SECONDE PARTIE. LIVBI II. CHAP. II
avec plus de sécurité ; il jette sur ceux qui l'entourent et qui vivent par lui, un regard plus serein.
Il y a toujours quelque chose de bon dans un lien qui rapproche les hommes, qui confond leurs intérêts, qui les rend solidaires les uns pour les autres. La société de prévoyance est une confraternité : l'assistance mutuelle est un exercice de mutuelle bienveillance ; elle joint aux combinaisons de la prudence, le mérite d'une bonne action ; car la portion d'épargnes qui n'est pas recueillie par le sociétaire qui les a versées, profile à ses associés. Les conditions imposées pour l'application des secours sont iwayertissement contre les désordres, un encouragement à observer une conduite honnête, une recommandation d'être fidèle à la tempérance. Pour recueillir les avantages de l'association , le sociétaire doit mériter l'estime de ceux qui la composent. | *A. Cette heureuse nécessité élève son caractère ; il goûte aussi une légitime fierté, en pensant qu'il doit à ses propres efforts la garantie qu'il a obtenue, qu'il n'est point exposé à invoquai la pitié d'autrui", et ce sentiment de l'indépendance redouble son courage, comme il développe ses facultés.
ARTICLE VU
Dangtrs de ces mêmes bulilatîons.
Si les sociétés d'assistance mutuelle ont leurs'panégyristes, elles ont aussi leurs adversaires. « Il est peu d'institutions ■ humaines, dit Thomas Ruggles à cette occasion , snr l'utîa lité desquelles il u'existe deux opinions contraires : c'est qu'il «existe en effet du bien et du mal dans tous nos établisse- ■ mens; le bien a toujours été le but qu'on s'est proposé en • les formant ; le mal procède du mauvais usage ou d'une n fausse application que l'on eu fait (1). » Et déjà en effet on
(1) Butoir* dus pauvret, etc„ lettre 411.
DABGlifiS DBS SOCIÉTÉS DE PftÉVOTAHCB. 101
3 pu remarquer qu'en Angleterre où les sociétés amicales ont pris naissance, et ont été considérées parla législature elle-même connue si dignes d'être protégées et recommandées, elles ont donné lieu à de nombreux abus. Sir Morton Eden leur reproche lui-même plusieurs inconvéniens dont une par* lie se réfère au mode spécial de leur organisation, telle qu'elle )p existe en Angleterre; dont d'autres louchent à la nature même de ces établisse mens, a Les sociétés amicales, dit— « il;(l), n'étant pas composées d'hommes exercés aux cona naissances mathématiques , pèchent presque toutes par le a défaut de solidité. Leurs auteurs ne sont pas pourvus de «données suffisantes pour estimer avec précision la valeur « de cas éventuels qui dépendent des probabilités de vie et « de décès de leurs membres. » Il se plaint qu'un petit nombre seulement d'entre elles tiennent leurs comptes avec l'exactitude et la régularité désirables, a Comme ces associa* « lions, dit-il encore, se sont trouvées, à leur première ori- « gine, généralement composées de gens jeunes et bien por- « tans ; comme alors leurs besoins étaient presque nuls ; « comme leur fonds s'accroissait ainsi rapidement pendantles n vingt ou trente premières années , elles ont été souvent a trompées par ces aperçus ; elles n'ont demandé que de trop «. faibles rétributions pour les secours promis aux. malades et « aux vieillards. Cette illusion , et le faux calcul qui en est « résulté , ont jeté dans l'embarras les finances d'un grand a nombre de sociétés amicales, particulièrement dans le nord a de l'Angleterre ». Il cite , entre autres , une société dont les statuts, en quarante-six articles, en ont employé 16 ou 17 uniquement pour les détails du festin commun, a II en est, dit- « il, qui tendent à encourager l'ivrognerie, la profusion, clés querelles , et à favoriser des combinaisons coupables « relativement au commerce , à la religion , à la politi-
(1) Ruai sur 1er locictét amicales, voyez le Rctuc'U da ilabliiiemtnt d'hu- "vniU, t. un, p. 228. — Etat det pauvrts, t. n,cb-p. 3.
10) SECONDE FABTIB. tlTRB II. CHIP. H.
« que (1). » Il est d'usage en Angleterre de recevoir à la taverne les souscriptions pour ces sociétés , et d'y traifer leurs affaires. Thomas Ruggles, en rappelant cette circonstance, convient que les souscripteurs rentrent souvent ivres chez eux1, , à la' suite de leur assemblée de mois ou de trimestre; que Tas- » semblée annuelle où ils dînent tous ensemble n'est que trop fréquemment une fête d'intempérance , et qu'on reproche à cette institution d'encourager l'ivrognerie. Il reconnaît encore qu'elle peut être employée à des desseins pervers, séditieux et turbulens ; que celte funeste direction leur a été donnée surtout dans les villes de manufactures : « Il n'y a pas à douter, « dit-il, qu'il n'y ait eu des exemples que, dans les assem- K blées, les ouvriers n'aient formé des complots contre les a maîtres ; qu'ils ne soient convenus entre eux de ne travailler a qu'à un certain prix; qu'il n'y ait eu des toats séditieux et tente dant à la trahison ; que le trouble et le désordre, enfin, peu- « vent avoir pris naissance dans le lieu même de leur rente nion y> (2). Les enquêtes faites par ordre, du parlement d'Angleterre n'ont que trop confirmé ces tristes résultats, du /moins pour un certain nombre de sociétés amicales; et quoique la législature, éveillée par les tableaux qui en étaient mis sous. ses yeux, se soit sucessïvement appliquée à chercher les remèdes, à prévenir de si funestes écarts, aujourd'hui encore, d'après un témoignage grave, celui des administrateurs des caisses d'épargnes de l'Angleterre qui, dépositaires des fonds de ces sociétés ,. sont si bien placés pour en connaître et en Juger la marche, elles sembleraient être sujettes à plu» d'inconvéniens qu'elles ne procurent d'avantages réels (3). La société philantropique de Paris qui a si bien étudié les opérations des sociétés de prévoyance de la capitale, et qui les a assistées
(1) Ettai sur la Sociétés amicales, page 243. Btat des pourra, tome ",
page 210.
(2) Histoire des pauvres, lettre 40.
(8) Tojrez te rapport de «. A. Prévost nr les cause» d'épargnes tf Angleterre, présenlé en 1884.
SAflOIia DES SOCIÉTÉS DB EKÉVOYAKCE. lûo
do conseils si éclairés, a signalé également, après une expérience de pi us de trente ans, le mécompte dont un grand nombre d'entre elles soi» menacées. Elle voit arriver prochainement, Il dissolution de toutes celles « qui ne pouvant servir des pen- « rions hors de proportion avec leurs ressources, n'ont point ■ pris le parti départager entre leurs pensionnaires le revenu a de leurs fonds accumulés et placés pendant la première an- ' * née de leur existence. » Encore cette ressource ne lui parait-elle pas très efficace ; » en effet , à mesure que les socic- ■ s taires avancent simultanément en âge, le nombre des pêuationaaires devra augmenter, et la part revenant à chacun a d'eux sera tellement réduite , que le bienfait deviendra illu- « soire ». (1)
Les évènemens désastreux dont l'une des villes les plus in- y/" dustrielles et les plus florissantes du monde a été le théâtre en 1831 et 1834, ont trop bien prouvé aussi en France, connut des associations analogues peuvent dégénérer en coalition , mtfnifi contre l'intention primitive de leurs auteurs; ' comment elles peuvent porter une funeste jtgrtLirbatjqn dans __^ là détermi nation des salaires , et par là dans toutes les opérations du commerce ; comment elles peuvent être entraînées à servir d'instrumens aux parlis Pjrtjrtflues; comment elles teat exposées à ouvrir l'acçàLatix passions , à favoriser La douùttttoi>de quelques individus.
Une partie desinconvéniens et des dangers qu'on reproche i cette institution lui est commune avec les établissemens formés sur des combinaisons aléatoires, spécialement sur celles Qui sont .relatives à la vie humaine. Une, autre partie lui est commune avec les corporations d'arts et métiers , et avec les eanCréries qui déjà en avaient offert l'exemple.
Quelques-uns de pes dangers ne menacent que l'institution et les membres qni y prennent part; d'autres vont jusqu'il menacer l'ordre public lui-même et la prospérité générale. Mais ceux
(1} Toyez le programme déjà crtf .
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gui menacent seulement l'institution et ses membres, ont droit aussi à toute notre sollicitude : en cherchant à s'en rendre compte , il convient d'examiner si ces dangers sont tellement inhérens à l'essence de l'institution , qu'elle ne puisse en être préservée ; ou si , au contraire, ils ne la poursuivent que par la conséquence de cette loi générale de l'humanité qui expose toujours les choses les meilleures à se dénaturer, qui place l'abus à côte du bien. Car , s'il est reconnu que les inconvénienssontun accident de l'institution, au lieu d'en être l'inévitable conséquence ; si l'on peut espérer de les prévenir ou de les réduire , du moins en grande partie , on conservera la perspective de faire jouir la classe laborieuse , de précieux avantages qui tourneront à l'utilité de la société tout entière. Il ne restera plus alors qu'à étudier les moyens les pins efficaces pour prévenir tes abus, en conservant le élémens qui, dans cette institution, sont véritablement louables.
Ces périls et ces abus peuvent être classés sousles sept chefs suivans:
1" Erreur dans le calcul qui a pour objet le rapport des mises versées, aux secours promis;
2° Mauvaise gestion provenant de l'ignorance et de l'incapacité; ,
8° Vice des statuts , lesquels , par leurs lacunes, leur obscurité , leur vague préparent des litiges ruineux et de funestes discordes; . ,
'4° Défaut de garantie pour la conservation des fonds communs , et pour la reddition des comptes;
5° Emploi des fonds d'une manière contraire au but véritablement utile de la société;
6° Défaut de précaution contre les fraudes ou de garanties contre l'oppression;
7° Coalitions tendant à paralyser la liberté des transactions - industrielles, ou à troubler l'ordre public. . En examinant les conditions auxquelles les sociétés de pré- .: oyance doivent être soumises, on recherchera les remèdes
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