TROISIÈME PASTIS. LITRE I. CHAP. II
On signale la maison de travail pour les centuries de Milfortl e( de Lauutdeich, dans le com.tc.de Norfolk, mise en activité par un acte du parlement de 1775 , comme ayant le mérite d'être tenue avec une grande attention , en ce qui concerne le soulagement des pauvres, leur santé, leur moralité. Elle contient jusqu'à 500 indigens , dont la moitié se cûmppsc d'enfans au-dessous de 14 ans. (1)
La maison de travail d'Edimbourg est généralement citée comme un modèle. Elle n'occupe pas moins de 900 indigens à-la-fois, dans une ville de 30 mille âmes de population. Le produit du travail n'est évalué qu'à 8 shillings par tête et par an ; mais les frais n'excèdent pas 4 livres su et 10 sbil. pour chacun annuellement. (S)
Quelques-unes de ces maisons de travail semblent être au contraire , tenues avec une sorte de luxe. Là maison de charité, établie à Nacton près Ipswich, peut être citée comme un exemple de ee genre. La dépense, pour chaque indigent, y était d'environ 10 Ifv. st. par année ; leur travail ne représentait qu'un produit d'une livre et 14 sbil. par, an; c'est donc environ 8 liv. et 6 sh. que coûtait à l'établissement chacun de ceux qui y sont reçus; aussi faisaient-ils, à ce qu'on - assure, excellente chère. Leur nombre est d'environ 150 (S).
Le refuge ouvert à Londres pour les indigens sans travail, en reçoit à-peu-près 120, moitié hommes, moitié femmes. Le mouvement est de 100 travailleurs, à-peu-près, par année.
Le nombre des indigens admis dans les maisons de travail, dans l'Angleterre et le pays de Galles , seulement, était évalué: en 1813 à . . . . . ■ -, . 97,223
en 181& à ...... . 94,085
en 1815 à 88,115
(1) Toy. le premier rapport de la société, pour naéUonr luxai dapro-
(2) "Voy. l'excellente Esquisse de lord Kjudkt, sur Us pauvres.
(3) Tov. un écrit publié à Londres, en 1772 , Mtu le titré d'Humamu.
WOHKfiOVSES d'anrlrtekbe. 529
La maison de travail de Dublin ne recevait pas moins de 1700 indigens, à-la-fois, vers la fin du siècle dernier. A la sollicitation du secrétaire Pelliam , le comte de Rumpfort se rendit à Dublin, pour éclairer de ses conseils la réforme des abus auxquels cet établissement avait donné lieu, et les améliorations, projetées. Le régime économique fut modifié dans tous ses élémens. Le règlement de cette maison impose à tous ceux qui sont en état de travailler, l'obligation de se procurer par leur ouvrage, au moins la valeur de leur habillement. On leur abandonne à cet effet, les 2/3 du produit, et la maison en retient 1/3 pour s'indemniser de ses frais, (i)
L'expérience a fait reconnaître que le produit de ces établissemens croit, et que les frais diminuent, en, raison directe, de la sévérité de là discipline. Ainsi, à ralmoulh, par exemple, quoique depuis 1820 la population de la maison de travail se soit accrue , la dépense s'est progressivement atténuée, à mesure qu'un bon régime v g été introduit et développé; sous une discipline modérée, elle s'est réduite de 2321 liv. st. à 1378; et sous une discipline sévère, elle est descendue à 1039 liv. st. En 1832, chaque individu qui coûtait à l'établissement 9 s. 7 d. par an, ne lui coule plus que U s. 6 d. (2) ' L'expérience* a' également montré, ce qu'il était facile de prévoir , que les maisons de travail organisées sur une petite échelle, sont "fort dispendieuses, et réussissent difficilement à remplir leur but. Les commissaires royaux, dans leur rapport présenté au roi d'Angleterre, le 20 février 1834, en citent un grand nombre d'exemples (3). Qu'espérer en effet d'établissemens où l'on voit réjinis 60 ou 80 pauvres seulement , dans les conditions les plus diverses; une douzaine d'enfans abandonnés, 20 ou 30 vieillards ou infirmes, des
( 1J Voy. le rapport de la société pour améliorer le sort de» pauvre* , en Angleterre, d" 49 et 57.
(2) Rapport des comiiiiisail'és royaux , pour l'enquête de 1833, page 370.
(3) Pages 303 à 306.
(30 TROISIÈME PAATIX. UVKB I. CHAP. II.
aveugles , des idiots, des aliénés, des filles mères, des malades, et seulement 20 ou 30 adultes valides des deux sexes, employés au travail? Nulle classification ne peut y être établie} leB séparations nécessaires ne peuvent Être observées. Une partie de ces inconvéniens provient sans doute du mélange ; mais ils deviennent encore plus' sensibles par les étroites proportions des établissemens.
D'après le témoignage des mêmes commissaires, * les maisons de travail de l'Angleterre souffrent à-Ia-fois, et des conséquences attachées à leur constitution, et des défauts de l'administration qui les régit. Réunissant dans leur sein des indigens de tons les âges, des. deux sexes, et de conditions fort différentes, les enfans et les jeunes gens y contractent les vices des individus âgés ; les filles, clux des personnes de leur sexe déjà corrompues ; les pauvres honnêtes y sont exposés à de fâcheuses influences. Le plus grand nombre de ces maisons sont le séjour de la paresse , de l'ignorance et du désordre» Ceux qui sortent une fois par semaine, rentrent ivres ; d'antres ne peuvent subir le joug de la discipline j on est contraint de les chasser. La maison d'Oxford offre un tableau effrayant. La condescendance des administrateurs est telle , d'ailleurs, qne dans la plupart 'dé ces maisons, les indigens sont mieux que chez eux. Ils y trouvent la propreté, l'espace, un air pur, de bons lits, nue bonne nourriture , tous les genres de bien-être. Non-seulement leur existence y est pins aisée' et pîûi douce que celle des ouvriers indépendant*, mais elle y estpréférable même à celte d'un grand nombre de contribuables sur lesquels pèse la taxe destinée a les entretenir. »
HÉEÛEMES DES MAISONS DE TftAVML, SU àlQURUt, 631
Eéiurmes proposées et ordonnée! eu 1834, pour les maisons de travail, . en Angleterre.
Cependant, les commissaires royaux n'ont garde d'étendre ces reproches à l'universalité des maisons de travail de l'Angleterre. Il en est où le régime auquel les valides sont soumis est assez rigoureux pour leur faire préférer une condition indépendante. Les maisons de travail de la capitale, en parti- ' culier, sont assez bien tenues, du moins par comparaison avec les autres (1). Celle -de Southvell présente un système excellent. (2)
En conséquence de l'enquête1 et du rapport des commissaires royaux, le bill porté en 1834, par te parlement d'Angleterre, après une discussion solennelle, a maintenu l'existence des maisons de travail, confirmé en partie les règles de leur constitution, mais en a aussi modifié en partie et amélioré le régime. .
Le bill a posé un petit nombre de règles fondamentales, ou plutôt il a rappelé ces règles qui se trouvent déjà écrites dans le célèbre statut 43* d'Elisabeth, et dans A antres statuts de Georges III. Ces règles prescrivent d'employer, suivant leurs forces et leur capacité, les indigeas admis dans les maisons de travail. Elles pourvoient à l'entretien de la propreté, de la salubrité, autorisent à occuper les pauvres aux soins convenables pour cet objet; elles régissent la disposition des lieux, la classification des logemens, la séparation des diverses espèces de pauvres; elles déterminent les heures de travail et les peines à appliquer en cas de refus, de négligence, de désordres, etc.; elles embrassent la tenue dés
(1) Toy. le Rapport précité, pages £2 et 63. (3) Ib'td,, pages 331 et 248.
632 TROISIÈME FABTIB. LIVBB I. CHAP. II.
registres, du matériel, les divers services, les décès, tes sépultures, les exclusions, les visites du gouverneur; elles interdisent, aux pauvres de sortir de la maison, aux étrangers d'y entrer sans la permission du gouverneur; elles défendent d'y introduire, sans la même permission, soit aucune boisson fermentée, soit aucune liqueur spiriiuëuse; elles veulent qu'il soit donné, chaque mois, lecture publique du règlement; enfin elles assurent le service divin. (1)
Mais le nouveau bill place l'exécution de ces régies, jusqu'alors trop souvent méconnues ou négligées, sous le contrôle et l'autorité de la commission centrale instituée pour . l'administration des secours publics. Aucun changement, aucune addition ne pourront être faits à ce code fondamental, sans l'approbation de cette commission; approuvés par elle, ils auront force de loi.
La commission est autorisée à ordonner, sous certaines conditions et formalités, soit la construction, soit la location d'une maison de travail; elle peut prescrire des modifications pour celles qui existeraient déjà; les étendre, mais sous Certaines limites; elle peut opérer là réunion de plusieurs paroisses, pour former et entretenir en commun une seule maison, et porter des rëglemens pour chaque maison ainsi formée. Cette institution de maisons communes pour plusieurs paroisses, jadis facultative pour les paroisses elles-mêmes, et qui, aujourd'hui, pourra être ordonnée d'office, a été considérée par la législation comme une amélioration considérable. (2)
Aucun aliéné ou idiot ne peut être retenu dans ces maisons, plus de lh jours.
Ou y tient un registre exact des personnes admises, des secours qu'elles reçoivent et de leur emploi. (8)
(1) Voj. l'art. 21 du bill , qui se réfère aux cinq statuts an teneurs. (2)Vojr.Ie»art. 22, 33,24, 20,42.
[3) Art. 45 el 66.
-^edcyGoogle
EXÉCUTION BU BILL SUR LHS M.UùONS DE TBAVAIL. 633
La péualité établie par les anciennes lois, comme sanction de la discipline, maintenue en quelques points, a subi aussi diverses modifications.
Des amendes sont encourues par ceux qui emporteraient ou recevraient les effets appartenant à une maison de travail. Ces effets portent une marque.
Tout indigent admis, qui refuse le travail convenable à son âge et à si) capacité, ou qui se rend coupable soit d'ivrognerie, soit de mauvaise conduite, est envoyé à la maison de correction avec obligation d'y travailler, pour 21 jours au plus, (i)
Les chefs et maîtres qui tolèrent l'usage des liqueurs spiritueuses, qui maltraitent les pauvres, ou commettent quelque tort, subissent une retenue sur leur salaire : ces dispositions sont affichées dans les maisons de travail. (2)
Les juges de paix peuvent visiter ces maisons, pour examiner si les lois et réglemens sont bien exécutés. (3)
Ce code des maisons de travail,- le seul qui existe jusqu'à ce jour dans la législation d'un pays, est digne d'être médité, surtout lorsque ce pays est l'Angleterre, et qu'il y a été préparé par des travaux si étendus et par une si longue expérience.
Exécution du nouveau bill, relativement aux maiiont de travail de l'Àugle-
Pendant le cours des deux premières années, qui ont suivi la promulgation du bill de 1834, 117 nouvelles workhonses ont été construites, sur un plan nouveau, assez vastes pour pouvoir renfermer les indigens de plusieurs paroisses réunies. Elles contiennent en général, de 150 à 500 personnes,
(l) 6" statut de Georges IV, chap. 30 , tect. xssiv. (3) Art. 9S,g3.g4Ju nouveau bilL (3) "Art. 43.