positive et certaine , il faudrait que la notion de l'indigence fut ell<e-même déterminée et convenue. Or, elle est encore dans un vague presque arbitraire , elle varie dans chaque lieu , dans chaquç temps. Prendra-t-on pour régulateur le nombre des individus admis aux secours publics? Ce serait prendre la conséquence pour le principe. Jl resterait à savoir s'il existe des conditions d*admissîon , si elles sont de nature à ne comprendre que des personnes réellement nécessiteuses. Là même où ces conditions sonflracées, elles ne sont point uniformes. La situation de la famille assistée par la paroisse en Angleterre ferait envie au laboureur, à l'ouvrier f^an^ais le plus indépendant ; le pauvre anglais est souvent un travailleur auquel une por-
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lion du salaire est allouée sous la forme de secours. Dans les départemens du nord de la France, on inscrit au registre des indigens une foule d'individus qui en seraient exclus à Paris. Uindigeni du 2« arrondissement, à Paris, n'est pas le même que celui du 12"; celui qui est ici réputé indigent , là passe pour être aisé. '
Que sert à dire : il y a tant (tindigens, si vous ne pouvez dire ce que c'est qu'un indigent? Ces chiffres ressemblent à des monnaies dont le titre est inconnu.
Ce n'est pas tout : le dénombrement , fût-il exact et régulier, n'explique rien, s'il n'est accompagné d'une classi* fication méthodique. L'indigence est un genre qui renferme un grand nombre d'espèces. Le nombre total des indigens est un résultat qui conduit à des conséquences fort différentes, suivant la nature des élémens dont il se compose. Quelle différence, par exemple, suivant qu'il comprend essentiellement ou des invalides, ou des valides! suivant qu'il ad* met une plus ou moins grande proportion d'enfans, de viellards ! suivant que la plus grande partie peut être entièrement réhabilitée , ou qu^èlle est absolument incurable ! Or, ces classifications ont-elles été établies? Où voit-on des relevés dont elles aient posé le principe? Ont-^lles même été fondées sur les mêmes principes ?
Enfin , il ne suffit pas de connaître le nombre des vrais indigens , si l'on ne peut se former une idée au moins approximative du degré de misèn^ qui règne parmi eux. On ne peut additionner ensemble, comme des valeurs égales, la misère complète, absolue, avec la misère seulement partielle, ni les misères partielles , qui diffèrent dans leurs proportions; Aut tant vaudrait former une somme dans laquelle on additionnerait conitosément, comme autant d'unités, l'unité monétaire avec ses diverses fractions. On n'opère avec exactitude, qu'en calculant d'après la moyenne.
Ce qu'il importe de .connaître pour apprécier la situation économique d'une contrée , c'est la masse de la misère ; le
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Bombre des misérables n'en est qu'on élément. Le pays le plus riche est quelquefois celui où les dénombremens donnent un chiffre d'indigens pliis élevé.
Si les documens nécessaires manquent en toute cette matière à nos études , la faute n'^i est pas à la science. Où pourrait-elle les puiser? L'administration publique seule est en état de recueOlir et de présenter avec quelque certitude les données qui peuvent satisfaire à ces conditions. Elle y parviendra à l'aide des états de population dressés d'une part pour les établissemens publics hospitaliers , et de l'autre pour les personnes secourues à domicile. Les contrôles ordinairement tenus dans les établissemens hospitaliers , permettent du moins de constater fe nombre des entrées, des sorties j celui des lits occupés ; mais, dans les hôpitaux où les malades sont reçus sans aulre condition que celle de la maladie^ ils ne donnent point de lumières positives sur le degré de misère dés individus qui y sont recueillis. Il y a des hôpitaux qui n'admettent que certains genres de maladies ^ il en est qui n'admettent les malades qu'à' un certain â^. Dans les hospices j les .états de population fournissent le nombre des personnes entretenues à divers titres ; mais souvent ils ne dîsrtinguentpas tes Vieillards des infirmes; ils ne classent pas les premiers d'après l'âge , les seconds d'après le genre d'infirmités. Il n'est pas facile de constater avec certitude le nombre des îndigens errans, ni de ceux qui résident à leur domicile., population en partie mobile et doi)t la situation aussi est sigette à changer. Chaque vérification faite à Paris amène une réduction sensible dans les étan de la population indigente. ' .
Si l'on veut des états de population dont on puisse tirer quelques conséquence^ ihst^uetîves , il convient de les renouveler périodiquement y et de les rapporter à une classification bien entendu^. Il n'est pas nécessaire de faire des- , cendre cette classification jusqu'à de minutieux détails. Il n'est pas nécessaire non plus de descendre à des distinctions
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subtiles , pour composer réchelle qui sert à déterminer TiDtensité de la misère. On peut se contenter d'y marquer trois degrés principaux:
n est utile*cepêndânt de distinguer la population indigente des villes et celle des campagnes : parmi les villes y de dis iinguer les grandes villes fies villes manufacturières ou commerçantes : et dans les campagnes, les régions où Tagriculture est, la^s^ule occunation 4es habitans ; celles ou quelques fabrications importantes y sont jointes; les pays de grande et de petite culture ; les pays de vignobles et ceux qui sont principalement exploités en cultures de céréales, etc., etc.
Lorsjqpie ron^ciwsidère les variations successives que le nombre des indlgens subit dans la m^ij^çjcon^ée, en diflërens temps, suivant les circonstances de paix ou de guerre, le produit des récoltes , Tétat s^itaire, les oscillations de rindustrie, on reconnaît qu'il importe de choisir et de faire çonnat^eavec soin^lçs^poques auxquelles sont dressés les recensemens : elles serviront à fixer un mcupimum et un minimum j c'est-à-dire les deux termes extrêmes entre lesquels peut flotter la misère publique. Il est rare oue ces effets soient placés sous l'action tlé causes consfantes. Ces varis^tions assez fréquentes et qui ne sont pas toiyours attentivement remarquées , affectent de quelque imperfection la plupart des évaluations statistiques ; elles jettent de l'incertitude sur les compai^aisQn^ qi^'on cherche à établir entre la destinée des différens peuples.
Enfin, il n'est pas inutile de tentr c(?mpt^ tl^s calamités extraordinaires qui viennent quelquefois désoler une région : elles apportent de lumineuses révélations sur les forces réelles des nations qui les subissent. Mais ces grandes catastrophes doivent être enregistrées à part dans l'histoire de
l'indigence. ^ ^ ^
En traçant*" les conditions qu une telle statistique exigerait, on reconnut tqpjc^rs davantage combien sont insuffisans les élémens que nous possédons jusqu'à ce jour. Que