Û SECOHDS PARTIS. LIVRE II. CHAP. I
dre cette ressource désirable, pour éviter ou pour réparer une perte. Telles sont, par exemple, une maladie qui Survient, un procès à soutenir, un vol , un incendie à réparer , un voyage a exécuter. Quelquefois, il faudra remédier à un tort d'imprévoyance', ou anticiper sur une dépens^ future ; il y a, quelquefois, un terme, de loyer à acquitter, un approvisionnement à former, un moment convenable à saisir, que ' sais-je? Dans. mille occasions, l'homme laborieux qui touche son salaire journellement et par petites sommes, est' appelé à acquitter des dépenses en sommes plus ou moins fortes, et le montant de celles-ci ne sent pas toujours à sa disposition. Que fera-t-il donc? s'il ne paie pas son loyer, ii subira une saisie et les frais : ses meubles seront vendus à vil prix. Vendra-l-il lui-même son linge, ses Yêtemens, ses outils? il Dé les vendrait qu'à perte, et ne pourrait les remplacer qu'à un pris fort supérieur. Le crédit est nécessaire à l'ouvrier, comme au négociant, quoique dans de plus faibles proportions; mais, à raison même de sa situation gênée, il a plus de peine à l'obtenir.
. Voulez-vous réhabiliter un misérable plongé dans.les plus profonds, abîmes de l'indigence? il vous faut, avant tout, lui rendre des vêtemens décens, un lit, du linge et des instrumens de travail. C'est lorsqu'il sera pourvu de ces objets, qu'il commencera seulement à renaître, parce que l'espérance est la première condition de la vie; parce que le courage est le premier aliment de la force; parce qu'un certain commencement de bien-être, une certaine dignité, sont indispensables pour rendre l'énergie au caractère. Un prêt pourra tirer ainsi le malheureux d'une situation désespérée. - *
/«Un don, répondrez -vous, produirait le même effet; il le. « produirait plus complètement. ■ C'est une erreur; souvent le prêt est plus mile que le don gratuit. Un prêt respecte mieux l'indépendance et la fierté dé celui qui. le reçoit; la don l'humilierait peut-être. Le prêt ' sollicite l'activité, l'économie de l'emprunteur, par -les obligations même qu'il lui
OPPORTUNITE DBS PRETS. 5
impose; le don eût peut-être assoupi son énergie. Pour salis- • faire an remboursement, l'emprunteur contractera des habitudes qui lui rendront désormais les épargnes plus faciles; les largesses reçues fout souvent contracter des habitudes auxquelles ensuite il est impossible de satisfaire.
Le pauvre attache moins de prix à ce qu'il a reçu gratuitement, qu'à ce qu'il ne peut acquérir qu'avec effort. Le mobilier que vous lui aurez donné sera plus facilement détruit, que celui qui lui appartient en propre , et dont il est tenu de rembourser la valeur.
Mais, à coté de ces avantages, que de dangers !
Si l'un emprunte pour avoir le moyen de produire, l'autre emprunte pour des besoins factices; pour se dispenser d'économiser, -pour échapper à la fatigue du travail, peut-être pour se livrer plus librement a ses passions.
La facilité à obtenir un prêt est une séduction toujours présente à l'homme désordonné, imprévoyant» vicieux. Le prêt, au lieu de nourrir le pauvre, est quelquefois un poison pour lui. Placé entre les sollicitations du présent et les prudens conseils de l'avenir, le pauvre, comme tous les hommes, n'est que trop disposé à méconnaître ses vrais intérêts; un prêt qui lui est fait vient ajouter à la tentation une nouvelle force, en lui offrant un moyen perfide d'y succomber. '
Et quelle erreur! celui qui dissipe la somme empruntée, se \ condamne à de rudes privations que peut-être il ne pourra supporter : il s'expose à ne pas remplir l'obligation qu'il aura contractée : il se prépare une ruine complète, peut-être le déshonneur, le remords; il perd, en attendant, ht tranquillité de l'ime; il se trouble, son jugement s'égare, son caractère se détériore.
Les circonstances dans lesquelles l'emprunt est contracté,
/peuvent aggraver encore ce danger. Celui qui emprunte et
qui ne possède rien n'a, pour s'acquitter, qu'un espoir dans
l'avenir. Mais, cet avenir est-il donc à lui? Lorsque, dans le
moment actuel, il n'a pas même le nécessaire, comment ob-