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iraindre à les consommer. Il réduira la quantité de ses demandes, en raison de l'élévation des pris.
Les capitaux sont des instrument nécessaires pour la production ; le capitaliste est donc aussi un producteur. Il a droit «gaiement à l'indépendance.
Les capitaux naissent du travail, se fécondent par le travail : la propriété foncière elle-même, qne serait-elle sans le bras de l'homme? La liberté des transactions est nécessaire à leur formation, à leur conservation, à leur fécondité. L'existence et la libre action des capitaux, constituent nn intérêt essentiel pour la destinée de la classe ouvrière.
Il n'est pas de paradoxe plus mensonger et pins dangereux tout ensemble, que celui dont certains esprits faux ont voulu tenter la propagation, en fascinant les yeux de ta multitude, lorsqu'ils ont comparé le capitaliste et l'entrepreneur, à des seigneurs féodaux, à des tyrans, vivant des sueurs de l'ouvrier. Il serait aussi exact de prétendre que l'ouvrier vit aux dépens du capitaliste et de l'entrepreneur. Chacun des trois apporte sa part dans la production. Les capitaux sont les bras de celui qui les avance. Les bras sont le capital de l'ouvrier. Les opérations d'ensemble, les vues, les directions qu'elles supposent, sont le capital et les bras de l'entrepreneur. Tons trois sont des associés qui versent leur mise, et ont droit au partage des produits.
Leurs relations, le contrat qui en résultera, seront d'autant plus fructueux, plus utiles à chacun, qu'ils se formeront d'une manière plus naturelle et plus équitable. Une bonne organisation doit seconder cette .formation, non y substituer des prescriptions arbitraires. '
La famille est une société instituée par là nature; l'état et la commune sont des sociétés permanentes, qui reposent sur le fait du territoire. Mais la société industrielle ne peut naître que d'un contrat civil et temporaire, dont les stipulations sont librement offertes-, acceptées, révoquées, dont l'accès est ouvert à chacun, où nul n'est introduit
coKDrriOKS db l organisation pu TJ.VVA1L. 297
par la contrainte. Sous ces conditions, l'association des forces industrielles promet d'immenses avantages, et pour la richesse commune et pour le bien-être individuel. Elle sera d'autant plus féconde, qu'elle offrira une plus parfaite harmonie. Une bonne organisation, en respectant le principe et le caractère essentiel de ces contrats,, tendra ày faire présider l'éqnité et la bonne foi, seuls moyens d'y faire régner aussi la véritable harmonie. Àu-dessoas de l'empire da devoir, en dehors de la sphère des affections morales, il n'y a en effet de Vraie harmonie possible, que par le libre accord et le concert spontané des volontés humaines. Tel est, si nous ne nous trompons, le but auquel doit pourvoir une bonne organisation du travail. Elle ne sera pas une loi de police, un système disciplinaire; elle sera seulement un mode d'encouragement, une tutelle éclairée, une direction bienveillante. Elle ne violentera aucun des principes de production et de vie; mais'elle les protégera tous dans leur essor harmonieux et naturel.
Déjà la marche naturelle des choses a commencé, en effet, à opérer d'elle-même, une partie des résultats auxquels nous proposons d'atteindre. Voyez dans combien de professions déjà, par la seule émancipation de l'industrie, appuyée d'une part sur la formation des capitaux, de l'autre sur l'intervention de l'intelligence dans le travail, c'est-à-dire sur l'instruction industrielle, le mérite réel du travail s'est accru, et avec lui la dignité et le bien-être du travailleur! A l'homme machine, qui tournait la meule on broyait le grain dans un mortier, qui se courbait sur la rame d'une galère, ont succédé le meunier, le matelot. Le portefaix est chaque jour remplacé par le conducteur; l'homme de peine, par le constructeur d'instrumens; l'ouvrier qui n'use que de son bras, par celui qui mesure, calcule et combine. A l'emploi de sa force musculaire, l'ouvrier joint chaque jour, de plus en plus, une action plus noble, le jeu de ses facultés intellectuelles. Il luttait contre la matière par une action toute matérielle; maintenant il là soumet, lui commande ; il guide et dirige
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les puissances mécaniques} partout ou il entre en possession de ce nouveau ministère, il obtient plus de considération, d'indépendance; il goûte dés jouissances plus nombreuses' et plus délicates. La voie des améliorations pour la destinée de la classe laborieuse semble s'annoncer et s'ouvrir d'ellemême.
Le juste désir d'en accélérer les progrès a suggéré récemment à plusieurs sociétés savantes, philanlropiques et industrielles, l'idée de provoquer par des concours la solution du problème relatif à l'organisation du travail (1). Quelques mémoires inspirés par' de louables intentions ont déjà essayé d'y satisfaire; mais ilsn'ont encore pour la plupart mis au jour que des idées déjà connues; ils n'ont proposé que des moyens trop incomplets ou impraticables, La solution n'est point encore obtenue. Puissent les vœux de ces sociétés être1 remplis! puissent du moins, de l'ensemble de ces recherches, naître des plans d'amélioration pour la destinée des classes' laborieuses!
Préoccupés d'idées politiques, quelques esprits ne savent concevoir un plan d'organisation industrielle, que comme une sorte d'institution politique; ils la demandent aux lois civiles, au gouvernement. Telle n'est point la mission de> l'autorité publique ; elle a fait tout ce qni était dans sa compétence, quand elle a garanti les droits, protégé les transactions, l'exercice, les fruits de la propriété industrielle; quand elle a procuré la faculté la plus étendue de fabriquer, vendre, acheter, prêter et payer.
Il ne saurait donc, à nos yeux, être question d'imaginer un système général d'organisation industrielle, tel que le demandent certains esprits; c'est-à-dire un plan d'établissement fondé par l'état, un code nouveau pour l'industrie, un régimede discipline, une hiérarchie constituée, des associations obligées, des formes de corporation. Les institutions sociales et la situa-
(l) Spécialement l'Athénée deiaris de Paris, et la Société ipduiUMlIa 4e
Mulhouse.
^itodoïGoogk,
TRAYAJL DAJI8 LES CAMPEUSES. 399
tion de l'industrie commandent aujourd'hui l'emploi d'autres moyens. Nous avons plus de confiance dans les mesures qui auront pour objet de propager les lumières, d'encourager le travail, eu le guidant; d'établir, entre les capitalistes, les consommateurs et les producteurs, des relations amicales; de suppléer par un bienveillant patronage, à l'impuissance des faibles. Nous indiquerons quelques-unes de ces mesures, sans prétendre qu'on n'en découvrira pas beaucoup d'autres, et de meilleures. Heureux du moins si nous avons pu en suggérer quelques-unes qui soient utiles, dans une matière aussi neuve, aussi délicate, aussi importante! La plupart de ces, mesures, suivant nous, doivent être partielles, relatives. Il en est de spéciales pour le travail dans les campagnes ou dans les villes; d'autres pour les métiers, d'autres pour les grandes manufactures; d'autres enfin, pour les ateliers de services publics. Cependant, tendant à un but commun, conçues dans le même esprit, toutes se coordonneraient avec certaines instîtutions~qui leur serviraient de centres.
article m.
Du travail dans les campagnes.
-Les comices agricoles, qui commencent à s'organiser sur différons points de la France, et qui déjà rendent de si éminens services au premier des arts, offrent naturellement, partout où ils existent, et deviendront partout où ils s'établiront, un instrument naturel et précieux pour l'amélioration de la destinée des travailleurs employés aux exploitations rurales. Réunissant toutes les lumières de l'expérience, ils seraient bien meilleurs juges que nous ne pouvons l'être, des moyens les plus efficaces pour atteindre ce but; ils seraient - plus compétens pour les proposer. Nous pourrions donc nous borner ici à exprimer le vœu de voir ces comices se multiplier, et leurs opérations comprendre la recherche et l'application des mesures propres à améliorer la condition de
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cette classe de travailleurs. Nous hasarderons toutefois ici quelques vues sur ce sujet.
Trois modes d'organisation successifs ont topr-à-tour présidé ou président même encore, en quelques pays, au régime des exploitations agricoles : la culture servile; le régime féodal ou des corvées ; le régime libre. Nous n'aurons pas besoin sans doute de justifier la supériorité du troisième, alors même que les deux premiers procureraient à l'esclave et au serf une sécurité achetée par l'avilissement et la dépendance. Mais, sous le régime de l'exploitation libre, cinq conditions se présentent aussi pour le travailleur :
Celle du journalier;
Celle du serviteur à gages;
Celle du métayer;
Celle du fermier;
Celle du propriétaire travaillant pour son propre compte.
Celle du journalier est tellement précaire, qu'elle serait misérable pour tout travailleur qui n'aurait pas ou une petite propriété personnelle à exploiter, ou quelque autre industrie a exercer. Celle .du serviteur à gages offre plus de sécurité; toutefois il est des services qui demandent très peu d'intelligence, et qui par là même n'obtiennent que de très faibles rémunérations; la garde des bestiaux, par exemple. Il arrive naturellement, d'ailleurs, que la population des prolétaires s'accroissant de jour en jour dans les campagnes, sans que les travaux réclament un accroissement égal dans la demande de serviteurs, la concurrence de ceux qui offrent alors leurs bras, tend" à faire réduire leurs salaires. Là condition du métayer à partage de fruits est de beaucoup supérieure aux deux précédentes. 11 jouit d'une indépendance presque complète; il dirige à son gré ses exploitations; il est l'associé du propriétaire ; dans cette société, il recueille une part des fruits obtenus par sa diligence et son habileté; il possède des propriétés mobilières. Heureux le métayer qui comprend bien les avantages de sa position ! il en est qui
T1AVAIL BATIS LÏ3 CAJWFÀGHHS. £01
les comprennent ; les colons toscans sont justement cités comme des modèles; il en est aussi qui ne les comprennent pas, qui se laissent entraîner à l'indolence. Quelquefois aussi Us redoutent, en améliorant la culture, de travailler plus pour leurs propriétaires que pour eux-mêmes. Quelquefois aussi leurs propriétaires les gênent, pour les empêcher de s'occuper de leurs intérêts privés, plus que de ceux de l'exploitation. Un savant agronome (1) a fait voir que l'amélioration du sort des colons est essentiellement liée à l'amélioration de la culture elle-même; qu'elle dépend surtout de l'accord de la confiance mutuelle entre le propriétaire et son client; qu'elle dépend encore de la faculté accordée à ce dernier, d'entreprendre des cultures accessoires et variées, de son habileté, à les exécuter ; par conséquent de son instruction, mais aussi des capitaux qu'il y peut employer. Toutefois le sort du métayer devient misérable, lorsque' les métairies sont trop divisées; lorsque le métayer ne traite plus directement avec le propriétaire; lorsque, comme en certaines parties de la France et en Irlande, un homme d'affaires s'établissant entre le propriétaire et le colon, profite aux dépens de tous deux, fait peser sur le second un joug assez dur; lorsque ainsi se trouve détruit le patronage naturel du propriétaire sur son client, ce qni était l'un des principaux avantages de ce système.
La condition du fermier est supérieure sans doute à celle du colon parliaire. Le- fermier recueille lui-même tous les fruits des améliorations qu'il accomplit ; il opère avec plus de liberté et de sécurité. Mais le fermier doit être déjà dans l'aisance, pour passer un bail ; car l'entreprise luildemandera des capitaux assez considérables. Le nombre des fermiers est, plus restreint que celui des métairies. Le passage du système des métairies à celui des fermiers rencontre souvent des obstacles locaux. (2)
(1)M. de Gtiptrin'; Mémoire iur le métirf âge. Lyon , 1832, m. 7 et II. (2J Voy. le mémoire ci-dessus tilt, art. 4.
302 SECONDE PARTIS. LIVRE lit. CHAP. II.
Le riche propriétaire exploitant par lui-même, emploiera un grand nombre de serviteurs ou de journaliers. Ainsi sera entretenu un plus grand nombre de prolétaires. Leur sort cependant sera ordinairement plus doux, étant plaeés sous la dépendance directe d>n grand propriétaire. Le propriétaire auquel suffisent les produits de ses champs et qui les exploite lui-même, se trouve dans une des situations les pins indépendantes et les plus calmes de l'état social. Mais le petit propriétaire, qui ne possède pas assez de terrain pour être occupé toute l'année par son exploitation, se voit dans la nécessité de se créer d'autres ressources. Il y a donc une limite au-delà de laquelle le revenu de la propriété ne suffit plus à l'emploi comme aux besoins des propriétaires.
Quoique, par un bon régime d'assolement, d'irrigation, par les engrais, par un choix bien entendu des espèces de plantes ou de semences, par des labeurs faits à propos, par le secours des iastrnmens les mieux confectionnés, par l'étude des conditions propres au site, au terrain, le sol, considérablement amélioré, puisse mieux récompenser les travaux du cultivateur, il y a une limite cependant à la fécondité comme à l'étendue du territoire. Mais il - est divers genres d'industrie, accessoires, auxiliaires, qui peuvent améliorer encore d'une manière indéfinie l'aisance du cultivateur; ils ont de plus cet avantage qu'ils créent des ressources nouvelles au petit propriétaire, au colon, et même au simple journalier, qu'ils offrent le moyen d'occuper les femmes et les enfans.
En première ligne se présentent quelques branches d'industrie, qui se lient de près à l'exploitation rurale, comme le jardinage, l'éducation de la volaille et de quelques autres animaux domestiques; celle des vers à soie, la culture de certaines plantes médicinales, tinctoriales, etc., toutes ces choses peuvent s'exécuter en petit, sur des parcelles de terrain, à la porte des habitations. Elles ne demandent à l'homme des champs que desinstaus perdus; elles sont pour
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lui, plutôt une récréation qu'une fatigue. Toutes sont susceptibles d'acquérir un plus grand développement, même pour la consommation locale ; -ce développement s'accroîtra avec la population, avec la facilité des communications, avec l'aisance des consommateurs. La qualité des fruits, celle des légumes peut s'améliorer sensiblement; chaque jour cette culture tend à se perfectionner par l'introduction de plantes exotiques. Déjà, par ce moyen, l'habitant de la campagne jouirait directement, lui-même, pour son propre usage, des . produits qu'il aurait créés presque sans frais ; mais des débouchés s'ouvriraient, des marchés lui offriraient les moyens de se créer par leur vente un petit revenu. On cite dans les départemens de l'Ardêche et de la Drôme, des communes rurales qui vendent annuellement pour plus de cent mille francs de soie. Les pruneaux, les figues, les dattes, les jujubes, le réglisse, diverses autres espèces de fruits secs, deviennent un objet de commerce pour certaines contrées ; la portion du nord-ouest de la France, qui avoisine le littoral de la mer, fait des expéditions considérables d'œufs en Angleterre. Diverses plantes qui sont élevées sans frais, sont achetées par les herboristes. II n'est pas jusqu'aux fleurs de certaines plantes, jusqu'aux plumes de la volaille, jusqu'aux os et aux débris des animaux, qui n'acquièrent une valeur. Les arts qui emploient ces matières se rapprocheront des producteurs, livreront à des prix plus modérés, et obtiendront ainsi une plus grande consommation. Le cultivateur peut faire un pas de plus; il peut faire subir aux matières qu'il a produites, un premier degré d'élaboration. Déjà, armé d'un alambic, il distille en plusieurs lieux le marc du raisin, de la poire, de la pomme, la pomme de terre, la cerise. Bientôt il confectionnera lui-même, par des procédés simplifiés, te sucre nécessaire à sa consommation; par suite, il multipliera les conserves de fruits. Dans plusieurs de nos provinces, la groseille, la pomme, l'abricot, ainsi préparés, ne deviennent-ils pas la matière d'une industrie villageoise?