‹ De la bienfaisance publique; (volume 5)Chapitre 122 sur 132 · TROISIÈME PARTIE. LLVRK I. CHAI'. III · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. LLVRK I. CHAI'. III

' quels 100 à peine ont été jugés en état de travailler. Le prix de journée a varié entre AS et 50 centimes, -et dans ce prix la nourriture est comprise pour 24 à 30 centimes. Le produit du travail ne ligure, jusqu'à ce jour, dans les recettes, que pour une somme très faible. (1)

Dans leurs deux dernières sessions,- plusieurs conseils généraux de département (2) , aujourd'hui formés par l'élection , ont provoqué avec instance le rétablissement des dépôts de mendicité détruits depuis 1817- Ceux qui possèdent des dépôts ont exprimé le vœu formel de les voir conserver ; enfin, vingt dépariemens, dans toutes les régions de la France, ont appelé la sollicitude du gouvernement sur les ravages qu'exerce le fléau de la mendicité (3) , et sur la nécessité de prendre des mesures d'ensemble pour y' apporter un remède. Eclairé par des avertissemens aussi répétés, le gouvernement est, en cet instant même, justement occupé de ce grave sujet, et fait espérer de proposer bieniôi à la législature des mesures dont la discussion achèvera de répandre la lumière.

ARTICLE ni.

De l'utilité des dépôts de mendicité.

Objections et réponses.

L'institution des dépots de mendicité a dû subir lés objections générales qui se sont élevées contre les maisons de travail ; elle a essuyé aussi des reproches qui lui sont propres.

(1) Voyez les comptes-rendus, publiés en 1833, 34 il 35-

(2) Notamment un 1887, ceux de la Drame, d'Eure-et-Loir, des Hautes- Pyrénées.

(3) Nolammeut, en 1837, l'Allier, les Ardeunes , l'Aube, l'Aveyrou, la

UTILITÉ DBS DÉPÔTS HB KENDICITS. 601

On s'est plaint de ce que ces dépôts , placés sur un seul point , au centre d'une province, retiennent les indigens éloignés du lieu de leur ancien domicile , rompent leurs relations habituelles, les privent ainsi, par une sorte d'exil, de l'appui naturel qu'ils eussent trouvé dans les personnes qui prennent intérêt à eus. De la sorte, a-t-on dit, on dépense en frais pour leur transport, ce qu'on eût pu employer à leur soulagement; il faut se charger quelquefois d'une famille entière , lorsque son chef est surpris mendiant.

On s'est plaint de ce que les infortunés réduits par une nécessité réelle et impérieuse , à implorer la pitié publique , se trouvent, dans les dépôts, confondus avec des êtres vils , que les habitudes de fainéantise ont seules conduits à mendier; le système commun à ces deux classes d'individus, se trouve ainsi trop dur pour les uns , ou trop doux pour les autres.

Lorsque ce régime incline à la douceur , et telle doit en être la tendance , on s'afflige de voir que le séjour dans le dépôt de mendicité, parait à beaucoup de gens une existence plus tranquille et plus commode qu'une vie indépendante ; que l'admission dans ces maisons est alors ambitionnée et sollicitée à titre de faveur; qu'un grapd nombre d'indigens mendient précisément pour se faire arrêter , certains dès-lors de n'avoir plus à prendre soin d'eux-mêmes. A proportion que les mendians sont mieux traités dans ces maisons , l'affluence des demandes va en croissant, les dépenses augmentent, et le public supporte une plus forte charge.

Ces difficultés sont réelles, sérieuses. Elles proviennent précisément de ce caractère mixte qui est propre à l'institution dont il s'agit.Placée comme un intermédiaire, entre les prisons et les hospices , elle flotte entre ces deux ordres d'élablisse-

Dordogtie, l'Isère, la Mayenne, l'Oise, le Haut-Riiin , la Haute-Saoae la Sanhe, la Seine-Inférieure, Seine-el-Mai-iie , Seine-eU>ise, Tara el-Garonne, la Vendée, le» Vosges, etc.

(Voir l'analyse de* votei des conseil i généraux , publiée en 1838.

603 «oniim .UMn. livhi. chap. ni.

mens, et se dénature dès qu'elle se confond , ou avec l'un, ou arec l'autre. Aussi voit-on l'administration publique faire de continuels efforts pour trouver , saisir et maintenir ce terme moyen qui lui échappe. Aujourd'hui surtout que le travail est Introduit dans les maisons de détention, la distance qui sépare ces maison», des hospices, est encore abrégée. Gomment les dépôts de mendicité pourront-ils se distinguer des premiers, tans s'assimiler aux seconds ?

Mais l'institution des dépôts de mendicité répond-elle à un besoin réel de ta société ? voilà ce qu'il faut avant tout se demander. On examinera ensuite comment elle peut y satisfaire.

La réponse à cette question se trouve dans les mœurs de la classe indigente.

Partout où il existe un certain nombre d'indigens capables de travail, et qui, cependant, par leurs habitudes, répugnent au travail, qui rerasent de l'accepter comme un secours; partout où se produit avec une certaine abondance, nette espèce d'êtres dégénérés que nous avons essayé de caractériser au commencement de cet article, le travail forcé , la vie réglée, la discipline dont les dépôts de mendicité sont le théâtre , deviendront un remède, un préservatif. Le taiaret sera qtile, partout où existera cette espèce de lèpre morale.

Que les dépôts de mendicité remplissent cette destination; mais qu'ils s'y renferment ; qu'ils soient exclusivement affectés à l'espèce d'individus que nous venons de signaler ; alors leur milité ue pourra être révoquée en doute. On n'aurait jamais pu supprimer les dépôts de mendicité de Saint-Denis M de Villers-CotteretB, sans les plus graves dangers. C'est là qu'on peut bien voir et étudier cette espèce particulière de misérables, çlacée au-dessous des indigens ordinaires, qui ne saurait pas vivre indépendante , qui ne mérite pas d'être admise dans les asiles ouverts à la vieillesse honnête et malheureuse , et qui se reproduit avec plus ou moins d'extension dans toute grande cité.

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