DÉPÔTS DE MENDICITÉ DEPUIS 1S0S
Les suppression* oui eu lieu par des mesures partielles, spéciales , pour chaque dépôt de mendicité , d'après des considérations relatives à chaque localité.
La plupart des conseils généraux , dans leurs délibérations, n'ont pas manqué sans doute d'éjfxer des objections plus ou moins plausibles contre l'utilité de ces établissemens ; ils ont reproduit celles qui ont été, à diverses époques, opposées par Jes adversaires de 'cette institution, et quelquefois ils ont fait la critique de l'établissement particulier qu'ils avaient sous les yeux. Maison ne doit pas perdre de vue que plusieurs de ces établissemens étaient à peine en activité; que les autres n'avaient que 3 oui ans d'existence; qu'on en était encore à l'essai; qu'une expérience réelle n'était point encore acquise. L'administration de quelques-uns d'entre eux pouvait être imparfaite et mal entendue, sans que le tort en dût rejaillir sur l'institution elle-même.
La vérité est que la France était alors sous l'influence d'au esprit de réaction , qui faisait souvent considérer avec défaveur les œuvres de l'Empire; que les dépôts de mendicité ont succombé en partie à celle influence. Leur créateur, en les fondant par des actes de son gouvernement , avait trop négligé de les rattachera l'administration des secours publics, d'appeler à leur organisation et à leur gestion, le concours des personnes bienfaisantes. Il avait imposé d'office aux dépariemens et aux communes, des dépenses considérables, sans les consulter, sans les éclairer suffisamment. Le poids de ces dépenses devint beaucoup plus pénible encore, à, la suite des évènemens désastreux des deux invasions, de l'occupation étrangère, de la disette. Les conseils généraux saisirent avec empressement l'occasion de se soulager de ce fardeau ; ils affectionnaient peu dos établissemens qui n'étaient point leur ouvrage. Les vastes édifices dans lesquels on les avait établis étaient demandés pour d'autres services; plusieurs étaient réclamés pour des séminaires; on les affectait à de nouvelles destinations plus conformes à l'esprit du
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temps. Le^ouvernement ne pouvait, ni entretenir ces dépôts aux frais du trésor de l'état, ni contraindre les départemens à continuer les sacrifices nécessaires. Mais, dans le sein même du gouvernement, des hommes sages pensèrent que les conseils locaux, cédant à une mobilité trop ordinaire dans notre nation , commettaient une faute , et les regrets n'ont pas tardé à se faire sentir.
Par un contraste singulier , pendant qu'on s'empressait ainsi de détruire en France l'ouvrage de Napoléon, on le conservait, en l'améliorant, dans les contrées que le sort des armes et les traités avaient enlevées à la France.
Ces établissement demandaient encore en effet de nombreuses améliorations ; ils avaient un caractère indécis: souvent on sollicitait d'y être admis, comme une faveur; ils s'écartaient ainsi de leur but; le régime moral était imparfait. Le temps ef-t amené les réformes, les perfectionnemens désirables. Ils n'offraient pas d'ailleurs à tous les départemens, un égal degré d'utilité ; ils étaient peut-être trop multipliés pour les besoins réels.
Les frais de premier établissement, pour les dépôts créés à cette époque, dépassèrent 12 millions. Les dépenses variaient suivant les localités. Il suffira de donner ici quelques exemples pris parmi celles de ces maisons qui ont eu une durée suffisante pour qu'on puisse en apprécier les résultats avec quelque certitude.
État actuel des dépôt* de mendicité en France,
Les deux dépôts de mendicité formés pour le département delà Seine, l'un à Saint-Denis, l'autre a Villers-Cotterets, n'ont pas précisément le même objet. Le premier est un établissement tout spécial, destiné à Une classe d'individus propre aux grandes villes , aux capitales ; dont la présence est pour elles un fléau , dont l'accumulation serait pour elles on danger.Le second sert de refuge à des malheureux, en partie
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accablés sous le poids de l'âge ou des infirmités, dont les uns y sont admis sur leur demande, dont tes autres y sont enfermés d'une manière temporaire.
Le dépôt de Saint-Denis reçoit d'abord les libérés qui, faute de travail et de ressources, demandent à y trouver un refuge. Il reçoit ensuite les individus qui, après avoir subi une condamnation pour mendicité, sont tombés en eut de récidive, et doivent, d'après la deuxième disposition de l'article 274 du Gode pénal , être séquestrés à l'expiration de leur peine. On y transfère même quelquefois le trop-plein de quelques maisons de détention de Paris , notamment de Saint-Lazare. -
Ce dépôt contient, terme moyen, environ â mille individus, de tout âge et de tout sexe; pendant une suite de 10 années, de 1817 à 1837, sa population était composée, année moyenne, comme il suit: 1360 hommes, donnant un total annuel de 158, 125 journées, et 827 femmes, donnant 137,681 journées. Mais , sur ce nombre , 800 seulement travaillaient. Le nombre des journées de travail n'était, pour les hommes, que de 59, 679 j pour les femmes, deâï, 778. Le produitdu travail s'élevait, pour les hommes, à 16, 044 francs ; pour le* femmes, à 14,658 francs. On est frappé de voir plus de femmes que d'hommes occupées au travail, et de trouver leur travail au moins aussi productif. La journée de travail produit près de 37 centimes. La dépense de chaque individu s'élève à environ 77 centimes par jour. La mortalité est de 79 hommes et 61 femmes par an, environ sept sur cent.
Les mendiant* en état de récidive, qui forment la deuxième classe, se composent essentiellement d'individus abjects, rebut de la population, que l'inconduite à réduits à la misère, qui ont embrassé la mendicité par choix, comme la profession leur offrant le plus de facilité pour satisfaire leurs penchans crapuleux, et qui sont généralement considérés comme incorrigibles.
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Le dépôt de mendicité de Villers-Colterets a été érigé en 1808 , conformément a la loi de celte époque ; il était destiné > recueillir 1000 mendians, et dès les premiers mois de 1809 , il en renfermait déjà 700. De 1816 à 1830 , le même esprit de destruction qui avait poursuivi les éiablissemens de cette nature, sur toute la surface du royaume, menaça constamment celui de Villers-Colterets. Aujourd'hui, l'expérience en a pleinement confirmé l'utilité.
Il renferme en .ce moment a classes d'individus :
1° Les étranger» qu'y envoient constamment le duché de Parme , la province de Gênes et la Savoie ; c'est-à-dire presque tons de malheureux enfans, instriunens et victimes de spéculation entre les roaius^ d'aventuriers étrangers comme eux ; comme aussi une classe d'enfans provenant des départemens du centre de la France, qui sont immolés à de semblables combinaisons, et sur lesquels nous offrirons, dans l'un des chapitres suivans, quelques détails jusqu'à ce jour ignorés.
3° Les niendiaus nomades, .ou passagers, peu nombreux, et qui n'apparaissent guère qu'à l'époque de la récolte , lorsqu'ils n'ont pu trouver à s'employer comme journaliers moissonneurs, aux environs de la capitale. i
S0 Lés mendians sédentaires, de profession, lesquels à leur tour se partagent en deux classes: l'une comprend les vieillards , les infirmes , que la misère et l'incapacité de travail conduisent à mendier sur la voie publique; l'autre, les êtres dépravés que le vice a jetés dans la misère; population immonde et dégénérée, qui croupit dans la mendicité comme dans la fange.
h" Les mendians sédentaires nécessiteux, lesquels se recrutent surtout parmi les ouvriers que la morte saison on la stagnation de quelques professions industrielles, laissent dans l'inaction.
Une partie de la population du dépôt de Saint -Denis , prise surtout parmi les vieillards et les infirmes, est versée sur Vilters-Cotierels. , .,