INDUCTIONS, ETC
Inductiûns qui peupent itrt tirées dtt documem rapportés dans Us artieUs ■ ' précédens» ■■••••
Nous nous sommes fait un devoir de mettre sous les yeuiC du lecteur avec une scrupuleuse fidélité , tous les documens qu'il nous a été possible de rassembler sur la statistiquede , rindigence en Europe et dans le Nouveau-Monde , afin qu'il puisse juger par lui-même de^ leur mérite- et de leur utilité. Ces documens confirment encore l'opinion que nous avons , émise sur Itmperfectlon des données que possède la science sur un sujet aussi important. Nous nous trouvons privé ainsi du droit de pouvoir , à l'exemple de quelques auteurs, ad-* mettre comme positive la prorportion du paupérisme dans teHes ou telles contrées, et en déduire, comme autant de vé« rites établies en fait par Tobservation ,' que le paupérisme subit telle ou telle influence , par l'effet de l'industrie, du euîte religieux , des. institutions pplitiques, etc; Mais nous préférons la vérité %u prestige des systèmes; et c'est ddgà peut-être avoir obtenu une vérité précieitee , quoique négative , que d'avoir montré combien sont peu solides les bases sur lesquelles on a constru^ certains systèmes. .
Heureusement, 1esconséquencesqu'.ont demandées quelques ' auteurs à la Statistique, et 'qu'elle n'a pu encore leur donner d'une manière exacte, peuvent être obtenues par d'autres voies, ainsi que nous le verrons plus tard. Si l'action des causes qui déterminent Ja misère peut être démontrée è priori f et il en est ainsi de plusieurs causes., on pourrra en déduire avec certitude que l'indigence règne avec plus d'étendue, là ou elles agissent avec le plus de force, t
Que, si nous nous refusons à tirer des informations de la Statistique, des formules générales qui, jusqu'à ce jour, nous paraîtraient hasardées, nous reconnaissons cependant qu'elles
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peuvent, malgré leur imperfection, fournir dès ce moment, quelques indications plausibles, qui seront utiles à la science, pourvu qu'on ne leur accorde pats une valeur exagérée.
Ainsi, d'abord,' il demeure établi que le nombre desindigens , c'est-àrdire des 'personnes qui ont besoin, pour subsister, de recouirir à la charité individuelle ou à la bienfaisance pùbllquQ , est presque nul dans les contrées où le travail et les personnes ne sont point encore entièrement afft*anchis d'un reste de servage.
Il demeure également établi que le nombre des iudiigeos &ubitM'extré9aiies variations, suivant lés temps, suivant les pays , et d'un lieu à l'autre dans le même pays. Une grande jtortie'des difiérences q^'on rencontre dans les résultats des évaluations doit être sans doute rapportée k la diversité des modes suivis pcmr ces évaluations. Là, on n'aura tenu compte que des malades et des vfeillards reçus daiis les établisse^ mens hospitaliers, et des enfans trouvés; aille^urs on n'a songé qu'aux mendians ou aux personnes secourues à domicile. Là, on a eu recours à des registres publics; ailleurs, on a maâqué de documens officiels. L'admission aux secours publics n'est pas d'ailleurs soumise par);out et eu td\it temps aux mêmes règles ; presque partout on a confondu les gens qui demandent l'aumône, avec les nécessiteux qui ont, besoin d'être secouriis. Mais des différences essentielles résultent certainement aussi de la nature des choses. Ainsi, le monbre des indigens est généralement , dans les villes , beaucoup plus considérable que dans les campagnes. Ainsi , il
est plus considérable dans les pays condamnés par les circonstances politiques ou commerciales à une fatale décadence.
Si le nombre apparent des indigens va presque partout en croissant d'année en année, la chose s'explique naturellement: Car, à mesure que l'aisance. générale augmente, le nombi'e de ceux qui demandent doit augmenter, d'une part , parce que le désir de recevoir esf plus vivement aiguil-
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ionné; de Fautre, parce qu'il y a aussi phis d'espoir d'obLenir. D'ailleurs, les progrès que fait chaque jour Tadminiçtration des secours publics , la libéraiilé dont elle se montre de jour en jour p}us animée , fait surgir un plus gr^nd nombre de sollicitations et les fait plus facilement accueillir.
Il semble résulter de ces divers exemples que le nombre des valides qui éprouvent des besoins par le manque de travail, est de beaucoup supérieur à celui des persomies4ont les nécessités proviennent de Tâge ou des infirmité^. Mais ceme apparence aussi serait trompeuse : entre ces deux classes d'in> digens y cW la première surtout qui parvient à se.créjer une indigence fictive. Aussi, à Paris, ou l'inscription des indigens adinis au secours est soumise à des conditions régulières, la proportion des indigens incapables de travail, au^L indigens valides, est en sens inverse. Les premiers forment plus des deux tiers des ménages secourus à domicilB ^ et fJus du quart de la population indigente.
On vmt aussi que le&familfes chargées d'enfans en bas âge occupent sur les tableaux d'indigens une place plus considérable que les pauvres adultes sans enfans. On y voit figurer plu$ d'enfans que de vieillards. Il n'est aucun exemple où ce phénomène se produise d'une manière plus frappante que dans le département au Nord où les indigens par vieillesse ne représentent que le 1/27 du nombre total, les indigens par infirmités ou maladies le 1/16, et où ces deux classes forment ensemble le 1/1 0^ de ceux qui sont réputés ayoir droit aux secours publics.
A Paris, le nombre des vieillards et des incurables reçus dans les hospices, joint à ceux qui sont secourus à domicile , forme près des 25/100 du total des individus secourus ; le nombre des malades en compose à-peu-près les 7/100 \ ces deux classes réunies représentent ainsi au moins les 32/100 de la population indigente.- Cette proportion peut être considérée comme normale pour les grandes villes.
En prenant pour type les résultats des dénombremens dans
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la capitale de la France, on remarque encore que les enfans assistés chçz leurs parens, à domicile j qu 'entretenus soit comme orphelins, soit comme enfans trouvés, représentent à-peu-près le quart du nombre total des individus assistés par la bienfaisance publique.
Quoique sans doute \^ recensemens faits à Paris jettent une grande lumière sur les éiémens de la Statistiqilie de la. pauvreté, quoiqu'ils aient le double mérite de reposer sur des vérifications exactes , sur des règles fixes et sages , et de présenter.les classifications les plus utiles, divers motifs cependant interdisent d'appliquer, sans de nombreuses modifications, les exemples qui en naissent. Ces dénombremens s*appliqvenl à une ville et à une très grande ville, à une capitale. Ils comprennent une masse considérable d'indigens venus du dehors. On ne^ peut se .dissimuler, d'ailleurs^^ que, même à Paris , l'inscription au contrôle des indigens pour les secours^ à domicile , ne suppose pas toujours un besoin très
réei de secours : quelques individus inscrits ne participent pas même aux secours :1ls obtiennent Se se faire inscrire, pour être exempts des contributions publiques, des frais judiciaires. L'aSmission des malades dans les hôpitaux n'étant soumise à. aucune autre condition queMa vérification de, la maladie elle-même, ces asiles recueillent beaiicoup d'individus qui ne sortent pas de la classe'' des indigens proprement dits. Combien d-enfans naturels portés aux enfans trouvés appartiennent à des personnes qui seraient en état de les élever ! Il manque d'ailleurs un élément c^ssentîel à la classification des pauvres dans la capitale de la France, et cette lacune résulte d'une omission, dans les réglemens qui y gouvernent l'administration des secours à domicile: on né distingue point les pauvres dénués absolument de toutes ressources, de ceux auxquels il ne manque que la moitié, le quart de ce qui est nécessaire à leur subsistance. Ce soin, qui a été pris en Belgique et en Hollande, permet seul d'arriver à des évaluations un peu précises. On pourrait avec
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quelque probabilhé estimer à 1/10 le nombre de ceux qui sont dépourvus de tout ; à 8 ou A/IO ; ceux auxquels il manque à-peu-:près la moitié ; à 5 ou 6/10, ceux auxquels il manque à-peu-près le quart des moyens d'existence. Mais cette proportion varie dans les diyers arrondissemens de la capitale.
Si Ton ne tient plus compte seulement des lits occupés dans les hôpitaux, mais si l'on fait entrer dans le calcul le nombre entier des malades qui y sont traités pendant le cours d'une année , l'exemple de Paris semble confirmer la proportion admise en principe par le comité de mendicité de l'Assemblée Constituante , et d'après laquelle le nombre des indigens recueillis par l'hospijalité publique, serait considéré comme à-peu-prës égal à celui des indigens secourus à domicile. Car, à Paris, les hôpitaux traitent chaque année près de 60 mille malades , qui , joints aux vieillards ou infirmes recueillis dans les hospices, forment un total dé près de 70 mille personnes. Mais , parmi ces malades, il en est qui sont en même temps ina<H*its sur les contrôles des indigens secourus à domicile , en sorte qu'on ferait un double emploi, en les comptant à-larfols sous chacun de .ces deux titres. D'autre^, au contraire, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, bien que se faisant traiter dans les hôpitaux , n'appartiennent réellement pas à la classe des indigens. Tels sont surtouf les ouvriers étrangers.
La proportion des indigens admis dans les asiles publics, avec ceux qui sont secourus à domicile , dépend d'ailleurs de plusieurs circonstances: l'étendue, la proximité des éiablissemens publics ; le degré de facilité accordé, aux admissions ; le degré de bien-être dont jouissent ceux qui y sont admis , qui tend à inspirer plus ou moins d'attrait ou de répugnance pour s'y foire recevoir; enfin, le degré de perfection de l'administration des secours à domicile : car son perfectionnement a toujours pour effet de conserver à leurs familles un plus grand nombre de malheureux , et de nréduire le
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fiombre^de ceux qui sont contraints de venir se réfugier dans ies établissemens publies.
Si toutefois le rapport adopté par rAssemblée Conslituanle pouvait être admis , sinon comme ube règ^e mathématique et rigoureuse, du moins comme une approximation, pn posséderait un indice précieux pour comparer la misère reiativje dans les différentes régions, sans avoir besoin de recourir à des renseignemens qui n'existent pas, la plupart du temps, pour les indi^ens à domicile.
£n partant toujours de cette hypothèse f l'état publié en France par le Gouvernement des individus reebeillis dans les établissemens hospitaliers, etque nous avons rapporté ci-dessus p. 114, servirait aussi f faute d'autres renseignemens, à faire mesurer la proportion du nombre des indigens dans les différens départemens du royaume.
En supposant aux Statistiques de l'indigence l'exactitude la plus rigohreuse , il resterait toujours une classe d'infortunés dont elle est inhabile à tenir compte : c'est la classe de toutes la plus digne d'intérêt; celle qui, dans sa douleur, s'enveloppe des voiles du mystère. Comment calculer le nombre des pauvres honteux , puisqu'on ne peut lesoonnattre?
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UVBE-II.
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GonfîdératioDf prélrnuBaîres.
Les circonstances qui jettent ou qui retiennent un malheureux dans le besoin exercent sur lui une action immédiate , spéciale , individuelle ; mais ces circonstances se rattachent elles-mêmes à un ordre de causes plus lointaines et plus générales , dont rinfliience s'étend sur la société entière. Si la charité privée , occupée de soins personnels j s'applique à discerner les unes, parce qu'elles caractérisent les maux qu'elle est appelée à soulager, la bienfaisance publique doit remonter aux autres; il n'est pas pour elle d'étude plus importante, parce que sa* mission est de remédier par des dispensations générales à un fléau général et durable , et surtout de le prévenir autant qu'il se peut, à son origine.
Les causes générales de l'indigence isont à leur tour plus ou moins directes ; elles agissent à diverses distances , sous diverses formes, et, dans leur action, se lient les unes aux autres.
Coomie membre de la société, l'individu prend sa part dans la masse des ressources qui forment le commun patrimoine. Un premier ordre de considérations frappe donc l'esprit , en cherchant à remonter de cause en cause : on interrogera la situation économique de la société elle-même; le capital de richesse dont elle jouit, ou l'es besoiAs universels qu'elle éprouve, afin de rechercher comment la situation des diverses-