EMPLOI DES TABLES DE HOUTALITÉ
jusqu'à 1 sur 27 en Russie (1); elle varie même très sensiblement, d'une province à l'autre, dans le même pays. En France, ainsi que nous avons en occasion 4e l'indiquer, d'un département à l'autre, la mortalité varie entre les extrêmes d'un sur 26 et d'un sur 60; encore la différence se trouve-t-elle très sensible entre deux départemens voisins : elle est de S sur 26 dans le Calvados, de 1 sur 15 dans l'Orne. En Hollande, elle s'élève jusqu'à 1 sur 28 dans la province de Zélande , et n'est que de 1 sur 50 dans celle de Namur.
Les sociétés de prévoyance ne peuvent donc asseoir leurs calculs sur les mêmes tables, suivant les localités où elles sont établies.. En adoptant une loi de mortalité dressée pour la France entière, comme celle de Duvillard, les sociétés s'exposeraient à un double mécompte, et tandis que les unes auraient trop promis à leurs membres, les autres leur auraient trop demandé.
Les degrés d'aisance, le genre de vielles mœurs, la nature des professions exercées, n'ont pas une influence moins sens sible sur la mortalité. Le riche a deux ou trois fois plus de chances que le pauvre, d'atteindre à la vieillesse. Les relevés pris sur les registres des sociétés d'assurances établissent une différence de moitié environ, entre la mortalité des personnes qui déposent dans ces établissement; et la mortalité moyenne. En général , les sociétés de prévoyance se composent de personnes qui , sans être dans un certain degré d'aisance , ne sont point atteintes par l'indigence ni mftne par une gêne très sensible ; qui ne se trouvent pas exposées à de grands périls ni sujettes à des passions violentes. On peut donc admettre que les chances de vitalité sont pour elles plutôt audessus qu'au-dessous, de la moyenne; mais, si elles se composent d'individus exerçant une seule et même profession, cette circonstance doit être prise en considération dans l'usage qu'elles feront des tables.
(1) D'après sir Francis dTïoniois dans la liibliolhùque universel!» dt G»J oève, 88, 183B. Ibid., ibid.
136 SBCUWDK MSTIS. khob n. CHA*. ji;
Xes sociétés de prévoyance sont encore pourvues de directions beaucoup moins abondantes et beaucoup moins sûres pour Pévataation des probabilités de maladies.
Le société pbilantropique d'Ecosse, kighlund tociehj -e/' Scottland, a donné, d'après les résultais de son expérience , un tableau comparatif suivant lequel la probabilité du temps de maladie par chaque individu serait évaluée comme il soit :
aise ou 4 jours —
— at 7/10
On voit, d'après ce tableau, que les chances de maladies varient considérablement suivant les âges ; elles varient aussi selon les sexes, selon les temps, selon les climats, selon les professions, les habitudes de vie, suivant toutes les circonstances locales. De là l'extrême difficulté qui se présente pour composer des tables de probabilité qui s'appliquent aux maladies. Ces tables devraient tenir compte non-seulement' du nombre des malades et de celui des btessésj mais aussi de la durée moyenne de la maladie , ou du traitement des blessures.
Nous indiquerons , dans le chapitre suivant, quelques bases qui peuvent servir à ces évaluations.
D'autres difficultés surgissent lorsqu'on cherche à évaluer les probabilités relatives au nombre de veuves et d'orphelins qui pourront avoir droit aux secours et à la durée de l'assistance qui leur sera promise. / , ■
Ici, les indications qui peuvent servir à construire des
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SHPLOI BBS TABLIS DI JK0KTALI9K. Î27
tables applicables dans l'usage, sont encore plus rares, et l'on a d'autant moins de précision à espérer.
M. Quetelet a recherché le rapport qui existe entre les veuves , les filles célibataires et les femmes mariées dans l!aacien royaume des Pays-Bas; celui qui existe entre les veufe et les veuves; il a examiné aussi comment ce rapport se module dans les villes et dans les communes rurales. Il a été conduit à reconnaître qu'en général, dans ce royaume, le» deux tiers de ta population se composent de célibataires et l'antre tiers des individus niarjés ou veufe ; que le nombre des veuves est généralement presque double de celui des hommes veufs; qu'il est, à celui des femmes mariées, àpeu-près comme 1 est à 4 , et qu'il est proportionnellement pins considérable dans les villes que dans les campagnes.
M. Fr. Baily a cherché quelle prime annuelle devrait payer respectivement un homme de 30, de 40 et de 50 ans, sa femme étant supposée du même âge que lui, pour que, s'il vit un an après la souscription de son contrat, sa veuve ait droit à une rente viagère de 200 fr. ; s'il .vit sept ans ,- à une rente de 100 fr. de plus ou de 300 fr. ; et s'il vît quinxe ans , à une rente de 10.0 fr. de plus ou 400 fr. , l'intérêt étant supposé à 4 pour 100 , et la mortalité conforme aux observations faites en Suède pour chaque sexe distinctement , ou encore aux 6bservations de Norihampton et de Londres.
Il a trouvé que la> prime annuelle qui devrait être payée par un homme de chacun des âges qui viennent d'être spécifiés , et d'après ces trois tables d'observations , serai t comme il Suit:
Ages. Suéde. Northampton. Londres.
Il a emprunté cet exemple au système d'après lequel opé-
128 UEGOHDE ÏABTB. LtTU II. CHU; H.
rait la Compagnie de rente» viagères au profit de* veuve» (1) établie en 1765. La Société louable (2), qui fut formée but on plan presque semblable , date de 1761 . Dans chacune de ces compagnies, la contribution annuelle de-chaque assuré, sans distinction d'âge, n'était que -de £00 fr., payables par semestre ; au moyen du paiement de cette prime, sa veuve avait droit aux rentes spécifiées dans l'exemple ci-dessus , suivant les conditions qu'il renferme. Rien donc n'est plus propre que ces exemples à montrer l'impossibilité où étaient ces compagnies, de parvenir à leur but par les moyens qu'elles avaient adoptés. On voit, en effet, qu'en supposant à chacun des assurés le même âge qu'à sa femme, ces compagnies n'eussent reçu qu'environ un peu plus des trait cinquièmes de la vraie valeur des rentes qu'elles garantissaient;. mais, en supposant à chaque mari dix an* de plus que sa femme , ce qui est plus près de la vérité , on trouvera qu'elles ne recevaient que la moitié de la valeur de ces rentes. Les conséquences de ces fausses conditions furent très fâcheuses; les premières personnes dont les rentes échurent en touchèrent la totalité; mais, après avoir suivi cette marche fatale pendant quelques années, les administrateurs de ces établissemens écoutèrent enfin la voix de la raison, et, cédant à des aver~ lissemens réitérés, reconnurent qu'il était nécessaire d'avoir reedurs à l'un des deux moyens qui restaient d'empêcher la ruine de l'institution : augmenter les primes ou diminuer les rentes. (3)
- a II y a en Angleterre, dit le docteur Price à ce sujet, « plusieurs institutions en- laveur des veuves , outre les deux « que j'ai citées, et, en général, autant que j'ai recueilli des « reuseignemens sur leur compte, elles sont fondées sur des
(I) London annuity locittyfor thtbtiufitqfmdowi, (3) LaudabU tOémj.
(3) Tliéorie des annuités, Induction de M, de Courcy, lonie n, pages 107