CHAPITRE VIL
Gomment les erreurs de la bîenfaîsaiice malUpUent les îndîffens.
Signaler d'une manière général^ la funeste influence que peuvent avoir sur la multiplication des îndigens, l'abus, les écarts de la bienfaisance dans les efforts même, qu'elle fait pour les soulager, serait redire aqjourd'hui une vérité devenue triviale. Mais, il peut être utile de rechercher en quoi ^consistent précisément ces écarts, pour en prévenir le retour, et d'examiner s'il ne s'est pas mêlé quelque exagération dans la multitude des reproches dont on a, sous ce rapport, acca^ blé les établissemens publics. \ ^
ARTICLE i*».
Comment ces erreurs encouragent la fausse tfuligûnet.
Les erreurs de la bienfaisance multiplient les faux indigens; en favorisant les sollicitations mensongères; elles multiplient
£FfBTS DBS EARBUBS DS LA BIBNFAISAirCE. Uil
les indigens véritables, en favorisant le défaut de conduite.
Or y rien d'abord ne favorise autant , ou plutôt ne provoque davantage les sollicitations mensongères , que la bienfaisance qui s'exerce les yeux fermés. Elle sera trompée d'autant plus souvent, qu'elle aura une connaissance moins certaine et moins exacte des nécessités qu'elle croit assister. Une sorte de collusion s'établit entre le faux indigent, qui' se dérobe à toute investigation, et la bonté aveugle qui ne sait pas s'enqué* rir. Sous ce rapport , il n'est pas sans doute d'écart plus funeste dans la bienfaisance que la protection qu'elle accorde à la mendicité, en accueillant les demandes des mendians. La collusion dans ce cas est complète. L'un ne laisse rien connaître, l'autre ne peut rien vérifier. Gomment donc se fait-il que les éconcMuistes, qui s'élèvent avec le plus de force contre les abus qui dérivent des erreurs de la bienfaisance , soient cependant ceiix qui se montrent quelquefois les plus indtilgens pour la mendicité (1) ? comment se fait-il que ces écrivains, en accusant le régime des secours publics de multiplier les indigens, blâment en înéme temps les mesures prises par l'administration publique pour réprimer la mendicité? Sont-ce donc les secours publics qui donnent naissance à ce fléau , qui l'entretiennent? ne sont-ce pas eux au contraire qui. le préviennent? ne sont-ils pas une condition indispensable pour en arrêter le cours?
L'erreur d'une bienfaisance, qui s'exerce au basard et sans connaissance suffisante, est quelquefois la suite d'un défaut de lumi^es et d'expérience; quelquefois elle est reflet d'un préjugé, quelquefois, la conséquence d'une impossibilité matérielle de s'instruire ; quelquefois enfin, elle résulte naturellement
(1) Voyex gpécialement Touvraji^ de restimable pasteur M. Navale /De la (Partie UgaU, etc.» 1830, U 11» 6* partie, première section.
Dans la 4* partie de cet ouwage,^ nous considérerons les mesures répresûves de la mendicité sous les rapports du droit ; nous examinerons si elles méritent les reproches d'injustice, d'inhumanité, d'inutilité qui leur sont adresséfer par cet auteinr , et par M. Daehàt^ dans son Traité sur ia Charité.
VA rimniii 9iUuriE. uvab ii. chap. th.
da Ift uégligepca an d-uoa Irop grande foctliuS dast la boaté #U6«rQi6iQet liOa dopi privés aont surtout etposés à oe genre d'erreurs 'i plus le nombre do oeux qui donnent s'éteodi plus les (^baooea d'erreurs s'accroissent. Les simple^ particuliers n^ trouvent guère d'autres moyens de s'en garantir , qu'en noniant la distribution d^ leurs aumdnes à des Dia|iis expërimen* tées ) ils instituent de la sorte une administration CQlleetlve , née de la confiance générale , qui revêt les mémfts caractères que l'adniinîstratton publique, qui emploie les ménies moyens dlnformation et de contrôle. Ici done encore, oe n'est point au régime des secours publics qu'il faut s'ra prendre de ce second g^nre d'éc^arts et des abus qu'il entratniB. Les seeours publics sans doute peuvent être accordés aveo trop de légèreté i c'esi q^ qui arrive lorsque l'admission auit étàbp^semens bpsplir t^Ucfs» lor^uo U distribntion» des secours à domioilç n'esi pas subordonnée lides e^nditioas préeises, ou lorsque ee^ conditions sont mal réglées» ou enfin lorçqn'elles smit malobv aervées dfins la pratique i mais» en général , aiyourd'bui sujr» tout qu'ello est éalairée par la scienee, Vadmimstratipn publin 4no regarde préeisémeot copime l'i^ de ses premiers devoirs d€f s'onvironner des infonnations néeessaires pour une vaste application dos secours ) sa pnission est d'établir des règle» générales el constantes à cet égard, comme dans toutes les autres branches des services qui sont confiés à ses soins.
£n général » on provoque la feussô Indigence, chaque fbis 9SCQn permet à un individu ié $^ meure lubméme spontanémenti ou de placer ceux qui lui apparMennent |t la charge d*aiH tr^ii chaque tfAê qu'on le laisse ainsi se eonstitqer seul Juge deg droits qu'il peut avoir à èlrç secouru, s^l itppréclateur des motifs qui le portent à solliciter. Pe cette manière, on repousse les malheureux qui conservent une &me flère dans rinfbrtnne^ ceux que la délicatesse de leujppi sentitfiens rendrs(it les plus dignes d'intérêt ; on encourage {es étre^ déhpnté$ | é$[P]lptos t
cupides I les intrigans. Quoi do pins prppr<^ A ^uit^v le mm^ songQ quo lea.distribittiâns d'atimens» fiûtea à la porte des quo»
iia^tère« et 4^6 palatei (so Italii^ et en Espagne, à tom fieui^ qui $e pré^enient et en ipémQtempa ! Combien, en ImmUiapt çeui^ qui eu profitent , ces anmôn^s tendent k dégrader c^^|; q|ie la bassesse de leiir caractère n'aurait pas epcore avilis 1 Quoi d9 plus propre à seconder, chez les parens, les barbares ealouli de régûïsme, que de leur offrir d'élever ceiii^ de leurs enfant dont ils veulent se débarrf^sser, sann môme savoir gui ils sont, ni d'où ils viennent ! Ne nous étonnons pas que lea villes soient
plus particuiièr^mout «imposées au^ r^v^ges d^ (^ Hw ; la
fausse Indig^npo ^St uue industrie q^i ^'y exploita aveo piui
de succès , paro9 qu'elle r^u^i^Umi^ui^ à ^'y déguiser i paroe qu'eUe y trouve plus faQil§ment des dupest 1^ f^ni^ iudigeai Aiit les Ueu:i où il est ponnu i il ne tromperait parsonue daaa son village I dans )e^ viilest il cbange a^uveut de domicile, il trompe sur aa demf u^o réelle.
Les tofts d'une bonté trpp facile »« §'ei^eusent-îls paa ce»^
l^dant en partie i par rimperfeçtion de rarl; d^ )« bienfei-^ aauce«par Tinauffisauce 4^ moyens empU^é§ pour vériftir la réalité de la misère, et par 1^ obfitaele» qui entravent cetia reçl»erc])e? Combieu n'e^t^il p$M difficile souvent de péuétri» dans le ^cret de§ ressourças et des besoina d'une £imille ? Ne doit-on pa^ oraindre d'çf^u^r la dignité dumalb^ur par upe inquisition décante ? Qù se fera P^tfe étude» ^ défaut d'ei^pé-
rience 7 I^es personnes cbaritablea n'auraient^elle^^ paa le
droit. d^ mm répoudre à leur tour s << Voua qui 4l»Qoure«. aur tt la charité, au licu d^ l'^couaor d'ôtra wfti matruite , cbep-
a chez à l'éclairer ! En respectant son zèle et la pureté de ses a intentions, offrez-lui les directions et les instrumens qui lui ce manquent ! Descendez un instant du sommet des théories , a venez nous aider un peu dans la pratique ! d
Trop de ffena aont malkiçuwisement enclins à préférer «ne etistenoé^ dépendaple » ep vivant de l'assistanoe donnée pap autrui, à une indépendance aoquiae par la fotigue f ce funeste IMiphaut a'afiisrQttPa d'epunt p}u§ que la première de ces deux conditions sera supérieure à la aecoiiâe, dane les avaa-
tlhk PHEMIÈBS PAETIB. LIYEE II. GHAP. VII.'
tages qu'elle promet! La bienfaisance qui excède les bornes , par l'excès de ses libéralités y qui fait à la personne secourue une situation meilleure que celle du travailleur indépendant, encourage donc aussi les artifices des solliciteurs qui aspirent à la surprendre; elle fait déserter le champ du travail. Or, la juste mesure dans le bienfait peut être dépassée en diverses manières. Quelquefois cette erreur résultera d'un double emploi ; le double emploi sera la suite de la multiplicité des sources d'où découlent le& bienfaits, du défaut d'accord et d'har* monie entre elles; le double emploi s'introduira surtout facilement dans la distribution des dons privés; il se reproduira même dans les opérations des sociétés charitables, lorsque ces sociétés opèrent à-la-fois sur le même thé&tre, dans le même but et ne se concertent point entre elles ; il sera protégé par le secret dont la charité se platt souvent à envelopper ses actes. Quelquefois cette erreur nattra des méprises sur la vraie situation des pauvres ; elle sera produite par un entraînement naturel à la pitié. Les émotions de la sympathie ne permettent guère ces calculs rigoureux, qui mesurent à l'être souffrant une ration précise de soulagement. Si ces erreurs entra!inentdes abus, faut- il donc en accuser les secours publics? . Non sans doute ; il faut en accuser l'inexpérience de ceux qui assistent, le défaut d'unité dans la direction, l'absence d'une organisation dans l'assistance, le manque de règles prudentes qui lui assignent des limites, toutes choses auxquelles un bon régime de secours publics tend à remédier.
ARTICLE n.
Comment les erreurs de la bienfaisance mukipUent les vrais inMgens.
Si l'excès des libéralités fait surghr de faux indigens, il foit germer aussi une indigence réelle; il prolonge cdlequi existe; car, il fait de l'état de l'indigent une situation digne d'envie ; •ceux que la misère menace, n'y voyant {dus un danger, ne cherchent plus à s'en défendre.
BP?STS BBS BB&EtBS DE LA BIERFAISANGE. &&5
D*autres erreurs multiplient les misérables , en favorisant rimprévoyance chez les personnes indépendantes ; perpétuent la pauvreté ehez celles qui ont éprouvé des malheurs; encoui ragent la .cause la plus funeste et la plus féconde de la misère en aidant le vice.
i"* Ainsi la certitude d'être assisté, en cas de besoin, entretient, chez Fhomme qui vit de son travail , une sécurité fu-v neste.QuVMl besoin de songera Tavenir, si la bienfaisance le lui garantit? Malade, blessé, il sera traité gratuitement par les médecins les plus habiles; vieux, il goûtera le repos dans un asile commode ; ses enfans seront élevés aux frais du public; sa femme partagera les faveurs qui lui sont promises ; si même le salaire qu'il gagne se trouve insufiSsant, il obtien-. dra un supplément convenable : Pourquoi s'imposerait-ii l des privations? pourquoi se fatiguerait-il par des efforts redoublés ? pourquoi hésiterait-il à se marier? de quoi s'inquiétef ait-il, en un mot, puisqu'on a pourvu à tout? L'aiguillon de l'industrie est émoussé; l'inertie, l'incurie, le défaut d'ordre et d'économie^ loin de subir la. peine qui les atteâdait, trouventune récompense:
Ces réflexions, en les approfondissant, pourraient faire ressentir à l'ami de l'humanité des perplexités cruelles. Car enfin , en accusant les erreurs de l'homme bienfaisant , ne font-elles pas le procès à la bienfaisance elle-même ? Appuyé sur la religion et les mœurs , le règne de cette I généreuse vertu n'offre-t-il pas à tous ceux que l'adversité | menace une garantie suffisante contre les maux qu'elle en-f traîne ? Que peut-on craindre sous l'égide d'une telle protectrice ? La sécurité qu'elle inspire n'est-elle pas une conséquence naturelle de la perfection, de ses œuvres?
S'il en était ainsi, devrait-on donc, en soulageant le malheureux, trembler d'en créer d'aUtres ?
Qu'on y prenne garde : il y a peut-être ici une erreur des économistes, avant celle des philantropes. C'est une habitude pour quelques économistes, de ne chercher le mobile de l'acti-
Vite fantâttiiiëque dàiii» rifltérét inditictudl , que Atxm Vlmértx
matériel. La prévoyance, réconomie, là iftodération, l'espfit
dé conduite dut d'autres garanties que la sanction pénale qtil
\mt éftt imprimée par lés souffrances de la misère ; leur vé^
ritable garantie est dans rinstruction et danis les mdëurs. là
j vraie bienfaisance s'exerce par deè Influences morales, âu-
I tant que par des ^ecoUr^ matériels i elle fépand le6 conselù
I de la ëâgessé autaut que ké aumônes^ eUtt*etient dans leâ
I dasUe^ lâborlehi»es les teUtlmehs d^houueUi' et de fleHë qui
I j fout àpi)réciér l'indépeudauce et i*edouter une éiistêucè due
* l ûut secours d'autrui. On prévient ainsi, dans leui^ sotirce, iéi
dispdilitions (lâcheuses, que favoHseralt la certitude d'étfé as^
sisté. Offrez aui individus des classes laborieuses, les moyeus
de se ménager des ressources pour les accideus et pour iôl
temps de détresse | ëciaires-les sur les avantagée dès lustitt^'
tîons de prévoyance ; guldez-les, aldez-tes, dans iâ pratique <^
là prudence ^ alors^ vôus sereisi moins exposés à les voir chef
cher, dans les aumônes de là charité, leur seul moyeti dé Sàl
Fauteurs, sMl est une funeste sécurité qui entretient llncurié, H
est une confiance salutaire qUi nourrit îactiVité et qui soutiêfit
Je Courage. L'ouvrier le plus laborieux^ le plus sobre, le plus
{ économe , â besoin d'être rassuré, autant qu'il se peut, contré
n*âurait pu prévenir^ il goûtera plus dé sérénité et travaillera avec plus d'énergie ; le calme est aussi un principe dé forcé f Rabattement , le découragement créent aussi des misérâblesy PoUrjâuis doue sans hésitation, céleste charité, ta nobîë mission dans l'empire qui t'appartient ! l^influence de tes œd« vres sur l'amélioration des mœurs , agira comme un principe vivifiant sur les Classes laborieuses ^ la bienveillance dont elles se verront entourées leur fera accueillir avec plus de déférence les conseils qui leur seront donnés. II y aura toujours^ ' dans leur sein , quelques personnes qui se reposeront trop facilement sur l'espoir d'être aidées; mais, quelle est dond
Ici bâi l'instittitioii Isi pltisldtiable^ qui m puk^e âiiâ&t dontier Ilett à qiiël(|ae iitconVéïiiëmfMals, riûôoUTéiiient ii'est-il paë cotnpensé aVe(5 usure par les avantages de là protection pro-^ Méé uusL infortunes des gens de bien 1
Toutèfoië, pdnr remplir cette condition, le pouVoir de la btetlfUiëanëe doit s'eiercer librenient, avec discernenietit.' Aveclë droit positif attribue à ^Indigence ^'obtebif deâ secours déterminés, commence l'abus. Mais, de t'est plus ici une ërreuf de la bieufAiéânce ; Caf, il n'y â t^^^^ de bienfaisance là oà tly â éofltràlfiité. Vis^XWû; qui réclamé Utt seUiblslble droit/ U'eSîi pile ffléme ftltété par la crainte de rhumiliation < il croit exig^er tiDe dfëance. C'est là un danger propf e dut secours pu-» blios,' mais seule^fctuty^n^pd tis^ont gamiliis^jar des proméi^ ses légâléft et defil formalités Judidaires ; citiand Us sont iUimlté^r et Que, pour y prendre part,llëtifflt dé les requérir. -Si, eu examinant la situation présente de ilindigenf, od V n'interrogé pas sa coùduite passée; si l'imprudent qui subit lèis conséquences de ses fautes personnelles est entièrement aèsitoilé à la pet^onUe estimable, Vittimé de malheUfs imprévus, la bienO^isance qt|l les confond est prodigue envers Tun, injuste envers l'autre, le premier lâe félicitera d'un défaut dé
édnduite qui lui à permis de Jouir, §anà l'exposer à des privation§; le ëécond èe demandera à quoi lut a servi d^étre fidèté . aut règles de la sagesse. Voici encore Vm Serdângers pfopf es aux Secours publics, îorsqulls se bornent à établir dés règles générales d^admlssion, d'après des conditions puremenf matérielles, efsàns s^aider du concours de là cliarité privée;
pouf avoir ^afd au mérite deS t)ersOttnés.
S® L'indigence se prolonge, par la même cause qui l^â fait naître, dés qu'elle devient un métier profitable : mais, ici, Vetreûf devient plus laclle; elle peut avoii' lieu de plusieurs mânlèi*es.
D'abord, 11 arrivé souvent qu'un SeCOUi*s donné avec raisôiii
ddn« Foflginé, est continué sans nécessité, lorsque les circôu- I ^stances qui l'avaient rendu nécessaire, se sont modifiées et ( [ que le besoin a disparu.
6&8 PaSMliRB PA&TIE. LIVIUB II. GHAP. tli;
Il arrive souvent encore que l'indigent assisté, se persuade que désormais il est, par ce niotir, dispensé de rien faire pour lui-même. Il se considère comme un pensionnaire qui n'a plus qu'à se reposer. II néglige de tirer parti des forces qui lui restent encore ; il per4 l'habitude du travail. La faute en est à ceux qui, en venant à son aide, n'ont pas exigé de lui comme une obligation essentielle que , avant tout , il s'aidcirait luimême autant qu'il est possible. |
La bienfaisance a quelquefois le tort de faire acheter ses dons, par des pertes de temps et des d^^màrch|s inutiles. Ce sacrifice équivaut pour. le malheureux à un sacrifice pécuniaire; car, il lé prive d'heures qu'il eût pu rendre productives; il lui enlèv^ Qi|e^i]|e c^o^ de s^lil^rfé; il affaiblit en lui ce sentiment de dignité qui est un principe de force.
Négliger de surveiller l'emploi des dons faits aux malheureux, c'est presque inévitablement rendre incurable une mi- - sëre qui devait n'être que temporaire; Laissés à la libre disposition de celui qui les obtient, ces dons seront détournés de la destination en vue de laquelle ils avaient été accordés. Les besoins renaîtront sans cesse ; les secours^ppélteront les secours et ne pourront plus être refusés.
Enfin, la misère se prolonge au-delà du terme qui eût dû lui être assigné, si la bienfaisance manque le .moment opportun, si elle ne coq,tinue pas son œuvre et ne lui donne pas toute l'étendue indispensable. Son tort ici est ou dans le retard, ou dans le défaut de suite, ou^dans l'insuffisance des secours. II en est de la situation d'un indigent à-peu-près comme d'un édifice menaçant ruine : les réparations doivent être faites à propos, d'une manière complète, même pour être exécutées à moins de frais. Si vous attendez que le malheur soit devenu irréparable, si vos secours ne sont que des palliatifs, s'ils ne réhabilitent pas l'indigent, en le rendant à l'indépendance, quand il peut encore la recouvrer , vous éprouverez le double regret d'avoir augmenté indéfiniment la dépense , et de n'avoir pas su la rendre efiicace.
EFFETS DES ERREURS DE LA BIENFAISAirCE. A49
i^ Prêter faveur au défaut de conduite, ce n'est pas soulager la misère; c'est la rendre plus abondante et plus irrémédiable tout ensemble. Voilà, cependant, ce qui arrive, quand on fournit V au pauvre des moyens de dissipation et de désordres. Si vous vous contentez d'offrir vos dons à celui qui ne sait pas se conduire, il en abusera, comme il a abusé de ses propres ressources } si vous lui remettez de L'argent comptant, il le dépensera au cabaret ou de quelque autre manière ftineste ; si vous lui confiez, en une seule fois, une libéralité un peu forte, il la consommera aussi en un jour; si vons déposez dans ses mains ce que vous destiniez à ses enfans, il interceptera votre bienfait au passaj^e^ si vous consentez à vous charger de âon enfant, sans examen, il se hâtera de s'en débarrasser ; si vous ne savez pas vousinontrer sévère dans l'exerciée de la générosité ellemême, visr-à-vis d'un êtr& vicieux , vous donnerez un plus libre essor à ses vices.
Ml y a des aumônes qui corrompent , parce qu'elles avilissent. Ce sont ces aumônes dédaigneuses, qui ressemblant plus à de capricieuses faveurs qu'à des môûvemen s de bonté , . excitent l'esprit d'adidation , la servilité et la ruse ; qui , souvent , font nattre l'envie plus que la reconnaissance. Les secours accroissent et perpétuent la misère, lorsqu'ils dégradent ceux qui les reçoivent. L'assistance, qui vient rémunérer le désordre, en prolonge, en redouble les ravages. Or comment éviter[ce danger, si l'assistance est appliquée sans choix, si elle confond le vice avec la vertu, si elle s'en remet aveuglément, de l'emploi des secours, au libre arbitre de ceux qui vivent dans des habitudes perverses? Il est un grand nombre de villes en France où les marchands en boutiques oht Fosage de réserver, un jour de la semaine, sur leur comptoir, une provision de pièces de monnaie, pour les remettre au premier venu qui se présente pour recevoir le' tribut accoutumée. :Ge^ bonnes gens sont mues par un sentimrat fort louable: mais ^elle serait leur surprise, si elles découvraient quel usage a ét4 fait, la plupart du temps, dô leur pieuse offrande !
Te) est surtout le danger propre ^ que bienfaisance qu'on pourrait qualifier de bienfaisance matériellqj c'est-à-dire , qui croit avoir atteint le but, quand elle a seulement satisfait, au^: nécessités physiques, En abdiquant sa plus belle puissanc§i |M>n pouvoir Rior^), en renonçant 4 consoler, à diriger, ell^ néglige dereniédier aui^ nécessités les plus réeUps, quoique les mpins visible^i eUe compromet le succès d^ ses vœw( et; l'utilité de ses ^crifiqes. (^'effet des secours matériels esttour I |ours a))aQ(lonné au )i^sard« ^'ils 90 ^ç^ni secopdés» g^ranUSi \ par le cpqcours de l'^istanpe morale, ^n vaiq voim di&lrÎTl I i^Hfi^ au pauvre des libér^li(éS| siepTinâme temps yom w )i|ij serve?; de guides.
l^e danger de Tabus que les indigens peuvent faire des !^ cpurs qu'ils çibtieuuent > trpuve uu pr^^servatif ^aps les éta»blissemeps publics. §q|t par l'effet d9 \^ discipline qu'ils pe|v • mettent d'instiiuer, soit par des restrictions qu'Us imposent, soit par la facilité qu'ils offrent d'app)iquisr ^vec uue certaine ^tendue des iuQuences sglutairps. l*^. des conditioiis serpnt fixées, une surveillance spra org^isée jf des directions îp^ telligentes e{; ss|ges seront' doppé^^î l'^sslstupc^ ser^ toqioufi délivrée en nature j sop emploi anr^ lieu dans l'é^blisseipept Jpi-piéiue et sûus les yeux des cbefs^ I4^is 1 les soins indivit dpels d*upe cliarité inspirée par les p)us sublimes motifs, onr seuls le privilège de faire pénétrer avep upe pptière eiScacitéi dans l'àme des }^fqyimé^9 P^ }§ PPPvpir de la sympatbie et par lapersua;|iqn^ les d)spQgitiops qui régépàrent, fortifient et amer ^iorentlppar^Gf^r-e; seutSt ils peuvent exercer ainsi I9 bienfait #4u^ fpor^e daps (qu^ pop étendue,
il est upe derpî^re erreur de la bienfaisance qui a été tmp 1 ^puvept l.a suite.de la fitusse interprétation dopnée à une maxi* 1 IPP vr#|ei,émipeBmen|; morale^ à la maxime qui commande le | fPiP^iHiMlir.lft iMlbeMCi ftqui dit ( heureu^ks pauvresl 1
Juste.et s^lutaipe, iiuaiui elleest eptendue de manière à faine ^0^^^ dgps rîpdig^iice , une infortune non méritée, à faire respectpi, arti» lea teSllens du qiiférabla , le qar^otère «aentf
0e flumiaiiité, l'applioatiou de cette maxime devient tousse et fimeçle lorsqu'elle béatifie la misère elle-même) quelles qu'es soient l'origine et les circonstances; lorsqu'elle rend ainsi à la fainéantiselliQmmajse qui serait 4û à la patience. vertueusoiV"^ lorsqu'elle va Jusqu'à entourer la mendioité d'une sorte de vé^ nération. Eaiaispnt cesser l'humiliation naturelle attacha à la* condition de quiconque vit par sa faute aux dépens d'autrui] eette âveur enlève à l'activité un aiguillon nécessaire; ellf . Âffirandiitrégoisme, lanoncbalance, le défaut de conduite^^de la punition qui devait leur être infligée. QuelquefoiSi noof devons ^^avouer, elle^'été çtocréditée^ propagéei paf un clergé trop peu éclairé, par lesjnembres de quelques wAnes mena»» . tiques, par |a constitution même <|e ces corporations ; quelr< f uea régions du midi de l'Europe, quelques eantons dç la (ittisse, pourraient atqour(]|'bttt encore en offrir des exemples* Cependant, ^ progrès de la civilisation, des lumières, de l'iii* ^ustrie tendent de jour en jour à la dissiper^ T II peut être intéressant de comparer 4aBs les diverses râ*
|ioi^ de la France l'abondgnce des libéralités en faveur des pauvres, qui se manifestent par des legs ou donations, avec le nombre d'iqdigeAs assistés par' les institutions de bienfait lance. • *
Yeici , pour tes dëpartemens qui présentent sous ce dov^ \i^f9ff^ift \e maaimum e^ le minimtj^p oe faHWrûcher inent tel qu'il résulte des dècumens officiels publiés par le |0UY^mement.
PREMIIÈBB PARTIE. LIYBB JI. CHAP. III.
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