XX - INTRODUCTION
les secours de Téducation, le plus puissant préservatif contre la misère. Elle rencoiitra cependant des Qontradicteurs. Dans leur nombre figure l'auteur de \2i'Fable des abeilles, Mandeville. En repoussant les améliorations proposées par les moralistes, il va jusqu'à s'élever contre la pensée alors dominante d'ouvrir des écoles pour les pauvres ; il ne veut permettre de leur enseigner que le travail mécanique et manuel. C'est en leur refusant les dons de l'intelligence qu'il ose leur promettre une subjsistance tout animale, système impie qui outrage l'humanité. ' . '
t. Les vues de Locke n^en ont pas moins trouvé de dignes représentans dans plusieurs écrivains du dernier siècle. Le célèbre romancier Fielding, qui exerçait d'ailleurs les fonctions de juge à Middlesex , en cherchant à procurer du soulagement aux pauvres, cherchait les moyens de réformer leurs vices (1). David Morrice, Goodschall (2), réclament des mesures qui préviennent les funestes séductions des tavernes et des autres occasions de débauche. Plus récemment encore , M. William Davis (3) , en présentant des vues pratiques pleines de sagesse sur les moyens d'améliorer la condition des classes inférieures de la société, les appuie sur l'autorité de l'expérience et sur le concours de nombreux témoignages fournis par des hommes dévoués eUx-mémes à l'exercice d'une bienfaisance éclairée; le plan de Locke se reproduit sous sa plume avec de nouveaux développemens.
Cependant, un autre ordre de recherches s'ouvrait; un théâtre plusétendu s'offrait aux investigations par les travaux , du vénérable Howard; Howard, le héros, le martyr de l'au*
(1) Proposition pour venir efficacement au secours des pauvres; écrit pablié 011763.
(2) PJan de police provincialeet paroissiale , publié en 1787.
(3) Hints to phUanthrqpists, By William Davisi Bath, 1821.
On trou?e dans cet écrit la correspondance de Fauteur ayec M. Thomas Bernard, Fun des plus zélés collaborateurs de la société pour améliorer rélatde8pau:vres.
I5TBODUGTIOIC. [XXJ
gaste science qui préside aux établissemens d'humaiiité. Ho-ward explorait TEurope, visitait jusqu'au Levant, étudiant ces établissemens dans leurs détails, récueillant les.gémisseméns du malheur, observant de ses propres' yeux les moyens employés pour le soulager, en appréciant Tefficacité^ rassemblant la plus grande masse de faits comparés qui ait jamais été moissonnée par un seul homme , en formant la base de vastes comparaisons; il expirait en Grimée , victiqie de son dévoûment, au milieu d'une épidémie (1). Eclairés par cette nouvelle lumière , les hommes occupés d'études pbilantropiques, comprirent que ces études aussi devaient trouver dans l'expérience leur plus solide fondement, et qu'au dessus des questions relatives à la législation spéciale de l'Angleterre, il y avait une science générale et positive , capable de résoudre ces questions elles-mêmes d'une manière plus certaine. V Histoire des pauvres tut considérée comme le pré* liminaire naturel et indispensable de toutes les théories sur le système des secours "publics. Le docteur Burn, auteur du recueil si estimé en Angleterre sous le titre du Juge de paix, en traça le premier essai, eh 176/i; plus tard, sir Morton Eden et Thomas Ruggles l'ont complétée ; tous se sont renfermés dans les souvenirs et la législation de leur patrie.. Ces trois écrivains ont apprécié en les rappelant les travaux de leurs devanciers, discuté le mérite ou les inconvéniens des lois anglaises sur les pauvres ; tous trois, en s'élevant à des considérations générales, ont jeté une vive lumière sur les importantes questions qui intéressent également les nations civilisées. Les nombreuses enquêtes qu'a successivement ordonnées le parlement d'Angleterre pour éclairer ses délibérations si souvent renouvelées,- relativement aux lois sur les
(1/ Voyez la %ie d'iïoward , par Aikras ; elle a été traduite en français , par Duquesnoy et insérée dans le recueil que celui-ci a publié par ordre de François de Neuchàteau.
L'ouvrage d'Howard sur les lazarets est également inséré dans ce recueil.
ttîj lïlTROBUCTION.
fHlUvreé) ont rassemblé une masse de fhits ^ immense par Aon volume) mais assez confuse, et moins instructive qu'elle n^éât pu l'être, ikute de mëthode.
Le traité, si justement admiré, d'Adain Smith, sur la rif^h^ié des nattons, l'essor qu'a pris, depuis son apparition, là science de l'économie politique en Europe, a donné, en Angleterre, et une nouvelle impulsion, et une autre direction aux études qui ont la pauvreté pour objet. Le rapide développement de l'industrie manufacturière, l'accroissement toujours progressif de la charge que la taxe des pauvres faièsAt peser sur les contribuables, ont concouru également à Mre chercher dans les lois qui président à la formation et à la distribution des richesses, la solution des questions relatives aux pauvres. Les élémens moraux de ces grands problèmes otit paru y occuper une moindre place *, leurs élé-> mens matériels en ont pris une pius considérable. Le rapport des salaires avec le prix des objets de première nécessité a ^artleulièrement fixé l'attention d'Adam Smith. Après avoir posé en principe que les gages d'un homme de travail doivent toujours, non^eulement fournir à son entretien, mais encore lui procurer, en certains cas, les moyens d'élever sa famille, il comprend justement, parmi les nécessités de la vie, celles que les lois delà décence, établies par lés usageslocaux, imposentaux pauvres eux-mêmes. Le salaire des ouvriers dans la Grande- Bretagne lui semble évidemment supérieur à ce qui leur est Strictement nécessaire pour élever leur famille. Le révérend Thownsend estime que la classe des journaliers manque d'activité pour le travail, et d'économie ; il accuse la taxe des pauvres d'entretenir ces ftmestes dispositions ; elles ne se dissiperont, suivant lui, que lorsque cette classe ne se verra plus de secours assurés et lorsqu'elle sentira l'aiguillon du besoin. Adoptant, sur ce point, les idées d'Ackland, il voudrait que les dépôts pour former un fonds de prévoyance fussent exigés des hommes de travail comme une contribution obligatoire ; préludant aux idées de Màlthus, il s'alarme sur l'excès de la
population ; TAngleterf e lui paraît reûfermer déjà plus d'habitans qu'elle ne peut en nourrir, en employer. Le baron Mazères, Haweis, Vancouver, combinent divers plans poUi^ soumettre aussi la prévoyance à Tempire d'une contrainte lé-* gale, système qii*a tbrtëinent appuyé le célèbre Burke, sans pouvoir le foire admettre par le Parlement. William Young range parmi les causes de Tindigence dans la Grande-Bretagne, Fagglomération des petites propriétés rurales en gros-* ses fermes. Le révérend Howlet nie Tinfluencè que Locke et les écrivains Cités plus haut attribuent aux dérégletnens Aei mœurs sur les causes de Tindigence ; il ne consent à recoa* naître ^d'autre cause que la disproportion qui existe, suivant lui, entre le prix desprovisions etlesalaire du travail. L'introduction des machines dans les opérations industrielles lui parait un remède favorable pour atténuer ces inconvénleiis. Les plaintes qui s'élevaient de toutes parts en Angleterre sur l'accroissement de la taxe des pauvres, sur le vice des lois relatives aux secours publics, et de celles qui coiïcer* nàtent les céréales, la multiplication apparente des indigens^ la multiplication réelle des familles admises à l'assistance, les appréhensions sur l'insuffisance des salaires, sur l'àd^^ croissement de la population, tous ces sinistres présages qui avaient déjà, comme on vient de le voir, préoccupé fortement plusieurs écrivains, ont surtout frappé l'imagination de Malthus, et ont fait naître ce système brillant et célèbre que l'économiste anglais a développé avec un si rare talent. Riche de fkits curieux, d^observations neuves, semé de vues ingënieases, opposant aux doctrines qu'il veut combattre des argumens pleins de force, habile dans l'art de distribuer et de' coordonner les objets pour les faire conspirer aux mêmes fins, Mallhus devait exercer un grand prestige. Les alarmes dont il était î^éeho, il les a redoublées, les a fait retentir ati loin; la terreur même qu'il a répandue a encore servi à son succès. Mais, esclave d'une idée dominante, l'auteur de VEssai sur la populmUùn^ s'y abandonne sans réserve ; en com-
XXiV INTEODUGTION.
battant des exagérations, il se livre à des exagérations contraires ; à des vérités utiles, il mêle des aperçus qui ne sont que spécieux; et, pour vouloir en tirer des applications absolues, il en fausse les conséquences. Partant de cette supposition, que Texcès de la population, sa disproportion avec
l'offre du travail et avec les moyens de subsistance, sont la cause générale et ordinaire de l'indigence, il voit dans la charité publique, dans la certitude d'une assistance garantie par la loi, un nouveau moyen d'accroître le mal, en voulant y, remédier. Il Invoque la contrainte nioraJe pour arrêter, la multiplication et la fécondité des mariages (1). Ses propositions sont admises par quelques esprits comme des axiomes mathématiques; ses disciples en outrent encore l'application, comme il arrive presque toujours; plusieurs écrivains du coatinent, les adoptent aveuglément, sans examiner si, justifiées à quelques égards par quelques circonstances spéciales à l'état présent de la Grande-Bretagne, elles ont une valeur universelle et permanente; l'effroi gagne de proche en proche ; il s'empare de ceux-là même qui n'ont point adopté le système de Malthus : les uns s'effraient des progrès de l'industrie, de l'introduction des machines, de la formation des grandes entreprises ; d'autres , de l'extension que prennent les villes ; d'autres> de l'hospitalité accordée au malheur, dçs secours mêmes qui sont préparés au dényment, aux infirmités, à l'enfance, à la vieillesse.
Parmf les écrivains qui se sont rangés sous la bannière de Malihus, il en est cependant qui ont modifié et restreint sa théorie, qui ont plus ou moins, réformé les écarts. A leur tête se place le. respectable docteur Ghalmers. Jetant sur l'état présent des études philantropiques un coup-d'opil vaste et ^ profond, il a signalé le divorce qui venait de s'introduire entre l'économie politique et la philantropie.chrétienne.; il a
(1) Poîitical justice; in-8., 2^ édition, B. viii, chap. 8, 0, etc. Essai sur la popuUation ; liv. iv , c|»ap. 1, 5» 6» 7, 8«
IKTKODUGTIOir. UV
entrepris de réconcilier ces deux ordres de doctrines ; il a montré le besoin qu'ils ont l'un de l'autre , l'imperfection inévitable qu'ils ont subfe en se séparant ; il a rappelé les principes qui leur sont communs, et^ par cet heureux rapprochement, il a servi à-la-fois lés intérêts de la science et ceux de l'humanité. Envisageant sous un nouvel aspect le beau sujet de l'influence exercée par le christianisme sur les institutions de bienfaisance, il a fait voir dans sa propre vie, non moins que dans ses écrits, comment les établissemens ecclésiastiques servent de canal naturel aux influences les plus salutaires, pour les répandre dans toutes les classes de la société. Ministre lui-même du culte chrétien, il ajustement apprécié l'état présent de la société et les besoins moraux qu'elle éprouve. Pendant que, du haut de la chaire évangélique, son éloquence pastorale éveillait dans les âmes les sentimens d'une piété solide et pure, etlesdirigait aux vertus pratiques convenables pour les diverses situations et professions de la vie humaine, pendant que dans l'exercice de ses fonctions pastorales, il se dévouait à la direction des œuvres de piété, il tirait de son expérience pratique des vues fécondes sur les sciences économiques. Partisan déclaré du système de Malthus, il a reconnu cependant l'impuissance des seules leçons abstraites, pour opérer les prodiges qu'invoque l'auteur de VEsêaisur la population, et la nécessité d'agir sur les mœurs populaires, en pénétrant dans les âmes, en réglant les habi«tudes. Souvent prolixe, mais donnant un prix singulier à chaque détail par l'esprit d'observation qu'il y déploie; et par l'utilité pratique qu'il en retire, avec quelle habileté le docteur Chalmers ne décrit-il pas tous les ressorts de l'organisation convenable pour exercer l'action qu'il recommande! avec quelle autorité d'expérience et de raison ne démontre-t-il pas * la nécessité de localiser, de spécialiser, d'individualiser Tapplication des divers modes de secours ! combien on aime à lui voir révéler les immenses avantages qui découlent des relations de bienveillance qu'une charité intelligente et ac •
ilVj iNtÉottuCïîOïr.
âvë établit entre la classe aisée, la classe liidîgentè et les flioyens de faire fructifier ce touchant commerce. Son traité, il est vrai, est essentiellement destiné à TÉcossè; il a principalement pour but les établissemens philantropiques dans lés grandes villes, la marche à suivre pour les ramener, par une division de quartiers, au régime des communes rurales : led personnes vouées au service des pauvres, dans tous les pay&, nV puiseront pas moins une extrême abondance de conseils propres à les diriger dans leurs honorables travaux, (l)
Le paupérisme, ce nouveau fléau annoncé p^r Malthus et son école, comme menaçant de ses ravages le monde civilisé, est défini avec précision par le docteur Chalmers, et distingué de \9i pauvreté proprement dite, ce La pauvreté, dit^il, est ^ cet état dans lequel un individu est incapable de se procu-* 4t rer par lui-même la subsistance de sa famille ; le paupé- ^ risme est Tétat dans lequel un individu a la faculté de sup^ étpléer àses besoins, sur un fonds public légalement affecté à ce cette destination (â) ». Il adopte la dénomination A'asêiêianee légale, pour ce régime de secours garantis, et lui reproche d'éteindre la charité. L'économie chrétienne apporte donc, suivant cette doctrine, les plUs vrais remèdes aux maux de l'humanité, par Texercicë de la^ charité, par la réformation des mœurs, par l'appui qu^elle prête aux principes naturels qui doivent entretenir l'activité individuelle et la bienveillance réciproque. (3)
On connaît les critiques qu'a rencontrées, les épreuves qu'a subies le système de Malthus, et le jugement à-peu-pfés définitif qui a été prononcé par les hommes éclairés sur plu-^
(1) The Christian and civil économjr of large towM, GkiscOw ^ 1821 ; 3 ^o^ lûmes.
On consulta aussi avec fruit Fécrit, du même auteur , intitulé : Considéra" fions on the System ofparochial Schools in Scotland^ and on the advantage of establishing them in large towns,
(2) tbid. t. II, chap. x , p. 52.
(3) tèid, ihié, p. 66 à 68.
sietirs de ses branches. Il suffira de rappeler ici quelques-^ unes des principales doctrines qui se sont trouvées en opposl** tton avec la sienne, sur les questions relatives aux pauvres* Vune des plus remarquables nous paraît être celle qu'a dé^ veloppée M. Th. Pérégrine Cburtetiay, en discutant les projets de réforme pour. les lois anglaises sur les pauvres (1). En présentant un tableau rapide et comparatif de la législation des divers pays de l'Europe sur ce sujet, Tauteur accorde une préférence marquée à celle de la Hollande et à celles de TEcosse, entre lesquelles il aperçoit une grande analogie; tl accuse d'exagération les reproches qui ont été adressés à celle de TAnglelerre. Il voit dans Taccroissement de la population l'effet et le symptôme de la prospérité publique : « Pro^ Mi duite par la diminution de la mortalité , elle est, dit-il» (c un .bienfait pour le pays , un bienfait dû en partie aux et lois (2).' D II justifie la faveur accordée aux mariages dans l'intérêt des bonnes mœurs; il ne s'inquiète point des préten^ dus dangers qui lui ont été attribués. Les secours répandus sur leis pauvres ne lui paraissent point stériles pour la ri^ chesse publique, ci Les dépenses publiques sont aussi un « instrument de production, de circulation ; elles accroissent « la prospérité sociale ; le pauvre aussi est un consomma*^ « teur D (3). En rectifiant ainsi quelques propositions accréditées par des auteurs contepiporains , M. Pérégrine Gour« tenay n*a garde d'approuver l'effet produit par la taxe des pauvres, pour arrêter l'élévation naturelle des salaires. (&)
Un économiste^ récent dont les travaux ont obtenu un haut degré d'estime , M. Mac4]lulloch, quoique partageant , sur le principe de la population, les opinions émises par Malthus, a repoussé une partie des reproches si nombreux et si graves
(1) Treatiie iqtoitthepoûr ia\Vs; london, 1818.
(2) Ihid. sect. i"*, p. 12 à 14.
^3) Jbid, sect. vt-, p. 70 et suivante». (4) Ibid. sect. v, p. 103.
XKViij IIÏTRODUCTIOK.
qui ont été adressés aux lois anglaises sur les pauvres ; il a justifié le développement de Tindustrie manufacturière, l'introduction des machines, contre les préventions qui déjà les accusaient de multiplier les indigeus (1). Il a répandu de nouvelles lumières sur les questions relatives à la production, au taux des salaires, aux causes et aux effets de la pauvreté. Il voit dans rétablissement d'un régime assuré et obligé de secours publics , et la garantie de la paix publique , et l'accomplissement d'une dette sociale (2) . Il récoimait et pro« clame du reste la puissance des institutions morales, pour prévenir et tempérer lés maux de l'indigence ^ non qu'on doive beaucoup attendre, dit-il, de l'instruction ordinaire donnée dans les écoles; mais en procurant aux enfans de la classe laborieuse une éducation qui développe leurs facultés, qui dirige leur conduite, et qui leur inspire la prévoyance. (3)
Cependant la sphère des études relatives aux fléau de l'indigence s'agrandissait de jour en jour; déjà elles s'étaient étendues sur le champ de la politique ; elles faisaient même nattre d'importantes questions sur le fondement des institutions sociales, où se trouvaient invoquées ces graves discussions. Les systèmes d'égalité dont Wallace avait été le premier promoteur s'étaient reproduits sous une nouvelle forme dans la Justice poUtique de Godwin ; disons mieux : c'était la répubU^e même de Platon qui semblait revivre en partie dans le nouvel idéal conçu par cet auteur , qu'il n'hésitait pas de proposer à no^ sociétés modernes. Tous les maux de l'humanité ne sont , dans ce^ystème, que la conséquence du vice des institutions sociales, et spécialement des lois sur la propriété et sur la fajœiille. Répartissant donc et les biens de la terre , et les dons de la fortune , entre tous les individus ,
{l) Principles ofpolitical Economy. 2® édition; Londres, 1830. — Impartie chap. 6 et 7, p. 160, 181.
(2) Ihid, 3* partie , chap. i, ii et m , p, 362 , 377 , 400.
(3) Ihid, lèid.chAp, Vf, p. 423.
INTAODUGTIOlf.
sur une base égale; sutetituam à l'empire de rintérét personnel, le lien de la bienveillance réciproque, le système se flatte d'avoir à-la*fois tari les sources de la misère , étouffé dans leur principe, l'envie, la méchanceté et la vengeance. Godv^in était sincère^ séduit par le charmé des tableaux que lui retraçait son imagination daiis le champ libre qu'il s'était créé , Godwin a exercé aussi un magique pouvoir sur l'esprit de quelques-uns de ses lecteurs ; il a eu plus que des adeptes; il a en des enthousiastes. On sait que le désir d'arrêter le cour de cette contagion , fut un des motifs qui fit prendre la plume à Malthus; il explique même une partie des erreurs de ce célèbre économiste; c'est ainsi que souvent les exagérations contraires s'excitent mutuellement en présence l'une de l'autre. Les idées ressuscitées par Godwin ont survécu aux critiques de Malthus , à God^rin lui-même : elles ont encore reparu de nos jours, rajeunies, diversement transformées , moins hardies , mais plus sérieuses peut-être.
Ne nous étonnons point de voir un grand nombre de publicistes, et des hommes d'état éminens, se livrer, dans les Iles Britanniques , à l'examen d'un sujet qui se liait ainsi aux premiers intérêts de l'état , qui occupait une part si essentielle dans la législation et qui occupait si fortement l'administration publique. TJne suite de bills ont été pendant près d^un siècle successivement présentés au parlement d'Angleterre. Hay , membre de la chambre des communes (1) , le comte Hillsborough (2), sir Richard Lloyd Fumer (3), lord Kames (4), Âkland, Gilbert , William Young , Whitebread , lord Brougham, entre autres, ont soumis au parlement, et presque toujours avec peu de succès , des plans divers de réformation ou d'amélioration s mais aucun n'a fixé l'attention générafe à un
(1) En 1736.
(2) En 1763.
(3) Ea 1760.
%%% . ïlîlTIlOBUCTaOW.
aussi hm\ d^é que celui dont l'illustre Pitt le'saislt , eu 1796 (i). Ce projet était en partie emprunté à celui de Gilbert; Pitt Tavait préalablem'ent communiqué à une réunion d'hommes voués à Texercice de la bienfaisance ; il avait précisément consulté rhistorien des pauvres, Thomas Ruggles. Son plan embrasse Tinstruclion et l'emploi des pauvres , le domicile des assistés y la distribution de§ secours y la surveil*lauce ; jl se rencontre avec Locke dans la création des écoles de travail ; il po^e comme une règle fondamentale que a tout <( pauvre en état de travailler , qui refuse le travail , perd a son droit aux secours (2). » Pitt n'obtint pas prèsde la légi»laiure, plus de succès que ses prédécesseurs. Sir Morton Eden critiqua lui-môme ce projet , n'y vit îd'autre résultat certaiu qu'une augmentation de dépenses et des inconvéniens de di^ vers genres, et lui reprocha de trop accordera l'arbitraire, (d) Jérémie Bentham' , dans une esquisse qui est elle-même up ouvrage assez étendu (4), a embrassé ce sujet dans tous ses âéveloppemens,etsous un point de vue plus général. Les classifications méthodiques, les analyses ingénieuses, les vues ori^ ginalei^ abondent dans ce travail d'un esprit vaste, perçant et singulier. On écoute avec intérêt, avec fruit , les observa* tiens de fait qu'il a recueillies ; on applaudit souvent aux principes qu'il établit, aux conseils qu'il donne. On aime à le voir, à côté de règles sévères pour la répression de la mendicité, solliciter diverses douceurs, et même des plaisirs pour le pai|- \re. Mais^eu cette matière comme en beaucoup d'autres, on ne peut suivre dans le domaine de la réalité pratique, ce grand apOitre de l'utilisme^ on ne peut rien voir d'applicable dans ce
(1) Sonjplan, en 130 articles, porte pour titre: Bill pour améliorer Vassistance et l'entretiei^ des pauvres,
(2) Toyez rarticle 36 du projet de Bill.
(3) Voyez Vétat des pauvres ^ livre ii , chap. i»"".
(4) La traduction de Yesquisse d?un ouvrage en faveur d^ pauvres a été insérée dans le recueil publié par Duquesnoy, et en compose le i. vii*.
laTi^obuçTioic. xvQ
projet d'une compagnie unique et générale, qui, à l'aide d'u9 seul fonds , se chargerait de l'entreprise des secours publics $ dans Fattribution d'un pouvoir coercitif dant il investit cette compagnie ; dans le mérite exclusif et absolu qu'il attribue a^x maisons de travail , comme remède à l'indigence. (1)
Le bill qui ) en 183/i, est venu enfin modifier la législation anglaise sur les pauvres, sera l'objet d'un examen spécial dans le cours d^ cet ouvrage ; il a été lui7méme précédé et préparé par de longues discussions, des investigations nombreuses Qt des rapports très instructifs. (2)
Si, dans cette riche moisson d'écrils sur le régime des secours publics que nous offre la Grande-Bretagne , nous revenons maintenait à ceux qui réunissent au mérite des vues théoriques , Futilité des applicatiops positives , nous retrou^ vous sir Morton Eden , Thomas Ruggles , qui déjà ont attiré nosrega(*ds comme historiens de la pauvreté^ nous saluons surtout le respectable Macfarland, Fauteur des Rechercha 9ur les pauvres (3), Nul écrivain n'avait jusqu'alors exploré avec autant d'étendue le domaine de cet art salutaik^e qui cherche à soulager les ^laux de Findigence. Nul n'avait apprécié avec autant de soin l'efiicacité des remèdes, dans leurs rapports avec la condition et les besoins du pauvre. Son plan se résume en six principaux moyens : une police sévère; une orgai^isation de surveillance \ une administration charitable,
(1) Ibîd, Ibid,, p. 34, 36 , etc«
(2) Parmi les nombreuses discussions qu'ont fait naître les travaux parler mentaires sur les lois relatives aux pauvres , on pourrait citer celle <|ui 8*est élevée réeemnneiit entre deux membres de la chambre des communes connus , dans le monde politique, par la couleur prononcée de leurs opinions, MM. Cobbett et Hume. M. Hume 8*est constamment opposé à l'introduction en Irlande, des lois anglaises sui^ les pauvres. M. Gebbett s*^ dédaré l^o->
dft œs hâa (voyes le Galignan^s Meêêenger, 4 février, 1894). iZ) L'ouvrage a été traduit en français et inséré en entier dans le reemi^ pubtiépar Dusquenioy, d'après les eràre» de François de Neufcbàteau; il en fonnelet. VI.
XXXij INTROBUCTIOK.
gQidée par des règles judicieuses; la 'séparation des vrais pauvres et des faux iudigens ; une répression de la fainéantise et du libertinage par des établissemens de travail et de correction (1). Cet ouvrage a été , avec raison j considéré comme classique. On consulte aussi avec fruit Samuel Crumpe y John Masson Good , etc. L'abondante collection de mémoires publiés par la Société pour améliorer le sort des pauvres f renferme une foule de documens variés, d'exemples précieux, de détails pratiques (2). On regrette qu'elle n'ait pas été plus long-temps continuée. Le Philantropistey également interrompu, était aussi une sorte de bibliothèque universelle, à l'usage des amis de l'humanité.
Les études relatives à l'art sacré de la bienfaisance n'ont pas été cultivées avec moins d'ardeur et d'émulation, en Alle^ magne, depuis deux siècles. Elles y ont été embrassées d'un point dé vue éminemment moral ; elles y .ont pris un caractère systématique et scientifique qui est propre aux écrivains de cette contrée, de l'Europe; les travaux qu'elles y ont fait éclore offrent, dans leur richesse, une extrême variété.
La seule bibliographie des écrits publiés sur ces matières a fourni, en Allemagne, le sujet de plusieurs ouvrages, a enrichi plusieurs collections. O ne sont pas de simples catalogues : ce sont des notices, le pFus souvent raisonnées, critiques, méthodiques. Ainsi, par exemple, Winkelmanna donné celle des écrits relatifs aux secours publies en faveur des pauvres et des malades, jusqu'en 1800 (3)'$ eiï la classant d'après les établissemens, dans les divers états de l'Allemagne. Ainsi , Weber a joint à des recherches d'un mérite remarquable, sur la police des pauvres, des notes bibliographiques qui leur don-
(1) Voyez spécialemeiit les chap. iji et v; '
(a) EUe a été aussi insérée dans le recueil cî-idessus cité, et die en occupe
plusieurs yolumes.
(3) Litieratur der œ/fentlichen Jrmen- und Krankenpflegc in DeuUchkind,
(Hanoyer^ 1802.)
niTRODUGTION. XXXiîJ
nent nn nouveau prix (1). Le pasteur Wagemann , dans son zèle infatigable pour les progrès de la bienfaisance publique, a enrichi de notices développées le Magasin pour Findmtrie et le^soin des patwres (2) , son Reeueil de matériaux sur le même sujet (3) ; il les a éclairées par ses propres observations et par les lumières de son expérience. Grbmer et Hartleben en ont rassemblé un faisceau abondant, dans leurs archivée ^OfaLr\2L police de sûreté et Tadministration des pauvres (4). L'estimable docteur Friedlander (5) qui , en 1804, avait esquissé, en Allemagne, une Histoire des établissemens relatifs aux pauvres, a fait imprimer à Paris, en 1822, avec ce conp-d'œil historique , une bibliographie méthodique des ouvrages publiés en Allemagne sur les pauvres (6). C'est un résumé fort succinct, mais qui, sous un très petit volume, renferme une rare abondance de renseignemens. L'encyclopédie de Erunitz a rassemblé dans une foule d'articles sur les diverses institutions d'humanité , des indications sur les écrivains qui s'en sont occupés. M. le docteur Julius , si connu; en Europe par ses belles leçons sur les prisons (7) , a , pendant plusieurs années , réuni aux documens dont il composait ses annales , des extraits d'ouvrages, des descriptions,
(t) Staats^irthschaftUcher J^ersuch iiber dos Jrmen-Wesen und die Armen- PolizefT (GœUingue; 1807).
(2) Gœttîngisches Mag^azinizur Industrie und Amiènpflege (GoetUngue^ 1789,6 Tols.; Hanovre » 1802).
(3) GcetUngue, 1704. , :
(4) Wûrtzbourg, 1806, iii-4.
(6) Nous avons eu le bonheur de le posséder à Paris, et la douleur de le voir enlevé, par une mort prématurée^ à la science ^et à la philan-^ tropie. 4 f
(6) Cet exceUent homme fut encouragé à faire piirallre ce travail , par M. Benjamin Delessert qui a contribué, à tant de choses utiles, par ses^ exemples et ses conseils.
(7) Nous attendons avec le plus vif empressement les résultats de ses voyages aux États-Unis et en Europe^ qu'il s^ccupe de pubHer et qui nous promettent une riche ' moisson d'observations judicieuses.
XKXIV IHTEODUCTION.
sur les ëtablissemens relatifs aux pauvres. Quelques autres ' ouvrages périodiques onl été spécialement consacrés, en Allemagne, aux matières qui concerneift Tindigence, ses causes et ses remèdes (1). Plusieurs de ceux qui avaient principale* ment pour objet là politique , la législation , la littérature même ont porté leurs tributs à ce grand intérêt de Thumanité (â). Un vaste catalogue dressé par M. Ristelhueber a rassemblé les titres et les dates des écrits qui y ont élé consacrés dans les diverses contrées de TEurope, en préseptant une rapide analyse de quelques-uns d'entre eux. Câ)
Une seconde classe d'écrivains a préparé des matériaux pour l'histoire des établissemens d'humanité, soit par des descriptions, soit par les informations recueillies dans des voya* ges , soit par divers ordres de recherches. Les descriptions offrent, en générai^ le tableau d'établisseméns locaux; en font connaître l'origine, les développemens, l'organisation (A). ][Jn grand nombre d'associations bienfaisantes et d'administrations des instituts philautropiques , ont d'ailleurs le louable usage de publier, chaque année, le compte-rendu de leurs opé^
(1) Le Magasin publié à Vienne par Klein; Icfs Menschfinfreundliche Blœlter, de Gali; les Beîtrœge, de Waclis; le Hallisches Wochenblatt. zum Bestender jérmeriyn 86 ; elc. y, eic,
(2) $pé(âalement VlntelUgenz-Blatt , de J^eipzig; les Éphémèrides pour rhumanité; là Revue mensuelle (itf0;2a/ijc//n/f} de Berlin $ ï^êGœitMgische gêlehrté Anzeîgen^ les Annales publiées à Berlin, par Beckedorf ; le Jourried de V Allemagne et pour l'Allemagne, 17Ô65 la Gazette nationale^ de lîecher, etc., etc. ,
(3). Wegweiser zur Litteratur der JVaisenpftege , elc; Cologne, 1831.
(4) Béjà, en 1684, se publient des réglemenssurles ioslitutsde Francfort;
en 1737, ceux de Torgau; en 1742' à 1743^ ceux dp duché de Brunswick;
en 1747) ceux de la Prusse; en 1775, Gerstlacher rassemble ceux du duché
de Bade; Gunther et le baron deYoght tracent Thistoire des beaux établisse-
' mens de Hambourg; de Seida et Laudeiuberg, de ceux d^Augsbpurg; Klein,
de ceux devienne. Coux deLeipsick sont décrits en 1812; ceux du Schleswig
' et du Holstein, en 1821; etc.
IHTftOBVCTIOV. XiW
rations. Parmi les recueils de dispositionft réglementatrei qui peuvent servir à Fhistoire de la lëgiglation relative auK pauvres, se distingue celui que Berguis a publié, de 1781 à 1789 , et qui comprend les réglemens de rAutriche , de la Prusse , du Brunswick , du Hanovre , de Hesse-Darmstadt i du Mecklembourg et de diverses autres principautés de TAllemagne (1) $ après lui , le résumé publié par Hart*' leben, depuis 1802. Parmi les collections > philantropi-^ ques se font remarquer celles de Nicola'i Andrae (2), de Hesse.
Après ce premier ordre de travaux bibliographiques , hiS'* toriques, statistiques, qu'on peut considérer comme une sorte de prodrome à la grande science de Féconomle charitable, se présente une vaste succession de- recherches qui , pénétrant dans les élémens eux-mêmes de la science , ont approfondi spécialement Torigine de la pauvreté, les droits de Tindigent, la police des pauvres, le régime des secours publics, ou qui ont même embrassé Tensemble tout entier de ces quatre sujets. Rappelons sommairement ce qu'elles ont produit de plus remarquable.
£o Allemagne, comme en Angleterre , c'est un philosophe qui, le premier , remonte jusqu'aux véritables causes de l'indigence; en Allemagne comme en Angleterre, il découvre ces causes dans la corruption des mœurs. L'auteur^du beau Traité sur la patience, Christian Garve , qui avait traduit pour i'Allemagnele célèbre ouvrage de Mçicfarland,y a joint des observations non moins dignes d'une étude profonde (3). Hoogen, en suivant ses traces, a développé les mêmes vues; il a signalé les suites funestes qu'entraînent les vices de l'éducation, pour le bien-être de la classe laborieuse; celles qui naisseni de 11-
(1) Sammlung auserlesener deutschen Landesgesetze, etc. Francfort sur le Mein. . . *
(2) Berlin, 1782; 6 vols.
(3) Leipzig, 1786, -
XXXYJ IKTEODUCTIOIÏ.
gnorance, du préjagé, des excès du luxe, de la débauche ; il a déduit de ces considérations les améliorations qu'invoque le régime des secours publics (1). Gossler a complété un ordre de vues aussi, impprlant, par son estimable traité sur les mœurs populaires; le pauvre n'a pas eu d'ami.plus dévoué et plus sincère : Gossler a enseigné à l'homme qui vit de son travail , comment toutes les causes qui tendent à altérer le caractère moral , compromettent le. bien*étre et précipitent dans l'indigence ;' il a montré aussi comment les erreurs de la bienfaisance elle-même corrompent les pauvres et multiplient la misère : il V s'est, donc appliqué à tracer l'ensemble des moyens qui peuvent amener une réforme dans les mœurs de la classe inférieure de la société ; bienveillant instituteur, il accompagne le pauvre dans le cours de son éducation, dans ses travaux, dans sa vie domestique, dans ses relations , dans ses exercices religieux, dans ses délassemens eux-mêmes ; il lui signale les pièges qui lui sont tendus, les appuis qui lui sont offerts. Un patronage éclairé auquel le pauvre sera confié, pour être guidé autant qu'assisté, est à ses yeux, l'instru-^ ment le plus efficace pour prévenir et soulager la misèrej l'or-, ganisation d'un tribunal des mœurs et d'une magistrature des pauvres, achève le système qu'a proposé ce prihilantrope. La police des pauvret, dans sa pensée, se lie étroitement à leur éducation; elle doit la continuer^ en conserver les fruits. Du reste, loin de se trop abandonner à de vagues abstractions , il a parfaitement senti que les influences morales sont essentiellement individuelles, qu'elles se spécialisent dans l'appli* cation. (2) , ' '
Les principes qui^ établissent les droits du pauvre, les obligations du riche, ont occupé à l'envi les théologiens j les moralistes , les jurisconsultes de l'Allemagne. Wagenseilius
(1) ^e kommen mr weiierP Portmund; 1803.
(2) Vertuch uber die Sitten des Volkes^ Berlin , 1814. v
IKTROPVCTIOV; xxxyU
en 1700 (1); MuUer , en 1749 (2); Pfaflf, en 1771 (S); le coiàte Spauer, en 1802 (4), en ont fait l'objet de dissertations méthodiques ; Zippe , Sentenis , Gerken , Dappe y Eylert , Wes* tenneyer , de sermons évangéliques. >
Le prince Julius , é^éque de Wurtzbourg et de Bamberg, dont la mémoire est si justement vénérée dans la contrée dont il fut le bienfaiteur, ce prince dont nous aurons plus d'une fois l'occasion de retracer les créations, eut, en 17S7, l'heureuse idée de proposer un prix sur les devoirs des êeclésiasHques et de ceux qui ont le soin des âmes, relativement au bien-être de ceux qui leur sont confies et spe'cialement des pauvres. 35 ouvrages furent envoyés à ce concours.. Le prix ftit pai^ tagéparle pasteur deStuebies, par Balthazar Burkard, et par Erhard Sehmann, chapelain de Yercheim. Les écrits de quelques autres concurrens ont été imprimés, notamment ceux de Martin Klets , curé catholique d'Anspach ; de Gaspard-Henri Burchardy pasteur d'Elersbacb; de Deppich, pastenr à AUenbourgs , de Jeati-Adam Hubert , pasteur à Risr singen (5). Ces divers mémoires, qui respirent, en général, l'esprit le plus pur du christianisme, renferment aussi des vues précieuses sur les bienfaits que les pauvres recueillent des influences religieuses , sur la direction que la prédication évangélique peut recevoir dans l'intérêt de l'amélioration des pauvres , et sur la part que le clergé doit obtenir dans l'administration des secours publics.
La police des pauvres a été envisagée sous divers aspectà Quelques-uns , comme Lauterbach (6) , Tout considérée sous
{1) De eo quod secundum legem divmam, éxiemœ prtweniU pmfenèus tUbetur, AUorf.
(2) Quid sitjustum circà curam païqtemm. Gœltingue.
(3) Pflic^en der Reîcfien und der Armen (Langen Salza )• ^4) Uehèrdîe Pftkhtdes' Staates^ etc. Salzbpurg.
^ (6) Ibid, Ihid. 4* section , S 14.
(fit Disseriatio de domc'Uus pauperum, Fribeurg , 1676 .
^UP^Viy ^ IUTBODUCiTIOIl.
lépo&ildevuedti domicile; laplapart, comme Hoen(l), Boeckler (2), Scharff (3) , Basedow (4) , Muratori (5) , Rumpel (6) f Bm'dach (7) , se sont attachés au fléau de la mendicité, pour indiquer les moyens de le guérir ou de te réprimer. De Winterfeld a étudié les obstacles qui paralysent Teffet des lois et des réglemens sur la mendicité et le vagabondage; Çalperson y dans deux mémoires dont Tun a été couronné (8), a envisagé la mendicité dansles capitales et les grandes villes; 4e Noslitz^j Jenkendorff (9), Emmermann (10), Tout observée dans les villages et dans les campagnes.
Parmi ce9 écrivains se distingue le bienfaisant chanoine deRochow, que nou& rencontrerons souvent dans Tbistoire des établissemens charitables. Rochow, eii caractérisant la condition du pauvre , a judicieusement distingué celle qui n'est encore qu'un danger de tomber dans la misère ^ celle qui constitue la misère elle-même. £n signalant les funestes effets de la mendicité, relativement à Tordre public et aux intérêts généraux de TEtatyCethomme de bien Ta également envisagée dans Tintérét des pauvres eux-mêmes. Il Ta décrite ayec de curieux détails ; il a di k le mérite des remè-*
(1) Ueber dieMlttel, dieBetielei mStaatén undaufdem Lande aBzustelhn, Ifnrenberg, 17)16.
(1) Uttvofffreyiiehe Gedanhn, etc», Nùrenberg, 1716.
(3) Gewissemunterrieht 'von Ahschoffuaig der Bettler. Witteiiberg, 1724.
(4) Basedow , «i connu par son zèle^ ardent pour ramélioration dj^s écoles ' populaires. Il a j^ublié à Dessau , en 1772 1 un projet d'établissement pour prévenir la mendicité^ et l'a reproduit dans un écrit publié à Leipzig.
(6) Muratori a publié à Augsbotirg, en 1780 et 1781, trois ouvrages sur ce sujet et sur les divers établissemens de secours publics.
(6) Veher Fersorgung'der Armen y etc. Erfurt, 17191.
(7) M^gdeboiirg, 1804. Cet auteur s'est spécialement occupé de la Saxe ; mais, à cette occasion , il a rassemblé des observations générales et précieuses sur les mendians. %
(8) Cassel, 1786. ;
(9) Gœrlitz» 1801.
(10) Leipzig, 1806. ,
IimOBiVCTIOlf . XxxîX
des proposés, montré TinsaiOsance de ceux qui ont été adop* tés ; il a composé un code entier de préceptes et de règles pour la gaérison de cette contagion ; il a appelé le concours du zèle , la puissance de la publicité , les influences morales , pour seconder FeiBcacité des mesures de police , pour pré- Tenir le relâchement dans une cure si difficile (1). Il est parti de ce principe si vrai , mais si méconnu , que Taumône, faite an hasard , d'une manière Vague et irrégulière , est plus funeste qu'utile aux pauvres eux-mêmes; qu'elle entraîne d'inu* tilés dépenses ; qu'elle est contraire à l'esprit de la religion ; il a en même temps établi celte autre règle trop contestée peut-être, que tout individu qui demande et reçoit des secours est tenu de se soumettre aux lois qui régissent les établisse^ mens d'humanité (2). Vers celte époque; le prince Julius , évêque de Wurlzbourg, ce même bienfaiteur de l'humanité, que nous venons de citer il y a un instant, appelait aussi les études des moralistes et des publicistes sur un sujet qui sert de fondement, tout ensemble, et à la police des pauvres et au régime des secours publics ; il proposait un concours sur la distinction de la vraie et la fausse indigence. Le prix fut partagé entre Fr. Burkard et P. Ziegler. L'un et l'autre ont traité ce problème en observateurs, en philosophes; il ont posé les limites qui séparent deux conditions qui se confondent au premier aspect, et montré comment leur différence appelle une diversité essentielle dans les remèdes. (3)
Récemmept encore, et eh 1834, la Société royale des sciences utiles, établie à Erfurt, a ouvert un concours sur la
(1) Versuch Hber Armen-Attstalten^ etc. Berlin, 1789. Cet ouvrage a été traduit et inséré dans le recueil des établisàemens d'humanité, publié eif France.
(2) Voyez dans le recueil ci-dessus, 2e cahier, pag. 69, 76, 81, 152, 165/ etc.
(3) Voyez le Magasin de G<?ettingue , pour Tannée 1 791 , 3* partie , § 8.
Xl INT&ODUGTIOir.
question du paupérisme, appliquée à rAllemagne. Elle a dç* mandé ^c si les plaintes qui s'élèvent sur l'extension de rince digenee en Allemagne sont réellement fondées, et, dans â ce cas, quels moyens s'offriraient pour y porter remède. » Elle a spécialement appelé l'attention des concurrens sur sat comparaison des diverses circonstances qui intéressent la destinée et le blen-^tre de la classe moyenne et de la classe inférieure, à trois époques différentes : la dernière moitié du xviH^ siècle ; le coliimencement du xix** siècle jusqu'à là paix ; et celle qui, depuis la paix, arrive jusqu'au temps présent. Le prix a été remporté par M. le professeur Franz Baur, de Mayenc^; l'Académie a distingué aussi parmi les écrits des concurrens, celui de M. Benediôt, conseiller royal du tribunal de Wittemberg. (1)
^ C'est une cii*constance fort remarquable et digne d'intérêt, que les plans conçus en Allemagne pour l'amélioration du régime des secours publics, ont eu généralement pour auteurs ceux-là même qui oiit le plus efScacement coopéré à la réaliser daiis la pratique, par leurs travaux, leurs exemples. Et à qui en effet , appartient-il plus dignement d'enseigner les œuvres de bien qu'à ceux qui ont eu le mérite et le bonheur ^de s'y dévouer eux-mêmes r Ce n'est pas ici cette vague philantropie qui en d'aUtres lieux , à d'autres époques, s'exhale en discours sonores, en projets conçus au hasard, loin du théâtre des faits, et sans fruits réels. Ce sont des témoignages sincères donnés par c^ux qui ont vu et agi. Qui ne connaît, dans leur nombre, qui ne cite avec estime les noms des Rumpfort, des Voght, des Fellenberg?
Appelé d'Angleterre ep Bavière, le comte de Rtimpfort y a organisa et dirigé un système entier d'établissement pour la répression de la mendicité; il a voulu rendre lui-même compte des vues qui l'ont dirigé, des opérations, qu'il a exécutées, des
(1) Ces deux écrits ont. été imprimés en Allemagne, et le jugement ^e l'Académie se trouve inséré à la fin du second, publié à Leipzig en 1831.
nfTaoBUCTioir. xlj
résultats qu'il a obtenus. Sans méconnattre ia nécessité de recoorir quelquefois à une police rigide , il désire cependant que les -encouragemens et les récompenses soient employés avec discernement pour détruire cette fatale incurie qui est la source trop fré^ente de l'indigence (1) ; il donne aux riches de sages conseils sur la manière d'exercer un salutaire patronage à l'égard des pauvres qui les entourent (2)$ il empruateaux arts chimique^, économiques, une foule de notions qu'il applique au régime des secours publics. Nous devons lui savoir gré d'une sollicitude qui ne dédaigne aucun des besoins du pauvre, qui s'occupe avec détail de la nourritore de l'indigent , de la conservation diS sa santé , et de l'entretien de ses forces. (3)
Le baron de Yoght , auquel la ville de Hambourg, l'Autricbe, le Danemark,, doivent tant de reconnaissance, dont les précieux conseils ont aussi fructifié en Italie, en France, après avoir porté dans la pratique les vues les plus saines , a tiré de sa longue et vaste expérience (4) des conséquences aussi solides que fécondes. Son regard se dirige d'abord sur les familles que la pauvreté menace , et qui n'en ont peut-être même pas le pressentiment ; il observe ces symptômes précurseurs qui commencent pour elles la fatale décadence. Il enseigne cette assistance généralement ignorée ou négligée , qui prévient l'appauvrissement et soutient, sur le b6rd du précipice, les familles qui ne sont pas encore tombées, dans Tindigence. Il s'arrête ensuite sur la famille indigente, il en
(1) Kssais de tdunpfort, — Yoyer le premier asai^ diap. 3» 9 et 8; 3* mat, chap. i*'.
(2) ibid, 2^ essai f chap. 4.
(3) ibid,^ ihid,, chap. 5.
(4XLe baron dç Yoght, octogénaire, continue encore à servir la cause à laquelle il a dévoué sa vie, par ses directions et par ses écrits. L*auteur du. pré* sent ouvrage, qui , depuis plus de 30 ans, s'honore de son amitié, se félicite de pouvoir lui exprimer ici publiquement sa juste et profonde gratitude.
\\ij I5TEO»UCTIOIf.
explore, il en évalae toutes les nécessités: il en classe les conditions si diverses; il gradue l'étendue de la misère ; il gradue dans là même proportion les secours qui lui conviennent. Il établit comme un principe fondamental que rien ne doit être accordé à titre de secours , de ce qui eût pu' être gagné par le travail; que le secours doit apporterle complément de ce que le travail doit fournir, mais' rien au-delà; qu'ainsi il faut employer au profit du pauvre le reste des forces Sont celui-ci pei^t disposer encore. Suivant alors le malheureux dans ses différens besoins, dans les différentes situations de la vie, il porte Tassistance- directement au but sans le dépasser : règles d'une simplicité telle , qu'elles sembleraient n'avoir pas besoin du secours de la science, et que de profondes études ont cependant pu seules amènera ce degré de clarté. (1) Pendant que, dans ses nobles créations, les plus vastes certainement qu'ait jamais exécutées par ses seuls efforts un simple particulier, M. Emmanuel de Fellenberg (2) coordonnait en un même plan de nombreux établissemens, et combinait l'éducation du pauvre avec les exploitations rurales ; ses méditations se dirigeaient sur l'état présent de la société européenne , s'élevaient aux plus hautes considérations sur les moyens de soulager les maux qui l'affligent, de garantir l'avenir contre les dangers qui la menacent. Nées au sein d'une vie activé et bienfaisante , ses vues sont empreintes de la moralité la plus pure , d'une philosophie religieuse autant que pratique. Pénétré de cette grande et juste pensée, qui
(1) Un premier écrit du baron de Voght, sur les instituts de Hambourg fut publié en anglais, et en Angleterre, traduit ensuite en allemand, et publié, à Brunswick et Lunebourg, en 1796, avec des additions de Tauteur ; un autre a été publié ^n français, en 1800. En cet instant même il a publié encore rhistoire raisonnée de ces établissemens.
(2) M. de Fdlenberg , ancien patricien bernois, est penionnellement Suisse , et ses beaux établissemens sont situés près de Bern^. Mais ses écrits appartien-^ nent à l'AUemagne , et c'est surtout en Allemagne que se sontjpropagés les établissemens dont il a créé lé modèle.
INT&ODVOTIOK. XlUj
fait d^ndrede la régénération des mcsnrs la réhabilitation de la classe indigente , il a vu dans le travail , non pas seu"^ lement une ressource , mais un moyen de perfectionnement ^ il s'est efforcé de lui imprimer ce caractère. Les gens de bien accueilleront avec respect le généreux appel qu'il leur adresse (1) , en les invitant à féconder les vues de la providence sur l'humanité , à concourir de tous leurs moyens à cette rénovation qu'il invoque, rénovation qui sera fondée sur la triple éducation du travail, de la religion , de Tinstruc-* tion, et à laquelle il s'est consacré Ijai-méme.
Une sollicitude bienveillante pour les intérêts du pauvre, a inspiré en général ceux des écrivains allemands qui ont traité du régime dès secours publics. Un petit nombre d'entre eux, parmi lesquels on pourrait citer Preuschen (2), Boehmer, ont envisagé ce sujet éous le rapport des considérations politiques ; les autres se montrent presque exclusivement préoccupés du désir de soulager les maux de Thumanité ; c'était encore servir la société dans l'un de ses intérêts les plus essentiels. Une longue et honorable succession de philantropes pénétrés de ce sentiment, ont ainsi entretenu et perpétué le feu sacré. On aime à les voir se transmettre la touchante missioïi d'appeler la sympathie générale en faveur de l'infortune : Feuerlin (3), Porst (4) , Marcperger (6), Lindsledt (6) , Bluhme (7) , Grabe. (8) , Hildebrandt (9) ,
(1) Voyez en particulier son écrit intitulé : Beleiicliiung eîner weltgericht' lichen Frage an unsem ZettgeUt. Berne , 1880^ in-8*
(2) Poluîsehe Jrmen-^OS&k^nûmie, Leipzig, 1782.
(3) Von Versorgung der Jrmen, Nurenberg/ 1699*
(4) Von Verpfiegimg derArmen, Berlin, 1716. »
(6) JVohlmeinetide Gedanken, etc, Dresde, 1722. Veber Anriohtung al-^ lerhand Arttienhœuser, gtc» IJim, Stettin, 1750.
(6) Vorstellung ^on Versorgung der Armen, léna» 1722. (9) DUseriath, ete, eircà euram pauperum,iÊstc, Gœttingue» 1049. (8) Aitfmuttiavngt»Versorgtingd.A. Iforà Haooe&i 1700« i^)lAuf miche f^eise ttUe Amen, ete, Fmtiefort et i^eipzig, 1760.
\IiV INTHOBUCTIOU;
LoiTÎeF (1), Fork'(2), Schelle(3), Buscb et Schroder (a), Wilke (5), Rauffk (6), pendant le cours du siècle dernier , viennent tour-à-tour ta remplir. C'est une sorte dç concert prolongé de vœiix qui , de toutes les parties de Fempire Germanique , recommandent Tart de la bienfaisance ; c'est une recherche persévérante des moyens de le servir, qui honore la nature hums^ine , et qui répand la chaleur ^vec la lumière. Les noms de ceux qui y ont coopéré ne doivent point être livrés à l'oubli : qu'on nous permette de les rappeler à la reconnaissance publique ! f
L'utilité des établissemens publics de bienfaisance a, cependant été mise en doute par quelques écrivains. D'autres et plus nombreux, en ont fait l'apologie. Stiefif (7)^ Drumaim (8), ont posé lo problème relativement à l'intérêt de l'état (9).
(1) Sàmndung 'von Verfugungeriy etc. Breslafr, 1779.'
(2) Programm zur Empfehlung, etc, Yiénne, 1783.
(3) Ueber die Mildthauigkeit , efc, Salzbobrg, 1786* Deux ouvrages sous le même titre, publiés à Hambourg, en 1792. -. -
(4) Ueber dos Armenwesen, etc.
(5) Dans deux ou^ages publiés, à UaUe et à Memmlngen^ la même année.
(6) Versuch ùber Amunpflege, Fribourg, 1799.
(7) A Breslau, en 1768. , ' ''
(8) A Quedlinbourg^ en 1782.
(9) Ces graves discussions ont encore été éclairées , depuis que le présent ouvrage est terminé , par quelques écrits rédens, tels, par exemple, que ceux de . MM.
Diecbsely Antrog ûSer dos Armemvesen, Munich.
Scbmidt, Untersuchungen iiber Bevœlkerungf Arhdtdohn und Paupisru^
muf , 1836 , Leipzig.
Bauer, Die Klage ûber zunehmende Ftrarmung in DeutschUmd, 1838,
Erfîirt. . .
Justus, ist die, Klage iiber . zunehmende Verormung in JDeutschland?
Leipzig, 1837.
M. Schmidt a résumé avec fidélité, comparé avec impartialité les opinions émises sur les graves questions de la population, du ttdaire et du paupérisne : tfeber die Zusttende dèr Ferarmung in Deutsehlandt Zittauy 1837*
iimoAVGTioir. xlv
Beiffius (1), Pilât (2), ont établi la nécessité tl'un système de secours publies. Brendel (i) , Emmermann (&) , Font justifié en traçant les moyens de l'améliorer et d*en régler le service. Le pasteur Rezewitz (5), et Fauteur de TE-* Yergesia(6), ont contesté les droits de l'autorité civile sur cette branche d'administration, et en ont exclusivement réclamé la direction en faveur du ministère ecclésiastique. Leurs vues se ^nt à quelques égards.rencontrées avec celles du docteur Chamters. A.leurS(yeux, le devoir de la communauté chrétienne prédomiAe ici sur celui de la spciéte civile , et c'est au clergé qu'appartient naturellement la protection du pauvre.
L'un des premiers ouvrages qui aient été publiés en Eu-* rôpe sur le régime des secours publics, et le premier certainement ^ui ait traité des secours à <]^omicile, appartient aux Pays-Bas; c'est celui de Weitsius , imprimé pour la première fois à Anvers en 1562, et réimprimé à Brème en 1651. (7)
La Hollande, que Howard visita avec tant d'intérêt, dont le premier il fit connaître les établissemens, en leur décernant des éloges mérités , a vu se développer et se répandre dans son sein d'abondantes lumières sur ses institutions de bienfaisance. La Société hollandaise de bien publie en a été la source féconde, et les a répandues de toutes-parts. Une élite dliommes généreux a mis en commun, dans cette vaste association, et l'expérience et les tlons que chacun d'eux apportait à l'envi en tribut. Grâces à ses soins, la pratique
(1) Po/ise^ im</^aiR«m/Lil!f<^a2m. Francfort sur le Meîn, 1767.
(2) Ueber Armen und Armej^flege, Berlin, 1804. .
(3) Dos Recht und die Ferwaltung dermUden Stîftuhgen, Leipzig.
(4) Gèprufte Anleitung zur Einrichtung und VerwaUtmg der affèntUclèen 'Armen-Amtoken, Ouvrage remarquable par sa méthode et la sagesse des vues, Giessen, 1814. . ,
(5) Ueber die Besorgung der Armen, etc, Copenhague^ 1760-
(6) Par le docteur Reche. Essen, 1 82 1 •
(7) De continendis et' aleadis domi paupenius.
l(lyj IKTAOBOOTIOn.
s'est mise en harmonie avec les principes $ les institutions charitables ont été conçues sur un plaa général, uniforme , systématique. Le sentiment religieux les a vivifiées; Tédu* cation populaire leur a servi de base.
Des associations du même genre ont été instituées dans les duchés de Hol^tein et de Schleswig , et leurs publications fournissent de précieux documens sur les diverses branches de la bienfaisance publique (1). Un réseau d'institutions semblables s'est étendu sur la Suisse entière. La Société muse d'utiUté publique, fondée au commencement de ce siècle, est le centre d'une confédération formée par l'amour du bien. Ses membres se réunissent une fois l'année de tous les points de l'Helvétie; chacun apporte à ce congrès le tribut de ses méditations, de son expérience ; on se livre en commun à la recherche des vérités utiles ; des qi^estîons sont proposées et livrées à l'étude pour Tintervalle qui sépare les sessions ; les résultats de ces discussions à-la-fois amicales et méthodiques sont publiés dans un rapport annuel. Déjà, au moment où nous écrivons , le 28" rapport a vu le jour. La suite de ces publications forme une riche bibliothèque à l'usage des amis de l'humanité.
Qu'on, nous permette de citer uii seul exemple de ces utiles recherches dues à la coopération des gens de bien qui composent cette société. Il se lie si étroitement au sujet dont nous sommes occupés, que nous pourrions l'emprunter ici comme une sorte d'introduction à notre ouvrage.
En 1835, la société,' réunie à Trogen, proposa sur le siyet du paupérisme les six questions suivantes:
1^ Quels sont les secours que la société est obligée de four-
' nir auof pauvres? Y a-t-il des classes depaûvresj outre
les orphelins j les malades, les vieillards et les infi'Anes, qui
aient un droit à l^ assistance de leurs concitoyens , ou bien
(1) Le premier volume a été publié à Altona, en 1818y sous ce titre : Schriflen der Schkswig'Holsteinîschenpatriotisçhen GeselUchaft^ etc.
iHTjiaDvcTioir. xif^
faiU-'il adr0$$^ UnUes le» auir^s ela$ê0M de pitwres unirquement à la charité volontaire?
2^ F^atU-^l mieux réunir les orphelins, les malades et les vieillards dans les hospices destinés à^ les recueillir, ou bien les placer dans des familles isolées ? convientil que ïétat prescrive aux communes l'un ou l'autre de ces modes de secours i ou bien qu'il leur en abandonne le choix? ' 3° Quelles sont les autorités qu'il convient étinstituer four diriger et surveiller convenablement les secours A donner aux pauvres, sdt dans la commune^ soit dans le district, soit dans le canton ? Ne vaut-il pas mièHx confier la direction et lasurveillanee à un comité ou à un seul individu? Ne serait^l pas avantageux, dans les communes, de confier quelques parties des secours à donner aux pauvres^ à des femmes éclairées, et quels devraient être leurs rap^ ports avec la direction générale?
&° Faut-il mieux j pour subvenir aux dépenses nécessitées par les' secours à donner aux pauvres, former et augmen* ter un capital destiné à éet usagCy ou bien recourir à des contributions périodiques?
5° Vans quelle proportianr les parens^ tes communes et tétaty doivenPils contribuer aux secours obligatoires?
&* Convien^l d^engager les particuliers à fermier des dissociations pour donner des secours volontaires aux pauvres étrangers ou indigènes de toutes les classes^ même à ceux qui n'ont, aucun droit aux secours obligatoires de la société? Qufil mode de secours ces associations doivenh elles adopter, afin de stimuler F activité des pauvres plutôt que de favoriser leur paresse ?
Ces questions furent, suivant Tusagei adressées cireulairekmentaui membres de la société, à la réunion de 1836$ les ré^ ponses furent analysées dans un rapport fort intéressant, par M. Zebender; une discussion s'engagea: la société décida que ce vaste sujet continuerait à être examiné pendant Tannée 1837, elle y ajouta deux questions encore sur la législa-
Xlviîj INTEODUCTIOir.
tion de chaque canton, relativement aux pauvres,/ et sur les améliorations dont elle est susceptible. La société cantonnale de Zurich reçut elle-même sui; cçs huit questions, un rapport qui fut communiqué à la réunion de 18^7^ là, un nouveau rapport â été présenté par M. Pictet de Sergy, une nouvelle discussion s'est établie, pour arriver à la solution désirée. On voit par cet exemple, que nous rapportons à dessein, avec quelle suiie, avec quelle méthode, avec quelle harmonie, s'élaborent dans ces louables associations, les travaux entrepris dans rintérét de l'humanité. (1)
La plupart des cantons possèdent à leur tour des associations formées. dans le^ même but, mais dont les travaux sont continus. Le bon Iselin, de Baie, historien, philosophe, philantrope, et dont la mémoire se recommande également à ces différens titres, en fut 4e premier promoteur dans sa patrie. La Société pour le bon et t utile, de Bàle, fut par lui instituée, en 1776 ; elle se compose d'environ 500 membres (2). Zurich, Genève, Lausane, etc., ont im|té cet exemple.
L'objet des opérations de ces sociétés, vivifiées par une si noble sympathie, embrasse à-la-fois les intérêts de l'industrie, ceux de l'éducation ^populaire, tous les élémehs du bien public. Les questions relatives aux besoins des pauvres, ne sont que mieux éclairées, pour être ainsi envisagées dans leurs rapports avec les autres branches d'un aussi vaste sujet : quoique traitées d'un point de vue local^ elles prennent souvent un caractère de généralité que l'expérience tirée des faits garantit du vague des abstractions. Ainsi s'allient heureusement la pratique et la théorie \ ainsi les observations sont rassemblées, comparées; les travaux particuliers de chacun se rectifient, se complètent dans une ceuvre collective. La
science ne pourrait invoquer de documens plus pro|>Fes à as-
(1) Toyez les Actes de la socîeté\ suisse (23" rapport pour [l'année 1887); Genève 1830, pages 140 et suiv.
^ (2) L'histoire de cette société a été publiée par M. le présidept Biràard.
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sitrer ses pas, et à faire avancer sa marche. QueVest-il possible d'instituer un congrès plus étendu, un congrès qui réunirait dans une confédération semblable, les amis de l'humanité disséminés sur la surface entière de FEurope? Que sont, auprès des fruits que promettrait un tel concours, les productiens privées de quelques auteurs, alors même qu'ils y au* raient consacré leur vie entière?
Plusieurs publications périodiques concourent encore à entretenir et à satisfaire ce vif intérêt que prend généralement Topinion publique, en Suisse, aux questions qui concernent les établissemens d'humanité. La Bibliothèque universelle de Genève j si justement estimée, rend à cette cause, comme aux intérêts des sciences, d'éminens services : elle fait connaître, elle analyse, elle compare les principales productions des diverses contrées, en bit le sii^et d'une critique toujours sage, judicieuse. La Feuille du canton de Fa'ud^ et le Tournai de la êoeiété Faudoiêe d'utilité publique, qui eu forme la suite, sous la direction éclairée et Sictive de M. le professeur Chabannes, le Narrateur religieux de Zurich, et d'autres encore, enrichissent leurs recueils de documens relatifs aux œuvres de bienfaisance.
Indépendamment de ces œuvres collectives et de ces recueils, la Suisse a donn^ le jour à un grand nombre d'écrits dont les uns tracent l'histoire ou le tableau des établissemens d'humanité exisunt sur son territoire; dont les autres discu* tent, éclairent les principes delà science (i). Parmi ces derniers se fait rcQiarquer le traité récemment publié par M. le pasteur Naville,- de Genève, sur la charité légale , L'auteur a exploré avec une infatigable activité les documens relatifs aux institutions de secours publics existant dans l'Europe
(1) KoiiB recommandoDS en particulier & rattenlion des personnes qui cultivent ces étnd^, deg lettres que M. le pasteur Tescherin a publiées, eu 1833, sBenie, sous te titre : Ueher dos Arm^/twesen, vorziiglieh in Kanton Bem; et un écrit sur le paupérisme dans le eanion de Vaud^ par M, Berger, mioisire du laint évangile, publié à Lausanne, en 1836.
iijjDderne } il $i discuté .Ic^ir^tozien» qui ; présidât. Fi|^^ cupé de la vive argum^otaiiioii <yi!a fiuU ^clore te^^^ttoèite la ta;!^e des pajuvreu» ea.ADgJje&armt il a cm pouvoir la géii^ caliser^en réteadtmt aiu ^ts du coAtioeiU; il ^'6i»t; au»cbé à découvrir les analogies .^e i^wvaieot offrit:,, ai^e te syj^tème des lois auglaises, les'iIl$titutîoQ^ adiiii««s dau^^ies autres états, à reconnaître ri»fliie^ce ^qu'^le^ jd^^rmnt mv les dispositions morales et le bian-^^être des diver^^is dmses de la population, à déterminer les devoirs des gouvamfiioeM xeiativement à la cbarité, et les limites dan& les^q^ettes leur action doit se renfermer; il a assumé la t^he doulonreuaede rassembler les reproches faits aux divers étabUssemcns pu^ biles de bienfaisaneie, de signaler les imperfections dont ils peuvent être atteintes, les isconv^mens auxquels ik sont isiik jets, et de les soumettre ainsi à une criliciue révère. Quelque jug^nentque l!oii porte jwrFexactiiiide des i»»ig1usI<mis msr quelles M. le pasteur Naville 3'est toout^ié conduit pat ses laborieuses investigaUou$ (1)9 on lui doit cette jusiiee, qu'il y a porté le zèle le. plus pur^ et les ini^itioBfi les plus bienveillantes, dans Tintérét des xnalb6Xireux. Ou regrette que Favr teur, en frappant d'une sorte d'auAthèsftfi universel Ooutes les institutions publiques de bienfaisance, érigées jusqu'à ce jour dans les états de TEur ope, n'ait pas prqposé un plan exécutable qui ' puisse leur être substitué, et n'ait pu qu'invoquer l'essor de la diaHté privée, par us apfiel élo*quent sans doute, mai^ dont l'Qffîeaoité est trop iBeert^îne. Le scepticisme auquel entraînerait la lecture du traité de in charité légale, ne saurait être décourageant que pour oeux
(1) Professant pour M, le pasteur Navîlle autant d'affection que d'estime , Fauteur du présent ouvrage s'est trouvé dans la nécessité de combattre les doctrines de cet écrivain distinguée doctmes auxquèOas flei,coQTictîons personnelles sont, comme on le verr<à« diaraétn^ement opposées \ îl 9e<lHty pvtir ce motif même, un devoir plus impérkiig^ de rendre un témoigoiise^iocèEe au talent remarquable avec lequel tUo» wufiX Is^potées, et aux qui ont animé M. Naville.
^ s'âtTèleraiem an eonclMioiis de rovrrage; Mprès des anirès, il ne sera que l'épreuve de lia critique; il provoquera defiiMiTeile8 recberdies ou de nouvelles améliorations. CefSt ainsi que les doutes servait à ravancement des sciences ; cWst ainsi que les censures, même exagérées, {déparent sou*^ vnt les réformes salutaires. (1)
La France s'applaudit et s'honore d'avoir donné le }our i de Bouvean et importans écrits sur les établisseuiens dliumaniié; mais ses écrivains so^t entrés plus tard dans cette 'carriàro, que ceux de l'Angleterre et de l'Allemagne; leur tra^ vam offrent moins de suite et d'ensemble ; ils ont été en par^ âecon^s sous des influences différentes, et quelquefois ite mit dû aux circonstances le caractère qui leur est propre: C'est senlement vers la^ seconde moitié du dernier siècle,' qu^ils ont commencé i se multiplier. Les écrivains qui,^ cette époque, ont répandu un si grand éclat sur la littérature fran^. çaise ont eu l'incontestable mérite d'anbrasseravec chaleUi*, de .plaider avec éloquence les intérêts généraux de l'humanité et la cause du malheur. Ils ont plus d'une fois signalé les abus qui s'étaient introduits dans le régime des secours pu*biics; ils en ont invoqué le perfectionnement. A leur voix, la sodété firançaise s'ânut; l'attention générale fut éveillée; de vives sympaâiies forent excitées ; l'amour- de Thumanité vint prêter aux lettres de nobles inspirations^; il embellit; q[)ura leurs succès; il leur dut, à son tour, de se faire comprendre et sentir, même dans le séjour du plaisir et du luxe ; par elle, il vint s'associa aux émotions de la scène. Mais, en s'adressant ainsi à un monde profane et léger , empruntant les formes d'une littérature brillante et quelquefois frivole, il s'eiqposa à y jperdre cette gravité simple, modeste, sérieuse, qui lui est essentielle} il dégénéra, chez quelques personnes,
(t) Le tndté de M. le paeteur Naville a obtenu en 1829 le mffttf^ de r Académîe française; parmi ses titres, de mérite, on doit compter le soin scroptileax qu'a pris Fauteur d'indiquer ses sources et Tabondante moisson de matéfianx qa*il a rassemblés.
lij JHTAODVCmOR;
en une sorte de sensibilité incertaine et vague^ où Fîmàgb nation peut-être avait plus' de part que le cœur. La bienr faisance devint une sorte de mode, du moins dansle langage. Plus d'un auteur exagéra les abus du présent et du passéj plus d'un, cédant à des préventions avepgles contre les institutions nées du christianisme, n'épargna pas même , dans ces accur sations, celles qui étaient destinées au soulagement de Findigénce. Une école de philosophie, ou du moins une secte qui en prenait le titre, a voulu séculariser la bienfaisance ^ opposer à Tempire de la chacité, ua sentiment fondé, uniquement sur les sympathies naturelles; appeler lés créatlonsde la philantropie, comme un auxiliaire, pour la cause des systèmes dont elle se déclarait Torgane. Trop souvent, Taffectatioa de Ja phUantropie devint alors un langage de conventioa, un artifice pour le succès, un.moyen de:charlatanisme; et, par là, la vraie philantropie se décria aux yeux des homnies ans* tères. Cependant , la direction donnée à Tesprit public vers le milieu du xyiii*' siècle, fit éclûre plus, d'une vue utile, plus d'une entreprise honorable. Pendant une période qui vit s'affaiblir sensiblement la puissance des traditions religieuses, elle put y suppléer en partie chez quelques esprits; elle en- ' trelint du moins un intérêt général pour les établissemens de bienfaisance. Si les motifs dérivèrent d'un ordre imoins élevé, l'émulation du bien se maintint ; elle ^'accrut peutêtre, à quelques égards, par le contraste des opinions et par les rivalités qui en étaient la suite; et telle est en partie, sans .doute, la cause qui multiplia bientôt, avec tant de fécondité, les écrits publiés sur ce sujet.
Les évènemens politiques qui, à l'époque de 1789, en provoquant la réforme de toutes les institutions sociales, en Jrance, firent éclore tant de vœux, tant de projets, pour les améliorations utiles , imprimèrent aussi un nouvel esso^ aux travaux des amis de l'humanité , ouvrirent de nouvelles perspectives à leurs espérances. Les travaux législatifs firent concevoir des plans aussi vastes que nombreux, sur le régime
iirTRODrcTroN. liij
des secours publics. Plus tard, les vicissitudes que venaient d'éprouver, pendant une époque funeste, la destinée des établissemehs publics, excita la sollicitude des gens^de bien ; les infortunes privées, occasionées en si grand nombre par les malheurs publics, ranimèrent dans les âmes, avec une nouvelle énergie, les syriÇathics pour la souffrance. Le réveil des . sentimens religieux est venu à son tour ranimer le feu sacré delà charité. La bienfaisance particulière, ens'exerçant avec un redoublement de ^èle, en donnant le jour à une foule d'associatton's généreuses; a secondé aussi le développement de la bienfaisance publique, en a préparé, aidé, éclairé les opérations. Le funeste divorce qui menaçait de s'introduire entre la charité religieuse et la philantropiQ civile , a été prévenu par les efforts et le concert des gens de bien. Pendant que s'opéraient en France ce beau mouvement, cette heureuse régénération des études relatives aux établissemens d'humanité , dont nous avons eu la jouissance d'être les témoins , les productions publiées à l'étranger, surtout celles qui étaient propres à l'Angleterre , ont commencé à pénélrer en France. Depuis 1815, ce commerce a pris une grande extension; il a enrichi la France de documens jusqu'alors peu connus ; il a étendu la sphère de la science , il en a modifié la direction ; il a pu même égarer quelques écrivains, en les trompant par de fausses assimilations.
'Ainsi s'explique le défaut d'unité qu'on remarque dans les productions successives qui ont été publiées en France sur les étabUssemens d'humanité. Loin de former un système, elles divei^ent. Essayons du moins de rappeler celles qui , par leur importance, semblent mériter une attention plus spéciale.
>Les deux plus anciens écrits sur ces matières, que nos investigations nous aient fait découvrir en France, ont tous deux un caractère purement historique : L'un publié en 1669, sôus le titre de Tableau dé f humanité ou Précis historique des eharùés de Paris, trace l'origine et la description des établissemens der bienfaisance de la capitale ; l'autre, sous le
tilre de Vhopitalgtnérmlde Paria, pi^Iié en 1676, resiénie un lableau aj^régé de rancie&ne législattoa du royaume sfor ces établissemensr non - seulement pour Partes mais pour le royaunie eQUer. Le bon abbé de Saint** Pierre, qui ne rivait point, comme l'a cru un ministre incapable de le com- IH*endre, mais qui voyait plus haut, iilusloin que Fabbé Du-* I>ais^ qui avait seiulemeat commis Terreur âe proposer arrant le temps des améliorations qui se sont en partiras réalisées depuis, Fabbé de SaintrPierre ne pouvait manquer de s'do*euper aussi des intérêts de Findigence. U publia, en 1721, on nhémoire 9ur les patuvres mendians et sur les moyenê de le* subsister. Un demi-siède s'écoule avant que nous retrQUvi(m$ d'autres publications : celles qui se produisit alors ont un caractère purement tkéorique : ce sont celles de Plisse» de Chartres (i), de la Morandtère (2), de Séguier , de S. Bresson (3). Dans un écrit rapide , mais plein de vues uâHiS^ œuvre d'un homn^ de bien, un célèbre économiste, Fauteor des Ephémérides d^ws eiteyen, Fabbé Baudeau (4) définit la pauvreté, en classa, les espèces : il sépara avec soin la pauvreté vériia6ler, la pauvreté factice, la pauvreté erimiuel(e ^ il proposa, -pour chaque genre d'infortune , lies re^ mèdes les pius opportuns,. Uauteur s'occnpa des biens des pauvres ^ en assigna Forîgine , en suivit la destinée ; il fit voir comment ils ont été détournés de. leur applicatioÉi^ il proposa un mode dô gestion* qui put les préserver du retonr des abus, en proeurev le meilleur eaifloi. ï/ami deeeuasqmi ni en ontpats^ÇSi)^ teiieeit l«i titire d'uui éibrit que^ pubUarver» le même temps l'iabbé Mery, et qui en ecprinm fidètamenc
(1) Pnijetd*ùne*QmUi pt^m *o9éig»r,Usipamnf^ia.campagm Isr Journal enc;clQpff4'« dwd&jwitp 17<6a)i
(2) Philopfimèmçs^ oMffu>régime dç4 paiwrçs,J?9ixh$M'4i^ 1764f
(3) Police sur les menditms, l^s vagabonds y etc. PairUy 176^ 1 voL ii|*12*
(4) Pensées £un bon citoyen sur les besoins, lès droits et les devoirs des pauvres \ Paris 1795. Cet écrit* ft été trad'. eifall. par flteide, BamBerg, ITW.
(6) Paria, 1787, 1 toL i»^2;
l^prff êf le bttl. It soigne flteé me t€Adre solllcitade le ^««ricr ititérél des pantresy celiti de leurs moftrrs; il iavoiqué fMor evx les bienfaits d*ude instf uctibfi libérale et^sagement dMgée ; il Teut leur donner des guides, des protecteurs, dfe Ytals amis». tJn autre ami de^ pauvres, le bou et infotigabte Chamdiidset, dont la vie eirtière fut un long dévoûment au bien pablic (1) , concevait des projets aussi nombreux que variés, pour prévenir la misère par des institutions de pr^fuyaneie, pour améliorer le régime des seeours ; il s'occupait de rëdttcaiiion des enfans, des associations mutuelles, de la destinée ém ouvriers> des domestiques et des servantes, des besoiiietl^s femmes enceintes, de la nourriture des indigeus, de Id! réforme des hôpitaux ; toutes ses pensées se dirigeaient vers ce but; il y consacra sa fortune, il y ettt sacrifié sa vie (t). Sm pfian obtint de nombreux et Honorables snfh*ages, strbit ausi plus d'âne crritiqne ; ^9 tu d'impuissans eflbrts ponr le féaKservdttmoin» il excita Tattention publique, il éclaira d*tine lMiik*e pn^îense les questions^ qui commençaient à s'agiter. Aiea ne montre mieux à quel point Tinténèt générât était aKMW dirigé smr les établissement d^hnmanf té, que le résultat pfodvil par mi concours qu'ouvrît, en f777, l'académie dte OMMift^stumMarae. Phis de eenf mémoires y furent envoyés. B en néié feraiéun résrumé métftodiqtre qui présente assnri^ mMt le mrraiile plus compliet qui ait em^orettr le joursur (sm infforumt snjet (3). On y disttngnè l^s divers* genres* de numMeiié et k» diverses classes de mèndiâfns^ on y tttUSé l'kbioiredeA^ moyens politiques^, nvoraux, répressHV^ eta^ l^Ê$fé»}mÊpBi!it ce'jear pwr détruire ce fVéau ', on y traite dé tMMs^M'branebira de seeeut^ pnbKe»; on en discure te mé* iMe;on«iMilqiiefesHioyenfl^de les perffictitmner^ddredter^'
(t)' "VByeÉistftfreirt^ dte sar œuvré* : dfer ont été réunies en 2 voUmes petit m-4^ Paris.
^ (9yttrfeïftrtN>tèr«ge^ltrtfffSirvl(f.
IVJ IHT&ODpCTIOIC.
che surtout les moyens de prévenir la mendicité, par le.tra* vaily par la réforme des mœurs, par des mesures d'économie politique. C'est un vaste traité qui embrasse à-la-fois la théorie et les applications, qui, aujourd'hui encore, n'est point assez connu, et qui pourrait être consulté avec fruit.
Plus d'une fois, nos sociétés académiques ont eu, en France, le mérite d'associer aux travaux scientifiques et littéraires, les recherches utiles aux intérêts de la morale et à ceux de la bienfaisance. L'académie des sciences, l'académie française ont donné ce noble exemple, et par là, entretenant l'alliance naturelle entre les sentimens généreux et les lumières, elles ont secondé l'administration, éveillé l'opinion publique, à l'égard des établissemens d'humanité, et sur le perfectionnement de leur régime.
L'incendie de l'Hôtel-Dieu de Paris, en 1772, avait faît éclore plusieurs mémoires et plans pour la translation et la reconstruction de ce vaste établissement. Ces projets furent mis sous les yeux de Lojiis XVI, par le baron de Breteuil; ce monarque , ami des pauvres lui-même, et qui prenait à cœur tout ce qui pouvait concourir au soulagement de l'infortune, décida, que les malades désormais coucheraient seuls ; il chargea l'académie des sciences d'examiner tous les docamens qui lui avaient été présentés , et de lui en donner son avis. L'académie nomma une commission dans laquelle figuraient les noms les plus illustres dans les sciences (i). Laques" tions'agranditauxyeuxde ces hommes éminens; ils reconnurent que le régime de l'Hdtel-Dieu se liait au système entier des asiles ouverts par la charité à la souffrance et au malheur, dans la capitale, et parla à l'ensemble dessecoui:s publics; que les questions soumises à leur examen se rattachaient à*, des
(1) Ces commissaires étaient MM. Delafosse, Daub^toD^ Tenon, Bailly, LaToisier, D^slaplace, Coulomb, Daroet;
« Jamais sujet ne fut plus di^e de fixer rattenlion d'une société savante*» j dit justement Tenon (préface du mémoire sur les ^pitaux de Paris, pigo S).
iKTEOSIÏCTIOir. IVÎj
principes généraux, à des notions théoriques qui n'étaient pas encore suiQsamment déterminées ; qu'elles avaient besoin d'être éclairées par les leçons d'une' expérience dont les élémens n'étaient point encore rassemblés. Des investigations lurent entreprises , des recherches furent faites dans l'Europe' entière, une correspondance fut établie. Les mémoires de Tenon, sur les hôpitaux de Pari^, si justement célèbres, flirent le premier frçiit de ce travail. Malheureusement, les évènemens qui survinrent, la suppression de TAcadëmie, la mort de Tenon, ne permirent pas de le continuer, le public a été privé de la suite qui avait été promise, et qui devait offrir des rapprochemens du plus haut intérêt (1). Ces mémoires où se trouvent tracés des tableaux si douloureux et des faits si instructifs, ces mémoires, quoique incomplets , quoique exécutés en vue d'un établissement spécial, et de circonstances passagères, sont un dès tributs Ijbs plus précieux que la science ait apportés au soulagement de l'humanité souffrante. Avec ce beau travail , exécuté au nom de l'Académie des sciences, concoururent plusieurs écrits particuliers. On distingua, dans leur nombre, Y Abrégé hùtorique des hôpitattx^ par l'abbé de Récalde (2), et le Traité de l'abus des hôpitaux, par le même auteur (3). Tous deux renferment des faits curieux sur les inslitutioQS hospitalières de la France; le dernier indique quelques-unes des^réformes dont le besoin se faisait sentir. • Alors s'ouvrait , sous d'heureux hospices, cette Assemblée constituante, où se réunissaient tant, de généreux caractères,
(1) L'auteur du présent ouvrage a loog-temps et inutilement cherché à découvrir ce qu'était devenue la coUection des documeos rassemblés pac la commission de FAcadémie des sciences, et qui devaient servir à composer le deuxième volume, il vient de découvrir enfin que douze cartons renfermant ces documens, existent ignorés dans l'un des dépôts de la Bibliothèque Royale. U espère pouvoir les explorer et alori indiquer l'utUité qu'on pourrait encore «e&retirer,
(2) Paris, 1784.
(8) Paris, 178e.
iA brîMaieat taBt de lamtére&Mda Uleiis. Affidëei raagmfta' mission de régénérer les iafititatioas saekles,.eUe promettait, de consacrer teiis le^ droits, dft;satiBfaîre à tous les intéréte de rbnmanité. Les droits eUesiotéféc» dftnnliieiir dm-eaioe^. cnper ses premières pensées), eUe forma danaaim sein un coemité spécialement chargé de lui prés«ifc(er un système entier de secours publics (i). Organe de ce comité , le âu& de Lsuro-»' chefoucault-Liaacourt , par les rapports qu'il a présentés ^. et auquel lui-même, a pris la part principale , &'est acquis ToBe des gloires les plus pures et les plus douces dont il sait accordé à l'homme de jouir^ Gel immoise trsnrail a été suivi, pendant plusieurs annéesy par les hcMmes^ distingués auxquels il avait été con&é (2), avec autant de; zèle et des»* gacitd que de persévérance. Placé dans la situation la ptos &vorable pour rassembler des renseignemens autbentiquèa, le comité de mendicité de l'Assemblée consii tuante s'est foré à une explorailon complète de l'étaftéesfMnvres^ et du réigime des secours publics^ sur la surface entière da la France^ il a tracé l'histoire de noire l^jniatîoDi sur cette maaièse, signalé les abus de l'ancienne admimstratien y coHSlaté la siliisrtfam présente dns efaosesy comparé- sous ptusienr&aspects* eettem^ mtioiiavsee celle ée FÂn^lenrek Gesireeberches) fovmenrlu partie expérîmemale dason travasè. Dains«sapartielbaeffci«e, lé comité a exposé des principes suc k» droits, des-pauvrus^ sur les obliga tiens de la aoeiété à leur égard^ sur la disliiaction des vrais et de&uiaunrais pMMrresi^ sur l'élenéiuln^ ei taî&*
Xî) Bêcrrtda SI mars ITMN
<!2) £es^ éBtoB pi«nNf»rap|wrtt»'diË ettmilé âàmoAiMi ftveiMf pi(Em«to*à l'AttenMécroonMituuite'eii rTMl, fesMcm^ Mms ewlTtr. Ib'fareiil' piéifcifc tftts plan général dte'tffavaâiqute-tet^adlJ^atakèniiiipri^^ 90Slb6'ék pnDJelS' dt^ détteb
Le due àf iMtùe&ar^ ptéseoM' aunt plnslears' rapporta mt lés visHëHttte dans les hôpitaux, hospices et maisons de charité de Paris; sur unéMIMMtA distribution de secours, proposée pour cette tapitale, sur ifiMAiMMie&tA la * charité maternelle, etc. /
lis
mm de ra6»isiaiioe qui lear est due, sw fea i^ressioo de la mendicité 5 il a essayé de fonder, pour nous servir de soo cx- Vression, « les bases Gonstitutîùimdles. da système général de «législation et d'admiatstr^ition des secouirs publics 9. Ce qrstèine Bdétbodique et parfoitem^t coordonné dans soo en* «emble, embrasse toutes les braocbes d'établissemen» dei bienfaisance, trace à clMtcune des règles, en calcule les moyens, en eomibine les plans. S'éindiant à leur imprimer ee caractère d'unité, d'harmonie, d'uniformité que l'Assemblée constituante réalisait alôr» avec tant de grandeur dans une partie de nc^ institutions sociales, le ciomité propose de m*m^er l'adoiinistration des secours publics à un centre ubî«* que, d'en former im établissement naUonal: Le système entier reposait sur ce principe, que le soulagement de l'indigeece est un devoir de ia soeiélé, Vt que ce devoir est rigoureux, absolu. Tel qu'il avait, été conçu et présenté par le comité, » était à-peu -près inexéeutable, à raison de sa grandeur même, ainsi que Texp^îence Ta trop bien prouvé. Il ne conh stîtue pas moins le monument le plus majestueux que le patriotisme, la philântropie et les lumières aient élevé parmi nous à la scienee qui préûde aux établissemens d'humaaitév La vive infireesion qu'il produisit sur les esprits, an me^ ment où il fut présenté, détermina une émulation générales Dans le foule des produetsions qm furent alors dirigées versle même but (1), se distinguent les Obs^rvationê mr hé M'^ fitmtar, par Cadrants.
. En môme temp», un antre rapport^ était présenlé à rAssem**'
(1> Entre autres : Le Ptfe déspau9res, 1780^
Le CMew^ de^pati¥res^ 17©0^
Supplique aux États-Généraux pour sauver les droits du paut^re , id. ^
ft^ef jpmr imêùulugmmntt^V>enfpl4À. t^pauwtm^ id*.
De la Bienfaisance nationale^ par Tabbé Desmbusseaux. id,
yMàoàà^ Dttpié, <ià BteMâgQiv^ HflMriMi> d» BiKs^y Bamofroy^. BÉisflOfi, BÉtranU^yt. dé BidMle,' etou^ publi&reoi à la méia» éjMxpw^ difm écrit»^ sur Teitirpation de la mendicité.
IX nCTBOnUCTION.
blée ôODStituanle , par M. de Chârost, sur les moyens d*uliliser les pauvres.
La législature, pendant plusieurs suinées , et ai^ milieu d^s dangers, des troubles, des désordres qui menaçaient, agitaient et déchiraient notre belle France , ne cessa cependant pas de s'occuper des plans relatifs à l'organisation des secours publics. Elle entendit successivement des rapports, descoQiptes rendus, des propositions, par Bernard d'Airy, par Beauvais, par Bo, par Barère, par Paganel^ par Delecloy, par Mai-^ gnet, etc., par Mauduilt, par Delaporte. Les discours ne manquèrent pas; mais les lois qui en furent le fruit restèrent àpeu-près dans le domaine delà théorie; le caractère qu'elles portaient, autant que les circonstances du temps, en rendirent Texécution impossible.
Les étafolissemens de bienfaisance qui n'avaient pu être reconstruits par cette législation sur un nouveau plan, qui avaient survécu aux erreurs de cette législation elle-même,» recouvrèrent bientôt une nouvelle existence. L'administration publique, dès qu'elle eut repris un cours régulier, comprit qu'il fallait s'attacher avant tout à les restaurer, à les perfectionner; elle s'appliqua à cettîe œuvre : elle leur donna une nouvelle forme; elle publia des l*églemenspour leur gestion^ elles les ramena sous une direction centrale, et ses instructions composèrent comme une sorte dé code pratique à leiu: usage (1). Un ministre de l'intérieur, François de Neufchàteau, conçut l'heureuse idée de faire recueillir, traduire, publier en France, ^ aux frais.du gouvernement, les documens les plus instructifs sur les établissemens d'humanité, que possédaient les nations étrangères. Duquesnoy entreprit celte tâche laborieuse , la poursuivit avec un zèle persévérant (2). On lui est redevable
(1) F<y)rez]e recueil des instruoiions du minîstière de riutérieurfaimée^708 et suivantes. t . . ••• - *
(2) La publication du Becueil des mémoires sur tes éiablissemens d'hitma' nité, a commencé en l'an vu (1798), et a continué jusqu'à Tao xi; il foime 13 vol, in-:8® (chez Agasse et chez Henricbs). .-,
iirjrBOBUGnos. Ixi
d'avoir fait coonattre en France, le$ ouvrages les plus esUmabtes publiés en Angleterre , sur le régime des secours publics, jusqu'à celle époque. Cependant on regrette qu'il ait trop peu emprunté à l'Allemagne ; on regrette aussi que cette entre* prise ait été sitôt abandonnée ; son principal mérite eut consisté dans un ensemble plus complet. Dans l'état où elle est restée, elle forme toutefois une bibliothèque que consultent avec beaucoup de fruits les amis de l'humanité.
L'histoire de la. législation française sur les pauvres et sur les établissemens de bienfaisance, a trouvé, dans le baron Dupin (1), un historien]] érudit, judicieux, chez lequel l'amour du bien s'associait à un fort bon esprit. Les règles qui gouvernent ces établissemens ont été rassemblées et mises en ordre par M. Pechart, qui, par sa position personnelle, est mieux que personne à portée de donner à ce code l'exactitude qui doit en faire le principal mérite.
C'est ainsi qu'en France, depuis le commencement de ce siècle, les études relatives aux établissemens d'humanité, ont pris un caractère essentiellement administratif; elles ont surtout occupé les fonctionnaires chargés d'en diriger ropé*ration ; elles se sont présentées sous un point de vue pratique; on s'est principalement attaché à y porter, l'ordre, l'économie, à en améliorer le régime intérieur. Le haut développement qu'a pris, pendant cette période, l'administration française, la forme hiérarchique qu'elle a reçue, la centralisation qui en a ramené tous les ressorts à un mouvement harmonieux, ont favorisé cette* tendance des études, les ont rendues plus faciles et plus fructueuses. Les institutions dont la France jouit depuis la même époque, appelant Télite de ses citoyens à la gestion des affaires publiques, dans les di-
(1) Conseiller maître à la cour des comptes, enlevé par une mort prématurée, et auteur aussi d'un fort bon traité sur Thisloire de notre administration communale.
Son ouvrage imprimé en 1821, et derenu déjà fort rare, porte pour titre: HUtoirfi de l'adminhtration de^ secoun publics i
T«rs conseils qui conamvmtj soit à l^dmifilstfâtton locale;; stiLt aux opérations lé^latiTes, il est arrivé de là, que lés bonmes les plus distingués par leur inérite et leurs connais^
sanees, en sont devenus les collaborateurs naturels ; chacun d^eux, en silence, a porté son trftut à Fœnvre commune; chacun d'eux en a goûté les fruits. C'est là sans doute un rér sultat positif et réel, qui a aussi son prix; il a exercé une salutaire influence sur l'opinion publique.
:Uoe autre* circonstance a contribué puîssatnment aussi à éclairer Fôpinion , à l'intéresser aux établissemens d'humanité : nne fou1« d'associations charitables se sont spontanément réunies sous diverses formes, et sur les différens points du territoire. Le plus grand nombre, en s'appliquant à faire le bien, ont, par une modestie louable dans ses tnotifs, mais regrettable dans ses effets, évité plutôt que négligé de publier leurs opérations. Quelques-unes , en nous faistruisant de C6 «{u'elles avaient fait, nous ont donné d'utiles enseignemens: Parmi celles-ci , *la Société pHilantropique et la Société dé charité maternelle , qui , depuis plus d\in demi-siècle, persévèrent dans leur généreuse carrière, ont les premiers droits à notre reconnaissance et à nos respects. Depuis 1816, les associations charitables se sont multipliées et propagées avec une louable émulation. Leurs comptes rendus, réunis et mis en ordre, formeraient une collection intéressante de documens pratiques, frappés de l'utilité que promettraitun recueil comparé des observations fournies par l'expérience, quelques amis du bien se sont réunis, en 1828, pour composer une association dans ce but spécial; ils ont espéré qu'ainsi les bons exem*pies fruciifieraîent, que l'émulation du zèle serait entretenue j ils ont offert aux établissemens charitables un centre de communications, qui leur manquait; ils ont établi des correspondances, rassemblé, publié les informations qui leur ont été transmises 5 -ils ont, dans des discussions amicales, examiné eux-mêmes les plus importantes questions qui touchent au régime des secours publics j ils ont, par des encours, pro^
voquë des iniFestf gâtions Bomdtes ; te SqôIM de» éîébli$» 9§9mem thmritMeê e^ ki preniièpe «t la «eule en^lVanee, jusqn^à ce jonr, qui aitrmidacet émineat servke à la science, en même temps qa'à rfarananité. D'antres, eomme la Société fmer tédMeaUùn élémêPâavtey celle de la morale chré^ iietme, quoique ayant im but qui leur était propre, ont sou-vent recherelié et saisi Foccasîon d'appeler sur plusieurs cpiestions du même ordre, Pattention publique et les travaux particuliers desëorÎTains. Auxpublicationspériodiques dont ou leor est redevable, ssnt venues se joindre celles qui, comme la Bévue eBoyclopédiqne et quelques autres, ont embrassé dans leurs cadres les renseifpemens relatifs aux établissemens de bienfaisance. Là se Irouvent disséminés une foule d'élémens gu\ine main habile «t laborieuse pourrait mettre en œuvrei'' et que, pour oe motif, nous croyons devoir indiquer à ce'tnc qui suivront «etie carrière^
Pendant q^e les matériaux relatife à la statistique de la pauvreté et des établissemens charitables se préparaient ainsi, piar des fragmensépars, les trésors dé l'érudition étaient explmtés pour éclairer la théorie des secours publics par les enseignem«DS4le Thistoire. Les secours publics chez les anciens, sujet neuf et curieux, a été mis au concours par l'acadéimedeMàeon, etMM.Percyet Willaume, dans un mémoire couronné en 1813, l'ont traité d'une manière rapide; exaeteet lumineuse. Le même sujet avait déjà suggéré une dissertation savante à Mongez; il a été depuis traité encore par M. Dumas, secrétaire perpétuel de l'académie de Lyon: L'académie de Lyon elle-même a plus d'une fois proposé des sujets de prix sur des questions relatives à la bienfaisanoe,^ vertu chère siux èabltans de cette ville, et dont la pratique est chez eux héréditaire. Le premier de ces programmes a enrichi la science par les mémoires de M. Polinière(0 et de
(f ) Le mémoire de M. le docteur Polinière, (pii a été couroimé, a été pu^ hlîêeBl820;
UimOBTOTIOK.
M. Orfel (i), sur le régime des hôpitaux ; le second a donné lieu à la publication du Fiêkeur du pauvre , ouvrage dont l'auteur a été heureux de faire hommage à sa ville natale.
L'Âcadén&ie française, toujours inspirée par un si juste sentiment de la vraie dignité des lettres, a parfaitement copi^ pris qu'elles ne remj^lissent jamais mieux leur haute mission 4ans la société hupaaiae, qu'en se rendant les organes de la morale publique et les instrumens du bonheur des hommes. Aussi a*-t-elle souvent associé à ses travaux littéraires, les encouragemens propres à diriger vers ce noble but les productions des écrivains ; les fondations du généreux Montyon lui «n ont fourni des moyens plus étendus, et elle s*est empressée d'en faire usage. Le concours ouvert par elle ca iB27, et renouvelé en 1829, en a offert un mémorable ex:emple. Elle avait proposé le sujet suivant : De la charité eantidére'edan^ tes principes, dans ses applications, ei dans son influence sur lesmœuv et F organisation sociale. 14 mémoires lui ont été adressés^ et trois ont partagé ses suffrages.
Le vœu qu'avait formé l'Académie n'a pn être pleinement satisfait^ il a du moins imprimé aux recherch^s une bonne direction et une impulsion salutaire (2). L'académie de Bordeaux, peu de temps après, a proposé, à son tour, enlSSl, un sujet de prix sur les moyens de prévenir la misère (3). Xa société de morale chrétienne, en 1834 , a ouvert un concours sur les moyens d'augmenter le bien-être des classes laborieuses. On est redevable à ce dernier concours d'un ouvrage fort
(1) L*ouvrag? de M. Crfel qui a obtenu la première médaille a été publié en 1821.
(2) L'auteur du présent ouvrage sur les instances de ses mmis, rassembb en bâte les matériaux qu'il avait déjà préparé^ sur ces matières et en offi'it le trL'< but à Tacadémie, dans «un essai très impar&it qui, néanmoins a été admis à Tbonneur de partager le prix; il n'a vu dans ce suffrage qu'un motif pour ta* cber de feire mieux en persévérant dans ses recbercbes.
(3) Cette académie a bien voidu a^rder le prix à un. mémoire de hauteur extrait du présent ouvrage.
IlfTaODUCTIOK. IX?
recommandable de M. Emile Berès, qui a remporté le prix-(l)
L'acadëmie des sciences morales et politiques, restaurée^. depuis peu et animée d^une. nouvelle "vie, a considéré avec raison comme un des plus beaux domaines qui lui appartiennent, les études relatives aux moyens de prévenir et de soulager les maux de Thi^manité ; elle les cultive avec une sorte de prédilection ; elle provoque aussi, par des concoursi les travaux propres à les féconder. (2)
Jamais, en France, ces études n'excitèrent une émulation plusremarquable. Plusieurs écrivains, depuis quelques années, en ont exploré les bases, embrassé Ténsemble. M. Fœderé a publié son Essai historique et moral sur la pauvreté des nations. M. Tanneguy Duchàtel qui déjà, dans le Globe,' avait feit connaître à la France, par une analyse pleine de sagacité, la doctrine du docteur Chalmers, a considéré la charité dans ses rapports avec Tétat moral et le bien-être des classes inférieures de la société. On reconnaît quelquefois dans l'auteur, un disciple de Chalmers ; on désirerait qu'il n'eût pas envisagé la France sous le prisme des institutions et des théories anglaises; mais,^n reconnaît aussi en lui un économiste d'un mérite supérieur, un écrivain qui réunit la concision à la clarté, un ami sincère de la vérité et du bien public. A l'étude de l'économie politique, M. le vicomte AI-
(1) Toyez le rapport fait à cette sodélé dans rassemblée générale dii % nud 1885.
M. Emile Berès était déjà aTantageusemeat ooimu par un écrit sur les causes du malaise industriel et dommercial de la France, couronné en 1832» par k société industrielle de la France.
(9) Le prix quinquennal de 5000 fr. proposé par M.' le baron Félix de Betiijour a pour objet la question suivante :
« Déterminer en quoi consiste et par quds signes se manifeste la misère en « diirarspayi;
• Eechercher les causes qui la^roduisent* »
Il devait être décerné en 1887 % mab TAcadémie a prorogé le concours jusiYi'ciil889.
f TMPalUlIIflTTflll .
ban de YiUeiieave Bargeoiont. a. joint nue longue piatiqfie de Tadministration, dans des fonctions qui lui permettaient d'ob-^ server de près la marche de» étabii&semens charitables* Vivement prévenu contre les doctrines qu'il désigne sous la àénfymination S éeonomie politique anglaise, il a voulu y oppoaeir celle qu'il appelle une économie politique chrétienne Cl)* A s'est alarmé du rapide essor de l'industrie manufacturière;^ il a craint l'excès de la production ; il s'est élevé coxttre la X/sssk^ dance qui i:estreindrait le domaine de l'économie publique à une simple arithmétique, et à de& réglemens matériels. Par- Gourant) dans toutes ses branches, le système de nos établiss^mens 4*huimanité, il a rappeléce qu'iUdoivent aux in&piratioiur dé la charité religieuse \ il a invoqué la même puissance pouii lès vivifier et les perfectionner encore. Ecrivant lui*mémesott&. l'empire. du sentiment doi^t il retraçait les œavres> il s'en e&l» rendu le fidèle interprète (2). C'est aussi à l'ëconomie politique^ que M. le baron de Morogues, dans ses laboriease& investiga^
<1) Paris, S toi. iii*8'' 1884.
(2) tlnounage étendu, systématique^ comeiencieuxt iaspîré pMrle»ém»wf^ timent, con^i à quelques égards dans les mêmes vues^ avait été entrepris parfeia le duc Mathieu de Montmorency; cet homme de bien y avait travaillé pendant plusieurs années avec beaucoup de zèle ; il avait rassemblé de nombreux mate* riaux; il avait même déjà tracé plusieurs chapitres ; it y discutait les questions fondamentales qui occupent aujourd'hui si vivement les esprks'sur ces aatieMS* Ayant interrompu ce travail, lorsqull fut appelé aux affeires publiques^ il l'a laissé impiu^fiiit» et,;par aon teatasMAt» il a légué son manHMril et sesisotift à l'auteur du présent ouvrage. Le légataire n'a pas cru pouvoir mieuxsolÎB&w» 'h I9 dette que lui imposa^ ce ténaeignagp d'amkié, qu'en .e£Ëraiit<à la société des établissemena charitable» les pages tracées pai? un homme veKtwMX» qui liùr même avait consacré sa vie aux œuvres da La charitié privée, comme à Uadaûnistration des établissemens die bjenfaisanee^ La société des étabUssemess charitables conserve avec vénération dans sas arcbàves ce précîcux>dépôt„ pnâtftà le communiquer à ceux qui désireront le confloUer; eUa en a publiéi eUemême quelques fragmens (tome m, n** 3, page 193). L'auteur y a Mwrtnt puisé avec une émotion mêlée d^e.regretSyd'aCfection» de respect; an s'inatoiisant par cette lecture, il a trouvé da»a les seotoen» <|jiiâ y vfsuj^an^X u« mu- Tel aliment pour les intentions qui lui ont dicté son propre /Imraili .
tk»is (1), a dmnaiidé la solution des grates problèmc»^ qui se rattaehem à ce qu'on nomme aij^rd'bui le paupérisme^ Sa^ vaut et habile agronome, il apporte de nooveaox s^^els de ter** leur aux éGOtomisleS'qu'iiiqttièteiit les proférés de la grande éié* ploitation industrielle, [et Tinfluence exercée par les grandefir villes ; il forlâfie ces craintes par une foule de tableaux de statistique, par l'appareil de calculs multipliés. Attribuant essentiellement le paupérisme à rinégalité dans la réparti"" tion de la richesse, il voit crdttre le mal avee la disj|>rop<M^ tion de» fortunes. Il fait toutefois UM juste part aux effets de la. dépravation des moeurs; il peint avec complaisance les avantages moraux de la petite propriété. M. Bouvier-Dumo-* lard Q^>y e( qudlques autres^ëmyainsy se sont efIRsîrcés de dA' ccMivrir les causes de Finqùiétude qui agite la dasse des^ pf o^ létaires,! et d'ap^H'écier les dangers qui en peuvent être la siiie. Uantenr de la politique de$ intérêts (S>) a proposé des vues sages pour améliorer le sort des travailleurs. D'autreSi remontant jusqu'aux notions fcndamentales de la propriété, jttsqii^aux principes de|rorganisatioii du travaH, cm aecusé les institutions sociales^ des]mau:£ qui affligent la classe in-* digente ;. its ont invoqué la réforme de ces institutions, pow* assurer le bienrétre de tous par une nouvelle distribution des biens , par un nouvel emploi des forces 'individuelles. (&) La question de la mendicité , qui joue un rôle important dans l'ensemble de celles" qu'ont traité les écrits qui viennent d'être indiqués, a fait également^ dans^ ces derniers tempsi^Fobjet ^écial et; direet de plusieurs' ouvrages, tant en fnince'qtf'eii Belgique' (S) ; elle af été aussi la matière d'études
(1) Du paupérîsrfte, de la mendicité^ât-des^moyiti^^.d'enpfMnn'ksfi^^ effets f etc, Paris, 1834r \
(2) Des causes du malaise qui se fait-^teniir 0nfF^/re&^âiic»^B3n%ilSZ4i
(3) Paris, 1834. ,g
(4) Spécialement le» écntu sorti» de Féeol» de Saio^iiidii , et de cdlède Fourier.
(5) En France ce sujet a été traité par MM. Sigttdl^ m lea^Bidann^ Uh
IXTiij IKTRODtTCTIOF.
administratives (1). Les rapports présentés au roi par M. Latné en 1819, par M. de Gasparin en 1837, ont joint au tableau de la^ situation de nos établissemens d'humanité, des observations d'une haute importancOi sur les perfectionnemens dont ils sont susceptibles.
La Belgique qui a vécu, en communauté avec la France, de la même vie scientifique, littéraire, administrative, a cependant, depuis qu'elle en est séparée, fourni quelques faits qui lui sont propres, à la science dont nous essayons de tracer la marche. Tels sont principalement les intéressàns rapports que le gouvernement des Pays-Bas présentait chaque année aux. chambres législatives, sur la situation des établissemens d'humanité existant dans ce royaume, tableaux d'autant plus instructifs, qu'ils reposent sur des renseignemens authentiques,* et dont l'exemple devrait être suivi dans les autres états (2). Telles sont encore les savanties recherches de M. Quetelet/ qui apportent de nombreuses et utiles données à la solution des problèmes relatifs à la pauvreté (3); telssont les écrits de M. Ducpetis^ux, qui leur livre les résultats de son expérience administrative (&). La Belgique possédait aussi en propre une publication périodique, sous le titre du PhUantrape, qui, si nous ne nous trompons, est restée interrompue.
forêt, Jacquet en 1828; CochinyMausion en 1829. En Edgique, par M. Gillet^ à BnixeUes, en Tan i.
(1) En particulier dans les iiistructions du ministère de Fintérieur et les délibérations des coiisâls-généraux de département*
(2) Ces rapports ont été publiés par le gouyemement, mab seulement pour les cbambres. Nous avons réussi cependant à nous en procurer qudques exemplaires^ par Tobligeance de nos amis.
(3) Recherches sur la population, les naissances, les décès, les prisons, les défais de mendicité, etc* BruxeUes, 1827. '
Mecherches statistiques^ etc, Bruxelles, 1820. ^
Sur t homme et. le développement de ses facultés ou Essai depfysique so» ciWe^ par le même, Paris 1836.
Voyez aussi Y Annuaire que ce savant publie à Bruxdies. '
(4) Voyez entre autres son Traité des moyens de soulager et de prépenîf Vindigenceg Bruxelles, 1832. >
IHTHOBUCTIOll. IXÎX
Les tributs de ritalie, de TEspagne, du Portugal, ont dû être naturellement moins abondans. Les établissemens charitables sont restés, dans ces états, plus exclusivement placés sous Tempire de Tautorîté ecclésiastique; les institutions et les habitudes y sont d'ailleurs moins favorables à la publicitéy que dansle reste de l'Europe ; or, la publicité donnée aux documens tirés de Fexpérience des faits, peut seule prêter lesalimens nécessaires à la science. Les régions situées dans les denx péninsules ont d'ailleurs moins participé, par l'effet' seul de leur situation, au commerce des idées, commerce trop imparfait sans doute encore , même dans le reste de l'Europe. Toutefois, dans ces pays qui ouvrent, dans leurs beaux et nombreux établissemens, un si fécond théâtre d'observations au voyageur ami de l'humanité, il a été publié pour l'instruction de ceux qui ne peuvent les visiter, quelques des- ' criptions des organisations intérieures, desMnstructions administratives, des documens statistiques, précieuses à consulter, trop peu connues sans doute, et qui, si elles l'étaient davantage, rectifieraient plusieurs des opinions qu'on s'est .formées assez injustement, suivant nous, à leur égard. Ben- . dons grâces aux voyageurs qui,comme Yalentin (1), Ouo (2), ont pris soin de visiter, en observateurs éclairés, les asiles ouverts en Italie aux divers genres de malheur avec une libéralité qui va quelquefois jusqu'au luxe et à la magnifi- .cence. Rendons grâces aux administrateurs éclairés qui, comme l'estimable prélat Morichini (3), ont tracé l'histoire, décritla situation et les résultats d'un système entier d^établissemens, dans une contrée déterminée (4); aux auteurs d'in-
(1) Fofogès en Italie par le docteur Yalentin 4e Nancy; ils ont eu denx éditions, rune eo 1822, Tautre en 1826, Paris, 1 yo?; in- 8**;
{^Otto'sBeise dursh dieSchweitz, italien, Frankreich, e/c. Hambourg, 1825; il n'en a encore paru que deux Tolumes.
(S) DegV institute dipuhlica earitàf etc, in Romat RomeJ 1836» 1 vol' ii^8*.
(4) La statbtique italienne publiée à Milan , est pleine d'indications de cett« nature.
Ih nwHOBvcnoflr.
•vesiigatioas statistiques <qui ent découyerty comparé^ mis au jonr les faits élémentaires.
Les sciences économiques ont d'alll^vtrs été cultivées^ depuis plus d'un siècle, avec autant de zèle que de succès, dans le midi de TEurope. Les hommes qui s'y sont voués n'ont pas négligé de considérer les Institutions charitables comme un des grands intérêts de la prospérité sociale. C'est ainsi que/ dans la Bibliothèque espagnole d'économie politique (!}, 'Sempères y Guarinos a fait entrer un traité fort instructif et fort bien pensé sur les principes qui doivent gouverner le
régime des secours pubUcs , et sur Thistoire de la législation espagnole à cet égard (2). C'est ainsi que Genovesi, Beccarîa, Gioia,' Ricci, Ortes, Fiiangieri, Jean-Baptiste Vasco, le comte Pecchio, etc., en Italie, se sont trouvés d'autant plus naturellement conduits à s^occuper des institutions de chanté; car, comme le dit fort bien le dernier de ces auteurs, dans l'intéressante histoire qu* il a tracée de l'économie politique en Italie, les économistes italiens ont constamment . envisagé la morale, la justice, le bien-être général comme des élémens aussi essentiels à cette science, que la richesse et la puissance de l'état.
• Sous le titre trop modeste de préface, le comte Foloktno Schizzi a joint, à une traduction italienne àxïViÊiteurdupat^ vre (S), un véritable traité sur le régime des secours piïblics, dans lequel il expose rapidement leur état et leur mode d^administration dans le royaume lombard -autrichien; il ac^ compagne ce tableau de réflexions' inspirées à un excellent esprit par le zèle iepihis sincère pour le bien (&). Un administrateur-piémon tais, le comte Petitti de Roreto, vient de doter l'Italie d'un travail q^i lui manquait, mais dont l'utilîté o^
(8) «lAdrid, 1804.
(3) Milan, 1828.
(4) Saggio, 9ul buon govemo délia mendicità, etc. Turin, 1837» 2 vol. iil-8*
Mf isouuowfiys • boy
éon point renfermée dans Fenoeiate de sa patrie : il a ré- , coordonné sons wie forme concise , méthodique , les
règles qui doiTent présider aox différens ordres d'établisseaiens d'humanité^ il a déterminé la nature de chacun , il lai a Mttgné son but ; il fait passer en reloue la riche nomenclar tare de ces établissemens qui se déploient aujourd'hui avec tant de graudeiu* sur la surface entière de Tltatie. Sobre de âtecussioBs, abondant en faits, il donne les meilleurs conieik, ceux qui sont empruntés à Tobservation (1). L'acadteie des Georgaphiles a été, pour Florence, tout ensemble et nn foyer de lumières pour l'art de la bienfaisance, et un eft&tre d'action pçur les œuvres qui l'appliquent.
«iuBcoutumés à suivre les traditions qu'ils ont jadis reçues âe FAngieterre, et à se nourrir des productions de la littérature anglaise, accoutumés aussi à apprécier essentiellement les questions positives et pratiques, les États- Unis se sont encore peu empressés d'augmenter le nombre de traités théoriques sur les causes et les remèdes de la pauvreté; mais, aux États-Unis, la pratique est actjve, soigneuse; s^ y a peu de vues géo^rales et de directions Centrales , les établissemens locaux sont largement dotés, administrés avec zèle. Une attention singulière s'étend sur leurs moindres détails ; leur situation , leurs comptes sont livrés à la publioilé; de nombreuses associations les dotent, les dirigent à f envi ; elles s'inspirent par les motifs de la charité religieuse ; «■es les propagent. Ainsi se forme, pour les États-Uofô, im autre genre de science familière,. immédiatement liée aux applications, qui résulte du tableau des faits et de leur rapprochement; Jes acteurs en sont à-la-fois et les élèves et les maUreS) et le public s'éclaire en voyant faire le bien. Une foule de publications périodiques secondent ces diiH>ositions,
(lyPlmiiî 1m «itsnéermiiis de l'Italie qui ont traité oes matières, on pour<! ittil eiter Taeea, dant les Ménomeê sur lu emm$ de la mmdieké et Us moyens de h etfffrhmry oot.pnm à Itotn ea 1700, Jflu^»Pterre iFloriilo, auteur de la DUsertaûon médico-politique sar le régime 4iBi«Hlesii08pitallefs,ieie.
Jxxq urnoDiTCTiOH.
en faisant connaître les résultats obtenus, les observations , les critiques même; elles renferment des dissertations spé* ciales; elles analysent les ouvrages étrangers. D'abondantes informations se trouvent ainsi répandues dans le Religiotu Observer et dans le Christian Almanach, qui paraissent à. ^çW'Xov^L•^ àsûû< Nord- American Review, dans le Chris^ tianadvertiser de Boston, et dans d'autres recueils. L'Europe est redevable aux voyageurs pl^ilantropes qui visitent les États-Unis (l),.en même temps qu'à ces collections, de la connaissance d'ime foule d'institutions charitables qui existent aux.États-XJnis , et dont plusieurs sont dignes de servir de modèles. Les rapports qui ont préparé, dans quelques états de l'Union , de nouveaux plans de législation sur les pauvres, ïont connaître aussi, en même temps que le régime actuel' dessecours publics, les besoins qu'il éprouve et les vues déç hommes d'état sur leur perfectionnement.
Ce caractère d'une charité diligente, éclairée • qu'anime le sentiment religieux, se peint d'une manière très remarquable dans l'ouvrage qu'a récemment publié, à Boston, le respectable docteur Tûckermann (2). Chargé à-la-fois du service religieux et de la distribution des secours, dans une partie de la ville de Boston, où abondent les indigens, le docteur Tue* kermann rend compte, chaque année, à une^ congrégation dont il est le délégué, des opérations auxquelles il s'e3t livré et des observations qu'il à faites, dans une. suite de rapports qui jettent une^ précieuse lumière sur les mœurs et les besoins
(ij On aime à citer spécialement sur les ' établissemens de -charité des Étatâ^Unis, le voyage récent de M. Ramon De la Sagra. On attend avec un vif et juste empressement celui que promet M. le docteur Jùlius.
(2) The prinfiiples and resulls ofthe minist/y at largue in Bostoni BostODi 1838, in-go. , '
M. Tûckermann est ministre at largé^ c'est-à-dire quUl è](erce le ininistère évangélique auprès d'une partie des habitans de Boston, qui ne se trouve pas classée dans les congrégations et les circonscriptions, régulières de. Funé ou Tautre communion chrétienne ; il se trouve ainsi en rapport avec le rebut de la population de cette grande ville. (
' I1ITH0DUCTI09. llxUj
fdesindigenSy et sur le mode d'action qu'une charité éclairée peut exercer sur eux. L'ouvrage qu'il vient de publier renferme ta substance de ces rapports périodiques : on suit^ en lisant, les traces du ministre de l'évangile portant, au sein des familles que le malheur accable , l'assistance et les consolations, s'attachant à relever des êtres abattus, à réformer 4es êtres dépravés , associant ainsi les deux plus belles missions qui soient sur la terre. C'est à une semblable école, que l'on s'instruit éminemment des secrets qui appartiennent à Tart de la bienfaisance. L'auteur trouve, an reste, en traitant ce sujet, l'occasion de s'élever aux plus hautes considérations sur les règles de cet art et sur la théorie qui y préside. Il fait sentir toute la puissance du christianisme sur la moralisatîon des classes inférieures^ il compare la législation de sa patrie sur les pauvres, avec celles de l'Angleterre et de l'Ecosse; il discute les droits de l'indigent; il compare la situation du riche et celle du pauvre, pour assigner les rapports qui doivent exister entre ces deux classes de la société. Il s'applique à distinguer la pauvreté' proprement dite, du paupérisme, en signalant les fâcheux effets de l'erreur qui confond souvent Tune avec l'autre. Nous ne pouvons mieux terminer, que par ce passage de son livre (1), Taperçu que nous venons d'esquisser : « Les termes de pauvreté' et de paupérisme ont acquis graduellement, dit-il , une valeur distincte par suite des progrès qu'a obtenus cet ordre de connaissances; la distinction est relative aux mœurs et aux dispositions des indigens. Le paupérisme se rapporte à cette classe de misérables, la plus abjecte et la plus dégradée, que le vice a le plus souvent conduite à la misère, et qui croupit, encore dans le vice; la pauvreté n'exprime que des nécessités réelles , qui souvent s'allient à uû caractère estimable et même quelquefois à de hautes venus. Ces âeux classes d'indigens diffèrent essentiellement entre elles; l'abus qu'on
(1) Yoyei roayrtge d^essus cité, 2* parlie, leUre 4, page 200.
tSÛf >Ilt9K09U€fItlMI«
fait du term« d« paupériame tend à les confondre; cette confusion est une injustice, et produit des maux oonsidë^ râbles sous le rapport moral. En traitant également tous leB fndigens, comme s^ils étaient toos Ticieux, on s'expose à leur faire contracter à tous ces funestes habitudes } laissons an pctuperisme le sens par lequel il désire les gens qui pré^ lèrent être nouri^ts par i'aumtee; à la sabsisiaace qu'ils pom^ raient acquérir par leur travail. C'est dans ce sens , mais dans «e sens seulement, qu'il doit être considéré 4!toanie un véri^ table fléau pour ceux qui réprouvent , <yHiime pour la société «fitière. Mats né l'appliquons point à cette pauvreia' AlgaB à-'la-foîs d'une estime profonde et d'un tendre intérêt, qui se produit an milieu de nous par des revers non mérités. Ses ^droits sont sacrés, et dans les exemples de vertu et de piélé qu'elle donne, se retrouve le centuple de ce quelle a reçu de «ouâ. •
lYons avons dû nous borner à Indiquer seulement ici les imvrages généraux, les collections principales qut s'étendenf; •sur le systènie entier des études relatives à la bienfaisance publique. Les ouvrages spéciaux, relatifs à certaines que»* tiens déterminées, à certains genres d'établissèmens, à cer-»tains projets , passeront sous nos yeux dans le cours de l'écrit que nous entreprenons, et seront indiqués à leur place. Ph»sîeurs de ceux qui viennent d'être nommés se trouver(Hif; cités aussi de nouveau, plus en détail, lorsque nous auriHis occasion de traiter les sujets sur lesquels ils se sont ^los particulièrement étendus. Mats il était utile d'embrasser d'a<^ bord dans une mém^ perspective des productions qui^ nées à diverses époques , dans différentes contrées, se dirigeât essentiellement au même but, et se lient par d'étr<ràts rap»ports. Nous né nous sommes point proposé , oomnîe o« le comprend bien, de présenter ici une nomenclature, biblii»^ graphique (1), un catalogue, que nou^ eussiims craint de
(1) Nous aurons commis, sans doute, plus d*une pmssion , même reMve-^
INTAODUCTIOir. IXXt
pouvoir rendre plus exacts, et qui n*auràient eu qu^une médiocre utilité. T^ous avons désiré indiquer à ceux qui nous suivront dans la carrière, et qui certainement feront beaucoup mieux que nous , les sources auxquelles ils pourront puiser avec avantage (1). Nous nous sommes fait un devoir d'exprimer notre profonde gratitude envers tant de gens de bien/ tant d'hommes éclairés et laborieux qui, parleurs écrits; ont servi la cause sacrée de la bienfaisance. Nous avons e$^ péré recommander aussi leur mémoire à la reconnaissance de la postérité. Nous avons voulu essayer de montrer quelle a été la^marche de ces études , la direction qu'elles ont sutvie,ies résultats principaux qu'elles onX produits, l'état dans lequel , à la suite de ces nombreux travaux , se trouve aujourd'hui la science , les trésors qui lui sont acquis , les be^ jsoins qu'elle éprouve encore.
On ne peut se le dissimuler , en effets ces besoins sout considérables. Du nombre , et même de la variété des travaux qui ont vu le jour , est résultée une divergence d'opinions, une contrariété de systèmes, qui jettent de la confusion dans quelques esprits , qui font éprouver à quelques autres le découragement du scepticisme. L'art de la bienfaisance qui, au premier coup-d'œil, paraît si simple dans ses priificipes, si facile dans ses applications, a fait jsargir les problèmes les plus compliqués. Â mesure qu'oa e&t remonté aux premiers principes , ces problèmes sont de* veuus toiyours plus jardus. Les dissentimens religieux, les
it àdM'étrits rateviaMUkibifls; an'noiu exinuera en {Mnsaat que; mlgié j|Osar«cii«rjidM«»Jottiffnt.»«ii.a'fivtQ»fttJiow niioéiiMe ea «wWr
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(1) L*4uteur aime à ténioigner.ici les nombreuses obligations qu'il a contractées vis-à-vis plusieurs de ses amis, en Trance et dans VétraDgèr, pour lei Indiottions, les communtcoHoBs, les dons nombreux 4[a'U en «reçus. fU est«cu^^ ^Mit ffcdetable det pl«ç9leieiues MmiimBifiatioiii à jm 'kmiitaiile et fêlé' «II» «Ni B^,Bcig»mpi^«ie«firt <|w|i bien vwvlu BMltne km diaptsilionJn Inbtiotbèque la plus riche en ouvrages et tu documeoa sur ces matières.
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opinions politiques s'en sont emparés , et par là , en les détournant trop souvent du vrai but, en ont encore accru la^ gravité. Lesfondemens de l'organisation sociale ont été mis eux-mêmes en question à ce sujet; la guerre du pauvre coatre le riche a pu en quelques momens paraître imminente, les manifestes qui F annonçaient ont accru, avec ragitation 'des esprits, l'importance naturelle que ces études ont , par elles-mêmes, aux yeux, des amis de l'humanité. Une angoisse douloureus»* s'est fait sentir à l'àme des gens de bien; un sombre nuage a semblé s'élever dans l'horizon , et porter dans son sein de terribles orages. On a cru voir le fléau dû paupérisme se répandre sur la société humaine, la menacer de ses ravages. On s'est demandé d'un côté , si la pratique de la bienfaisance ne concourt pas à aggraver ce fléau, par l'abondance de ses libéralités elles-mêmes, et ne devient pas line grande erreur quand elle croit être un secours. On s'est demandé, d'un autre côté , si des théories qui engendrent un semblable doute , ne se condamnent pas comme de vaines et dangereuses abstractions; si la. bienfaisance a^ besoin de règles; si elle doit avoir d'autre guide que les saintes inspirations qui lui sont propres. L'existence même de la science a été ainsi mise en question. Son but n'a pas été moins controversé. Les uns, consacrant les droits du pauvre, comme un titre absolu, à l'assistance publique , ont imposé à la société l'obligation de cette assistance, comme une dette. Les autres ont accusé la -charité légale d'être la cause du paupérisme et la destruction de la charité réelle. Ceux-ci ont vu Torigine de l'indigence dans des circonstances purement matérielles, dans l'excès de la population , dans la rareté des subsistances, dans la disproportion entre les salaires et le prix [des objets de consommation, dans l'inégalité des foiv tunes, dans les grandes entreprises de l'industrie. Ceux-là l'ont vue dans l'organisation sociale elle-même , dans les vices de la législation générale; D'autres Tont découverte dans des influences morales. On s'est divisé sur le choix des
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remèdes, comme sur le caractère des causes. Il en est qui oot révoqué en doute Tutilité des établissemens publics , qui ont contesté la compétence du gouvernement civil dans les^ choses, de la bienfaisance ; il en est qui ont voulu subordonner rexercîce de la bienfaisance aux lois de police, et qui n*y ont considéré qu'une branche de dispensations administratives; il en est qui ont au contraire exclusivement célébré le mérite des associations libres. On n'a pas moins diflëré sur la forme, la mesure, les limites des secours publics, sur le rapport qu'ils doivent avoir avec les aumônes individuelles. Tantôt on a réclamé la prééminence pour les institutions préventives ; tantôt on a cru qu'il suffisait d'encourager le travail. Les mesures de contrainte ont été, tonr-^ â-tour, jugées nécessaires et sévèrement blâmées. Quelquesuns ont voulu fermer l'accès des asiles hospitaliers; d'autres ont voulu l'ouvrir sans réserve. En partant de points de vue si divers, les systèmes, les plans, les projets se sont multipliés àl'iniinî; le public, à ce spectacle, s'est trouvé plongé dans, de pénibles incertitudes; les amis du bien, plus d'une fois, ont pu éprouver de cruelles anxiétés. Il est temps d'y mettre un terme, s'il se peut; et pourquoi ne pas l'espérer? des controverses elles-mêmes doit résulter le triomphe de la vérité.
Nous croyons fermement à ce triomphé. Nous y croyons, après avoir nous-mêmes partagé les doutes pénibles qui naissent de tant de contradictions; après avoir étudié, cornparé ces opinions divergentes, avec une impartialité con- ^iencieuse, nous être livrés à de longues investigations et des méditations assidues. Nous apportons ici des convictions profondes, franches, entières; nous les exprimerons avec la même sincérité qui les a formées. Nous avons fol à la merveilleuse puissance de la bienfaisance guidée par la sagesse. Nous sommes persuadés que cet art sacré n'est point abandonné au hasard ou à un vague instinct; qu'il a des règles certaines,,quoique difficiles, fondées sur des principes positifs. Nous ne partageons point VetStoi répandu aiyourd'bui dans
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un grand nombre d'esprits sur les progrès de ce qu'on appelle le paupéiisme; nous ne nous alarmons ni des accroissemens de la population , ni de l'essor de l'industrie, ni du développement des grandes cités, ni de l'inégalité des conditions; mais nous pensons que les nouvelles circonstances sociales , nées des progrès de l'industrie, des richesses, de l'avancement même de la civilisation , ont fait naître des nécessités nouvelles , imposent à la société de nouveaux devoirs. Nous nous alarmons de dangers plus réels, à nos yeux, plus graves^ moins connus peut-être, ce qui en accroît encore la gravité* Ils ne tarderaient pas à éclater, si les nécessités nouvelles et les nouveaux devoirs étaient méconnus. Le développement, le perfectionnement de la^ bienfaisance publique, dans des vues éclairées et généreuses^ eçt l'une des principales améliorations qui deviennenc aiyourd'hui indispensables. Les liens sociaux tendent à se relâcher; l'esprit de calcul envahit tout; la personnalité individuelle s'applaudit de son triomphe croissant; des tentatives toujours imprudentes, quelquefois coupables, suscitent, entre les diverses classes de la société, la défiance, la discorde; provoquent une funeste hostilité. Au sein même de la prospérité, une inquiétude générale se manifeste. C'est en vain qu'on demanderait aux lois, aux pouvoirs publics, dont l'autorité d'ailleurs s'affaiblit, de prévenilr par leur seule force, les déchiremens qui se préparent. Pour obtenir la sécurité, de grandes obligations sont tracées à la société, aux riches, aux pauvres eux-mêmes. Tous doivent, pour leur part, concourir au rétablissement de l'harmonie générale. Nous les exposerons, ces obligations, dans toute leur étendue, dans toute leur sévérité; nous insisterons sans cesse sur leur religieux accomplissement. Elles se résument. Pour le riche, dans un patronage éclairé et bienveillant envers le pauvre; pour le pauvre, dans le travail', l'esprit d'ordre et de conduite ; pour la société, dans les dispensations gêné-, raies de protection, de prévoyance, de soulagemens pour le malheur. Nous appelons donc sur les établissemens charita-
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blés, vénérables monumens de la piété de nos aïeux, le concours de la bienfaisance publique et de la cborité individuelle; nous les environnons de notre respect et de notre reconnaissance ; nous ep retracerons les services; les faits suffiront à leur apologie. Nous ne dissimulerons cependant point les inconvéniens auxquels ils peuvent être quelque^ fois sujets, les erreurs commises , les abus, les imperfections qui peuvent exister^ mais nous invoquerons, nous essaierons de proposer les perfectionnemens qu'Us peuvent recevoir; car, nous estimons qu'il faut améliorer et non détruire.
Une grande et principale vérité ressort ici à nos yeux, de rétude des faits, et préside à toutes les vues qui ont pour objet les établissemens d'humanité : c'est qu'à la morale est réservé le beau privilège de fonder, de conserver, de perfectionner toutes les institutions humaines; c'est qu'il lui appar^ tient éminem|nent aussi, et de prévenir les causes de rindigence, et d'en adoucir les douleurs; c'est qu'il lui est surtout donné d'établir entre le riche et le pauvre, des relations également utiles pour tous deux. La morale publique devient ainsi l'âme de la bienfaisance sociale, comme la vertu est l'inspiration de la charité privée. L'auguste alliance de la morale et de la bienfaisance est la pensée qui , dans notre esprit, éclaire, résume, domine le sujet tout entier; elle a guidé nos travaux^ animé notre zèle, soutenu nos forces, fondé nos espérances.
Nous avons emprunté d'abondantes lumières aux écrits de ceux qui nous ont précédés ; en exprimant fidèlement, à chaque pas, les secours que nous leur devons , nous satisferons à un besoin, autant qu'à une obligation; mais nous ne pourrions, comme on le voit, nous ranger sous la bannière d^aucun système ; les opinions que nous venons d'annoncer , et que nous essaierons dej^ustifier, nous traçaient une direction essentiellement différente. C'est surtout dans l'étude dupasse, du présent , que nous avons cherché les règles pour Tavenir.
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L'indigence, considérée comme un phénomène social; moral et économique tout ensemble, a dû attirer d'abord nos regards. Nous en examinons la nature , les élémensy les degrés , les formes diverses ; ces considérations nous conduisent à déterminer les obligations et les droits qui en dérivent. Après avoir établi les faits , nous remontons à leurs causes plus ou moins immédiates ou lointaines. . Les moyens de prévenir Tindigence^ dans ses sources se présentent naturellement ensuite à notre attention ; nous les demandons principalement à l'éducation des pauvres, aux institutions de prévoyance, au travail 3 mais, par-dessus tout, aux bonnes mœurs.
Cependant tous lés maux de l'indigence ne peuvent, à beaucoup près, être prévenus d'avance ; il en restera toujours d'aussi graves que nombreux à soulager. Nous parcourons donc ensuite successivement les divers ordres de remèdes qui peuvent être opposés aux divers genres de misère: un régime de réformation pour les mendians ; l'hospitalité pour les malades et les infirmes ; les secours à domicile pour les mal- ^ heureux qui ont encore un asile, et auxquels il importe de le conserver.
Après avoir visité tour-à-tour les établissemens publics fondés dans le double but , ou de prévenir ou de soulager la ^ misère, en avoir examiné le régime intérieur, les détails , les besoins, il reste' à envisager l'ensemble des directions générales qui gouvernent le système entier des secours publics , la part qu'y doit prendre le législateur, la mission qu'a reçue l'administration publique , les rapports qui doivent exister entre la bienfaisance sociale et la charité privée. Dans ce point de vue se résument et se complètent les études précédentes ; il en applique les conséquences.
Telles sont les quatre divisions qui se sont, comme d'ellesmêmes, partagé l'écrit qu'on va lire , et qui en forment le plan. En traçant cet écrit, nous avons constamment cherché , dans le bien qui a été fait , las moyens d'jstccomplir celui qui
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reste à faire encore. Nous nous sommes attachés à recueillir les leçons de rexpérîence; nous n'avons rien négligé pour nous instruire à celte grande école; nous avons, pendant un grand nombre d'années, interrogé avec soin, et l'histoire du passé, et les choses présentes; nous avons tâché de voir, par nos propres yeux, autant qu'il nous a été possible. Nous n'avons négligé aucun des docuniens que nous avons pu nous procurer; nous avons mis un soin scrupuleux à faire conjiattre au lecteur les sources auxquelles nous avons puisé les térrfoignages que nous avons consultés.
Nous devons en prévenir le lecteur; il se méprendrait si, dans le résultat de ces explorations, il cherchait des tableaux statistiques qu'il n'était ni dans notre intention, ni en notre pouvoir de lui offrir. 11 verra parla suite que, dans l'état présent des choses, les travaux statistiques ne promettentpas beaucoup de données exactes, certaines, et surtout de données comparables, relativement aux questions qui vont être traitées. Pour devenir vériiablemeut utiles, ils exigeraient plus qu'il n'est possible, en ce moment, à. un seul homme, d'accomplir. Les faits que nous avons cités seront produits ici seulement a titre d'exemples, et, sous ce rapport, nous en espérons une véritable utilité (0« Nous remonterons autant qu'il est en nous à l'origine des institutions ; nous indiquerons dans quel esprit elles ont été conçues, dirigées; quelles critiques elles ont éprouvées, quels obstacles elles ont rencontrés, quels succès elTes ont obtenus , comment quelquefois elles ont pu s'écarter de leur but. En s'instruisant par la vue des bons modèles, on se sent animé aussi d'une émulation plus vive; on éprouve une nouvelle confiance ; c'est
(1) L'auteur regrette de n'avoir pu employer qu*uue partie des matériaux qu'il avait à sa disposition. Il lui eût fallu étendre indéfiniment cet ouvrage, s'il eût voulu entreprendre une «xposition complète des faits qui y sont consignés; il a dû se borner à ceux qui lui ont paru les plus instructifs, ou qui étaient le moins connus, particulièrement en France.
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ainsi que s'établissent les sages théories, celles qui deviennent applicables.
Le bien-être de la classe laborieuse de la société est, pour rhumanité, un intérêt immense, et qui ne saurait être acheté à un prix trop élevé. Découvrir les moyens d'accroître ce bien-être, d'affranchir celte classe intéressante et si nombreuse des maux qui la menacent, de soulager du moins ses souffrances lorsqu'elles sont inévitables, est un vœu ardent pour toutes les âmes généreuses. Nous nous y associons de toute notre âme; nous nous sommes dévoués à celte recherche avec tout le zèle, avec toute la persévérance dont nous sommes capables. Mais pour servir avec succès cette grande cause, nous nous sommes attachés avant tout à la vérité; nous nous sommes, défendu des illusions qui' trop souvent font manquer le but en le- dépassant; nous avons examiné, non- seulement ce, qui est désirable^ mais ce qui est praticable en réalité.
Nous n'avons éludé aucune des importantes questions qui sont aujourd'hui controversées; nous nous sommes imposé le devoir de rendre un compte ISdèle des controverses qu'elles ont fait nattre. Nous n'avons déguisé aucun doute, affaibli aucune objection. En exposant notre avis^ nous en soumettons les motifs à ceux qui liront cet écrit. Lés amis du bien jugeront les vues que l'amour du bien a suggérées, (i) .
(1) L'auteur de cet écrit a employé la plus grande portion de sa vie à en prépares, les matériaux ; cependant il avouera que pendant long-temps il ne s'était point proposé de le publier. C'était pour remplir des devoirs personnels pu par l 'impulsion naturelle *d*un vif sentiment de respect et de sympathie pour les œuvres du bien, ou pour acquérir de précieuses lumières, qu'U avait visité les établissemens charitables d'une partie de la France et de l^Europe , rassemblé et lu un grand nombre d'ouvrages sur cette matière. Il ne s'est décidé à traiter lui-même un aussi grave sujet, que pour répondre aux honorables instances qui lui ont été faites ; il a été heureusement assisté par des conseils bienveillans; il a eu sous les yeux des exemples non moins instructifs. Il devra aux^uns et aux autres ce qu'il aura pu dire d'utile. |1 n a redouté aucune fatigue, pour accomplir une œuvre dont il sentait de plus en plus les difficultés; il sent aussi toute l'imperfection du travail qu'il présente au public.
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Mais, la droiture aTec laquelle il s'y est appliqué lui donne la confiance que les amis du bien l'accueilleront avec indulgence, et que ceux qui viendront après lui y trouyeront du cijoins quelques secours pour' accomplir mieux que lui la grande tâche à laquelle il s'est dévoué. Il s'est déterminé aussi par cette considération décisive, qu'à aucune époque la solution des questions auxquelles cet écrit se rapporte ne s'est montré plus importante, plus urgente même, du moins pour la France. Tous les intérêts sociaux s'unissent pour le réclamer. Quelque faible que soit le tribut qu'on peut leur apporter, on ne doit pas hésiter à l'oHiir. Dans un précédent écrit, le Visiteur du paui^re, l'auteur avait traité de l'exercice de la Citarité indiçiduille ; dans celui-ci, continuant la même suite d'idées, il traite de la Bienfaisance publique, il nSontre l'accord qui doit s'établir entre l'une et l'autre. Pes vues semblables s'y reproduiront donc quelquefois; ces deux ordres de travaux serviront de complément mutuel l'un à l'autre.
FIIT DE l'iNT&ODUCTIOK.