CHAPITRE lil
jOm iastilotioiis relatÎTes & Pédaoation de» orpheUnf pauvres*
ARTICLE l^.
De VohUgaUon de pourvoir à VMucation de$ orpheUni,
Voici une classe d'infortunés qui ne peuvent évidemment se suflEure à eux-mêmes. Voici un genre de malheur que, la plupart 4u temps, aucune puissaùce humaine ne peut pré^
(1) Comme par exemple ;
1® Les soins de propreté ;
2^ L'assiduité aux heures fixées,
3* Les précautions relatives à la santé ; la vaccination ;
4* Les proviiiottsdont chaque en&nt doit Itre muni;
e** Et sortoot les bons exemples qui daiv«iit être donnés ans «ntas àam
ft.
52 SECOICBS PARTIE. MVBB I. CHAP. III.
irenir ; mais auquel la société ne peut rester insensible. Privé de ceux qui lui donnèrent le jour^ sans asile, sans ressource, sans guide, sans appui, sans avenir, sevré de ces affections doliiestiques qui sont le pain du cœur, n'ayant que le deuil pour patrimoine, Tisolement pour perspective , le foible orphelin n'implorera jamais en vain la pitié^ n'invoquera jamais en vain la1)ienfaisance.
Si l'on reconnaît unanimement l'obligation de venir au se^ cours de l'orpbelin indigent, apprécie-t-on aussi bien la nature de l'assistance qui )ui est due?
Le premier sentiment qui saisit l'âme à. la vue dç l'orphe* lin, est le désir de pourvoir^à ses besoins présens, de le soustraire au dénûment, à la faim i, à la misère ; la première pensée qui se présente à req;)rit est celle de lui procurer une assistance, et l'assistance est conçued'abord seulement comme un secours. Souvent* et trop souvent, on s'arr$te Jà, on croit
avoir accompli l'œuvre. Cet enfant, cependant, a toute une vie devant lui ; la protection qu'il réclame embrasse surtout son avenir , et la pensée qui doit s'éveiller, en le considérant, est une pensée de prévoyance : il a besoin d'être armé contrel'adversité qui menace le cours de son existence, 6td*étre mis en état de conquérir par.ses propres ressources une situation indépendante. Ce n'est pas tout: il a droit d'être dot^ d'un plus noble patrimoine, des bienfaits de la religion, de laf morale, de la raison \ il a droit d'être mis en possession des lumières et des forces qui lui sont nécessaires pour remplir sa destination comme créature intelligente. S'il doit trouver un père dans son protecteur , il doit en obtenir ce que ses parens étaient tenus de lui procurer avant tout: les leçons et les exemples qui en feront un homme de bien.
Il y a une limite au secours matériel qui doit assurer sa subsistance; il n'en est pas à l'influence morale q.ui l'enrichira de vertus. La première peut dégénérer en abus; la seconde ne peut avoir que des effets utiles. Moins il est possible d'enrichir les orphelins des biens extérieurs, plus il est nécessaire .
ÉAVCAnoir BAS orphelivs. 53
delesdëdominager amplemeot par l'éducation la plus soignée, et de compenser ponr eux tine pauvreté obligée , par les qualités du caractère ; c'est un avantage qu'on peut leur procurer à peu de frais. Et, d'ailleurs, cependant , combien de fois ce grand intérêt n'est-il pas oublié, sacrifié même dans les dispositions prisg pour ces enfanç ! Trop souvent , avouons-le, on s'inquiète moins de les rendre bons«que dé les faire vivre.
Oh! la belle et touchante mission de servir de père adoptif à l'orphelin! Quelle douceur de réchauffer dans son sein la jeune créature, de lut donner une seconde vie, de lui rendre une destinée! Mais, aussi, quels devoirs cette mission impose! Il faut pourvoir à toutes les né-* cessités, écarter les dangers, veiller avec une active sollicitude, préparer lé bien-être, servir à-la-fois de guide et d'appui , mettre son pupille en état de se diriger lutmêine. Ces devoirs sont bien plus graves que- ceux de la simple tutelle ordinaire et légale ; la tutelle conserve seulement la personne et les biens du mineur; l'orphelin pauvre, hélas! n'a aucun héritage qui demande à être géré; il est rarement dans le cas d'être représenté pour les actes civils ; ce qu'il attend de son bienfaiteur, c'est la création même de son existence. Tel est le point de vue où il faut Se placer, pour étudier les etablissemens formés en faveur dés orphelins , et pour en apprécier le mérite.
La loi civile a considéré comme l'un de ses devoirs de veil- j | 1er aux intérêts de l'orphelin, en ce qui concerne l'exercice des droits civils. Elle lui a donné un tuteur dans la personne du père, de la mère ou de l'ascendant ; à leur défout, dans laj[>ersonne désignée à cet effet par eux ou par le conseil de famille. Elle a voulu que le conseil de fi^mille fut convoqué, au besoin, pour cette désignation^ à la diligence des parens, des créanciers, de toutes parties intéressées, ou même d'office par le magistrat (1). Cette sollicitude est louable ; mais
(1) Code civ., art. 390» 397, 402» 403, 405, 406 et «uiv.
hk SECONBB PAETIB. UVEB I. dBAF. III.
elle est à-peu*près sans influence sur la destinée de l'indigent pauvre, qui cependant demande une protection plus effi-* cace. En vain la loi a*t-eUe imposé au tuteur l'obligation de prendre soin de la personne de Torphelin (i) j Tobligation qu'elle impose ne comprend pas la charge des frais nécessaires à l'éducation de l'enfant. D'ailleurs, dans le fait, l'or-phelin indigent reste presque toiyouts sans tuteur civil. Le conseil de famille n'est pas môme convoqué. Gomment subviendrait-on aux frais qu'exigent ces formalités? La so-' ciété a donc assumé en quelque sorte sur elle-même l'obli* gation que, dans ce cas, elle n'impose à personne : elle a conservé vis-à-vis de l'indigent une sorte de-tùtelIe, et c'est par les mesures administratives de la bienfaisance publique^ qiji'eUe doit suppléer aux lacunes de la loi civile. Eh ! quoi ! l'état s'emparerait des terres vaines et vagues, des biens va-* cans et sans maître , des lais et relais de la mer , * des épaves , etc., c'est-à-dire de tout ce qui n'est pas dans le domaine delà propriété privée ; et en acceptant les avantages, il ne se croirait pas tenu de subvenir aux nécessités que des moyens privés ne peuvent satisfaire? Singulier contraste! Il veillerait aux bésoinà de l'orphelin riche, négligerait ceux de l'orphelin dénué de tout! Les lois protègent l'absent, l'aliéné; elles veulent que l'adniinistration prenne soin de faire faire la récolte du propriétaire qui en est empêché par des infirmités et * d'autçes causes ^ l'orphelin seul resterait oublié , et ^cela précisément parce qu'il est privé de tous biens ! non ! L'humsinité elle-même répond : l'orphelin indigent devient l'enfant adoplif de la société elle-même. C'est un bien vacant, si l'on veut, dont elle s'empare.
Et, en effet, il y a pour la société un intérêt grave, manifestet, h ce que les orphelins indigens reçoivent l'éducation couver nable» Restant sans guide et sans appui, ils pourraient dev^ nirdes styeta dangereux. Protégés, élevés avec soin, ils
(1) Gode civil , art. 4Se.
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deviendront des sujets utiles. Ils s'affectionneront plus vivement à la patrie de laquelle' ils auront obtenu un semblable bienfait. Us formeront une pépinière précieuse pour divers services publics. ,
Disposant de ces enfons d'adoption avec un pouvoir plus étendu, plus absolu, que celui qui lui appartient sur les enfans de famille , l'état peut réaliser plus librement à leur égard les vues du meilleur régime d'éducation. Un institut d'orphelins deviendra le type des établissemens destinés à l'éducation populaire. JKT'est-^ce pas une bonne fortune, pour le gouvernement, que d'avoir ainsi entre ses mains des institutions où Il peut réaliser pleinement toutes les conditions exigées pour un genre d'éducation aussi important? Dans les écoles ordi« naires , ses vues ne peuvent être accomplies que d'une ma-^ nière incomplète ; les enfàns échappent, une portion du jour, à ses établissemens, subissent d'autres influences. J[ies instituts d'orphelins livi^ent à ses soins des enfans dont il djspose sans réserve , et par les succès qu'obtiendront les soins qu4l leuLdonne, il agira puissamment sûr les mœurs populaires.
ARTICLE II Origine des institutiom relatives à i*éducûtion des ùtpheUfu,
Aussi, une émulation générale a-t-elle, dans tous les temps\ et dans toutes les contrées, multiplié les fondations pour | ouvrir un asile aux enfans atteints par une si grande infor-b' tune. Quelquefois l'état les a adoptés. Les principales cités'de| l'Europe montrent avec un noble orgueil les édifices érigés^ pour les recevoir. La charité privée a disputé à la bienfai-f sance publique l'honneur de les protéger.
Voyez aussi quelle tendre et>constante sollicitude pour la destinée de l'orphelin a témoigné la religion, qui possède si bien le secret des besoins de l'humanité (1) ! Elle ne s'est pas
(1) Pttioitt l'Ecntur» MÔate aiMeie ïéfjtkeUn''t\. la veme, el les pltee tous deax M premier rang de» ialorttuM» ^ aoiU rubjel de la prédtteelieii dtt su*