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RÉHABILITATION DES LIBÉRÉS

La plupart des états de l’Allemagne et des cantons de la Suisse, ont vu nailre à l’envi des confédérations de gens de bien qui se sont distribué sous diverses formes, ce courageux et bienfaisant ministère. Les congrégations de frères et de sœurs de la miséricorde qui existent en plusieurs villes d’Italie, unissent au ministère de consolation qu’elles remplissent vis a vis des condamnés à mort, et aux institutions religieuses dont les détenus leur sont redevables, des soins qui embrassent la santé du prisonnier, le régime économique, la discipline du travail.

La France possède une institution qui lui est positivement propre et qui est presque ignorée; il en est peu qui aillent plus directement au but, qui demandent un dévoùment plus héroïque de la part de scs membres; il n’en est pas qui aspire moins à se faire un mérite de ce dévoùment : nous voulons parler des sœurs de Saint-Joseph, dont le chef-lieu est à Lyon, mais qui sont déjà répandues dans plusieurs départemens du midi [1]. Ces communautés religieuses, de création récente, qui desservent aussi les hospices, les providencest, les écoles, les secours à domicile, ont offert leurs services pour le régime intérieur des prisons ; leurs offres ont été acceptées dans plusieurs maisons d’arrêts ou de justice, et dans plusieurs maisons centrales de détention. Là, de jeunes sœurs s’enferment et passent leur vie sous les verroux, s’associant volontairement à la captivité des coupables ; leurs soins touchent le cœur des détenus, obtiennent la confiance, préparent le repentir; leurs entretiens, leur présence seule, agissent comme un enseignement continu, insensible, gradué, mais efficace ; elles poursuivent ainsi leurs paisibles et laborieuses conquêtes sur le vice, et souvent remportent un triomphe complet; le détenu, après l’accomplissement de sa peine, est encore assisté par la même association qui a voulu la partager, et qui l’aide à trouver désormais un asile, un appui. Quels termes trouver pour exprimer l’admiration qu’une telle vie inspire à ceux qui ont pu en être témoins !

Il s’est formé également à Lyon, un établissement unique jusqu’à ce jour, en son genre, mais

digne d’être imité. C’est un asile où les femmes qui ont subi des peines criminelles, viennent achever de se réhabiliter, et obtenir, avec une réforme bien constatée dans leurs habitudes, les garanties qui leur permettent d’être réadmises dans la société. Cet asile, sous le nom de solitude, a été institué par une réunion de personnes bienfaisantes; il est desservi aussi par les sœurs de Saint-Joseph qui y continuent leur ministère; il leur doit son succès ; et ce succès ne laisse rien à désirer. Les libérées y entrent, y restent volontairement, y vivent en commun, s’exercent au travail, comme à la pratique des vertus [2]. Une congrégation de frères, analogue à celle des sœurs de Saint-Joseph, a été récemment formée dans la même ville; elle se dévoue également à l’amélioration des prisonniers , et déjà prend naissance près de la rnêmfe ville, une maison de refuge et d’épreuve pour les libérés, destinée à compléter et à garantir leur réhabilitation. Une société d’hommes charitables fait les fonds de cette belle entreprise, et en seconde les opérations. Mais cette création présente des difficultés plus grandes encore.

Il est à désirer que des congrégations religieuses vouées au service des prisons et des maisons d’épreuve, se propagent; que l'administration publique s’aide de leur concours; mais il est à désirer aussi que des associations de personnes du monde, coopèrent à la grande œuvre, par un patronage bienveillant. La carrière est assez vaste pour que ces deux genres d’action puissent s’y exercer à-la-fois. Chacune aura sa part de bonnes œuvres à accomplir. Il est bon aussi pour les libérés, de se sentir, au milieu de la société, protégés et surveillés par des personnes qui appartiennent aux conditions supérieures et aux professions civiles. Pour opérer cette grande résurrection qui rendra le criminel à la vertu et à la société, il est utile de le mettre en commerce avec des gens de bien, dont la présence, les exemples, les discours, deviennent pour lui un enseignement, une révélation, une espérance.

L’éloignement que le public éprouve pour les condamnés rendus à la liberté , 11’est que trop

membres, a été autorisée par un rescrit du roi de Prusse, du 15 décembre 1827. Voy. ses statuts.

[1] L’auteur de cet écrit a eu deux fois occasion de rendre hommage à celte institution : Tune, à la société royale des prisons en 1828 ; l’autre, à la société des établissemcns charitables en 1830.

( Voy. le bulletin de cette dernière société. Tome l*r, n. 1, page 81.)

[2] Voyez le bulletin de la société des établissemens charitables, tome tor, n. 1. page 75.

La Solitude contient environ 50 recluses occupées au devidage de la soie : elles chantent en travaillant.

SECONDE PARTIE. LIVRE III. CHAP. V

justifie , dans l’état présent des choses, par la crainte de ne retrouver en eux que des scélérats que le séjour des prisons aura achevé de pervertir. Aussi longtemps qu’on ne pourra dissiper ce doute , on ne peut espérer de replacer le libéré dans la société. Les sociétés de patronage doivent donc s’attacher d’abord à constater l’etfet que la captivité a produit sur le détenu. Lorsqu’elles n’auront pas acquis une certitude entière de sa conversion , elles feront bien de le soumettre , à sa sortie , à un régime d’épreuve plus ou moins prolongé, en l’entourant d’une protection et d’une surveillance assidues. Ont-elles enfin obtenu une conviction complète de son retour au bien? c’est à elles de lui donner les premiers témoignages d’estime et de confiance. Puissent quelques-uns de leurs membres se dévouer pour vaincre le préjugé! qu’ils aient le courage d’employer, ne fùt-ce que momentanément, quelques-uns de ces êtres repentans ! ils n’auront pas à le regretter. Lorsque le repentir est sincère, l’homme qui a commis une faute est d’autant plus pénétré de ses devoirs, qu’il a eu le malheur d’y manquer, et qu’il est pressé du besoin de réparer ses torts.

Dans ces belles conceptions inspirées par le désir de réhabiliter les libérés, un intérêt tout particulier a dû se diriger sur les jeunes gens qui , ayant subi déjà une condamnation au début de la vie, y entrent sous d’aussi fâcheux auspices. L’avenir des jeunes détenus a excité, dès 1825, à Strasbourg, la sollicitude d’une réunion d’amis du bien ; cette société cherche à obtenir V amélioration morale de ces apprentis du crime , « en suivant la conduite des jeunes dé- «c tenus dès leur entrée en prison; en distribuant « des prix d’encouragement à ceux dont les « mœurs auront mérité le plus d’éloges; en « plaçant à leur mise en liberté, d’une manière « convenable aux progrès de leur moralité ,

« ceux qui auront répondu à ses soins, ou en <( fournissant les moyens d’apprendre un mé- « tier, à ceux qui n’auront pas encore à leur »< sortie les connaissances ou les forces néces- « saires pour gagner leur vie. » Elle se concerte à cet effet avec la commission administrative des maisons de détention , et en prend l’agrément pour toutes les mesures relatives au régime intérieur de ces établisscmens [1].

Aspirant au même but , la société qui s’est

[t] Voy. les art. 1,2 et 5 des réglemens de la Société. Dès l’ouverture , elle compta 105 membres ; pendant

formée a Paris, en 1853 , pour le patronage des jeunes libérés , s’est créé des moyens d’exécution qui lui sont propres; elle a organisé son patronage d’une manière judicieuse; elle a appelle le concours de jeunes philanthropes qui lui apportent le zèle le plus actif et le plus pur; elle poursuit sa tâche avec sagesse et régularité. Des réunions analogues se forment dans plusieurs départemens du royaume.

La même réunion d’amis du bien qui a institué à Lyon le pénitencier des jeunes détenus dont nous avons parlé il y a un instant, a bientôt complété sa belle œuvre par un patronage pour les jeunes libérés , dirigé dans le même esprit. Sur 40 libérés sortis en 1856 et 1837, près de 30 vivaient honnêtement dans le sein de leurs familles, ou sous le patronage de la société; 5 avaient commis des récidives; 5 avaient disparu.

Si, jusqu’à ce jour, on n’a pas obtenu pour la réformation des jeunes libérés, tout le succès qu’on désirait , et que leur âge faisait espérer, ne serait-ce pas parce qu’on les a trop souvent replacés dans les mêmes lieux, dans les mêmes situations qu’ils occupaient quand ils se sont rendus coupables ? Ils y retrouveront les mêmes périls, les séducteurs qui peut-être les ont entraînés. En les déplaçant, on les disposera mieux à mener une vie nouvelle. Le séjour des villes leur est presque toujours funeste; les tentations y sont trop multipliées pour des êtres trop faibles encore. A la campagne, ils recevraient d’autres impressions, ils respireraient un air plus pur, ils perdraient plus facilement les habitudes de la ruse et du mensonge. La même situation ne convient pas du reste â tous les jeunes libérés. On doit avoir égard à leur degré de méchanceté , de dépravation ; à leurs habitudes dominantes; comme à la sincérité de leur repentir.

Un magistrat dont le zèle pour le bien est infatigable, M. Dcmetz, vient d’étendre aux jeunes filles libérées et aux prévenus acquittés, le bienfait du patronage, par la formation de deux sociétés spéciales. La première se dévouera à la réhabilitation des filles qui auront subi une condamnation ; la seconde s’efforcera de dédommager l’innocent, des nombreux préjudices que lui a fait éprouver une détention non méritée, quelquefois d’une longue durée, presque toujours rui-

le cours des dix premières années, 72 avaient reçu ses soins, et 55 étaient déjà réhabilités.

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