‹ De la bienfaisance publique; (volume 5)Chapitre 67 sur 132 · TRAVAIL DANS LES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

TRAVAIL DANS LES CAMPAGNES

aux dangers des explosions ou des incendies, devraient y fixer leur séjour, loin des habitations humaines. Or le nombre de ce genre d'usines augmente de jour en jour. Diverses manufactures choisissent un site favorable pour leurs succès, au sein des populations rurales. Combien d'autres pourraient suivre cet exemple !

Cette combinaison, qui éparpille au milieu des champs les travaux industriels, sous la forme d'ateliers domestiques, offre en effet de nombreux et considérables avantages.

L'habitant de la campagne trouve, dans une partie de ces travaux, un emploi utile pour les heures que, dans la morte saison surtout, ses travaux des champs lui laissent libres; il ajoute à son revenu ; il étend son instruction; il s'entretient dans le goût du travail, et se défend' mieux de la tentation du cabaret; il se crée des épargnes; il soutient mieux les vicissitudes que la variation des récoltes lui fait éprouver; il s'indemnise en partie, par les ressources que le travail industriel lui procure, des pertes qu'il éprouve, en certaines années.

Le difficile problème qui naissait de l'accroissement de la population rurale, obtient sa solution naturelle, par l'emploi donné aux bras que les travaux des champs ne suffiraient plus à occuper: Le mouvement qui porte sans cesse les habitons des campagnes dans les villes, est ainsi paralysé ; les émigrations s'arrêtent; un prétexte est enlevé aux individus " qu'attirent dans les villes le goût des plaisirs, une vaine ambition, souvent le désir de se soustraire aux regards des gens dont on est connu, quand on n'a pas su mériter l'estime.

Un remède est obtenn aussi, pour l'excessive division de la propriété, au moment où elle deviendrait préjudiciable à la culture. Celui à la subsistance duquel ne pouvait suffire une simple parcelle de terrain, se crée une autre existence. L'exploitation des petites propriétés n'a plus besoin de se fractionner.

La propriété de quelques pièces de terrain confère à l'ouvrier une nouvelle dignité, lui inspire un plus haut degré de sécu-

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rite, un plus profond respect pour Tordre public et pour les droits d'autrul.

Les ouvriers, plus disséminés, sont moins portés aux coalitions. Respirant un air plus pur, ils jouissent d'une meilleure santé. Leurs idées s'étendent par la variété des travaux et des objets qui se déploient sous leurs yeux.

91 les opérations de l'industrie viennent à se ralentir, si x. les salaires baissent, l'ouvrier trouve dans les travaux de la campagne quelque dédommagement, et supporte plus facilement ces oscillations. '

Le taux des salaires pour les travaux industriels est beaucoup plus faible dans les campagnes que dans les villes; et cependant l'ouvrier peut .goûter plus d'aisance dans les campagnes, parce qu'il a moins d'occasion de dissiper le fruit de ses sueurs dans des dépenses oiseuses ou funestes. Le fabricant peut livrer ses produits à un prix pins modéré. Ses bénéfices s'accroissent; la consommation de ses produits s'étend. Si les métiers de soie de Lyon avaient été disséminés dans les campagnes, comme ceux qui existent aux environs de Zurich et de Baie, cette grande cité eût échappé aux ' cruelles convulsions qui l'ont agitée et ensanglantée pendant les dernières années.

La présence des manufactures au sein des campagnes y fait circuler te numéraire, y favorise la formation des capitaux, y répand un esprit de viey qui seconde puissamment l'amélioration de la culture. Lés denrées que produit le sol obtiennent une consommation plus facile, plus abondante.

Enfin, la présence de ces ateliers, l'augmentation de la population locale, excitent à leur tour le développement d'une foule de petites industries locales. La construction et l'entretien des usines, des maisons, occupe un plus grand nombre d'ouvriers en bàtimens. D'autres confectionnent les appareils, les outils, les instrumens; d'autres, transportent les marchandises. Il faut vêtir, nourrir la population nouvelle, satisfaire à ses divers besoins. Une heureuse activité se déploie autour

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d'elle. Du soin de cor diverses industries sort une nouvelle classe de consommateurs.

Cette espèce d'alliance entre l'industrie manufacturière et l'industrie rurale, est donc à-la-fois utile à toutes deux.

Elle demande, il est vrai, le concours de quatre conditions principales :

11 faut une direction éclairée, pour choisir avec discernement les localités, les époques propices à' la fondation des élablissemens; pour choisir aussi les genres d'industrie qui ■ conviennent le mieux aux localités; ' ~"

II faut des capitaux disponibles et suffisons, pour opérer ces créations, entretenir le jeu des ateliers;

Il faut des moyens de communication faciles, pour l'arrivage des matières et l'écoulement des produits;

Il faut enfin, dans la population rurale au sein de laquelle rétablissement prendra naissance, des dispositions favorables, un certain degré d'Instruction et de capacité.

Une partie de ces circonstances tend d'elle-même à se réaliser. Nous verrons dans un instant comment les autres peuvent être secondées. Dans tous les cas, ces créations ne peu^ vent s'exécuter que d'une manière progressive) elles s'exécuteront avec plus de lenteur et de difficulté, lorsqu'elles" ne pourront s'accomplir que par le déplacement des elablissemens déjà formés.

Quel beau patronage s'offre aux grands propriétaires ruraux qui résident au sein de leurs héritages, s'ils consentent à exciter, diriger, par leurs encouragemens et leurs conseils, on mouvement industriel bien entendu dans la population, dont lis sont environnés ! D'honorables exemples montrent toute l'étendue de la puissance bienfaisante qu'ils pourraient exercer; il suffira d'indiquer ici celle que donne M. le prince dé Monaco, dans le département du Calvados (1). Ce patro-

(1)- Cette contrée, dit la Iwi ag rieçlt , » cbaagé de face depui» quelque* «Bée» ; un propriétaire «'«M trouvé qui , doué d'un renne vouloir et Je

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nage sera plus noble et plus utile que ne le furent les privilèges et les titres féodaux, et le remplacera avec un immense avantage, si les grands propriétaires comprennent bien ce qu'attendent d'eus les progrès de la civilisation, et ce que leur demandent leurs propres intérêts.

moyens d'action assez puissans, aidé dailleurs de l'influence que lui donnaient du souvenirs de famille anciens et respectés, a entrepris de la vivifier, et y a réussi. ■ Le prince de Monaco s'est occupé, d'abord de mettre en valeur un domaine long-temps abandonné... il a adopté un assolement quinquennal aussi avantageux que l'ancien était mauvais. Il a remplacé la charrue à roues en usage dans ce canton , par la charrue américaine a soc en foute , qui laboure plus avant et plus également que la charrue du pays. Un de ses moyens les plu» efficaces d'amélioration a élé aussi l'emploi du semoir Hugues, qui, en admettant comme condition préalable une bonne préparation delà terre, offre le double avantage d'une économie dans la semence, et tl'un plus grand rendement au battage. Ses défriche mens ont parfaitement réussi. 11 est arrivé ainsi , en quelques années , à transformer entièrement ses propriétés, et a en augmenter les produits d'une manière remarquable. Lorsque le succès a élé positif et incontestable, il a songé aux moyens de propager ses méthodes perfectionnées, et de faire jouir les cultivateurs .du pays des. bénéfices qu'elles procurent. - .

« D'assez grandes difficultés se présentaient : l'esprit de routine d'abord et te défaut d'instruction, qui sont les plus fortes de toutes; puis le manque de capital pour se procurer des instruirions aratoires perfectionnés , des amende' mens énergiques , etc. Le prince de Monaco , qui se sentait fort , s'est pris à lutter, et a lutté avec succès contre ces obstacles. La persuasion et surtout l'influence toute puissante de l'exemple avaient déjà ébranlé un assez grand nombre de fermiers ses voisina; quelques sacrifices pécuniaires avaient achevé de les déterminer. Il leur a fourni des charrues américaines, des graines de différentes espèces de racines'; il leur a prêté le semoir Hugues, et a mis à leur disposition des moniteurs qui s'étaient formés chez lui à l'emploi de cet-instrument. Bref, il est parvenu à en faire entrer déjà un grand nombre dans ce système progressif et a méli orateur. Noua venons de parcourir plusieurs de ces communes dans un rayon de quelques lieues , et nous avons vu des récoltes de carottes, navets, betteraves, etc., offrant de très belles apparences et dans te meilleur état de culture. Nous avons vu des laboureurs s'applaudir d'avoir enfin adopté les idées nouvelles, et calculant d'avance le surcroît de production 1 et de bien-être qui doit en résulter pour eux.

■ Mais les vues du prince de Monaco ne se bornaient point à propager des

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ARTICLE IV

Du travail daniUs villei.

Il est plusieurs branches d'industrie, dont les villes sont le théâtre inévitable; le séjour des villes est, pour les ouvriers qui s'y adonnent, naturel et avantageux. Telles sont lesprofessions qui se rattachent au commerce, au service des ports. Telles sont celles qui ont pour but de satisfaire d'une manière immédiate aux besoins des habitans, celles qui exigent des relations directes et habituelles entre le consommateur et l'homme de travail. Telles sont celles qui se subdivisent entre un certain nombre de professions adhérentes les unes aux autres, et qui ne peuvent se déployer qu'à l'aide de leur proximité mutuelle. Tels sont les arts que nous appellerions savans, c'est-à-dire qui supposent de la part de l'ouvrier, un certain degré de connaissances qui ne sont guère cultivées que dans les cités. Tels sont les arts de luxe, assujétis à l'empire du goût, au caprice des modes, et qui exigent une perfection singulière dans les détails. En général, le séjour des villes est favorable à la petite industrie, à celle qui est exercée en chambre, par des- ouvriers qui sont en même temps fabricant, et qui travaillent pour leur propre

a m ri iu rations agricoles : elles n'étaient pour lui qu'un moyen d'arriver à un* but plus élevé, celui d'éteindre le paupérisme et ta mendicité à l'aide des perfection nemens de l'agriculture. Comme il n'est jamais trop tôt pour soulager les classes souffrantes , le prince s'est mis' à l'œuvre sans retard , en appelant , à son aide les notables , non-seulement de sa commune , mais d'un grand nombre de communes voisines. Il a attaqué la mendicité. Le système qu'il a adopté porte déjà ses fruits; la mendicité a disparu des communes qui l'ont suivi, et les pauvres qui les habitent tendent à se relever de l'espèce de dégradation qu'elle entraîne toujours après elle. Honneur aux grands propriétaires qui veulent et qui savent ainsi arracher à la misère des populations malheureuses, et leur ouvrir les routes de l'aisance ! »

(V. la Revue agricole, et le Moniteur universel du lundi 10 décembre 1B38)

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compte. Habitant la ville, ils se tiennent en relation continuelle avec d'autres professions auxquelles leur fabrication se trouve liée, avec le débouché dont ils ont besoin de jouir. Il leur est même utile de se trouver placés en présence les uns des autres, pour s'éclairer et s'animer par la concurrence. Certaines fabrications semblent avoir adopté une ville déterminée pour leur centre; là les traditions se conservent, la renommée des produits est établie, te commerce est dans l'usage de s'y approvisionner; c'est une sorte de droit acquis, de possession héréditaire. Il est même quelques - unes de ces professions auxquelles le choix du quartier n'est pas indifférent ; il eh est qui ont besoin de se placer an centre.

Signés d'une haute prospérité commerciale et industrielle, lostrumens puissans de cette prospérité, les villes et les grandes villes offrent dans leurs murs, à la classe laborieuse, te secours d'une instruction plus étendue, la perspective d'une existence plus aisée. Elles lui créent de nouveaux et innombrables emplois. Aussi, dans Un V,agiie instinct de ces avantages, une partie de la population des contrées environnantes se porte-t-ellé constamment sûr les grandes cités, pour y chercher Un meilleur sort, et souvent voient-elles arriver dans leur enceinte, des gens qu'un aveugle désir de chercher fortune, y amène dés régions éloignées.

Mais, combien de mécomptes attendent ces bonnes gens à lenr arrivée dans les grandes villes !

Ils y arrivent sans connaissance des lieux, sans relations, sans appui, souvent sans capacité, sans prévoyance ; ils se jettent au hasard dans l'arène d'une concurrence indéfinie.

Le séjour des villes offre d'ailleurs plus d'un péril, plus d'un inconvénient à l'ouvrier même qui y est déjà domicilié. Cest peu encore, que le prix élevé des consommations ; l'occasion de dépenser, les séductions du plaisir et du luxe, les distractions de tous genres causent souvent plus de préjudice à l'ouvrier. De fréquentes variations souvent imprévues affectent la marche des consommations, et le mouvement des

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