‹ De la bienfaisance publique; (volume 5)Chapitre 101 sur 132 · SHOXDE PA&TIK. LIW III. CHAP. VI · texte numérisé non relu

SHOXDE PA&TIK. LIW III. CHAP. VI

Expression sensible de la pensée religieuse, le culte extérieur la propage. Il la transmet spécialement à cette foule d'êtres que l'instruction a trop peu préparés aux .exercices de l'intelligence.- Langage solennel, éloquent, c'est par son canal, que les influences religieuses agissent incessamment sur les mœurs populaires. Le culte est une nécessité sociale, parce qu'insatisfait aux besoins religieux de l'humanité; il répand la sérénité et l'allégresse sur la surface de la terre; il anime les régions même de la mort, et projette jusque sur les tombeaux les rayons de l'immortalité. Une véritable éducation morale se continue, pour la classe laborieuse, dans ces exercices qui captivent l'attention, favorisent le recueillement, inspirent le respect; qui rapprochent et confondent les hommes dans de communes émotions et. de communes espérances, qui conservent un doux lien entre les générations successives, qui aident l'humble mortel à approcher du trône de la divinité, et qui répandent comme un parfum de sainteté sur toutes les actions de la vie. Rendons-lui grâces, au nom de cette multitude immense, d'individus dont la carrière se fût écoulée dans des occupations matérielles, dont la vie eût été absorbée par des sensations monotones! Rendons-lui grâces d'avoir semé sur notre obscure existence , tant de beaux jours qui vont la ranimer; d'avoir béni l'hy menée, d'avoir imprimé le sceau de la religion sur le front de l'enfant qui vient de uaîu-e; de le renouveler sur le front de l'adolescent,' de celui qui prend possession de l'intelligence} d'avoir, dans d'augustes et touchantes cérémonies, rappelé à l'homme sa propre grandeur, le respect, qu'il se doit à lui-même ; d'avoir fait oublier leurs longues fatigues, à tant d'êtres accablés sous le poids du travail,

»U CULTE BXTBBIEOB. Mi

de les avoir admis à participer aux jouissances de l'ordre le plus relevé" ; d'avoir fait retentir à lenrs oreilles les accens d'une poésie majestueuse ; d'avoir fondé avec une bienveillante prodigalité, ces fêtes populaires dont les institutions civiles étaient trop avares, de les avoir embellies par Lés dons de la nature et le luxe varié des arts! Bendons-lui grâces d'avoir, chaque semaine, dans un même jour solennel, nonseulement donnti le repos, mais décoré, ennobli ce repos ; convié tous les hommes, d'une extrémité de la terre à l'autre, ' à se réunir dans le même hommage; faisant ainsi éclater dans le monde entier, comme un concert unanime et immense d'adoration, l'hymne des créatures intelligentes à la louange du créateur !' rendons-lui grâces d'avoir, dans de mystérieux symboles , représenté la souffrance comme une épuration , d'avoir conservé la mémoire de ceux qui ne sont plus , perpétué l'exemple des héros déjà vertu, personnifié les vérités morales ! Bénissons-le d'avoir ouvert" ce banquet mystique et sacré, où le pauvre siège à coté du riche, partageant les mêmes dons, et ae regardant comme des frères!

Le culte extérieur améliore toujours les mœurs populaires, dès qu'il manifeste de saines doctrines religieuses , et qu'il les exprime avec fidélité, pour les esprits auxquels il s'adresse. Comme toutes les langues, et plus qu'aucune autre peut-être, le culte extérieur peut être mal compris ; les esprits frivoles , négligeas, peu éclairés, prendront le signe pour la réalité; comme ils prennent le mot pour la chose. Les formes voileront aux yeux mal disposés, les vérités augustes dont elles devaient n'être que les interprètes ; les pratiques extérieures usurperont dans les âmes servîtes, la place des sentimens et des devoirs; la superstition y puisera facilement des armes pour dominer les esprits faibles : le vice même se couvrira du manteau des pratiques, pour satisfaire ses penchans , pour ' se rassurer contre les reproches de la conscience. Prévenez de bonne heure ces funestes méprises; prévenez-les surtout dans les contrées où l'imagination et les sens exercent sur

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472 sEconue fiant, uvbs m. ckap. vi.

l'homme une domination plus lyrannique ! Prévenez-les avec 'un soin particulier, dans les classes delà société où l'erreur a le pins d'accès, les préjugés plus d'empire! Prévenez-les par un enseignement religieux bien conçu et bien dirigé, en fet-' sant pénétrer les vérités religieuses dans le coeur et dans la raison, en ayant le courage de les séparer des superstitions qui les altèrent!

Devant ces maximes dictées par l'expérience autant que par la raison, et auxquelles se rallient les bons esprits , se dissiperont à-la-fois , et les préventions de ceux qui , frappés de, quelques abus , redoutent pour le bien-être matériel de la société, l'action des influences religieuses sur les mœurs populaires, et les préventions contraires de ceux qui , dans leur admiration pour les bienfaits répandus par la religion sur les classes peu fortunées , ne consentent pas à reconnaître le .. grave préjudice qu'a reçu de certains écarts religieux, nonseulement le bien-être, mais la moralité des classes inférieures. Nous nous écarterions trop de notre but, si nous suivions ces maximes dans tontes leurs applications; l'histoire en abonde; non-seulement celle du passé, mais le tableau dn présent qui est sous nos yeux. Mais , qui sait tous les perfectionnemens que l'avenir peut réserver encore à la société humaine? Le christianisme ne renferme-t-il pas dans son . propre seiu une fécondité inépuisable, et ne répandra-t-11 pas des bienfaits plus abondans, à mesure qull se montrera plus fidèle à ses vrais principes? L'humanité ne semble- t-elle pas pousser aujourd'hui comme un long et vaste soupir vers une rénovation religieuse qui réponde à ses besoins les plus nobles et les plus intimes, et aux progrès de la civilisation? La Providence ne prépare-t-elle pas cette grande revJvincaUon? Les gens de bien l'appellent de leurs vœux ; les sages l'espèrent; les observateurs attentifs croient en apercevoir quelques symptômes précurseurs! \ "

FROVAGAT10K DES IKFLTJ1ÎHCÉS RELIGIEUSES.

Des moyens de propager et d'affermir tes influences religieuses sur les meeurt

Est-il une plus belle mission que celle du pasteur qui , descendant au milieu des rangs les plus obscurs de la société, comme un messager de paix, de consolation , de charité, vient se faire tout à tous, se confondre surtout avec la multitude de ceux auxquels sont refusés les avantages d'une édu~ ' cation libérale , le commerce des personnes cultivées, les douceurs de l'aisance et les plaisirs de la 'vie ; qui leur apparaît alors comme un guide, un consolateur, un ami; qui sympathise avec leurs sentimens , devient le confident de leurs peines, s'associe à leurs intérêts ? Il n'a été donné à nul autre de pénétrer aussi intimement, aussi puissamment dans les mœurs populaires , et par conséquent d'y porter des améliorations aussi étendues. Mais, pins cette mission est belle, plus elle est difficile. Elle est difficile surtout dans les temps présens. Puissent les hommes appelés à la remplir se pénétrer de son véritable esprit! Puissent-ils bien connaître les dispositions de leur siècle, en sentir les vrais besoins! Puissent-ils écouter la vérité de quelque part qu'elle leur vienne , et de la bouche même de leurs ennemis! Puissent-ils déférer aux avis des personnes qui, vivant dans le monde, ont acquis l'expérience des choses humaines , et désirent sincèrement la propagation des saines-influences religieuses! Qu'ils ne se laissent pas aveugler par un orgueil secret qui se déguiserait sous la dignité de leurs fonctions , ou par des préjugés qu'excuseraient à leurs yeux la pureté de leurs motifs!, Les circonstances Bout graves ; leurs prédécesseurs ont laissé d'admirables traditions ; ils ont rendu d'immenses services ; mais, plus d'une fois aussi, ils ont commis de grandes fautes : il faut savoir les reconnaître, si Fon veut eu éviierle retour.

tûli SECOBDE PAKTR. LITBS 111. CKAt. TI.

Dans la mission qu'ont reçue les ministres du culte, pour l'amélioration des mœurs publiques , la première condition du succès est, pour eux, d'obtenir la confiance générale et de savoir la cultiver. Le messager de l'Evangile se trompe lorsqu'il s'imagine n'avoir de rapports qu'avec un petit nombre d'âmes pieuses et d'êtres privilégiés , avec lesquels jl se trouve dans une parfaite harmonie de santimens , et qu'il dirige à son gré. Il a été envoyé pour porter la bonne nouvelle à tout, pour evangéliter ceux-là même qui repotent dan» l'ombre de la mort. Il doit se faire entendre de chacun, se faire estimer, honorer, désirer, alors même qu'il ne peut encore se faire comprendre. Sa présence s'annoncera comme le témoignage d'une bienveillance désintéressée, non comme le prélude d'une fâcheuse inquisition. Ou le verra toujours prêt à servir, jamais exigeant, bien moins encore ambitieux de dominer. Il apportera dans les familles , non le trouble , • mais la sérénité et le bon aceord. Pour parvenir à former ces relations , il saura comprendre les intérêts, entrer dans' les affections , lire au fond des cœurs, se plier à la réalité des choses humaines; se montrer indulgent pour la faiblesse et l'ignorance. Mais comment y parviendraii-il, s'il n'avait pu lui-même étudier le cœur humain , s'exercer à l'art de commercer avec ses semblables) acquérir l'intelligence de leurs dispositions et de leurs besoins 7 Comment y parviendrait-il, si sa propre éducation , loin de l'avoir préparé à une semblable aptitude , l'avait isolé de la société , rendu étranger à la vie commune?

C'est une chose très utile, presque nécessaire même aujourd'hui, au succès de la mission évangélique, que son ministre ne demeure pas étranger aux sciences profanes , surtout à ces sciences positives qui som -aujourd'hui eu si haut crédit, et qui reçoivent de si vastes applications. Par là, il obtiendra mieux la considération qui lui est due, de la part de ceux qui ne sauraient pas apprécier le mérite de ses vertus. Les sciences médicales, les sciences économiques dans leur

■ PROPAGATION DBS IHFLDBHCES HXLIGtltSBS. 475

application à l'agriculture, aux arts industriels, à l'économie "domestique, lui offriront plus particulièrement l'avantage de pouvoir rendre chaque jour des services variés ; il répandra des lumières utiles j et par là il se préparera la voie pour mieux propager ensuite les augustes vérités de la morale religieuse.

Sans doute , il n'est pas besoin de le dire , après avoir obtenu la confiance, le ministre du culte n'en usera que pour l'amélioration de ceux qui la lui auront accordée. La religion ne deviendra jamais, dans l'exercice de son ministère, l'instrument d'intérêts terrestres , d'ambitions mondaines { „ dans ses enseignemens, elle conservera toujours sa pureté, son élévation; l'hypocrisie ne sera jamais provoquée, encouragée; les liens de famille ne seront point altérés par de fausses et imprudentes directions des consciences. Mais ce qu'il importe de dire, c'est qu'il ne suffit pas aujourd'hui, que le sacerdoce offre l'exemple des vertus exemplaires et rigides ; il a besoin également d'une grande prudence.^ d'une extrême discrétion ; il doit se tenir en garde contre' l'ardeur de son «èle.

Les ministres du culte, quelquefois, en exigeant moins de la faiblesse humaine , en obtiendraient davantage. Ils conduiraient plus souvent dans les sentiers du perfectionnement, s'ils consentaient à moins précipiter la marche de ceux qu'ils veulent y diriger; en rendant justice à des qualités réelles, ils seraient mieux écoutés dans leurs avis en faveur de celles qu'ils recommandent. En honorant la vertu chez les gens de bien, quoiqu'elle ne soit pas accompagnée des pratiques pieuses, ils dissiperaient les préventions dont la piété est quelquefois l'objet. Ils devraient comprendre que des hommes de bien, sincèrement religieux, peuvent ne pas partager, leurs croyances sur tous les points, sans avoir moins de droits à leur estime et à leurs égards; il est bon qu'ils respectent toutes les convictions réfléchies et sincères, même lorsqu'elles sont différentes; qu'ils s'imposent une sage réserve dans les

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jugemens qu'ils portent sur les intentions. Rien n'est plusjoropre à faire vénérer la religion, que de la .montrer constamment appuyée sur la vérité et alliée à la justice.

Dans la disposition présente des esprits, l'intérêt même des croyances religieuses commande les plus grands égards pour les convictions individuelles. Un retour favorable s'opère vers ces croyances, dans les contrées où elles s'étaient affaiblies; mais il s'opère par un mouvement libre et spontané des intelligences ; il s'arrête devant des injonctions absolues et exclusives qui lui {itéraient son mérite en gênant son principe. Aussi, les régions où le sentiment religieux, conserve if ! aujourd'hui un empire plus réel et plus profond sur les âmes, ! sont celles où les convictions individuelles sont le mieux res- / pectées.

i ' Les vœux formés en faveur de la propagation de la morale religieuse, ne seront du reste pleinement accomplis qu'autant que les ministres du culte jouiront, dans ta société, d'une existence qui , sans être splendide , soit indépendante et honorable } elle est nécessaire pour leur assurer cette considération extérieure qui aide à l'efficacité de l'apostolat , pour leur donner les moyens de faire le bien ; elle est nécessaire aussi pour que leurs rangs se recrutent de sujets appartenant aux classes aisées de, la société; leurs fonctions exigent toujours assez de dévouaient et de sacrifices , pour que , même avec cet avantage, elles n'excitent aujourd'hui d'ambitions que dans les âmes généreuses.

Le jour est venu où l'histoire peut être juste envers les congrégations religieuses; elle doit l'être surtout dans les contrées où la plupart de ces institutions ayant cessé d'exister, restent aujourd'hui presque uniquement dans son domaine. La vie ascétique, dans ses rigueurs solitaires, lorsque ses exemples sont réduits à des exceptions peu nombreuses , n'est pas toujours aussi inutile à la société qu'elle peut le parattre au premier aspect : en quelques occasions, elle peut servir d'asile à des imaginations ardentes qui eussent pu

ntWi.Qi.tlOK DES IHIMJKÏtCK ULlGIIUBES, «77

troubler le repos d'autrni; elle peut, dans ces prodigieux athlètes , dans ces phénomènes extraordinaires, offrir une expérience instructive, sur le degré de courage moral auquel peut être portée l'abnégation de soi-même , sur la puissance de la vie intérieure , sur les inépuisables atimens qu'offre la méditation. Cet enseignement n'est peut-être pas sans utilité, lorsqu'il est donné au milieu d'un monde corrompu et dégénéré.

Plus d'un anachorète, au moyen âge , a le premier entrepris le défrichement des forêts dans nos "contrées , ouvert et tenu l'école lorsqu'il n'existait aucun autre moyen d'instruction; . d'autres ont conservé, par des veilles laborieuses, les monumens de l'antiquité, les traditions de l'érudition ; d'autres ont ranimé., entretenu le feu sacré des études; le monde étonné a appris d'eux quelle persévérance héroïque de recherches, quelle puissance de spéculations intellectuelles l'homme peut acquérir dans la paix de la solitude et dans le désintéressement des choses terrestres. Le travail fut la règle fondamentale de certains ordres religieux, celui de Saint- Benoît, par exemple. Aujourd'hui encore , on voit des fermes*1 exploitées avec un succès remarquable par des congrégations'* religieuses. Mais , de semblables institutions, purement ex-'t ceptionnelles, étrangères au monde, exercent peu d'influence H sur les mœurs publiques. '

Il n'en est pas de même des congrégations religieuses qui se consacrent à l'instruction gratuite des pauvres , au service des malades , à toutes les œuvres de charité , avec le dévoûment le plus pur. Celles que le ministère de la charité place h ainsi dans un commerce assidu avec les classes les moins fortunées , deviennent comme autant de messagères de la religion et de la morale , auprès de l'enfance , auprès du ruaiheur , et par là auprès de toutes les familles auxquelles appartiennent les enfàns qu'elles éjèyjent , les malheureux qu'elles soulagent. La religion apparaît en elles comme une source de lumières, de consolations, de généreuse assistance;

Û78 iicoinm paittï. tirai ni. our. ti.

les exemples de nobles et héroïques vérins se répètent dans ces classes modestes et simples de la société , s'y montrent dans leur réalité pratique , y deviennent familières aux spectateurs ; ce sont comme autant d'étincelles lumiDeùses, comme

- autant de parfums disséminés dans les réglons obscures où régnaient l'ignorance et la tristesse. Les membres de ces communautés , en tant qu'individus, sont eux-mêmes sortis des rangs des familles laborieuses; ils leur appartiennent par1

-d'étroits Hens ; les pauvres sont donc naturellement placés pour être témoins de celte vie si pure, de ces bonnes actions si continues que la religion inspire, et pour en apprécier la mérite (1); ils y retrouvent des privations égales a celles qu'ils subissent eux-mêmes, mais acceptées par un dévouaient volontaire ; une. activité régulière et infatigable , mais dont l'exercice est consacré par la bienfaisance. Y a-t-il une pré' dication plus éloquente et plus instructive que l'exemple d'une telle vie? . *

Certes , des congrégations aussi utiles ne sauraient être assimilées aux institutions monastiques qui servent d'asiles à l'oisiveté, et dont les riches dotations sont consumées sans aucun fruit pour la société humaine.

Le monde aussi a ses venus, ne l'oublions pas; au sein de la richesse, des honneurs, il y a des vies d'autant plus belles, que la vertu y triomphé de mille séductions; le monde aussi pent donner a la propagation de la morale religieuse, des messagers dont les exemples et les paroles exerceront ■ quelque pouvoir , et pénétreront peut-être là où les efforts des ministres du culte n'auraient pu s'étendre.

(1) Auisi, lorsqu'en France, les otages révolutionnaires ont menacé toutes qui portait un symbole religieux , est-ce le peupla qui a pris «oui sa protection les weurs hospitalières. No* soldats te félicitaient de les retrouver dans les hôpitaux. A Paris, pendant las journées de juillet , tes comhatlans dépouillant leurs habits, en revêtaient les frères des écoles chrétiennes, pour les mettre à r*bri de toute insulte, r

PHOPAdÀTtOR DBS (sh.i:ekces hbligibuses. 17*

Déjà, combien d'exemples le prouvent ! de nombreuses associations se sont formées , en Angleterre , entre des gens de bien qui se proposent d'encourager la propagation de la morale religieuse dans les diverses classes de la société , et spécialement dans Celles qui paraissent moins en possession de ces bienfaits , on dans une position moins favorable pour les recueillir. A leur tête est la célèbre tocUUpowr répandre la connaissance du christianisme, fondée à Londres dès 1699, qui jouit de revenus considérables (1) . Elle Correspond avec un certain nombre" de sociétés affiliées dans les comtés de l'Angleterre. Des motifs analogues animent également la société de bien public , érigée à Londres, en 1794; la société pour répandre le* connaùianees religieuse» parmi le» pauvre*, dont le zèle infatigable se déploie, dans la même capitale, depuis près d'un siècle (2) ; la société des missionnaire» d'Edimbourg; celle des mitijoru pour F Angleterre , fondée à Londres en 1818, et qui a pour objet de donner une instruction morale et religieuse aux habitâos des villages de la Grande-Bretagne privés de pasteurs. Cette dernière société entretient plus de vingt missionnaires; elle s'occupe des parens eu les associant à ses congrégations, des enfans en les envoyant à de bonnes écoles; elle est secondée par la société ' auxiliaire de Westminster. Le même esprit" se reproduit ,i quoique avec des applications plus restreintes, dans les sociétés instituées, en Angleterre, pour répandre la religion .parmi les marins (3) , pour la propagation du christianisme dans les montagnes et les lies d'Ecosse , dans les fies de la Société. ' Les Etats-Unis ont suivi dans ces institutions, comme dans

(1) Society for promoting chrirtian knowledge, Ella possède 02 mille ii?, sterling de revenu,

(2) Fondée en 1750.

(3) "Voy. le 8" rapport, public par celte société, le 7 mai 18S4, hïïew- Tork, pages», 10 et 11.

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tant d'autres, les traditions et les exemples de leur ancienne métropole; là, les sentimens religieux conserve^ encore un paissant empire sur les mœurs ; là, le culte n'étant point eo~~~ tretenu par l'état , la société religieuse , dans une absolue indépendance , ne pourvoit à ses frais , que par les rétributions volontaires de ses membres; la présence simultanée d'un grand nombre de communions diverses, entretient parmi elles une vive émulation ; chacune d'elles aspire à trouver l'un de ses principaux titres de recommandation, dans la part qu'elle prend à l'amélioration des mœurs. Ces circonstances appelaient naturellement le concours des associations libres, et elles n'ont pas manqué d'y répondre. I) suffit de citer ici la aociëlè américaine pour le* mutions intérieures , fondée en mai 1826, que secondent un grand nombre de sociétés auxiliaires, et qui tend à prendre de jour en jour un plus grand accroissement. Son but essentiel est de fournir des ministres de l'Evangile aux congrégations qui en manquent et qui n'ont pas de moyens pour les entretenir : elle distribue aussi et des Bibles et des nouveaux Testament elle entretient des écoles du dimanche; elle seconde les sociétés de tempérance. «La chrétienté, a dit-elle , a besoin d'être christianisée. Dans les États-Unis « spécialement, avec une population si jeune encore, si agile, « si rapidement croissante, si dispersée, exposée par lalibcrlé « même si entière de ses institutions, aux mauvaises habitudes « autant qu'aux bonnes influences , on croit voir approcher a une crise qui demande une puissance religieuse, beaucoup « plus étendue que celle qui existe actuellement , pour sau- « ver d'un naufrage entier les biens les plus précieux de l'hu- « manité. » S'il faut l'en croire, « les vertus an milieu des- « quelles cette nation s'était élevée, décroissent sensiblement; « les émïgrans, apportent sur les rivages de l'Amérique, les « vices de l'ancien monde (1). » En 8 années, cette société

(') Voy. le 8' rapport, puMic par cette société, le7inailBS4, à Newnrk. nraaO. 10 et 11.

York, pages 0, 10 et 11

:oi:;eJ.yGpOgIe

PROPAGATION DBS iufluesces religieuses. 481

est parvenue à fournir près de mille missionnaires * elle a assisté plus de 4000 églises; elle espère avoir obtenu an moins 6000 conversions ; le nombre des élèves qu'elle envoie aux écoles du dimanche s'élève à 35,000 ; elle a obtenu 63 mille adhérons pour les sociétés de tempérance : elle dispose de plus de 80 mille dollars par année (1). Les plus louables institutions sont cependant sujettes aux abus. S'il en faut croire les récits de quelques voyageurs, l'enthousiasme religieux qui accompagne quelques-unes des missions, et qui se produit dans quelques congrégations des États-Unis, irait jusqu'à dépasser les bornes d'une prudente sagesse. ,

Paris a vu naître, en 1817, nne association destinée à propager la morale chrétienne ; ni le zèle , ni le concours d'hommes recommandables, ne lui a manqué; elle a provoqué, elle - a encouragé des productions utiles; mais, ne disposant que de moyens très limités , n'étant point en contact direct avec les classes les plus nombreuses de la société , n'exerçant aucune action sur les individus, elle n'a guère pu avoir jusqu'à ce jour qu'un caractère vagué; elle restait ainsi renfermée dans une sphère- un peu abstraite; elle' s'est alors dédommagée en s' attachant à quelques branches de-bien faisan ce pratique, et modifiant sa destination première, elle est devenue une association philan tropique. Le succès d'une institution de ce genre est du reste bien moins facile en France,' qu'en Angleterre et aux États-Unis.

Elles concourent encore au môme but, les nombreuses sociétés bibliques dont nous avons déjà rappelé les travaux (2), et celles qui se sont formées pour répandre les traités religieux. Il n'en est peut-être aucune qui y ait tendu avec autant de persévérance et aussi directement, que la société hollandaise de bien public; dans tous les traités qui lui doivent le jour, la religion apparaît toujours comme le guide de la morale. .

(l)Ih., ib., pages 80 el 01.

(2) Yoy. le chap. a du présent livre ■ paragraphe

«SI smormi t*xm. uni m. mur-, ti.

Si l'on est redevable au sentiment religieux, de ces innombrable» institutions qui se sont formées parmi les gens da monde, pour assister le malheur dan» mil» ses besoins, il est résulté de celte circonstance, indépendamment du soulagement que les misères humaines ont reçu avee une générosité si e»pressée , un autre effet moral et d'an grand prix t les société» charitables contribuent réciproquement a répandre le sentiment religieux, parmi ceux qui ont recueilli le bienfait ; la chaleur vivifiante de ce noble sentiment se communique A leurs familles, à leurs amis. Témoins de ces bonnes actions, en recueillant le fruit, les classes malheureuses apprennent à connaître , à apprécier dans l'un de ses pins beaux ouvrages, l'alliance intime de la religion et de la morale [ elles sentent que la morale religieuse n'est pas une vague spéculation. La religion ne se présente pas à elles comme une poésie imaginée pour satisfaire l'imagination, comme un simple appareil de pratiques extérieures;, elles y voient une réalité féconde et le premier intérêt de la vie humaine.

Combien la salutaire puissance qui peut appartenir aux gens du monde, pour propager la morale religieuse, ne se trouverait-elle doncpasaccrue, si elle était unie avec le bienveillant patronage auquel, par des sollicitations si vivement répétées, nous convions les classes aisées de la société, envers celles qui ne le sont pas ! qu'il serait beau d'élever ce patronage jusqu'à une sorte d'apostolat, par celte autorité qui s'attache toujours aux exemples de la vertu ! mais que cette peur sée soit bien comprise! Loin de prétendre imprimer au patronage, érigé pour protéger les ouvriers, ou pour soulager le* indigens, le caractère doctrinal d'une mission, nous répudions au contraire toute idée de faire de cette institution tutélaire, un instrument de prédication, et de mettre des conquêtes religieuses pour prix à l'assistance"; par cette fausse corn* binaison , on manquerait à-la-fois les deux buts. Les prédications de l'homme du mondé ne doivent s'exercer que par les bonnes actions. Il y a là pour lui une assez vaste carrière.

PKMAGUIOH DIS JKÏLUEUCM UilQIIIMIB. 419

Lo spectacle d'une -vie honorable et pure est aussi un apo»tolai; il est permis à tous , il n'a d'inconvéniens pour personne. Les individus qui sont placés dans une situation élevée sont plus spécialement appelées à l'exercer. Lorsquerda ces sommités sociales auxquelles put été prodiguées le» fa-> veurs de la fortune , sont malheureusement descendus de pernicieux exemple» \ lorsque l'image de ta corruption s'y est montrée à tous les regards, avec impudeur, parée de luxe, enivrée d'orgueil, urie grande réparation est devenue nécessaire pour détruire les ravages d'une contagion qui a infecté le» derniers rangs de la société. C'est aux vertu» des gens du, monde qu'il est réservé dé l'accomplir.

Notre siècle est malade , ne le dissimulons point. Le règuo, de la liberté de penser devait être, a s» naissance, une crise pour l'esprit humain. Le choc des opinions it favorisé le doute; avec la diffusion des lumière», il s'est répandu comme il était presque inévitable, beaucoup de lueurs incertaines et trompeuses; les abus commis au nom et sous le voile de la religion, signalés par l'histoire,- et exagérés quelquefois par une polémique ardente, eut jeté de la confusion dans les idées; le développement de la richesse et les progrès de l'industrie ont accru l'empire des intérêts matériels; la foi religieuse s'est affaiblie ; une morale peu philosophique, qu'on a voulu fonder sur l'intérêt bien entendu , abdiquant le principe fondamental de la moralité , a secondé l'égqïsme en le flattant. Il y a dans beaucoup d'esprits de l'incertitude, non-seulement à l'égard des vérités rjeUgienses , mais à l'égard même des règles de conduite privée. Cependant , plusieurs circonstances ont fait comprendre aux intérêts matériels , combien il leur est nécessaire , pour leur propre sécurité, de se réfugier sous la protection de la morale publique , et les graves évènemens qui ont agité le monde * en* étendant le cercle des idées , ont aussi ramené à des idées plus sérieuses. De grands malheurs ont été de grandes lumières- Les esprits aujourd'hui paraissent plus accessibles* à la réflexion ; la morale religieuse se

lAh «tCONDI PARTIE, LITRE lit. CHU. Vit

montre généralement comme l'un des premiers biens de l'humanité; ou y tend, alors même qu'on ne la possède pas encore. Mais, gardez-vous de croire qu'il suffise de reconnaître que la morale est utile, pour assurer son triomphe ! Elle ne peut être une affaire de prudence ou de calcul. Elle a une autorité propre, et veut être obéie pour elle-jnême. Gardez-vous / de croire surtout que vous la ferez accepter à autrui, envoas i en dispensant pour votre propre usage; que d'autres s'immo- : leront en holocaustes pour la'vérité et la venu, pendant que . vous vous occuperez tranquillement à faire vos affaires, à recouvrer et à dépenser vos revenus! Qne les riches n'imaginent < . pas faire, Je la morale religieuse, un joug pour les pauvres, 1 en même temps qu'une sauve-garde pour leurs intérêts personnels! Jamais, quelque commode que cette doctrine puisse leur > : paraître, jamais , ils ne persuaderont qu'il n'y a de devoir , ici-bas qne pour les gens qui vivent à la sueur de leur front. '| Qu'ils marchent rrancjiejneu^ les premiers dans la voiedn 1 bien; on les suivra.

Fllï BU TROISIEME LIVRE ET DE LA SKCOXBE PARTIE.

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