CHAPITRE IV
De l'amtâorttion de* mm, dam taoUue ouvrière.
En vain la classe laborieuse aurait-elle obtenu toutes les améliorations matérielles qui peuvent accroître son bien-être, elle ne sera point encore armée contre le danger de l'indigence. Lepremier de toùsies préservatifs, le plus puissant, celui qui complète et résume la bienfaisance préventive,' est dans l'amélioration des mœurs (2). Elle relèvera les êtres dégradés, soutiendra les faibles ; elle fondera la vraie économie, celle qui est obtenue parla modération, l'ordre et l'esprit
et la Pharmacie populairt se recommandent pour les joins relatifs aux cas de maladie.
(1) H. Orfila a publié, pour les écoles primaires, dea Préceptes d'Hygiène, que son nom seul recommande assez. Paris, 1636.' < - (2) "Voy, ci-devant, 1" partie , liv. ii,ch*p; S.
LKCTUBHS POPULAIRES. 353
de conduite ; elle rendra le malheur plue supportable, quand il n'aura pu être évité; elle aidera à en triompher, quand il ne sera pas irréparable. Faire la guerre anx vices, voilà le grand secret de combattre l'invasion de la misère. L'un des moyens les plus efficaces d'accomplir cette grande œuvre, est sans doute dans l'éducation des enfans et des adolescens qui appartiennent aux familles peu aisées. Mais il est aussi, pour l'homme qui vit du travail de ses mains, une éducation qui se prolonge pendant le cours de la vie. Ce n'est pas assez de Tavoir instruit, guidé, jusqu'au moment où il entre en possession de l'indépendance. A cette époque où il devient maître de lui-même, les passions viennent l'assaillir; des pièges lui sont tendus ; il y a pour lui des périls d'un ordre spécial qui naissent de la condition où il est placé. Mais il est aussi des . armes qui sont spécialement à son usage. Quelle que soit l'humble situation oùla créature humaine se trouve placée relativement aux dons de la fortune, il est un ordre de biens supérieurs auquel elle peut toujours atteindre; il est toujours en son pouvoir de se perfectionner de jour en jour, et par une admirable dispensalion de la providence, elle peut y trouver une abondante compensation pour ce qui lui manque.
Jetons un coup-d'œii rapide sur tes moyens les plus propres à préparer cette grande amélioration qui est elle-même l'un des plus hauts intérêts de la société entière.
' ARTICLe l".
Dts lectures populaire*. (I)
L'homme qui vit à la sueur de son front a peu le temps de lire, en supposant qu'il sache lire. Il n'est guère en mesure de se procurer des livres. Enfin, il y a , jusqu'à ce jour du moins, très peu de bons livres à sa portée et à son usagé.
(1) Le lecteur comprend que si nous employons cette expression populaire, III. 53
ÎJ&ft SïCOKBB PAHTIE. UVHB III. CHAT. IV.
Malheureusement encore , s'il existe pour loi peu de bons livres, ily eu a de pernicieux, et ceux-ci parviennent quelquefois plus facilement à circuler et a se faire lire. C'est précisément parce- qu'ils flattent les passions ou les préventions de l'ignorance, qu'ils obtiennent plus de lecteurs.
Jetez les yeux sur ces- petits livres qui, sous divers titres, sont colportés. de village en village, étalés aux foires et ans fêtes champêtres, offerts à vil prix ! Que d'erreurs accréditées par eux! Que de pratiques superstitieuses, confirmées! Trop souvent, que d'exemples licencieux, offerts 1 Quelles offenses contre la langue, le goût, la raison , la décence ! Est-ce donc pour préparer les enfans à de telles lectures, que nous les envoyons à l'école?
Cependant, de bonnes lectures seraient, pour l'homme de travail, un moyen de compléter son instruction, de continuer sa propre éducation à tout âge. Il s'y dépouillerait des préjugés nuisibles) ily puiserait-des antidotes contre les poisons capables de corrompre sod esprit on son cœur; il s'entretiendrait dans les sentimens honorables. Des lectures convenablement choisies, loin de le détourner des pénibles travaux qui remplissent pour lui le cours de la journée, serviraient à l'en délasser agréablement, le disposeraient à les reprendre avec une nouvelle ardeur. L'expérience le prouve : séquestré souvent par divers obstacles du commerce de la société, privé de relations propres à éclairer son intelligence, à épurer ses goûts en élevant son âme, un bon livre serait pour lui dans son isolement comme un compagnon, un ami, qui lui en tiendrait lieu, qui remplacerait même avec avantage des relations peu fructueuses.
dans un sens généralement reçu , comme exprimant ce qui appartient a I* classe la plus nombreuse et la moins aisée de la société , c'est par la nécessité d'être brefs , en restant clairs ; mais que nous n'avons garde d'entendre par 11 considérer le peuple comme une caste à part : rien ne serait plus contraire a notre manière de voir. Nous le déclarons une fois pour toutes.
LECTURES POPCLAÎRUS DAB8 HITSBB PATS. 858
Des factura populaires composées et publiées en div«r« pays,
L'Allemagne, dès le siècle dernier, s'ast créée une littéra* uire populaire, où les intérêts de la religion, delà morale trouvent des organes zélés, où les conseils de la raison, où les connaissances utiles se transmettent sous une forme familière, quelquefois sous un costume attrayant. Aujourd'hui cette littérature offre, en Allemagne, à toutes les conditions, à tous les âges, aux deux sexes, à toutes les communions religieuses, des provisions abondantes et des alimens substantiel* pour l'esprit et pour le cœur. Entres au hasard dans la plut humble chaumière, dans le plus modeste atelier! tous y trouverez une bibliothèque formée à la convenance du cultivateur et de l'ouvrier, et fréquemment exploitée par lui. Le titre: seul dé ces ouvrages formerait un catalogue considérable. L'auteur des tableaux de famille (1) a imaginé de faire entrer aussi le roman dans la littérature populaire, et ses œuvres ai effet circulent dans tous les ateliers , dans tous les villages. Nous le louerons surtout pour avoir donné au roman une direction opposée à celle que suit le plus souvent ce genre d'ouvrage, pour s'être efforcé d'y inspirer à chacun la disposition à être satisfait de la condition que la providence lai I assignée, disposition si nécessaire surtout à ceux que la for-' tune n'a pas favorisés. Que de grâces devraient être rendues a ceux qui apprendraient aux hommes à savoir être eontenaf
Plusieurs circonstances se réunissent pour favoriser dans cette contrée de l'Europe, un aussi heureux succès : le degré de culture que les enïans ont acquis dans les écoles ; les habitudes sérieuses, sédentaires, le goût de la vie de famille qui dominent dans les mœurs ; le caractère de droiture, de sim-
(1) Auguste Litfoataiiic.
8ê6 SEOOSDE partie, uvas III. CHAP. IV.
plicité, qui est propre aux écrivains de cette contrée, comme à la généralité des lecteurs. .
La plupart de ces circonstances se retrouvent en Hollande, ou le caractère des babitans est aussi éminemment religieux et moral. La littérature populaire, dont la création est due, dans le premier de ces deux pays, an zèle individuel des écrivains, a reçu en Hollande son impulsion , sa direction , de la respectable tociété de bienfaisance publique. Cette société a proposé elle-même le programme des sujets qu'elle a jugés les plus propres pour composer de bonnes lectures po-, polaires ; elle a provoqué l'émulation des auteurs ; elle a publié les écrits qui avaient le mieux satisfait a ses intentions; •lie a répandu ces ouvrages dans tout le pays. Plus dé soixante traités en peu d'années ont été le produit de ses soins. Elle a eu, entre antres mérites, celui de, pénétrer avec une rare intelligence dans les vrais besoins du pauvre, et de discerner le genre d'alimens qui convient à son esprit et à son cœur. Ainsi, elle a démandé et obtenu des traités sur l'éducation morale et religieuse des enfaas (1), sur les devoirs des ouvriers,, sur ceux des domestiques et des gens de service (2), sur les qualités qui constituent l'honnête homme dans la vie civile (3), sur les bonnes qualités et les défauts propres aux classes inférieures de la société (4), sur les meilleurs moyens à employer pour diriger les enfans vers la pratique des vertus sociales (5), sur l'union intime qui existe entre la vertu et le bonbeur (G), sur les améliorations morales dont tes artisans peuvent devenir susceptibles pour l'amour du prochain (7), sur les devoirs d'un bon père et d'une bonne mère
■ (1) Tar Van OEver, et par J. Wigeri. (2) Par Dirk Bering.
(8)ParJ. Wigeri.
(4) Par Dirk Von Hinloopen, (51 Par Spoeleter et par Weytard.
{») Par J.-H. Floh.
(7) Par J. Tari Malien.
LBCTUXKB l'OPCLAIHES DAS8 SIVEB8 PAYS. 357
de famille (1), sur le choix d'un état pour les enf ans (2) , sur l'influence du travail relativement au bonheur (B). Les sujets religieux ont surtout excité l'attention de la société hollan't daise; elle les a distribués dans une série graduée, en com- , mençant par les démonstrations de l'existence de la divinité (4), les signes de la révélation (5) , et en couronnant l'enseignement'de toutes les Vertus, par la recommandation de l'amour divin qui les rassemble, en les consacrant/ (6)
Voisine "de la Hollande, momentanément associée à ses destinées politiques, la Belgique s'est associée aussi à ses institutions philan tropiques ; des sociétés s'y sont formées pour propager les bons livres, et les ont répandus par milliers (7). Des associations de souscripteurs ont doté également l'Angleterre, l'Ecosse, l'Irlande, de bibliothèques1 populaires fort étendues, embrassant les sujets les plus variés, et toujours composées dans un excellent esprit; le choix du sujet a toujours un but d'utilité; la forme en est familière. Attacher le lecteur, l'améliorer, l'instruire, tel est le but constant qu'on s'y propose. L'Irlande, long-temps si retardée sous le rapport du développement moral et industriel, a été dotée par la société formée à Dublin; d'environ 70 ouvrages populaires, dont jusqu'à 1200 mille exemplaires y ont été distribués en une seule année.
Les sociétés bibliques, en donnant à leurs immenses publications un but spécial et déterminé, ont, à lepr manière, et avec un zèle infatigable, coopéré aussi a l'amélioration des mœurs populaires. En 1699, s'était formée à Londres la so-
(1) Par Martinui Bodisro el Oliver Kerk. (2)F»rJ. YaaLaer.
(3) Par le même el par WUIclui , B. Jalgersma.
(4) Par Ptlral Scliomai.
(a) Par J. Wigerî.
(0) Voir le recueil publié par la Société hollandaise de bien public. (7) Une Société formée à Namur a distribué en un au seulement , 86,00» exemplaires de ses publications. y^-'t
* "on lia ■•itfiî
S&8 SKOHDl PAMT1K-. LIVU III. CRAP. IT.
ciélé pour ,répandre la connaissance du christianisme (1) ; dotée de pins de 50 mille livres sterling, ' chaque année, par les dons et les souscriptions, elle distribue, par millions d'exemplaires, des ouvrages religieux, des bibles, des livres de prières, des traités, à un prix très modique, non-seulement dans la Grande-Bretagne, mais dans toutes ses dépendances; elle les fait traduire en différentes langues; elle s'efforce en même temps de mettre obstacle à la publication des écrits funestes a la morale publique. Une société fondée en 1750, en s'attacbant aussi à répandre les notions religieuses parmi les pauvres, a plus particulièrement en vue les coin-mnnions dissidentes (S); tandis que celle du bien public, fondée en 1794, se propose le même but pour la communion anglicane (S). D'autres s'occupent plus spécialement des marins (4), et d'antres de l'instruction religieuse (5); il en est qui se proposent essentiellement de faire composer et de propager de petits traités de morale religieuse (6), ou des livres de prières et des homélies (7). La seule société des traités religieux de Londres a distribué, en 1833, 12,694,2.11 exemplaires de livres, et pendant le cours i de S4 ans, 170 mille publications en 70 langues différentes (8). On sait que les sociétés, bibliques, multipliées en Angleterre, au nombre de 500, se sont également reproduites dans les Etats-Unis, sur le Continent, dans tous les pays où sont professées les diverses communions protestantes; que les unes et les autres forment entre elles une étroite alliance; on sait aussi quel nom-
(t) Society for promoling Christian knowledgc. (2) The distattcrt iook lociity.
(8) The endearour soclety. *
(4) Port of Lcndon locitly ! Hathel union socitty. ' ,
[5) Society forpromoting religioui knowledge antong tbe pcort, fondée eu 17B0.
(S) ReUgimu trait society, fondée à Londres, en 1790.
(T) PrayerBook and homily, fondée k Londres , en ISIS.
(8) Va;, le rapport des travaux de cflKe société , pour l'année 1S33.
3,9,t,zed o,'GoogIe
LECTURES POPHLÂIUS DABS DIYKKB 'PAYS. 359
bre prodigieux de bibles elles ont répandu sur toute la surface du globe; les pays catholiques eux-mêmes leur sont redevables de la propagation du nouveau testament dans des versions acceptées par ce culte. On sait aussi que les sociétés de traités religieux se sont formées dans le nord de l'Europe, en Russie, en Allemagne, en Suisse, à Paris, à l'instar de celles d'Angleterre; elles se sont étendues même à l'Italie, à la Grèce, à la Crimée; ces institutions se sont organisées d'abord principalement sous l'influence et dans le sein des communions protestantes; elles se sont produites ensuite parmi des catholiques éclairés, particulièrement dans la capitale de la France. (1)
Une société de traités religieux instituée à New-York, en 182$, y a bientôt été secondée par des sociétés affiliées dans les principaux états de l'Union ; elle en comptait jusqu'à 1108, en 1834 (2); le nombre des publications qu'elle avait fait naître, s'élevait à 730 (3), dont 46 avaient vu le jour pendant Tannée précédente. Elle étend ses relations dans toutes les parties du monde, et fait traduire, ses publications dans tous les idiomes. Le nombre total des exemplaires auxquels elle a donné l'existence depuis sa formation, s'élève à près de 36 millions (4). Une branche. spéciale d'association auxiliaire et locale de New-York, se compose de femmes, et joint à cette opération diverses autres bonnes œuvres, (s)
Du sein des Etats-Unis est sortie, il y a 60 ans, une philo-
(1) On doit rappeler oepemlanL <pit, la société, formée à Paris, par une réunion de protestans zélés pour le bien, s'efforça de donner aux petit* traites religieux qu'elle .publia , un caractère et une couleur qui pût convenir à toutes les communions chrétiennes.
(2} Toy. le neuvième rapport annuel de la société américaine des traités, formée h Hew-York , prétenté en mai 1834 , imprimé dans la même Tille , P*B»24-
(3) Ihid. pageju.
(4). 33,089,918 > i&id. Yoy. le tableau détaillé dans le rapport précité,
(6) Voj. le septième rapport de la société de New-York , titj trait tociety, et le douzième de celui de : itsjcmalc bnanck. New-York , 1834.
260 SECOKDK PAKTIE. UVRE III. CBAP. IV.
sophie populaire et pratique, qui bientôt s'est propagée dans les deux mondes. Celte philosophie repose sur le bon sens, recommande les bonnes mœurs, le travail, l'ordre, l'économie, la bienveillance; elle enseigne la sagesse et surtout la prudence; elle ne fait aucun appel à l'imagination; elle n'exalte point ses disciples; elle Tonde la vertu sur la raison; elle lui donne pour appui l'intérêt bien entendu : Franklin en a été l'apôtre. Il l'a personnifiée dans le bon homme Richard,il lui a prêté un langage conforme à son esprit; langage plein de clarté, de sincérité, de simplicité, de calme. Il a donné de bons conseils pour faire fortune; des conseils plus sûrs encore pour éviter la misère; il y a joint ses mémoires, non moins instructifs que ses avis., appuyant ainsi ses leçons de l'expérience de sa propre vie. Franklin est devenu l'ami du pauvre, pour être son guide. Il a enseigné par son exemple, l'art difficile de s'entretenir avec le pauvre.
La France a commencé beaucoup plus tard à comprendre l'importance d'une bonne littérature populaire, et à jouir de ses productions. Cependant, depuis quelques années, une louable émulation s'est manifestée pour réparer ce long oubli. L'excellent duc de Liancourt, se déguisant sous le voile de l'anonyme, dans sa bonne action, donna le premier élan, en proposant, au commencement de 1817, on prapour le meilleur ouvrage destiné à tervir de lecture à la clasie du peuple,- cet appel lut entendu par des écrivains clignes d'y répondre; il fit naître Simon de Nantua, par M. Laurent de Jussieu, vrai modèle du genre; et le* Elément de morale, par M. Charles Renouard, ouvrage aussi Adèle à son but, qu'à son tilre~. La société pour l'instruction élémentaire, chargée de prononcer sur le concours, éprouva ensuite le besoin de s'associer aux motifs du généreux pbilantrope, et continuant son ouvrage, publia un système entier de. programmes, pour provoquer de bonnes lectures populaires. Ses encouragemens, offerts depuis 1S2& , ont été jusqu'à ce jour renouvelés d'années en années. Elle a couronné jusqu'à
CONDITIONS DBS BOSRXS LKCTUBES POPULAIRES. 361
ce moment, 22 ouvrages. Elle a su tracer un cadre qui embrasse-tous les sujets d'un véritable intérêt, pour la classe laborieuse ; elle a déterminé les conditions que ce genre d'écrits doit remplir pour atteindre son but. Bientôt on a vu des hommes de lettres, des savans, des ingénieurs, des magistrats même, se présenter à l'envi pour offrir à cette cause philantropique le tribut du zèle , du talent, des connaissances.
Lemontey écrivit les trot* visite* du père Bruno, vrai modèle du genre; M. Brard sa minéralogie populaire et ses maîtres Pierre; M. de la Palme publia une bibliothèque entière; M. de Jussteu les petits livres du P. Larny; madame Swanton Belloc , sa bibliothèque de famille / M. Maliul son cure' de village; un philantrope anonyme, la Science populaire de Claudius, simples discours sur toutes chose* (1) ; on traduisit, oïl imita quelques-uns des ouvrages de ce genre qui avaient vu le jour à l'étranger. L'administration publique elle-même en.1828, ouvrit un concours solennel, et offrit un prix de 10,000 fr. pour obtenir un bon livre de lecture; concours qui n'avait pas été sans fruit, mais qui est resté sans jugement. (2)
Plus tard, en 1831 , elle a instituée une commission pour examiner, classer les productions qui sontdesiiiiéesàl'usage des écoles , et aux lectures des enfans ou des adultes. (3)
De* condition» que doivent remplir de bonnet lectures populaires.
On n'a point à se plaindre aujourd'hui de l'insuffisance du
(1) La science populaire de CUudiut, forme une collection économique de traités, chacun en 1 vol. in-24, sur l'histoire , la philosophie , les voyages, les sciencei, etc. ■
(2) Un certain nombre d'ouvrages avait été adressé au ministre de l'instruction publique. Hais, en 1830, la commission acte dissoute, et le prix n'a pas été décerne.
(3) Cette commission jusqu'à ce jour a déjà eMminé prêt de 2000 ouvrages..
J62 SBCOrlDE PAXT1B, LIYKB III.' CHAP. IT.
nombre de livres populaires ou prétendus 'tels ; il est même arrivé ce qui arrive souvent , lorsqu'on a passé d'un excès à ' l'antre. Les publications qui aspirent à être populaires par la modicité du prix, parla simplicité des formes, se multiplient de toutes .parts avec une extrême abondance : on aurait peine aujourd'hui à les énumérer ; on a quelque peine anssi à faire un choix (1). Comment feraient-ils ce choix, des lecteurs peu éclairés ? Comment le feraient-ils avec discernement ? Il ne faut que très peu de livres à cette classe de lecteurs ;' toute lecture oiseuse et stérile qu'on leur fait faire, dérobe au moins a leur instruction réelle, les momens qu'ils y ont perdus. Lorsque l'inondation des petits livres, des publications à bon marché aura eu pleinement son cours, il faudra encore nn
, (1) Nous essaierons de donner ici un aperçu d'une petite bibliothèque formée d'après un choix que nom oserions recommander, sans le prétendre i beaucoup pré* complet. Nous l'avons extrait des ouvrages qui ont, jusqu'à ce jour, obtenu l'approbation de l'université de France, pour l'usage des écoles.
Maximes tirées de l'Ecriture Sainte, par Kollin , in-34 , br. ,
Pensées rtligiemei cl morales extraites des psaumes de David.
livra d'instruction monde et religieuse, 1 vol. in-12 , br.
Récit des prix Montyon, 1 vol. in 18, br.
Quatrains moraux, par M. MoreldeVindé, lvoLin-13, br.
Antoine et Maurice, par M. L. de Jussieu. 1 vol. in-12, br.
L'éducation familière, traduit de l'anglais» de miss Edgeworth, par madame Belloc, 12 vol. in-18, br. .
Ecrits populaires de Franklin, 1 vol. in-18, br.
Unefamiile, par madame Guiiot , 2 vol. in-I3, br.
Histoire Je France, par M. Emile de Bonnecbose , 2 vpl. in 12, hr.
Maître Pierre, ou le Savant de village; entretiens lur l' Astronomie, 1 v. in-18.
Maître Pierre, Entretien* sur la Physique , 1 voL in-18, br.
Maître Pierre, Entretiens sur l'Industrie française, 1 vol. in-18, br.
Minéralogie populaire, par Brard, 1 vol. in-18, br.
L'Esprit de NicolU, ou Instruction sur la religion , 1 vol. in-12.
Morceau* choisis de Buffon, 1 vol. in-18 , fîg. (édition Renouant.,'
Histoire naturelle, mise à la portée des femmes et des gens du monde, par M.A.Comle.
Mélanges de morale et d'économie, par Franklin.
C0NSITIOH8 HES lOKKÏB L1CTDE1S tOtVLAlKZS. S68
guide qui apprenne à pécher dans ce torrent, ce qui peut offrir un aliment utile. En attendant , c'est aux gens sensés et eux gens de bien à y suppléer, pour éclairer le choix des lecteurs incapables de se diriger eux-mêmes .
Les lecturas populaires sont aussi devenues une spéculation; elles ont aussi leurs entrepreneurs ; ceux-ci ont cru qu'il suffisait de fabriquer à bon marché, pour atteindre au but; il s'est trouvé des personnes aux yeux desquelles les besoins d'intruction dans les classes laborieuses, sembleraient n'être qu'une question mercantile, en sorte qu'il y aurait été satisfait, dès qu'un ouvrage quelconque pourrait se vendre pour un petit nombre de centimes. On a même entendu exprimer sérieusement à la tribune d'une assemblée législative , dans une nation voisine , le Vœu que les journaux quotidiens pussent être publiés à un prix très modique, pour être à la portée du pauvre. Mais qu'importe qu'un livre soit à la portée des ressources pécuniaires du pauvre, s'il n'est pas à son usage ? Croyezvous qu'elles soient à son jtsage , et surtout qu'elles puissent produire sur lui une impression salutaire, ces éternelles descriptions de crimes odieux dont la plupart des feuilles quotidiennes sont aujourd'hui remplies ? Ne savex-vous pas jusqu'à quel point de telles images peuvent troubler l'esprit, égarer l'imagination des lecteurs peu éclairés? on fait toujours payer trop cher au pauvre l'acquisition de ce qui lui est inutile, à plus forte raison de ce qui peut lut devenir funeste , en troublant son esprit ou faussant ses idées. Il peut convenir à l'intérêt du spéculateur de trouver du débit pour sa marchandise; mais l'ami de l'humanité ne peut désirer de voir offrir, à bas prix, au lecteur peu fortuné, que des alimens forti&ans et salubres. On distribuerait gratis l'encyclopédie entière, qu'on n'en recueillerait pas un grand avantage.
Ce n'est pas tont que d'offrir au pauvre, dans un livre, ce qui lui est réellement profitable ; il faut aussi le lui faire lire , le lui faire comprendre, et ce n'est pas le plus facile. En vain vous mettrez en tête de votre livre : lecture populaire,- en .
36& SMOHnX PARTIR. LIVRE III. CHAP. IV.
vain vous direz à cette classe de lecteurs, que vous avez travaillé expressément pour elle; vous la blesserez peut-être, au . lieu de la captiver, parce qu'elle verra dans votre intention un sentiment de dédain. Faites mieux : pénétrez-vous de ses intérêts, de ses idées, de ses sentiment familiarisez-vous avec ses habitudes, excitez ses sympathies; entrez en commerce avec elle; sachez la comprendre vous-même! et vous réussirez à vous en faire entendre. Venez donc, amis du bien, vous entretenir avec l'homme obscur et laborieux, par cette voie qui vous est ouverte ! qu'il sente dans les lignes que vous aurez tracées , l'affection qu'il vous inspire» le respect que vous portez à ses vertus; qu'il y recueille les conseils nécessaires à son inexpérience!
Voici, pour l'homme de lettres, une bonne action à faire. Mais, loin qu'en y consacrant ses veilles, il doive abdiquer sou talent, il sera appelé à faire de son talent un usage plus difficile qu'il ne pense. Rien -n'est moins aisé que de rendre la vérité familière , et la morale attrayante, pour des lecteurs peu exercés, sans rien faire perdre à l'une, de sa rigueur,- à l'autre, de sa dignité. Ce qui fait que la plupart des livres qu'on prétend destinés à faire le sujet de lectures populaires, sont si peu propres à remplir ce but, c'est précisément parce que la médiocrité considère trop souvent comme un privilège ' pour elle, la mission de composer ce genre d'ouvrages: comme s'il suffisait de réunir un espiit borne à un langage trivial, pour réussir à tracer une bonne lecture populaire.
Jl est un genre de productions, que le cultivateur et l'ouvrier mettent presque au nombre des objets nécessaires , et dont la plupart d'entre eux composent toute leur bibliothèque: ce sont les almanachs. Aussi n'y en a-t-il point dont on ait tant abusé pour entretenir les préjugés et débiter les choses les plus absurdes. Depuis quelques années, les amis du bien essaient de s'emparer à leur tour des almanachs, comme de canaux ouverts pour faire circuler des notions plus vraies. Ils ne négligent point d'emprunter les formes extérieures qui peuvent servir
CONDITIONS DKS «OHNBS LICFUBXS POPUU1BE3. 365
de passeport aux instructions utiles , mais , ils éprouvent que le langage de la raison a moins de faveur que celui qui parle à l'imagination et qui flatte les habitudes : c'est une entreprise difficile que de prétendre détrôner Mathieu Laensberg.
Viennent enfin les conditions matérielles; car si elles ne suffisent point ■pour réaliser des publications populaires • qui méritent ce titre , si elles n'occupent que le second rang, elles sont cependant indispensables. Les prodigieux perfectionne- " mens de l'art typographique , l'extension que reçoit la gravure sur bois, facilitent chaque jour davantage, la modération des prix ; les prix se réduisent aussi précisément , en raison du nombre des exemplaires de l'ouvrage. On est arrivé à avoir de petits livres, pour 10 et 15 centimes. L'emploi des gravures convenablement soignées, a le double avantage de rendre l'instruction plus complète, et de donner plus d'attraits à la lecture.
Les distributions gratuites ont ordinairement un effet contraire au but que leurs auteurs se proposent. Le lecteur accueille avec indifférence le livre qui lui est offert en don ; il lit celui qu'il a acheté de ses deniers. Laissez désirer ce que vous voulez faire goûter.
Dans les Etats-Unis, et en Angleterre , on a imaginé de créer des bibliothèques voyageuses ou circulantes, qui font passer les livres de main en main, procurent ainsi au même exemplaire un grand nombre de lecteurs , économisent singulièrement les frais, et pennettentde renouveler incessamment les alimens offerts à la curiosité des Jee leurs. En divers lieux , de riches et bienfaisans propriétaires ont .doté leurs villages de bibliothèques, communes aux habitans. On pourrait aussi, et nous avons l'espoir de voir réaliser ce plan parmi nous ; on pourrait attacher à chaque école, un choix de livres , qui seraient appropriés aux divers âges, aux deux sexes, et que les habitans pourraient emprunter tour-à-tour, moyennant une rétribution très modique qui servirait à l'entretien de ce dépôt. Avec 10 fr., on formerait aujourd'hui , un premier fonds de
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bibliothèque de village renfermant au moins 30 volumes : la moitié de cette somme suffirait chaque année , pour accroître cette collection ; et chaque bibliothèque, n'obtlnt-elle dans la commune que 50 lecteurs abonnés, chacun de cens-ci n'aurait à dépenser pour en jouir que 20 centimes la première année et 10 centimes les suivantes. La même institution pourrait être formée dans les villes auprès des écoles, mais avec un choix différent , & l'usage des ouvriers. i
article n.
De* encouragement et de* prix d* vertu.
Lorsque les 'rangs supérieurs de la société deviennent la théâtre de quelque grande et belle action , le public applaudit, la gloire les récompense, l'histoire en transmet tes souvenirs ; le gouvernement quelquefois les honore ; leurs auteurs sont portés à des grades plus élevés dans la carrière publique ; leur crédit s'étend, leur fortune s'accroît, par us heureux effet de L'estime générale: il ne s'élève aucune critique contre les hommages que de telles actions obtiennent, contre l'éclat qui les environne, si ce n'est celle que' peut suggérer l'envie toujours prête à dénigrer, ou la malveillance des âmes basses qui ne croient pas à la vertu ; de telles contradictions sont encore des titres de gloire. Du reste, ces actions étaient déjà rémunérées par le regard des spectateurs; elles en ont été plus faciles. Est-il étonnant , d'ailleurs , que celui auquel la fortune prodigua ses dons , sache se montrer généreux, et que, dans- une situation élevée, on soit capable d'un noble dévoûment? Mais, voici un homme obscur, disgracié par la fortune, qui, loin du regard des hommes, sans témoins, s'immole lui-même volontairement pour faire le bien . Son action sera- 1 -elle moins grande et moins b elle, pour avoir été exercée dans une plus humble sphère? ou devra t-elle, pour ce motif, être ensevelie dans le silence ? Ah!
BKCOLfRAGEMENS ET FAIX DE VHRTU; ' Sfiï.
sansHoute, si cet homme a été le martyr de son dévouaient,', s'il a sacrifié sa vie , on ne disputera pas à son tombeau quelques hommages, à sa veuve , à ses enfans quelque assistance. Quel est celui qui , en visitant le port de Calais , ne salue avec respect le monument élevé à la mémoire des marina qui périrent en volant au secours des naufragés? On ne con- ■ damne pas le moraliste qui a eu le bonheur de découvrir quelques traita de vertu dédaignés par l'histoire , et qui le» offre en exemple ; on ne lui reproche pas d'avoir pris cet exemples dans les classes inférieures, et d'avoir jugé que leur mérite en devenait plus certain et plus pur. Or, l'homme de bien auteur de cette belle action vit encore} il entendra nos éloges i il recevra la couronne que lui présente notro admiration : par cela seul tout est-il changé? sa bonne action ne peut-elle plus être tirée de l'oubli?
Un sentiment naturel a porté à croire qu'il est d'autant plus juste et utile d'honorer :.une bonne action, qu'elle a été plus désintéressée et moins exposée aux regards; que cet hommage se confond avec le culte de la vertu elle-même, et qu'en excitant une heureuse émulation , il peut multiplier les actions louables. Ainsi , l'administration publique s'empresse de décerner des médailles au matelot, au mineur, au pompier, à l'homme de peine, qui ont exposé leur yie pour sauver les victimes de quelques catastrophes. Ainsi , de généreux fondateurs ont créé des dots en faveur des jeunes filles dont la conduite aurait été la plus méritoire; des prix, eu fa- ■ veur des personnes d'une condition pauvre qui, par une suite de bonnes actions, se seraient rendues dignes d'être signalées à l'estime publique. On a institué des rosières dans les villages; Montyon commença, dès 1780, mais sans se laisser connaître, à confier à l'Académie française la mission de décerner les prix dont il faisait les fonds, et dont son testament a révélé le secret, en perpétuant et en étendant le bienfait Des associations de souscripteurs ont offert des prix d'encouragement pour les garçons de ferme , pour les ouvriers
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dans les fabriques, pour les domestiques qui se distingueraient par leur zèle a remplir leurs devoirs. Alors , les doutes se sont élevés, les critiques se sont fait entendre.
Nous n'aurons garde de discuter celles qu'a suggérées l'esprit départi, la frivolité des gens du monde, le dédain des beaux esprits. Mais il en est de sérieuses , qui ont été produites au nom de la philosophie, dans l'intérêt de là vertu elle-même, « Avant de couronner la vertu , savez-vous (a- « t-ont dit) quelle est l'action véritablement vertueuse ? avez- « vous le moyen d'en acquérir la certitude? pouvez-vous, en a effet,- pénétrer dans le secret des intentions humaines? Si « vous avez réussi à le découvrir, pourquoi violez-vous ce «secret? enavez-vous le droit? Est-ce récompenser la vertu ? « n'est-ce pas plutôt la trahir et manquer au respect qui lui a est du? Que , si vous voulez cepepdant imposer à la vertu «des couronnes qu'elle répudie , pourquoi cette préférence a en faveur des pauvres? Cette affectation à prétendre les « récompenser, n'est-elle pas nn mépris caché sous l'appa- « rence d'un honneur? La prix que vous lui jetez ne peut-il et corrompre le malheureux que vous prétendez rémunérer ? « N'éveillera- t-il pas en lui une vanité,1 une avidité qui lui « étaient jusqu'alors inconnues? Ne lui enlevez-vous pas, k dans tous les cas, le mérite de sa bonne action? Ne le pri- « vez-vous pas au moins des jouissances qu'il goûtait en se « la rappelant? Qu'espérez-vous donc de ces vaines céré- « monies célébrées par des académies', au milieu de leurs et exercices littéraires? Quels sont ceux que vous encouragez « à imiter les bons exemples? — - Les assistons? Mais ce sont « des riches , des gens du monde , des désœuvrés , qui ne k voient là qu'une sorte de représentation théâtrale. Lesab- « sens? mais ceux que vous vous imaginez exciter ail bien « par vos acclamations, appartiennent à une classe de périt ' sonnes à laquelle votre voix ne peut parvenir , qui ignore a même l'existence de vos académies. Voyez ces sœurs qui «se dévouent dans nos hôpitaux :■ ont-elles attendu vos prix
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a pour accomplir leur immolation ? Croyez-vous qu'elles aient «connaissance de vos couronnes? qu'elles consentiraient a i les accepter ? Ah 1 laissez aux choses leur cours naturel ; «laissez à la confiance et à l'estime publique, le soin de ré- « compenser des mérites que seules elles peuvent apprécier ! (Favorisez les influences qui épurent les âmes , et ne pro- « fanez pas la vertu, en la traduisant sur le théâtre du « inonde ! »
Il est vrai , et nous nous empressons de le reconnaître , il n'est pas au pouvoir des hommes, de récompenser dignement , la vertu; il ne leur est pas même donné d'en apprécier avec certitude les vrais mérites. La vertu sincère, la seule qui mérite ce titre, n'agit point en vue de la rémunération; elle ' perdrait de son prix , dès qu'elle se laisserait atteindre par des intentions mercenaires. Ceux qui obtiennent de semblables couronnes ne les avaient point ambitionnées , et cela même leur donnait pins de droit à les recevoir.- Les actions les plus admirables sont souvent celles qui restent le plus ignorées; leurs auteurs se plaisent dans cette obscurité; leurs regards se dirigent vers le ciel, et non sur les vaines distinctions qu'accorde ici-bas l'opinion du monde. Nos an- ' plaudissemens seraient, pour de tels mérites, plus qu'une iiuportnnité ; ils pourraient blesser des âmes sublimes.
Maisi s'il faut craindre de porter la moindre atteinte à la pureté des vertus les plus saintes, il faut se défendre aussi d'exagérer ici les maximes de la morale. Il faut redescendre dans la réalité de la vie, prendre les hommes tels qu'ils sont. Si nos récompenses ne profitent pas à ceux qui les reçoivent , n'ont-elles pas sur d'autres une influence beaucoup pins étendue, quoique indirecte? Ne profitent- -elles pas à la foule de ceux qui ne s'en croient que les spectateurs? Ceux-ci n'en reçoivent-ils ' pas un double bienfait, et par l'instruction qu'elles leur apportent; et par les sympathies qu'elles éveillent en eux? M'est-il pas avoué que le meilleur enseignement' de la morale est celui qui la montre en action ? Et quel moyen m. 2ù