‹ De la bienfaisance publique; (volume 3)Chapitre 73 sur 90 · DB LA LEGISLATION 8U& LB8 DOUANES · texte numérisé non relu

DB LA LEGISLATION 8U& LB8 DOUANES

de rhomme de travail est plus particulièrement intéressé.

Ainsi, les effets des lois de douanes, par exemple, en tant qu'ils affectent le pauvre en sa qualité de consommateur, différait peu de ceux que ces lois produisent relativement à tous les consommateurs,' quels qu'ils soient. Le pauvre, comme les au«tres habitans, profite de toutes les circonstances qui amènent une modération sensible dans le prix des articles qu'il consomme. Le pauvre aussi trouve, cependant, un avantage à voir retarder le moment où il jouira de cette amélioration, lorsque, à l'aide de tarifs protecteurs , il obtient plus tard de l'industrie nationale, les mêmes, articles à un taux encore plus favorable, et acquiert pour cette jouissance une sécurité plus entière. N'est-ce pas à une combinaison semblable qu'il est redeva-r ble de pouvoir aiyourdliui, en France, se procurer à un prix si modéré les tissus de cotqii et les toiles peintes?

Lorsque l'onconsidèrele pauvre en sa qualité de producteur, on découvre dans la légis^tion des douanes une influence plus spéciale sur sa destinée, par les effets qu'elle produit sur l'emploi du ti^siU^etjurles salaires.

La valeur de chaque produit manufacturé se compose à-la-^ fois, mais dans des proportions très diverses, de la valeur de la matière brute, telle qu'elle est donjoiée par la nature, du salairer^ de la main d'œuvre, et des frais de transport, d'emmagasinementet de commission. Si, dans les échanges mutuels^ un pays livrait uniquement à l'autre la matière brute dont la nature l'a doté j pour recevoir en retour des objets entièrement fabri* qués, le premier céderait les richesses de son territoire, pour solder le travail des ouvriers étrangers ; le second procurerait du travail à ses habitans, en acquérant un supplément artificiel à la fécondité naturelle de son territoire. De ces deux pays, le second contracterait avec un double avantage, pour la portion laborieuse de ses habitans ; le premier, au contraire* priverait ses habitans tout ensemble, et de l'emploi qu'eût offert à leurs bras la fabrication des objets qu'ils empruntent aux étrangers, et de la matière qu'ils eussent pu élaborer eux-mê^

meê* Lpriqua les éebanges entre dem nations ^ campoient d'4)bjet3 qui ont occupé cbez Vnm et l'autre la main 4'œuvre de rbommC} la contrée qui donne les produits dans la valeur desquels la main d'œuvre entre pour la moindre part, participe dans la même proportion, au désavantage du premier des deu)^ pays que nous venons de supposer i la contrée qtii réussit au contrairet livrer des produits où la main d'osAvr» joue un rôle plus Important, participai au^ avantages du second. En définitive, Tune écbauge une portion de sa matiàr^ brute contre le travail fourni par rautreJL'uue acquiert de» objets de consommation , l'autre , des^a}alrsf pour ses tra<« vaiUeursi Tune paie ses jouissances avec les dons de lana« tui'e; Vautre paie les matières avec la main d'c^^^uvre. Dans un semblable contrat) la seconde contrée fait une stiQuiatioa d'autant plus favorable h ses tr^ailleurg jndigènes , que la supplément de tnvjîl qu'elle parvient ainsi à leur procurer est plus considérable*

Or, tel est précisément reffet des tariS^de douane, lor»qu*iift opposent à-la-fois des droits gradués à la sorUe des matiàrea premières, et àTintroduction des produits fabriqués, lorsqu'ils tendent h placer le pays au(|uel ils s'appliquent dans la s»* coude des deui; situations que nous venons de définir \ ils ré« servent le prix payé par le consommateur pour rémunérer lo travailleur indigène, au lieu de le laisser convertir en salaim pour les étrangers s ils proiègimt le travail, et en lui oonser« vaut une plus vaste carrière, ils. lui assurent une rémun^ratiea plus abondante.

Il n'est, il est vrai, aucune matière première qui n'exige une main d'cBuvre quelconque de la part de l'bomme , ne fuit* ce que pour son extraction et son transport. Mais, il est dea produits fabriqués dans la valeur desquels la matière pre* mière n'entre que pour un élément presque insensible $ il es( des matières qui se livrent au commerce après avoir reçii seulement une première élaboration. Lorsque ceux-là s'é* changent eontre celles-ci , la dUKrence qui existe entre ien

élémm» des valéiir» respective» des deux genres de produits qui repféseoi|pit le travail de rbomme, exprime la différence qui règne entre les salaires gagnés par les producteurs des premiers , et ceux que gagnent les ouvriers qui out mani« pulé les secondes, £fface;( de cet échange 9 par la pensée , d'une part le montant des salaires compris dans la valeur de la niarcbandise la moins élaborée » et de l'autre , le prix de la matière première employée dans le produit qui a subi le plus baut degré de fabrication $ vous n'aurez plus que Té^ cbange d'une matière brute contre la ^^[9, ^S^^fÇ i ^^ ^"^ laires gagnés par un pays seront soldés par les simples dons dusplderautrepays.Xel est le comqiçrQe d'une nation industrieuse avec une nation privée d'industri&,Un tarif des douane^ sagement combiné préviendra ces incônvéniens, car, la liberté indéfinie et illimitée du commerce, entretiendrait Tinaction de > Tiine des deux nations , assurerait la supériorité de l'autre. .

Laiêitz-fosser est une maxime qui séduit par sa simpU-» cité, comme lawez-faire est un conseil qui flatte les esprits paresseux) mais, en laissant passer, on laisse échapper les oc*» casions d'employer utilement le pauvre , on laisse rémunérer par 1^ indigènes le travail fait en d'autres régions ^ on laisse ioitir dans l'état brut des matières qui pouvaient être élabo* irées dans le pays*

Ces^bservations cependant ne reçoivent pas d'applicatipm absolues et uniformes. £Ues se modifient suivant les condilions propres à cbaque contrée, <^mme suivant le^circou't ftanees particulières aux diverse» branches d'industrie* •''

Il est telle nation qui marche à lavco^qu^t^de son propre ter- , ritoire, qui s'avanœ et s'étend sur un ^olpouveau, oùlesproduc- * itionsdu sol sont si aboQd|mt^|, où la population est si rare en^ €ore, que si les matières j|)remi%|'e% ne trqjuvai^nt un d^oucb^ ^ nu dehors , elles resteraient en partie sans emp\pi et par con^ eéquent ^s valeur ; il est tel pays où Tinçlustrie qui exploite ta ri^](^|e ^^of est presque la seule occupation des habifans»

Im £^4-Uni»de l'Amérique septentrionale exporteM m-

/i28 P&EMIÂaB PAETIB. UVEE II. CHAP. VI.

nuellement, en produits de leurs forêts, près de 20 milKons de dollars et environ 233 millions de produits dô leur agricul^ ture. Cette exportation leur est non-seulement utile, mais nécessaire; Tindustrie qui défriche, Findustrie qui récolte les grains, est l'exploitation qui convient à un pays nouveau. Que ferait-il des richesses de son sol, &'il ne trouvait à les placer au dehors? C'est aussi du travail qu'il procure à seshabitans; ce sont aussi des salaires qu'il leur obtient ; la main d'œuvre

' qui a concouru à préparer les matières et les denrées exportées, représente i&ana doute , dans leur valeur; une proportion moins forte que celle qui appartient à la main d'œuvre , dans

'les ouvrages d'une fabrication compliquée; mais, cette main d'œuvre se multiplie par l'immense quantité des matières et des denrées exportées, et la rémunération que l'exportation lui assure s'accrott ainsi par le nombre des expéditions, quoique plus fôible sur chacune d'elles prise séparément. En définitive, les Etats-Unis ouvrent à leurs citoyens , par l'envoi de leurs bois, de leurs grains^ de leurs cotons, etc., etc., la carrière des plus vastes exploitations. Â cette condition seule , leurs champs se défrichent; leurs villes naissantes prospèrent. Une partie de ces considérations se reproduit pour les bois, les fers, les cuirs de la Russie, de la Suède; l'exportation de ces richesses du sol entretient dans ces contrées un emplQi ^e travail payé par l'étranger, et qui n'y pourrait être suppléé. Privées du débouché extérieur, ces matières ne trouveraient point au dedans une consommation sufiSsante;

I les bras que leur exploitation occupe n'y trouveraient pas

1 d'exercice ausgi £ruçtuQux|

Toute région, qui emporte habituellement une masse considérable de matières premières d^ diyorses sortes, est par cela

• même une région qui, pourrai t«nq]m*rip une population plus considérable,«et.entr<glgnir avec elle une industrie plus étendue. Mais si, même en se livrant à ces ex|^ort|itiqf^ , elle est encore loin d'avoir, exploité tous les produits ^e s^i^ sqI« elle fait Sagement de s'attiic|ier savant tout à cette exploitation

DE tA LÂGISLATIOir SUE LES DOUAICBS. A29

qui est rindustrie-mère ; elle suit Tordre oaturel des progrès.

Il en est tout autrement des pays qui ont achevé depuis tong- temps la conquête de leur propre territoire , qui sont en état d'employer ou de consommer eux-mêmes la presque totalité de ses produits, et qui, nourrissant une population nombreuse, onTliêsoin de lui procurer de l'emploi.

Certaines contrées se présentent avec avantage dans la grande lutte des industries rivales, sur les marchés du monde : abondance de capitaux, habitudes et tramtions : mœurs propices aux pratiques des arts, machines puissantes, situation géographique favorable aux exportations, priorité dans la création des éJ2f>lissemens , tout se réunit pour leur assurer le premier rang. D'autres sont placées dans les conditions les^ plus défavorables : les capitaux y sont rares et s'y trouvent fort divisés ; on a commencé plus tard ; on est moins habile ; -on a moins d'expérience ; les relations sont moins étendues; > lescommunications sont plus difficiles. Supprimez toutes les barrières; abolissez tous les droits; rendez au commerce ex* teneur la liberté la plus illimitée, qu'arrivera-t-il? Vous aurez assuré l'infaillible U*iomphe des premières régions, et prononcé la sentence de raine contre les autres. Le travail fuira la car- , rière où il lutte contre de plus nombreux obstacles, et affluera^ sur le théâtre où toutes les faveurs lui sont promises.

Le pays placé dans les conditions les moins favorables verra une portion de sa consommation ravie au producteur national. Le consommateur pourra s'applaudir de pouvoir satisfaire ainsi à meilleur marché ses besoins et ses goûts; mais le pauvre trouvera d'autant moins à employer ses bras. Les droits de douane , qui dans ce cas opposent un tar.i( d^^^oits « à l'importation .des produits étrangers, deviennent un sacri- -,fice imposé au consommateur en faveur du tr9vaU,i,qdjgènç. - Il ne s'agit point ici, comme on le voit, de la question tant de fois débattue relativement à la balance du commerce. Sans doute, le pays placé dans les conditions les moins favorables pour le développement de son industrie, nis saurait consom-

hiO PHÊntMt fXËiftt. LtVAf M. CttA». tt.

méf lés produite de llndustrie ëttângèré, èdns dotmêr en retotu* là ûontr^'-valeur ^ tndift, il sera contraint de donner, en retour, des objets^ qui, ayant snbi une t^ioins grande élaboration, auront occupé un beaucoup moins graiid nombre de bras, et qui . Conservés sur les lieux , auraient eticore fourni h tin empM plus étendu du travail. Il paiera ses Jouissances avec imé portion de son capital ^ car, toute matière est un capital. Il ne pourra donc plus e||reteuir une population aussi nombreuse) quesll confectionnait lui-même tous les objets à son mngê; car, il se sera privé d'une branche de travail; il aura tmmté à une source de salaires.

* Il est certains genres de produits du sol (lUl^ demandant an sol lui-même dès conditions déterminées, forment^ ponrleè contrées où ces conditions se rencontrent , une dotation na* turelle et privilégiée. Les denrées coloniales ^l^^ notons ^ lé riz, les bois de construction, les huiles, les soies, les richesses minérales appartiennent à des climats , à des territoires , A des sites qu^a dotés la nature. Ils constituent une spn^lalitliî^ richesses , à Texploltation desquelles flndustrie locale doit donner le plus grand essor, et qui ne saurait étte réservée à la consommation des habitans. Il est de même certaines fa- «brications, qui sont devenues par une longue habitude parti* culièrement propres à quelques régions , et qnl né redoutent . plus la concurrence étrangère. Mais, le problème rdlaiif aux exportations et importâttoûs se complique sottvent éTeffétt opposés et dlntérêts contraires. Souvent on ne peut favorMf une branche de travail , sans en contrarier une antre. Lé fer entre comme matière première on comme fatstntnieni dans tous* les produits $ mais , lui - même est le produit d'un premier ordre de travail qnl xnutnpe des mUli^ni de bras. Bepoossez les fers étrangers, vous serves letranrailqrt* exploite le minerai Indigène^ et vous mettes ce eapatal en valeur. Admettez les fers étrangers à un prix Inférîear à celui des fers indigènes, vous servez le travailqui fait usage de ce métal, et quel 'é$t celui quine remploie? Il s'agît donc de caléuMr

D«.LA liGtSLAttÔK StrU tfiS MVAltfl. &31

oii sera le phii gfrànd âvanta$;e et le plus grand sacrifice. Le nijeux n'est'il pas alors d*ëtablfr des droits tgkqtié rindtistrie nationale puisse produire et vendre sans perte , mais que céh pendant elle soit contrainte par la' concurrence étrangère '& fabriquer chaque jour avec plus de perfection et d'économie? £-*

£n général, c'est mal entendre les intérêts de industrie mamifactiiriére, que de vouloir lui assurer, par la prohibition des produits étrangers, le monopole absolu de la consommation locale. Elle se présente déjà sur le marché avec des avantages naturels; qu'un tarif suffisant cofigjifijigfî ensuite les causes d'infériorité auxquelles elle pourrait être exposée; mais qu'elle ait constamment en présence des exemples à imiter, des rivaux à vaincre , et qu'elle l§e trouve ainsi instruite et Condamnée à mieux faire.

Lz^fsque les variations dans le tarif des douanes ne sont destinées qu'à suivre et à compenser les changement survenus dSns lés circonstances relatives au commercé extérieur, elles

protègent le travail du pauvre, en maintenant la constance et| Funiformité de la marche de l'industrie. Mais, lorsque ces variations ont pour résultat de modifier le cours des diverses fabrications, de restreindre les unes en donnant Tessor aux autres , elles portent momentanément un préjudice notable au pauvre, alors même que leur eifet est définitivement avantageux à la richesse commune ; car , elles contraignent un grand nombre de travailleurs à changer d'emploi.

£n tendant à donner le plus vaste développement possible ^' au commerce extérieur , et à seconder par tous les moyens l'exportation des produits fabriqués^ les lois de douane ouvrent sans doute au travail de l'artisan indigène une vaste carrière, en même temps qu'elles mettent les capitaux en valeur, et enrichissent le trésor commun de la fortune sociale; mais elles exposent aussi la destinée du travailleur à de nom-* breuses et graves vicissitudes, parce qu'elles soumettent l'em* ploi, ainsi obtenu pour son travail , aux chances d'évènemens qui souvent ne peuvent être ni prévus ni maîtrisés.

632 PREMIÀEE PAETIE. LITEX H. CHAP. YI.

Heureux le pays qui jouit , sur un territoire étendu , de crimats variés, d'un sol fertile, qui possède une richesse minérale et souterraine , et qui trouve dans la consonmiation intérieure, dans les échanges qu'elle détermine, un j^ aliment abondant à Tactivité de ses ateliers ! Cependant un peuple peut-il ainsi se suffire à lui-même, constituer pour lui l'univers entier? Le commerce extérieur, les échanges réciproques de nation à nation , n'apportentils pas d'abcmdantes lumières, n'entretiepnent-ils pas une généreuse émulation, ne donnent-ils pas l'essor au génie des grandes entreprises, n'encouragent-ils pas l'art de la navigation, l'activité des expéditions marines, ne concourent-ils pas en diverses manières à la puissance de l'Etat, comme à sa prospérité? De si haut&résultats ne valent-ils pas la peine d'être achetés au prix de quelques périls? C'est ainsi que, dans toutes les combinaisons qui reposent sur les œuvres de l'homme, les dangers sont la condition du sucj^ès, et les avantages sont obtenus par les sacrifices.

ARTICLE X, Du recrutement militaire.

Le recrutement obligé pour le service militaire de terre et demer,,cqnsidéré comme une contribution qui s'acquitte par une prestation personnelle en nature , affecte en diverses manières la condition du pauvre valide.

Déjà, par un effet immédiat et direct, le recrutement enlève un appui précieux , quelquefois à de vieux parens , à une veuve; quelquefois à des enfans en bas âge; il le leur enlève pendant ces premières et belles années de la jeunesse, où ce fils , ce trère jouit de la plénitude de son activité et de ses forces, peut-être même , et par un étemel adieu pour toujours. Quoique nos lois françaises tempèrent

DU ucBmmniiT militaiab.

ce sacrifice par de sages «t bienveillantes exceptions, quoique elles dispensent le fils atné de la yeuVe et Fatné des orphelins; quoiqu'elles évitent de ravir plusieurs frères à-la-fois, elles demandent à la moitié des familles pauvres le plus vigoureux de leurs enfïns (1). Ainsi s'évanouit en partie, pour le père de famille, le fruit des avances que lui avait coûtées l'éducation de son fils ; ainsi lui manque le concours de l'aide dont le travail lui étaft peut-être le plus utile. Le riche se libère par un sacrifice pécuniaire qui est loin de représenter pour lui une contribution aussi forte que celle du pauvre, fournie par une prestation persimnelle. L'impôt n'est pas proportionnel^ quoiqu'il paraisse égal pour tous ceux qui se libèrent en argent , égal pour tons ceux qui marchent en personne. Il est , dans les deux cas, plus. coûteux pour ceux qui sont le mon» fortunés.

Le jeune homme aipelé sous les drapeaux, indépendammeiR d'un service personnel plus ou moins prolongé, paie encore d'autres tributs à son pays. Il interrompt son éducation industrielle j il perd les habitudes d'un genre de travail qui doit à la constance des habitudes son principal succès; il renonce aux épai^es qu'il pouvait espérer d'accumuler '< pendant les années de sa jeunesse ; il voit retarder l'époque de son établissement ; il contracte peut-être des infirmités plus ou moins graves dont il souffrira toute sa vie.

X'enrôlement volontaire et à prix d'argent* n'impose pas ies mêmes sacrifices ; il procure de l'emploi et une subsistance assurée à des siqets qui peut-être ne trouveraient pas à occuper leurs bras, qui peut-être ne savaient ou ne voulaient pas travailler utilement , qui euss^t été à charge à leur famille et à eux-mêmes. Quelquefois le prix de Tenrôlement peut servir, ou à soulager la famillç de l'enrôlé, ou à lui préparer un capital productif dans l'avenir.

(1) Toyez les comptes rendus par le ministre de la guerre, de l'exécution des lois sur le recrutement. Sur 309 > 376 ^ jeunes gens qui, en 1880 ont at-

h^h pasmâtti fkMit^ LiVKË ih cûkv. vi.

Ilêst doue à dèdlrôr^ datiërititërét desratuillë&pâiivfes, ()tté le fecrtttemeiit obligdioirë soitt'estfëiiil dans ieë liiiiitës de ta né^essilé rigour^âMi) et que le poijlft èil ëoit allégé atHftiit qu'il est possible par le coûoours dès enrôlemeus libres.

Cependant, si, ft^Gompaguatit de la peiiàée, ikxhê tdttte ïà Sbitè de la defi^tiûée) le jeUne homme (fat m appelé fe servii" Vêi&i sotis lèft âmpeaut ou à bâti des vaisseàtix, tiouë étadions Fin^ fltteiiee qu^exereera sur lai la earrière (fii'U esioobtr|Ifit d'em^ brasser» mus ndas treitvotis eoadttlts ft des ôonëéqueddës vâ^ rléas etétendaësy qui vif afletit tâddlflet* oës pfèHiièreë (jdflsi'* dëratidosi tioas ddeotivrdtis que, dtt fcaêfifleê qui lettr est itâ« pMé^ les familles pautres penteni f^eettelUif, quolqtië d^afië manière éloignée et ttidireetê, de» avantagée qiii ûe i^m paâ AispriKl.

Une éducation nouvelle commence pour le jeune lililltaif^

qui entre aotts les drapeauK i elle ëdiHplètë ëëlle qu'il avait cèmmè&oéé dans ses foyers^ elle remplace soavëm avec afatH tagedéUe qu'il e4t cettiiâUé d'y r^eeveiri Pefidant qu'il ëtitrê^ tietti ses forées, il adqolert piai d'agilité ^ d^aplemb, éa réga»* lariié dads leur etereice^ quelquefois, eemiuêdaflié fioê» éeoieil rdgitde&talres, ii ebtieâi Ufië inëtnictidâ doat il était dépotii^ ifûi II tjb^ld des payi fladveatl^t j èé t!*dUVë dans Aeê situdlionë âûutdles) sëèidee» ^'éténdéâi; ëon eâfaëtëfèlbë ttiûrit ël ^ fortifie.

Le mafia, étr ëdiltimi&nt ttfie pfofe^idfl qui eil pour tdi ëelie de la vie entière, y dëviëdf pitté babllë, souë dëë ëhefs àïMn» goés^ daus dè^ expéditions lointaiiiesi La &évèrë disëipline Aëê dampà, eéll0 des vaissêaun de guëfre pfdcut^êht à l'impétuètis jeune homme te plus ftàiutàirë b^Uéfioë de l^édUcailoti, en lui

teint TAge de recrutemeot, il s*en est irquve qui ont été exemples , savoir :

(^ommé àinéà dWpîielins .T.* ,•...• 2,573

Comme fils ou petits-fitldlf v6ltVei^«^i «4» w*wt. k i. » I8,e4l

Comme fils ou petits-fils de septuagénaires ou d'aveugles. . 1,027

Comme puinés de frères aveugles ou impotens* . . .' 99

/ tSUH... t«,'?40

GVst>à-4ire 5^40 $t»r.c«»t4.

ellfieigfiànl à de mdttrlser, à obéir, à respectif {'diitOflté; â §ëf respecter Inl^^tnàlné. Il contracte des habittides d'df df e et dé ^ constance $ son âme s^élève en présence des périls; elle s'efa- Doblit par le sentim^t d*uii noble orgtlell, d^un patriotisâie géûéteûx i il apprend à triompher de& privations, de^ fàtl-^ gues^ des sotiiTf aiîces, comme à bravei* la mort i l'haJbitudd dtt confâge ftchète d*tthpi'imef stir Sôfi frollt foute la dignité de lliomme. Il i'evient au miHeti dès sieni, justemeùt ûët d^â^ voir serrison pays, riche de àes sôuVeûii's,'dè sofa eipérfètidë; on le reconnaît à sa tenne, à son air martial i il est bdtidrd, respecté de.eetil (|ni l'^entodrênt ; sst famille participé à k considëratioadoi^t il jonit; il s'établit t)ius facilement; i^eâ étifans recueillent ses traditions, et se forment ^urseàexempiêS(.

la classe entière des hommesi simples et tnode^eâ, qui vi* yent du travail de letirs maiui^, est éii quelque sorte tettetapée dàtië ses mœtirs, relevée danâ îioii attitude, par la présedcd de des nombreUl Serviteurs qtt^Ile a donnas à rÀat, et que l'état lui rend, avec tm titre â festime publique, tîiie ûduvéllé vie circule ainsi dans son sein ; elle soutient mieux f austérité d^ épreuves, elle ei&t mléiiit garantie du dëcouragéilieut et de la dégradâtidU; elle à acquit dés richesses, car elle à acquis des forces morales.

Les pauvres ne peuveiit acheter tfdt^ cliéff là fermeté, l*éiiôrgle, là dignité dd caractère j ce s(mt pcnnr eux les preltîferâ de tous les biens t Us les rapportent de l'armée; iléfsë Ui doiùr iDUiiiqiiènt èft les transmettent.

Et qtfest-cé que là desf luéê entière des Sommes qnf appartiennent à cette ClàsSë labôrlensë, sifaon Utf ïôfig Cottbàt, une lutte contre les dangers, ufl triomphe sitT leS obstacles ? La vie militaire n'en est-elle pas une sotte d*a(t)prèntissâgëf

L*enùoblîssement que conféré lé service mîlitaliré â Cetiit qui l'ont honorablement rempli, èrnioblissémeût qftî.i»ejailllt sur leur famille, sur là classe entière à laquelle Ils appartiennent, les influences salutaires qu^en reçoit celle qui est te moins fortunée, sont bien plus sensibles sôns le régime dtï

436 PBSMIÂBE PARTIE. LIVRfi It. GHAP. VI.

recrutement obligatoire, que sous celui de Fenrôlement libre. Le premier lie Tidée du service militaire à l'f ccomplissement d'un devoir ; le second y attache un motif mercenaire.

Ces effets se font mieux sentir aussi, lorsque le soldat n'est retenu sous les drapeaux que pendant un petit nombre d'années. Dans les pays où, comme en Russie, par exemple, le sol* dat passe sa vie sous les drapeaux, on a sans doute l'avantage d'enlever un inoins grand nombre de sujets aux occupations industrielles, et de ne pas interrompre les apprentissages $ mais la société ne voit pas rentrer annuellement dans son sein , un aussi grand nombre d'anciens militaires, venant s'associer ' à son commerce, et les mœurs populaires en sont moins pleinement restaurées.

Si les ouvriers des villes sont ceux que la carrière militaire détourne davantage4e la pratique des arts, par le contraste des exercices auxquels elle les appelle, ils sont a\|ssi ceux qui ont le plus besoin de se former à la rude école des privations et des périls, pour se garantir de la c(mtagion de la mollesse et de l'intempérance.

Une partie de ces avantages peut encore se retrouver, quoique à un degré beaucoup plus faible, dan^ les institutions qui, comme celles de notre garde nationale, réunissent quelquefois les habitans du pays sous une organisation militaire, pour le maintien de l'ordre et de la paix publique, et pour la protection des propriétés. Dans cette communauté de services , surtout lorsqu'elle q$t accompagnée d'une communauté de fatigues , les hommes apjprennent aus^i à se connaître , à s'estimer, à s'aider, à compter les uns sur les autres.

On le sent : cette éducation nouvelle dpnt nous supposons, que le militaire recueille les bienfaits, sous les drapeaux ou à bord, est entièrement subordonnée au mérite de la discipline établie et de l'instruction donnée. Certes, il fut un temps trop célèbre dans nos annales, où la paix ramenait un fléau non moins terrible que la guerre môme, par le licenciement des bandes militaires; où l'humée n'était que l'école de la violence

DU BECAUTBBlElfT MILITAIBE. &â7

et des désordres, et ne rendait à la société que des brigands au lieu d'hommes utiles. Combien ces temps sont loin de nous ! Qui n'a éprouvé, de nos jours, un sentiment d'admiration et de respect, partagé même par nos ennemis^ lorsque nous avons vu une armée ^tière, Ifcenciée dans les circonstances les plus difficiles, attristée et par le sentiment des malheurs de la pa*trie , par la douleur de ses propres pertes , et par rii\justice de la disgrâce, se séparer subitement, sans que les nobles guerriers qui la composaient, traversant la France dans toutes les directions, aient, donné sujet à la moindre plainte, aient en rien inquiété Tordre public ! Spectacle qui est devenu pour la France un honneur nouveau, au milieu de ses revers, lorsque tous ces héros de l'adversité , si braves sur le champ de bataRle, se transformaient au sein de leurs foyers, en citoyens aussi utiles que paisibles; servaient encore le pays par leur travail, contribnaient à réparer ses désastres; comme sous le drapeau , en exposant leur vie , ils avaient fait ce qui était en eux pour les prévenir !

Utiliser les loisirs du soldat, c'est à-la-fois f^iliter le maintien de la discipline, et continuer, une éducation qui deviendra aussi avantageuse à la société qu'à l'état lui-même. Certaines armes, comme l'artillerie et le génie, comme aussi les grades de sous-officiers dans toutes les armes, entretiennent les militaires dans le goût et l'habitude des occupations régulières, leur fournissent même des occasions de s'instruire. Ne pourraiton, sans nuire aux intérêts du service, sans détourner le soldat de sa destination, lui créer encore d'autres occupations utiles? On a beaucoup discuté sur la convenance de l'emploi des troupes dans la construction et la réparation des routes;' système adopté ou essayé à certaines époques, en de certains pays, rejeté ailleurs comme sujet à de graves inconvéniens. N'y aurait-il pas du moins quelques travaux dans, lesquels le soldat trouverait plus d'analogie avec sa noble profession ; comme la fabrication des armes, par exemple, comme ausSi peut-être la construction et l'entretien dçs fortifitfations ? L'é-

t^t acquitte une dette envpr^ ceui; qui abaudonnepi; lem^ fi)yer§ ppur le servir, eu ouvrant ppur eux les écoles régîmen-' tjiires ; pn aioae ^ vpir le soldat, au sortir de ses en^prciçe^, ^e-» qir paisiblement s'asseoir ^ur les b^ncs» se délai^^erpar Tétude et se préparer h eflupbUr sa vie pariR çullture iuteUectueUe et mprale. Ou ^'étpnne qu'une ipçtUwtiou pirireille mX parmi • IJ9US une création récente, ^t qu'on ait négligé si longtemps ^^en Um Î9m nptr§ Fra^c^, idpr? que Tinstruction h v^m ^lémeotaire ét^i^ encorp si vm parmi §es b^Wtiinfif. Aujour-^ 4'ijnî| vingt on trente mille Jeuneii soldats en recnçillenïte l^ienfaitf eu y apprenant h lire et à écrire^ pn fi mâme eu 1% S9ge pensée d'occuper de h sorte les militaires détenue i pendant qn'il§ subissent leur; peine # et on » 0u le bonbenr de contribuer par 1^ à ïeur am^iioratipn» Mais» \% ipbère 4d rinstmçtipu dénuée d9us les ëcpies uc ponrrfiittelle pai^ s'éteiip* 4re encpre? ne ponrraitron Joindre k IJi Ij^cture e^ ^ Vépriturs

1)9 plus grand dévelpppemput du calcni et dû dessin, quelque^

élémens des connaissances utiles, quelques notions d'IiistPirPf de géoçrapbie, des sciences pbysiquesji quelque^ leçons d* worgle? glnsiserai; complété 1^ bienfait de ces écplpS} fdnsî leurs) fruits s'étendraient sur les soldats même qui c^nt m cpuimencement très imparfîiît d'iustruciien, (t)

l^m que ces exercices de l'iptelUgepcps s^més à prppps daw le cours de la jourpé^ militsirf i rpmdisseut le soldat mnUii propre mix rudes fi^itignes des çsimps« pt tendissent h l'en dé*- S^i^ter, ilsluifeFftieutgputwwcpntraire (l'expérienee le prpir ve) le genre de repos le plus favorable au r^uPuveUement de§ fprcesj ils le disppi^raient à reprendre avee plu* d'a^ deuip sa pénible purri^ipe, pu #e trouver» eonduit uatureU^

^1) D>près le compte*>reiidi^ d|i ministre de la guerre, pour )89$ , sur nn

total de. . • ^ , ,, 69,944 jpunes Bo\n

dats filmant le contingent, on comptait ;

(toehant lir^* ...,.' • » , . â,749

lSsdia9|)ira«|ép|tbr^«,, ,•,/..,.».• ..,. B7»6S1

9r^«<4)j^9iJbw9li(SQrim,, llMi

tOtfO kl ftiuf^Qd ^ pay» u^6 pçrtioo ewenUelle, une condi-

m m mm^^n qu§ d^ jemai g^ai «aaiiant di^i^ liro et 6Qrm.

Js hQnm qovpçRitiw mprftto de l'^iméo, te régime d!«iQa^ fifilm^ird dii^îpUm i eo rradant l# loldat plm eaiHibla dâ fawpiir §§» ])op9Pftbl«« et difilçileg de¥oirfi| permet donc dQ tirer len, méme§ «ervie^ft d'une armée l^esueepp moiiift m»« brem^î eUe devient m9 m\v^ d^éeenemie pour Tétut, elle c^M^rve dDP^i im plu» grand npmi^re de mjeti m% i>refe«-' 4Qn4 cmieuf elle éperpe de to fierté eyii ferniHe» nne per^ Uen duigcriUce a^'eUe» f^nt ^u pay« p^r le re^^nifement*

Venrdlement k pris, d'^rgentp en eompeieet Varmée de m^ çenaire»ie;^ige anepntingentd'bQmme^ple^ eensidéreblei m supplée par le noml)re m mérite de »ei dlémwae i il enlève

dpnc un plus grand nombre de sujets aux professions utiles. Le recrutement obligé, enfermant l'armëe des meilleurs élémeus, réduit Fimpôt leyé en hommes à çe^ p]ns étroîtç^ limiter ; il sert donc Tintérét des familles elles-mêmes, celui de l'agrieaHureet de l'indastria ; Far mëe en devient aussi plus eapable de rendre les sei^iees anxquels elle est appelée, services qui, lersqulls sont bien dirigés, sont éminemment conservateurs et par conséquent équivalent à une production féconde , puis» qh'Qs protègent tontes les sonreës de production.

Pourquoi , en eertafaies contrées, comme en Angleterre , ' par exmiple, trouvei-t-on sur les états officiels, des Indigens inscrits itu secours publics, les épouses, les enfens des mUi* taires , et souvent ces militaires euxHcnémes , après qu'ils se sont retirés du service ? pourquoi cette classe d'indigens est-elle inconnue en France? Le système adopté par le mode de recrutement explique sans doute ce contraste. Dans les pays qui

recrutent lears armées par ûe^ enr^lemen» k p^ii^ d'argent , le j&ervipe militaire e^t embrâs»é fspmme nne profe«t»lenf et le

plus souvent par des individus qui ne se sentent'pas propres

kUÙ PBSMIÂBS PA&Tn. LITAV II. GHAP. TII.

OU disposés à en suivre une autres ils Texerceot aussi longtemps que leurs forces le leur permettent. Mais le métier^ê soldat pe conTient qu^à la jeunesse. Le soldat qui a passé sous les drapeaux les plus belles années de sa vie, dont la constitution s*est peut-être affaiblie par la vie des camps, rentrant dans la vie privée, sans capacité, sans préparation , sans goût pour les travaux industriels et sédentaires , aspirant surtout au repos^ s*il ne devient pas précisément invalide ^ est embarrassé pour se Créer une existence utile. La carrière des acmès enir brassée comme une profession , ne is*accorde pas avec la condition êe père de famille. Le soldat ne peut remplir ni les obligations d'un époux, ni celle d'un père ) il ne peut protéger ceux dont il devait être Tappui : sa compagne , ses enfans seront donc exposes à la situation la plus critique. Ces inconvéniens disparaissent dans le système du recrutement obligé et d'une durée de service limitée à un petit nombre d'années. ^

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