‹ De la bienfaisance publique; (volume 5)Chapitre 56 sur 132 · I LA POPULATION · texte numérisé non relu

I LA POPULATION

nature se plaisait à les doter, depuis qu'elles ont moins d'babitans à nourrir ! les sables s'amoncèlent, les eaux deviennent stagnantes; des exhalaisons pestilentielles corrompent l'air, les animaux domestiques disparaissent; tout meurt. Que l'homme se montre de nouveau dans sa demeure, et tout se ranime ! la population s'agglomère , et le travail combiné par l'association des forces acquiert une puissance nouvelle; les arts auxiliaires viennent seconder les efforts du cultivateur; du sein de la terre sortent des trésors inconnus. Si, des* cendant des hautes considérations morales qui se rattachent à la présence d'une population nombreuse, on entre dans ces vues matérielles dont l'économie politique est de nos jours trop exclusivement préoccupée, on ne peut s'empêcher de reconnaître que la population, telle qu'elle est ici conçue, est on véritable capital, le plus précieux des capitaux, pour nn pays. De vils troupeaux ne forment-ils pas un capital, ne sont-ils pas une des richesses nationales? Si les habitans étaient des esclaves, n'auraient-ils pas une valeur immense? leur valeur s'évanouirait-elle donc parce qu'ils sontlibres?ne représentet-elle pas ce que chacun d'eux a coûté, ce que chacun d'eux peut produire? et que ne peuvent pas produire les hommes réunis en société? et quel autre capital obtiendrait, sans leur concours, une puissance productive?

Ici même, et sous le rapport matériel, les dons de l'intelligence et de la volonté Composent, pour l'être humain, l'élément le plus essentiel de (a valeur on du capital qu'il représente; car, c'est par son intelligence et sa. volonté, qu'il subjugue la matière pour la transformer. La science a un prix qui peut être estiméen deniers, unprixplusélevé,pmscertainque celui d'un moteur mécanique, d'une chute d'eau, d'un levier.

De la valeur morale de la population, et de sa valeur matérielle, mais mieux encore de la première, se compose cette haute importance politique, que de sages législateurs lui ont justement attribuée. Qu'est-ce, en effet, que la force d'une nation, si ce n'est l'ensemble de celles de ses membres? Sa .

US SKCQKDE r*BXH. UVlf III . CHAp. I.

puissance est-elle donc dans la possession de vastes steppest quoique dépeuplées, ou dans le nombre de ses citoyens î

Qe serait, delà part des gouvernemens, une erreur coupable, que de s'armer d'avance de précautions artificielle^, pour arrêter les progrès delà population, avant gue la nécessité s'en fasse impérieusement sentir pour protéger la population ellemême. Les mesures, qui ontété proposées dans ce but, étaient au moins prématurées. Etaient-elles d'ailleurs sagement conçues, utiles en elles-mêmes, dans le cas où déjà un excès de population se ferait sentir ?

Les mesures artificielles, imaginées pour modifier le mouvement de la population, peuvent avoir, pour objet, on de restreindre, d'une manière générale, ses progrès dans un état tout entier, ou d'en procurer une meilleure distribution, entre les diverses portions du territoire d'uu même état.

On a vn quelques écrivains préconiser le célibat, pour préeautionner la société contre le danger imaginaire dont ils la voyaient menacée. Déjà Ortès voulait interdire le ma-, riage à la moitié desbabitans(l); le docteur Foedéré réserve la faculté de l'bymen à certaines professions (2) ; Malthus veut que les secours publiés soient refusés aux pauvres qui ont contracté des mariages imprudens. Nous rougirions d'indiquer ici le moyen direct et physique qu'a pu concevoir un économiste allemand, qui a longuement discuté sur ce sujet dans plusieurs écrits. (3)

Le célibat ne saurait accomplir les prodiges que lui demandent d'imprudentes théories, que lorsqu'il se trouve protégé par une austérité de morale religieuse que nos temps ne comportent guère, et qui, dans tous les cas, ne peut exercer

fl) J!Wsm«uh stiila jtopciazMH. (Milau , J790J. {3} Essai sur (a pauvreté des natfens , 1828, page 120- - (3) Weinhold. Von der Ueienolkerung in Sfittel-Europa, etc. Halle, 1839- Uebtr das menjcfflie/ie Elend, welchei durch den Miairauch der Zeut!i nghereorgebracht wird, elc. Leipzig, 1828. Uebtr die Population und die Industrie, it., ib., elc.

-^edcyGoogle

MouvEmyïT m hi vovuLA.sio«. 368

son empire qae sur un petit nombre de personnes. Privé de celte consécration, étendu hors des limites que lui assigna la nature, il devient un grave danger pour les mœurs publiques ; il favorise l'égoïsme ; il substitue aux familles une population déjà trop nombreuse d'enfans illégitimes; il compromet, sons plusieurs rapports, la destinée du sexe qui est le pins exposé à la pauvreté, qui a le plus besoin d'appui; il amortit l'aiguillon du travail : les obstacles artificiels opposés à ta formation des mariages, loin de remplir le but qu'on leur assigne de retarder avec les progrès de la population, ceux de ce qu'on appelle le paupérisme, auront le plus souvent pour effet de multiplier les désordres, avec eux les causes de la misère, et d'affaiblir la valeur morale de la population, sans en diminuer l'étendue. Or le préjudice que la société ressent, lorsque la valeur morale de la population s'affaiblit, est beaucoup plus considérable que celui qui résulterait d'une population trop nombreuse. Le célibat commandé d'avance par des formules, entraîne des inconvéuiens qui lui sont propres; il irrite les passions que la prudence eût, peut-être, modérées. Le célibat imposé d'une manière" générale et absolue, à descatégories déterminées de personnes, ne saurait prévenir des hymens trop nombreux, et des alliances téméraires, qu'en exigeant de plusieurs des sacrifices inutiles, et qu'eu exposant plusieurs autres à des écarts funestes. L'opportunité d'un mariage est presque toujours une question essentielle- , ment relative aux individus. En prescrivant,- pour autoriser un mariage, les conditions les plus raisonnables en apparence, telles que de justifier d'un degré déterminé d'Instruction, de moyens certains d'existence, les régjemens, dans leur appli- ! ;' ; cation rigouredse, manqueront quelquefois leur but. La sagesse et la prévoyance ne s'imposent pas en veftu d'ordonnances de police, ne se suppléent pas à la voix de l'autorité, quand elles manquent; souvent elles s'éteignent chez les indi-i vid'us, quand l'autorité se charge de remplir d'office les vœux ■ qu'elles eussent suggérés, N'est-ce point à l'influence des ré-

264 SECONDE VAKTIE. LIVUB III. CHAP. I.

glemens de ce genre, qu'il faut attribuer le grand nombre de naissances illégitimes qu'on remarque avec étonnement dans certaines contrées de l'est de l'Europe? ce'qui semblerait confirmer cette opinion, c'est que, dans ces contrées, le père et la mère, après quelques années, s'unissent, ordinairement en mariage légitime, et reconnaissent les enfans auxquels ils avaient donné le jour. Ils ont attendu pour contracter l'hymen, de pouvoir remplir les conditions légales. Mais la contrainte qui leur avait été jusqu'alors imposée, n'a servi peutêtre qu'à précipiter des liaisons illicites, en excusant la faute aux yeux de ceux qui s'y laissaient entraîner, à exposer, en attendant, l'honneur de la mère, et à compromettre la destinée des enfans.

lies réglemens relatifs au domicile ont été quelquefois conçus comme un obstacle à l'accroissement de la population locale, par l'accession de nouveaux habitans venant du dehors. Les bourgeoisies, si elles n'ont pas été instituées en vue d'un résultat de ce genre, ont. du moins contribué à le rendre durable. Quelques écrivains ont été jusqu'à considérer les réglemens relatifs au domicile, comme le moyen le plus efficace de prévenir les progrès du paupérisme (1). On a supposé que ces réglemens étaient surtout nécessaires, afin d'opérer et de maintenir une distribution convenable de la population sur le territoire. « Chaque personne, a-t-on dit, doit appartenir à « une communauté déterminée ; la faculté de résider est une <t conséquence de-1'indigénat, mais n'en est pas le principe, et a ne saurait être confondu avec lui. Chaque communauté œ doit avoir le droit de refuser la résidence, à ceux qui ne « sont point du nombre de ses membres. L'indtgénat supu pose des droits, et des obligations correspondantes et réci-

(1) Tqj. spécialement. l'écrit récemment public par M. le conseiller Itene-

dict , sous le titre suivant : lit die Klage iUber Verarmung in Deulschlaad

gegrùndet? etc. , publié à Leipzig, en 1838 , pag. 79 à 41- Cet ouvrage est

' l'un dç ceux qui ont concouru pour le prix proposé en 1834, par VJtu-

demie royale Jet Connaissances utiles à Erfurt.

MOîJVIÎHEtlT »* LA POPULATION. 365

c proqnes; les obligations qu'il impose sont proportionnées « aux droits qu'il confère. Maintenez, fortifiez ces liens ; a que la communauté puisse repousser les personnes qui ne « remplissent point les conditions exigées, spécialement « celles qui ne justifient pas d'une bonne conduite et de res- « sources suffisantes poirr exister. Par là, vous préviendrez * le vagabondage ; vous empêcherez la population rurale de ■ se précipiter dans les villes ; par là vous protégerez la more ralité du peuple ». Les réglemens sur le domicile se lient étroitement, dans ce système, à ceux qui subordonnent à ecr- Unes conditions les mariages,' l'exercice des professions industrielles. La liberté absolue laissée à chacun, de s'établir où il veut, de se marier quand il lui platt, d'embrasser le métierqui lui convient, est signalée commeune indépendance funeste, qni multiplie les indigens, et à laquelle la sagesse de l'autorité municipale doit apporter des limites. (1)

Que l'administration des secours publics ait le droit de refuser l'assistance à des indigens étrangers qui se présentent dans une commune, uniquement pour y obtenir des libéralités qu'ils ne pourraient espérer à leur domicile; qu'il soit quelquefois sage, nécessaire même d'user de ce droit ; que l'autorité municipale repousse de son territoire les vagabonds et les gens sans aveu : que la police soumette les malfaiteurs libérés, après l'expiation de leur peine, à une surveillance assidue, et leur interdise de séjourner dans certaines localités ouleur présence deviendrait dangereuse ; nous l'admettrons sans doute: il n'est rien dans ces mesures qui n'obtienne l'assentiment des bons esprits, Mais, là se bornent et les exigences de l'ordre social, et l'intérêt de la bienfaisance publique. La liberté de choisir son séjour est une faculté naturelle, qui ne saurait être restreinte dans de plus étroites limites; l'hospitalité ne saurait être déniée à celui qui ne porte ^préjudice à personne; l'homme de travail doit être le maître de

(l)/4.,ptg. 41. 42.

36* SXGORDB BABTIK. LIVfiB III. CHiP. I.

choisir sa résidence, et de la fixer où il pourra exercer son industrie avec le plus d'avantages. Loin d'atteindre le but qu'on Se propose, en parquant ainsi les habitans du pays dans des résidences fixes, par une répartition forcée et artificielle de la population, ou arrêterait le développement des causes qui contribuent à la prospérité générale et» au bien-être des classes laborieuses. Il est naturel que la population disséminée sur un territoire, éprouve quelques déplaceuieDs, ou simplement momentanés, ou durables. Une partie des habitans quitte les lieux qui leur offrent peu de ressources, pour se porter sur les points où se manifeste une plus grande demande de travail. Cette liberté de mouvement sert précisément de remède aux inconvéniens qui peuvent résulter d'une distribution vicieuse de la population, lorsqu'elle se multiplie au-delà de la mesure, dans certaines localités où le sol est peu productif, et qui sont privées d'exploitations industrielles. / Plus on examine les différées systèmes qui invoquent l'action de l'autorité, pour géuer par des mesures artificielles le" mouvement naturel de la population, et plus on demeure convainc» que ces mesures seraient au contraire préjudiciables aux intérêts de la classe malaisée, auxquels on voudrait )es faire servir. Mais les résultats qu'on ne saurait attendre de la contrainte, peuvent être obtenus par d'autres moyens plus sages, plus équitables, en suivant les vœux et les indications de la nature. \|

Il n'y a pas d'excès de population, absolu par lui-même. La population actuelle du glotte est encore dans une immense disproportion avec celle qu'il pourrait recevoir et nourrir. Mais, certains états peuvent, par leur propre faute, plus que par l'effet des circonstances, souffrir d'une population exubérante; dans un même état, il peut se trouver quelque province, qnelque canton qui ressente la même souffrance.

C'est dans les contrées essentiellement agricoles, que les inconvéniens d'une population exubérante se sont fait plus promptement et plus spécialement sentir. Cependant, ils peu-

BÉSLBMBIIT A&TiFICiBL BB 14 MeNUBTB. 36T

vent être tempérés, dans ces contrées elles-mêmes, par le pepr fectionnement progressif des exploitations rurales; ils peuvent être prévenus ou détruits par l'introduction et le développement de l'industrie commerciale et manufacturière, surtout dans les contrées que traversent les fleuves ou qui bordent la mer, par l'activité de la navigation. Si de telles améliorations sont bien conduites, . leurs effets pourront s'étendre d'une manière indéfinie,. Nous en indiquerons bientôt les conditions et les moyens.

Ou ne saurait indiquer, dans la présente situation des choses, aucun état qui souffre réellement d'un excès de population relativement à l'étendue de son territoire, et auquel ce premier remède ne puisse être appliqué. Si, dans un avenir encore lointain, l'exubérance se faisait réellement sentir, et 6i le premier remède ne pouvait y être appliqué, la coloni- • Mtion en offrirait un second qui, de lui-même, commence presque toujours à se réaliser, avant qu'il soit devenu indispensable : que de contrées encore inhabitées, eu Asie, en Afrique, dans l'Amérique du sud, dans l'Australie, offrent à l'excès de la population européenne, de nouveaux et vastes ' théâtres, et déjà commencent à recevoir de nouveaux habituas!

Si nous nous renfermons dans l'enceinte d'un même état, il deviendra plus facile encore, et de prêter aux localités qui souffrent d'un excès de population, de nouveaux moyens de les entretenir; et, à défaut, de faciliter et de favoriser le trânsvuement qui tendre naturellement à s'opérer, de la population exubérante dans un lien, sur un point ou les ressources et la demande de travail s'offrent en plus grande abondance. L'expérience faite récemment, en Angleterre, avec un succès si remarquable, par les commissaires institués en vertu du nouveau bill sur les pauvres (1), montre par quels moyens ce

(1) Nom auront pat la suite occwion de l'exposer, « de taire toit quelle etleuiion cet exemple pourrait recevoir.

268 8BC0HM PAHTIS. LIVRE lit; CHAI. I.

déplacement peut être secondé, et les effets qu'on en peut attendre.

Ces considérations étant admises, l'on conçoit que la multiplication des mariages ne saurait être redoutée, en ellemême; c'est -à dire autant qu'elle aurait seulement pour effet d'accroître la population. Il n'y a plus à redouter, que les mariages imprudemment formés, c'est-à-dire les torts individuels des personnes qui contracteraient les liens de l'hymen, sans être en état d'en accomplir les devoirs, et spécialement ceux qui se rapportent à l'éducation des enfans. Il s'agira donc uniquement de protéger les individus contre leurs propres passions, leurs propres erreurs, par des précautions On télaires et bienveillantes, plutôt que par des interdictions coërcitives.

Les moyens que nous nous bornons à indiquer ici, et quh vont incessamment être développés, appartiennent sans doute) en graade partie à l'administration publique. Mais ils lui de-f mandent des encouragemens, des directions, un appui ; non' une action de l'autorité, et des mesures de police. Ils seront aussi l'un des plus salutaires exercices du patronage libéral que nous proposons d'instituer, et dans lequel une administration éclairée saura trouver un puissant et indispensable auxiliaire. '■,

a pour but de régler artificiellement la distribution de la propriété.

Considérai) on b générales.

La communauté des biens prévient avec certitude la pauvreté relative; car, elle assimile tontes les conditions. Elle

préviendrait la pauvreté réelle, d'une manière efficace, si elle

1 DISTKIBDTIOK DE LA PBOPlliTB. 269

se conciliait avec la production de la richesse, si elle pouvait maintenir la commune abondance, au niveau 'de la population et des besoins qu'elle éprouve. Autrement, elle ne fera qu'introduire l'égalité dans les privations; ce sera le uiveau de la misère.

Que la communauté des biens puisse s'établir en effet, sans anéantir toute puissance de production, dans quelques associations limitées par le nombre, unies par un principe moral, animées par une merveilleuse énergie, c'est ce que la raison conçoit,' ce que montre l'expérience. La raison et l'expérience montrent assez d'ailleurs que de semblables institutions ne peuvent être que des exceptions fort restreintes et fort rares (1). Nous serons dispensés, sans doute, de revenir sur des vérités aussi manifestes et aussi simples. Ce n'est pas de nos jours surtout, qu'où pourrait sérieusement discuter sur un plan d'organisation .sociale, dont la base serait l'abdication de tout intérêt individuel.

Le principe de la solidarité mutuelle se combine naturellement avec celui de, l'association. Car, si on s'unit pour obtenir une condition meilleure, on s'unit aussi et avant tout pour se proléger réciproquement. Dans une semblable combinaison se retrouve, en partie du moins, la garantie que semblait offrir la communauté des biens ; mais, l'énergie de la puissance productrice y est mieux conservée; l'association même a l'avantage immense de doter le travail d'une merveilleuse fécondité, de lui prêter des ressorts inconnus, et d'étendre au loin son empire. Mais, comment éviter, dans une combinaison de ce' genre, que la solidarité mutuelle, en procurant à tous une entière sécurité contre les chances du malheur, n'encourage pas chez un grand nombre l'Incurie; que l'imprévoyance unie à la paresse, ne favorise pas la disposition d'un funeste égoîsme, en offrant à ceux qui ne font rien

(1} Roui en vont cité quelques exemples duu la première partie de cet ouvrage. "

278 JBCOKDl PASTIS. LIT» III. CIA*.' I.

les moyens de vivre aux dépens d'autrul? Comment entretenir dans chaque membre de l'association, l'activité, le courage, la persévérance nécessaires au succès du travail? Comment soumettre chaque membre à la discipline, et par conséquent à l'obéissance qu'exige l'harmonie nécessaire aux opérations collectives? Obtiendra- 1 -on de tels résultats, en inspirant le dévoûment d'un zèle généreux, ou bien en conservant à l'intérêt individuel les mobiles qui lui sont propres? f

Tels sont les élémens du grand problème que tait naître l'application de ce principe. Ne soyons pas surpris qu'il ait fait germer plus d'un système, qu'il ait suggéré des méditations profondes, que des âmes élevées, que des hommes animés de la passion du bien, aient cherché, conçu des théories diverses pour le résoudre. QueuVque soit la nouveauté de, ees systèmes, la singularité de la forme sous laquelle ils se sont produits, la défaveur avec laquelle ils ont été récits, les graves illusions qni ont pu s'y mêler, ils méritent un examen impartial et sérieux; un juste respect est du aux motifs qui les ont inspirés* lorsqu'ils ont été puisés dans l'amour dti bien. Ceux de leurs auteurs qui ont été sincères ont droit à tous nos égards, et dn sein même des erreurs qui rendraient leurs systèmes Inadmissibles, peuvent jaillir quelques vérités applicables, et surtout quelques avertissemens utiles.

Il est un point de vue essentiel dans lequel il est nécessaire de se placer d'avance, pour apprécier sainement les théories relatives à la distribution des biens; c'est celui qui dérive des lois de ta nature humaine. Car, c'est l'homme après tout, qui est le sujet auquel ce genre de système doit venir s'appliquer Or, l'une de ces lois, é'est que l'esprit de propriété est, par lui-même, un esprit de personnalité. Dans la propriété collective, chaque membre de là société calcule et considère la pari certaine qui lui revient. L'intérêt qui l'attache à la propriété collective, est en raison de l'importance individuelle de la part qu'il y retrouve, et souvent même en raison de la proxi-

SOCIÉTÉS COOPERATIVES. 27l

mité, de la forme sensible, sous laquelle se présente l'objet' commun , et à la faveur de laquelle il discernera la part qui lui est attribuée. Les efforts qu'il fera pour concourir soit à la produire, soit à la- conserver, dépendront du profit qu'il trouvera à l'acquérir, à la posséder, à en jouir, à en disposer. De là vient que cette propriété le touche moins, à mesure que l'association s'étend, à mesure que la jouissance individuelle se restreint. Une seconde loi, c'est que la soumission < désintéressée a une commune discipline, ne peut être^pbte1 mie que par la puissance de la morale; toute obéissance qui ne dérivera pas d'un tel principe, ne sera jamais une obéissance véritable : la soumission, fondée sur le seul calcul de l'intérêt, n'est qu'un marché ; dans ce marché, le contractant ne cède qu'en raison de l'avantage qu'il y trouve; d'où il résulte qu'alors on ne peut exiger une soumission plus étendue, de ceux auxquels on n'açcorderait'que les avantages les plus , restreints. Ne confondons pas les simples sociétés économiques, avec: les associations consacrées par les affections de l'âme, et ne prêtons pas aux unes les privilèges réservés aux autres. Les premières sont des contrats dans lesquels chacun stipule ses propres droits, et les garanties nécessaires pour les faire valoir; les secondes sont des amitiés auxquelles chacun porte le tribut d&son dévouaient. Dans les premières, la ' personnalité subsiste et reparaît sous la forme d'un traité; les secondes sont essentiellement généreuses. L'intérêt privé cherche dans les premières un appui, un instrument; \\ djs- . parait et s'immole au besoin dans les, secondes. t

,D« société* coopératives en Angleterre et nu Etats- Unis.

Déjà Watlace, et après lui Godwin dans sa Justice politique, avaient, en Angleterre, accusé l'individualité de la propriété, et lerfoi» qui la garantissent, des maux que la misère

272 SECONDE PARTIE. LIVRE HI. CHAP. t.

et les crimes font pleuvoir sur l'humanité. La bienveillance universelle devait enfin triompher de l'égoïsme; une ère nouvelle allait voir disparaître de la surface du globe, avec l'intérêt privé, les causes de l'indigence, et les passions qui troublent la société. Ces auteurs semblaient avoir pris au sérieux le tableau idéal que Platon a tracé dans sa République, mais dans lequel ce philosophe n'avait voulu qu'exprimer; sons une forme emblématique, le code des lois delà morale. Ils supposaient qu'un semblable idéal pouvait s'appliquer on plutôt se substituer à la civilisation moderne; il ne s'agissait de rien moins que de reconstituer, pour y parvenir, la société, sur cette base nouvelle. Ils n'avaient en garde toutefois de s'aventurer dans la recherche des moyens d'exécution; leurs idées étaient présentées de la sorte au public, comme un vœu, plutôt que comme un plan, et dans la sphère des pures théories. Leurs vues durent rencontrer dans plusieurs esprits une vive sym- , pathie : c'était moins encore une doctrine, qu'un roman; mais c'était ub roman créé par l'enthousiasme, et propre à l'exciter. Soumises à un examen plus calme, ces idées ne purent résister à la critique, et furent reléguées pour toujours au rang des utopies. Toutefois, elles eurent le mérité d'appeler l'attention publique, sur lés plus gravés intérêts de l'humanité, sur des questions importantes trop négligées jusqu'alors, et d'ouvrir la voie à des études plus fructueuses. Le sentiment qni les avait inspirées et accueillies, trouva de nouveaux organes^ des essais positifs furent conçus, tentés,- pour transporter dans l'ordre des réalités* fes vues ■spéculatrices qu'ils avaient présentées' sjoùs le'sceân des promesses les plus brillantes. '

C'est sons l'inspiration du zèle le plus honorable, que sir Robert Owen a voulu instituer les tocietéë coopérative», et qu'à New-Lanark, en Ecosse, il en a érigé lui-même le premier modèle. Il s'est proposé de soumettre l'individualité et l'indépendance des actions, à une coopération organique et collective. Déjà, par l'ascendant de son caractère

Page 1