‹ De la bienfaisance publique; (volume 5)Chapitre 95 sur 132 · SOCIÉTÉS DE TEMPÉRANCE · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉS DE TEMPÉRANCE

En France, l'ivrognerie est aujourd'hui beaucoup moins générale; les habitudes populaires souscriraient d'ailleurs avec peine à une discipline aussi rigoureuse.

L'entreprise rencontre aussi par elle-même de graves difficultés. Les personnes qui subsistent des diverses branches d'industrie que les sociétés de tempérance tendent â proscrire, ne manquent pas d'avocats zélés qui, en plaidant la cause de leurs intérêts, combattent avec chaleur les projets de réforme. La multitude des tavernes et autres lieux de débit, offre aux personnes intempérantes des tentations sans cesse renouvelées, et leur seul aspect est plus éloquent que les' discours des moralistes (1). Jusqu'à ce jour, l'Ecosse semble être la seule partie de l'empire Britannique, où les sociétés de tempérance paraissent avoir des résultais notables. Dans l'Angleterre proprement dite , elles n'ont guère obtenu jusqu'à ce jour que des triomphes partiels.

On ne peut qu'applaudir au but que ces associations se proposent, et aux conquêtes qu'elles obtiennent sur des habitudes aussi préjudiciables aux mœurs populaires. Cependant la réformation qu'elles s'efforcent d'opérer' n'est-elle pas portée jusqu'à l'exagération? est-il nécessaire de prohiber d'une manière absolue l'usage, la fabrication, le commerce des boissons enivrantes, pour prévenir les excès qui en sont l'abus? Où ne serait-on pas conduit, s'il fallait interdire toutes les jouissances innocentes en elles-mêmes, pour empêcher

(1) Eu 1688, on comptait dan* le» 10 paroisses de Glajcow, 13B3 personnes , ayant ries licescas de débit pour tés liqueurs spiritueusea , sur 10,467 /uni lies , une sur 13 familles environ. Oa calcule que le nombre des individus occupe* aux branches d'industrie , qui s'y rapportent, égale ralai des individus qui exercent toutes les professions réunies des! in ces à fournir des alimens réels et salubres dans la même ville. Glascow , Tempérance Society retord, tome m, page 10.

Dans une seule boutique de Londres, 668 personnes vinrent s'abreuver de liqueurs spiritueuses, entre S et 8 heures dn soir un samedi , ce serait 84,476 en supposant chaque samedi un semblable concours.

A90 .SECOHDK PAUTII. LIVB.E III. WAP. V.

qu'elles ne dépassent les limites? N'y a-t-il pas des moyens plus directs, pour obtenir de ceux qui usent , qu'Us se renferment dans une juste mesure? Ne peut-on , en inspirant le goût et en facilitant l'accès de plaisirs plue nobles et plus purs, offrir aux hommes un contrepoison plus efficace 6 l'a* gard de ces désordres ?

Il est des pays oii l'ivrognerie est réprimé* par des peines de police. La législation est trop sévère peut-être ; lorsque t comme en France , elle n'admet point l'excuse de l'état d'** ▼resse, pouf faire modérer les peines des crimes «omarii ainsi dans la perte delà raison t mais n'est-èlle pas trop iadul-* geuie, lorsqu'elle hésite a panir un désordre ^(ri petit devenir la cause de tant de délits? (1) '

Dans les contrées où, comme en Angleterre, en Atlemagtw, dans le» Etats-Unis , la législation pénale continue à réprt* mer les fautes qui blessent la morale, alors même qu'elles ne portent aucun préjudice à des tiers , on voit quelquefois des sociétés se former pour protéger les intérêts de la moraM publique, et poursuivre d'office éet ordre de contravention! Telleest la société fondée à Londres en i80Z, ptiurfatup* preuion duvice. Mais celte espèce d'inspection que s'àitrl* buent d'elles-mêmes certaines personnes sur la'condtltfe de* autres, n'est pas sans Inconvénient , et quelquefois ces associations ont été accusées de se laisser entrafnter par leur ïête, a porter leurs Investigations au-delà dés bornes , et à oublier les conseils de la tolérance.

(1) Les autorités de Canton, en Chine, ott prohibe dernièrement la vente d'à »roa et des liqueurs aux marins étrangers, afin d'arrêter le court des etCet qui: commettaieM les Darii» anglais et américain., par Ferfctde llwéase dSOs tes ports de «et emrâre. Toy. le 8B rapport de la ioctéti Jltéricaint, déjà cite**, pageSB4.

AMÉLIOKATMW MORÀLB DES DETRItUS ET LIBÈRES. Ù3l

ARTICLE in.

/>a l'amélioration mnmle Au détenus tt des liichsj.

Tout est avantage dans les institutions qui tendent à opérer la réformation des détenus, soit qu'elles provoquent , tott qu'elles secondent rétablissement d'un bon régime pénitentiaire dans les prisons, soit qu'elfes y suppléent lorsqu'il n'a point encore été réalisé , soit enfin qu'elles en continuent les bienfaits après la libération des condamnés. Elles protègent la société contre le danger des récidives, contre la contagion des exemptes pernicieux; elles transforment éh sujets utiles, ceux qui troublaient son repos ; la morale leur doit l'an dé ses plus beaux et de ses plus consolans triomphes , la réhabilitation du criminel.

On ne peut refuser à notre siècle l'honneur d'avoir" vu, pour la première fois , réclamer et entreprendre là réforma^ tinn do régime des prisons. Howard en a donné le signal le premier, par ses admirables et héroïques explorations, pat le tableau qu'il a tracé de la barbarie dans laquelle ce régime était encore plongé. Il a éveillé l'attention des amis de l'humanité. On a enfin compris que l'application des peines légales n'est pas , de la part de la société, simplement une arme dé défense ou de vengeance ; qu'elle n'a pas Seulement pour objet d'empêcher le coupable de nuire encore, et de détourner les autres de limiter; qu'elle doit se proposer aussi d'opérer la correction du coupable, la société instituée en . Angleterre pour le perfectionnement de la discipline dés prisons ; Celles qui , i son instar , se sont formées sur tous lés points des Etats-Unis , de la Grande-Bretagne , de l'Allemagne, du nord de l'Europe ; la Société Royale des prisons, en France, ont appelé à cette grande œuvre le concours des gens de bien, excité en sa faveur un intérêt général , préparé la Voie aux législateurs et à l'administration ; les écrits de

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LaRochefoucauld-Uançoiirt,dudoctenrJuliiis,deMM.Crawford, Rossel, Charles Lucas, de Tocqueville, de Beaumont, Demeiz, Duepétiaux, et de lant d'autres philantropes éclairés, ont à l'envi recueilli, discuté les observations, -et versé sur ces graves questions d'abondantes lumières. - En ce moment , aucun problème d'économie sociale n'occupe peut-être à un plus haut degré les esprits.

Du ijttème pénitentiaire.

En tendant à an bnt aussi louable que la réformation des coupables condamnés', s'est-on toujours bien pénétré des conditions essentielles qu'exige l'intérêt des mœurs publiques? N'a-t-on pas plus d'une fois, en croyant écouter la voix de l'humanité, cédé à une fausse et funeste indulgence en faveur du criminel?. L'affaiblissement général qui se manifeste dans les dispositions d'horreur pour le crime, de respect pour la majesté des lois morales , n'ont-ils pas modifié le point de vue sous lequel le système de la pénalité doit être apprécié? Ne s'est-on pas laissé entraîner à voir dans le condamné un malade à guérir; un malheureux digne de pitié, plus encore qu'un vrai coupable? Pendant que les utilitaires se bornaient à chercher, dans la répression des délits , une garantie pour la sécurité sociale ; pendant que des philantropes sollicitaient et obtenaient des législateurs un adoucissement exagéré dans le code des peines, que des jurés et des juges cédaient eux-mêmes à cette disposition de mollesse ou à une aveugle sensibilité pour les personnes ; il était naturel que les écrivains, en s'occnpant du régime des prisons, fussent aussi conduits aies envisager presque exclusivement comme des hospices ou des écoles. > L'expérience, chaque jour, nous le fait trop reconnaître j la philosophie le faisait pressentir; on a commis une erreur, '

DU SYSTÈME PisjTBNTI AIÏK. > 433

H. faut revenir à des idées plus vraies; il faut savoir juger et le crime et le criminel , au flambeau de la morale , d'après les règles sacrées et éternelles de la justice ; il faut ressentir toute l'indignation qui est due au crime, et avoir le courage d'user envers son auteur, de la sévérité qu'il a encourue. La peine est avant tout uu châtiment; tel est son objet direct, , Ainsi conçue, elle est utile au condamné lui-même ; elle pénètre jusqu'à sa conscience ; elle y éveillé le remords; elle lui exprime le sentiment d'horreur qu'inspire l'action qu'il a commise. Soyez sévères envers lui , si vous voulez lui faire du bien ; car il n'y a de bien pour lui, qu'autant qu'il reconnaîtra l'autorité des lois saintes qu'il a .violées. Qu'il se condamne lui-même, s'il veut se corriger; il n'y a de voie à la conversion, que parle repentir.

Aussi, voyez comment le génie du mal se rit de vos lâches complaisances , comme il redouble d'audace pendant que vous hésitez à le punir! Comparez ensemble Tannée 1826 et l'année 1835, d'après les comptes rendus en France de l'administration de la justice criminelle.

En police correctionn. I

(non compris le* délits (b- j

KICIDITU.

s,6oe

Encore le compte de 1835 nous apprend-il que, pendant celte année , 36,892 plaintes ou dénonciations faites au ministère public sont restées sans poursuite, et que, diaprés l'expérience acquise , sur cinq crimes commis-, il y en a à peine un de réprimé. Vous adoucissez les peines , par le désir d'en rendre l'application plus certaine : le motif est juste ; mais l'application a sa mesure. Si vous la dépassez, qu'arrivet-il? un effet contraire a celui que vous aviez désiré : les ni. . ■ 28

634 sEcnsiw vutvn. litib m. chu. v.

poursuites deviennent moins actives; la rëpreukm, moins énergique . A force de vous apitoyer sur le coupable , vous altérez les notions du juste, dans l'esprit de la multitude. L'image du crime la révoltait au premier abord; la commisération succède à cette première et énergique Impression , lorsque le public est témoin de la condescendance du législateur et de la faiblesse du juge.

Lorsque , comme dans quelques pays du midi de l'Europe, on autorise les détenus à invoquer la pitié publique, eu sot* llcitant les aumônes au travers des barreaux de leurs prisons , et qu'on établit des quêtes ostensibles en leur faveur, on fait le procès aux lois, et l'on accrédite l'opinion qui, dans le délit, ne verrait plus qu'une infortune. En général , il est toujours dangereux pour les mœurs publiques, de mettre le condamné en spectacle, et d'exciter, par sa présence, de vives émotions chez la multitude ; l'imagination s'exalte à ' cette vue, plus. que la raison né s'y exerce à réfléchir; le spectateur se familiarise avec l'idée du crime par la vue du criminel, comme le lecteur par le récit des attentats. Quelles funestes impressions ne doivent donc pas lajsser ces œuvres dramatiques , ces romans qui , en mettant sur la scène les plus atroces délits , osent encore intéresser à la personne du bandit, et le travestissant en une sorte de scélérat héroïque , surprennent presque une sorte d'admiration en sa faveur t Si de telles productions ne sont pas une apologie expresse et doctrinale du crime , elles en produisent l'effet ; elles enseignent à douter du bien et du mal.

Les choses odieuses demandent l'ombre.

Le premier besoin des mœurs publiques est , aujourd'hui , que l'honnêteté publique soit religieusement respectée; surtout, que les convictions morales et l'empire du devoir soient profondément affermis dans les âmes.

C'est d'après ce principe, que doit être apprécié le mérite des divers plans conçus pour la réforme du régime des pri-

»U ST8TÈME PÉNITKHTIA1EB. 438

Le travail, sans doute, doit y jouer un rôle essentiel j mais c'est surtout parce que le travail est pour l'homme un moyen naturel d'amélioration. C'est une idée fausse, que d'attribuer au travail l'Idée d'un châtiment : ce serait déconsidérer le travail et décourager l'homme laborieux. Le travail est un honneur autant qu'un devoir ; il est à plusieurs égards une jouissance. Le coupable , en travaillant, acquitte une dette, se distrait, entretient ses forces et sa santé; il n'accomplit pas une expiation. L'expiation peut résulter seulement de quelques circonstances qui accompagnent l'occupation qui est exigée de lui.

Déjà c'est une chose utile, que le travail du détenu sait forcé ; qu'il n'en ait pas le choix; qu'il ne lui soit pas permis de s'en dispenser. Il est utile également que les opérations auxquelles il est appliqué, aient un degré de régularité et de constance j ainsi il est rappelé aux habitudes de soumission , ' aux idées d'ordre; il apprend à se contenir. Il convient aussi qu'il soit employé à des occupations productives, pour qu'il comprenne le mérite du travail, et se rappelle ce qu'il doit t la Bociété.

Cependant il est mille fois préférable d'occuper le détenu à nn travail stérile, que de le laisser oisif. Tel est le motif qui a fait adopter dans quelques prisons de l'Angleterre, on les détenus ne font pas un séjour de longue durée, l'usage de la rew motrice (trtad~miiC) (l); mais elle semble être le supplice de l'ennui , plus qu'une correction profitable. Cependant, te travail imposé comme châtiment, ne doit pas devenir une distraction agréable. Il a besoin d'uniformité , comme moyen de discipline; il doit être sérieux; il doit, sans excéder tes forces, laisser sentir le poids de la fatigue. Tous les genres

(lj IIïbs quelques -uUai de Ms'roua, la pràuttrier faisait 4ido pu un été , 3300 M hiver, «boa d'au! rai 17,000 en été, 11,800 <■ Muer, jusqu'à «1S pu par minute ; d'autres jpacliinea ou «bgbui ont été imagùm^a pnpaséai pour employer 1m détenus comme simples (noleurs.

Uèd SECOKDE PASTIB. LIVRE III. CHAP. V.

de travaux ne sont donc point également efficaces, comme moyens de réformation. Ils doivent être des punitions , non des récompenses.

Les condamnés dans les prisons des Etats-Unis tirent de . leur travail un produit 8 fois plus considérable que celui qu'ils en recueillent dans les prisons d'Angleterre (1). Sans doute cette supériorité est due en partie à ce que, sur le nouveau continent, les salaires sont en général plus élevés et la demande de travail plus abondante; cependant, comme ces circonstances ne suffiraient pas à elles seules pour expliquer une aussi énorme différence, on ne 0eut s'empêcher de l'attribuer en partie à une meilleure intelligence dans le choix du genre de travail , et à une meilleure direction dans l'exécution. Le condamné qui obtient de ses efforts une pins grande rémunération, non-seulement s'y livre avec plus de diligence; mais il se prépare aussi, pour sa sortie, des ressources plus abondantes; enfin, il conçoit une plus hante idée du mérite du travail. Dans nn certain nombre de prisons, anx Etats-Unis, on est même parvenu, non-seulement à couvrir toutes les dépenses a l'aide du produit du travail des prisonniers , mais encore souvent à obtenir un excédant plus on moins considérable. (2)

Le bagne de Toulon, sous la sage administration de M. De Lareinty et sons t'habite direction de M. le colonel Raucour , a offert un exemple plus remarquable encore pendant tes années 1819 et suivantes. Sur une population moyenne, de 4136 forçats réunis au bagne , le nombre constant des travailleurs a été de 3563 ; les malades , les infirmes , les vieillards, seuls, n'y ont pas participé. Le produit du travail de

(1) Le produit du travail des premiers s'élève à environ 82 dollars par tête et par an, celui des seconds à environ 2 livres sterling,

(2) Dam les prisons du Maine , du Nouvel HampshireJ, du Msssnchustlts , comme dam celle d'Aubum, le bénéfice obtenu par le travail des détenus surpasse le montant des dépenses de l'établissement, Voy. le 8* rapport an* nutl de la société pour la prison disciplinaire de Boston, page 21,

DU SYSTÈME PÉSITKHTIAIRE. /l37

chaque forçat s'est élevé à 201 fr. 46 c. terme moyen par année , et il a excédé de &3 fr. 70 c. la dépense occasionéc par chacun d'eux. L'amélioration morale des détenus , accompagna ces développemens du travail, et un remarqua que les condamnés les plus laborieux, étaient ceux qui se conduisaient le mieux. 2514 d'entre eux furent délivrés de leurs fers en 1834, et disséminés sur un espace de 2 lieues, sans ' qu'il y eût aucun désordre, aucune tentative d'évasion- Sur 1501 libérés, 6 seulement de ceux qui avaient appris des métiers, ont été renvoyés au bagne pour cause de récidive. L'administration avait eu l'heureuse idée de les employer aux travaux de port , et à des constructions pour ses propres services ; elle leur avait offert de la sorte l'occasion d'excefcer et même d'apprendre 24 professions différentes , dont la plupart pouvaient continuer à les occuper après leur libération dans quelque lieu que se fixât leur séjour. (1)

C'est une disposition presque généralement admise aujourd'hui, dans les réglemens sur le régime des prisons, que d'accorder aux prisonniers un tiers du produitde leur travail, pendant leur captivité, et de leur tenir en réserve un second tiers pour leur être remis à la fin de leur peine. La première de ces deux concessions est une libéralité exagérée; elle est sujette à beaucoup d'inconvéniens; elle laisse au coupable, alors qu'il n'a pas encore connu le repentir, des moyens d'atténuer une peine qui devrait pour lui consister dans la privation; il peut facilement en abuser ; il voit dans les occupations une source de gains-, plus qu'un châtiment. La seconde concession ' pour être utile , ne doit pas être faite sur le seuil même de la prison. L'administration doit prendre le soin de ne faire délivrer le montant du pécule aux libérés, que lorsqu'ils sont rendus à leur domicile. On les pourvoit ainsi d'un petit capi-

( I ) Voj. les mémoires présentés ■ l'Académie de* sciences, par H. le c tonel Raucour, et le rapport fait sur ces mémoires , par H. le baron Çosi at , 24 février i834.

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Ml à l'aide duquel ils peuvent s'approvisionner d'outils et d'autres moyens d'exercer une industrie honnête.

Prenons garde toutefois , en voûtant faire de la prison, une école, une maison d'apprentissage, un établissement industriel, d'en faire un séjour digne d'envie.a A la manière dont les forçait « sont traités dans nos bagnes, dit un administrateur distingué « de lamarlnefrançaise(l), la loi pénale que les tribunaux ont .. « ïoulti leur appliquer, n'est point exécutée. Au lieu des ira- * « vaux forcés auxquels ils sont condamnés, on les voit se « livrer dans tous les recoins des arsenaux, aux occupations

* les plus faciles; la plupart du temps ils n'y font rîen que

* dormir ou causer ; on en voit dix ou douze suivre noncha- « laminent , et a pas comptés , une petite charrette à peine « chargée , que deux autres traînent sans la moindre fatigue, ■ et que chaque couple à son tour traînera de la même ma* « nière. Les. hôpitaux maritimes fin sont pleins; ils y séjour- « nent au titre de servans , d'infirmiers , et des mains de ces

* hommes que la société a si justement réprouvés, les ma- « lades reçoivent la nourriture et les médicamens dont ils « attendent teur guérison. On les trouve dans des hôtels et « dans des jardine où ils remplissent des fonctions de dômes- « tioité. A Toulon , on les voit circuler dans les rues de ta tt ville à toutes les heures du jour , nu grand dommage de ta « morale publique. »'

En France , ■ les détenus des maisons centrales , grâce à ce tiers qui leur est concédé sur le produit du travail , sont bien coaohés , bien nourris ; leurs ateliers sont chauffés; un denier ' de poche leur fournit le moyen de s'enivrer, et pendant ce temps, les malheureux prévenus, dam les prisons départe' mentales , restent à moitié nus , couchent sur une paille iofeote , gèlent de froid , souffrent les horreurs de la faim , & moins qu'il n'aient des ressources personnelles pour louer ou

(1) M. te bâton Tiipinier, conteillcr d'état dams *»n rapport au mUiistre &

BU SYSTÈME FBKlTBNTIAlHE. ,439

acheter à la pistole, les objets les plus indispensables (1). ï. Aussi,- pour lés criminels de profession, dît* un magistrat « distingué (2) , pour ceux qui forment cette société gangre- « née qui vit aux dépens de la société générale , les prisons

■ ne sont pas un frein , un châtiment : ils les considèrent

■ comme du bon quartier d'hiver; ils y ont leurs plaisirs; ils y - «régnent. La presque unanimité des directeurs des maisons

v « centrales de détention atteste 'ce fait. Celui de Clakvaux * porte à SOS coupables, sur 655 , le nombre des récidives «commises pour rentrer dans cette maison; celui de Limoges

■ dit que les maisons centrales ne sont pour les récidivistes , a que de véritables pensionnats. ».

Devrait-il être permis au condamné de modifier à son gré , la rigueur desa peine, à pris d'argent, quand il peut disposer de quelques ressources ? Gomment souffrir que le châtiment s'aggrave en raison de la pauvreté du coupable? Quelle idée se forme le peuple de la justice publique , lorsqu'il voit le prévenu , réputé innocent par la loi, subir Une rigueur qui contraste avec la faveur dont jouit le plus grand criminel ?

Le silence est moins un châtiment, qu'un moyen de discipline i la privation qu'il impose est cependant à-là-fois juste et utile ; elle rappelle au détenu qu'il est exclu du commerce de1 la société , parce qu'il est frappé de réprobation i elle le dispose à rentrer en lui-même. Le coupable, s'il se repent, doit rougir et se taire..

- La séquestration produira la même effet, mais avec plus de sévérité et d'énergie.

Ici, toutefois, une distinction a besoin d'être établie, suivant la classe de personnes. avec laquelle le détenu pourrait communiquer.

(1) Toy. 1b rapport, présenté au roi, sur les prisons, par le ministre de l'intérieur, en 1837.

(2) M. Victor Foucher, avocat généra! , près la cour totale de Bennes, auquel nous empruntons .plusieurs de ces observations , sur le régime des prU

440 skcohdb partie, livbe m. chap. y.

Il est nécessaire , à nos yeux, que tout commerce avec les autres détenus lui soit interdit. La séquestration, sons ce rapport, doit être absolue et constante. En vain vous prescrirez le silence le plus rigoureux, à des scélérats que vous mettrez en présence les uns des autres; Us auront toujours mille moyens de s'entendre, et leurs relations n'en deviendront que plus funestes. La seule présence du malfaiteur est d'ailleurs pernicieuse à son semblable. Que sera-ce donc d'une réunion W^ de malfaiteurs vivant en communauté, formant un peuple! la sympathie du crime s'établira promptement entre eux; ils s'excuseront réciproquement par leurs exemptes , par leur nombre; ils se nourriront de souvenirs et d'espérances -coupables. Il faudrait, s'il était possible , que le criminel put se croire une exception sur la terre. Dieu! que du moins il n'apprenne pas à chaque instant combien il a d'imitateurs ; qu'il en est de plus pervertis encore ; qu'il en est dont l'effronterie audacieuse triomphe encore sons les verroux! L'isolement sera pour lui une sauvegarde.

Le séquestrerez-vous aussi des relations avec des étrangers, avec sa famille elle-même, avec ses amis, ses connaissances? nul doute. Car la première condition du châtiment, c'est l'exil. Il ne saurait plus être admis au commerce ordinaire de la société , celui qui en a outragé les lois. Que produiraient ces communications? L'un gémirait sur son sort, et par là affaiblirait en lui la conscience de l'avoir mérité; l'autre recevrait peut-être de lui des confidences coupables ou les leçons du crime. Ne laissez approcher de lui aucun de ceux qui peuvent ou le détourner du repentir, ou servir ses vices, ou se laisser corrompre par lui.

Mais ici, selon nous, est la limite de la peine. Il est un commerce dont l'homme le plus coupable ne saurait être privé : c'est celui des gens de bien; il n'y peut rien perdre, il peut tout y gagner. Vous voulez, par l'isolement, le conduire à la réflexion , le contraindre à se replier en lui-même, à écouler la voix de sa conscience. Le mouvement de la ré-

DU BTSTÈMS PIHITIHTIAIM. 441

flexion a besoin d'être secondé par un échange d'idées; chez des êlres ignorons , dépravés , l'aliment de la réflexion manque; n'attendez pas d'eux les méditations des philosophes; laissés entièrement à eux-mêmes,' au lien des exercices de la pensée, il ne lenr resterait qu'une sauvage apathie, que l'abrutissement intellectuel. La voix de, la conscience répond mieux quand elle est interrogée , s'entend mieux quand elle trouve un écho. Faites pénétrer dans l'àme du coupable,, des émanations qui l'assainissent et la purifient; faites luire à sa raison quelques rayons de sagesse et de vérité! Alors, mais seulement alors , il pourra se recueillir avec fruit. Vous lui aurez donné des livres , il est Vrai ; mais peut-être il ne les lira pas ; peut-être il ne les lira qu'avec dégoût , ou ne saura pas même les comprendre.' Le langage de l'homme a une toute autre éloquence. Le seul aspect d'un homme de bien visitant le coupable dans son exil, est pour celui- ci une leçon vivante, uiTpùissant encouragement au repentir.

Il ne suffirait pas qu'un tel commerce fût réservé à uu ministre de la religion , à un inspecteur des prisons; quelque efficace qu'il puisse être, en mettant ainsi le condamné en v rapport avec des personnes qui ont reçu la mission de l'instruire, que leur expérience rend plus spécialement propres à la remplir, il ne peut cependant atteindre complètement v le but. Leur influence s'use ; le prisonnier se défie quelquefois de ceux qui ont, pour le réformer, un caractère officiel. Pourquoi de simples particuliers ^capables de se dévouer i cette bonne action, dignes de l'accomplir, ne viendraient-ils pas aussi apprendre au coupable, que la société entière désire et espère son retour? Pourquoi ceux de ses amis et de ses parens, qui , avec un caractère respectable, pourraient s'associer aux mêmes. vues, ne seraient-ils pas admis à venir en seconder l'exécution, eu fortifiant le pouvoir des exhortations par l'influence des affections personnelles? De semblables communications devraient être bornées, régulièrement fixées, et surfout n'être autorisées que sous des garanties certaines ;

fl*ï SBCOITU VAUT». UVM III. fiOAt. v.

■1ère, loin de les détruire, elles confirmeraient les résultats qu'on espère de l'isolement.

Telle est, suivant notre, opinion, la solution véritable, sou la nippon moral (1), de la question si vivement controversée aujourd'hui , entre le système pénitentiaire appelé d'Aubnrn, Moelni de Pennsylvanie. Les partisans dn premier se soit quelquefois mépris, en supposant que le second entraîne, pour les détenus, une séquestration absolue ; les partisan* dit sMood ont trop restreint quelquefois les exceptions admises poaries relations des détenus, et n'ont pas laissé peut-être une assez grande latitude flux oommunications miles. La prison doit être une cellule i mais le verrou de la cellule doit S'ouvrir pour qui apporte a J'exile des Instructions utiles.

De la direction morale des prisons:

loi se place une considération qui peut-être s'a pas été mcore assez généralement appréciée.

Quelque soin que prennent les lois .pénales de modifier le» eiitimens suivant la nature des délits, elles ne procèdent que par catégories; elles frappent le môme Aélil 6> la même peine ; il ne leur est pas' donné de pénétrer dans les causes , de connaître les dispositions individuelles du coupable, le* -diverses conditions des caractères, l'influence des circonstances étrangères qoi Ont agi sur le Coupable. Cependant, quelle différence lorsqu'il s'agit de Ifl corriger! Êeltii-el se sera laissé emporter aux accès d'un»,

( 1) RMi u'enteudos* pui.sxpritter ici um opinion ma h* muai rapports, tomme ceux qui cuucerneot le régime hygiénique; les dépens** de creitim et d'entretien! Nbub sortirions des limites de notre sujet, et peat-étra d'ailleurs n'a-t-ou pas, du moins en ce qui concerne la France, réuni jusqu'à» four, fous les démens nécessaires pour pouvoir prononcer en parfaite coh-

BE L*. MKECTIOH lOBUI BBS MlSOSB. US

passion violente ; celai-la aura cédé à la faiblesse ; cet antre aura contracté des habitudes vicieuses et obstinées i cet antre se sera laissé dépraver par lelibertinagej cet antre aura été dominé par la ctfpidlté. Les mêmes remèdes ne sont point proprés à guérir des maladies de l'Ame aussi diverses. Puisque le système pénitentiaire est destiné à en devenir le traitement médical j il faut donc qu'il se plie à ces différences , , qu'il ait des remèdes spéciaux pour des maux aussi divers. . De là suit la nécessité de soumettre le régime disciplinaire , dans chaque prison , à une direction assez sage pour apprécier des exigences aussi délicates. De là aussi la nécessité de laissera cette direction une autorité disciplinaire asset étendue pour que, dans tous les cas , elle puisse en faire l'application la plus convenable. La rigueur de l'isolement Se modifiera comme les autres parties du régime disciplinaire; le choix même des personnes qui seront admises auprès du prévenu , des sujets de lectures qui seront mises dans ses mains, variera e& raison de ses besoins. Le succès qu'on peut attendre d'un système pénitentiaire, quel qu'il soit, dépend donc essentiellement du choix des personnes auxquelles l'exécution en sera remise. On lie saurait pins se contenter ou d'un Simple concierge Ou d'un entrepreneur de travaux; il s'agit d'instituer une véritable magistrature.

Cette magistrature trouvera un puissant auxiliaire dans les Sociétés de patronage pour les détenus* leur concours lui est Même indispensable. Composées d'hommes exercés à étudier le cœur humain, à soulager le malheur, elles entoureront de conseils éclairés la direction dés pénitenciers. De leur sein Sortiront les visiteurs dévoués , qui , pénétrant dans la cellule du détenu , jugeront ses dispositions , obtiendront sa confiance , lui feront entendre la voix de la mof aie et de la vérité; elles donneront un guide, un protecteur au coupable repentant.

C'est ainsi, pour nous borner ici à quelques exemples, que la société de Boston embrasse dans ses soins, la discipline in-

Hkk BIGOUDI PARTIE. LIVRE III. CHAI». T.

térieure, ies exercices du culte, la distribution des bibles, l'instruction, le travail des détenus, la propreté, la ventilation, là santé des prisonniers, le régime économique, la surveillance. Elle ne se borne pas a diriger et seconder ces branches de services, dans la prison disciplinaire de la ville où elle réside; elle emprunte et sollicite de tontes parts les informations qui se lient à ses plans; elle répand de tontes parts la lumière par ses publications et sa correspondance (1). lia société du Nouveau Jersey se propose comme objet déterminé de répandre l'instruction morale, et propose d'étendre ce bienfait aux. libérés. (2)

La société fondée à Londres, en 1829, pour l'amélioration de la. discipline des prisons (3), a recueilli l'héritage des exemples et des vues d'Howard. Elle s'est donné nn plan aussi .vaste qu'élevé : à ses efforts pour provoquer et encourager les améliorations de tout genre qui s'y rattachent, aux publications qu'elle répand, cette belle institution a joint des opérations pratiques, des visites* dans les diverses prisons de la capitale, des directions inspirées par une généreuse sollicitude en faveur des libérés; elle essaie de leur faire abandonner les habitudes coupables; elle s'est, et avec raison, attachée avec un prédilection particulière aux jeunes détenus; elle a ouvert une maison de refuge où ceux d'entre eux qui ont achevé leur peine, et qui sont disposés à revenir au bien, reçoivent une éducation morale et religieuse, et elle les place ensuite dans des situations où ils peuvent, devenir des metn-

(l)Parmi les résolutions priseï par l'assemblée générale de celte société , tenue en 1833 , ou lit 1* Mirante : *

• La sociale voit arec une grande satisfaction le* efforts bienreillans et • zélés, tentes pour l'améliorai ion des prisons en Europe, et l'approbation « témoignée i ses Iravaui , l'encourage a persévérer. .

(3) Tov. le rapport par rassemblée générale de cette société, tenue le 10 janvier 1833.

(3) Societj fat the imprwement t,j prison disc'iplim, ett. , etc. ;

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