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POUR LA RÉHABILITATION DES LIBÉRÉS

aumônier, en leur enseignant la religion, s'efforce d’en faire pénétrer les sentimens dans ces âmes qui, le plus souvent, y étaient restées jusqu’alors étrangères. Une discipline sévère règne dans l’établissement.

L’administration a placé, dans le même édifice, la maison destinée d’après les lois françaises à la correction paternelle, pour les adolescens garçons. Mais ceux-ci sont soumis à l’isolement absolu de jour et de nuit.

Une commission composée de magistrats et d’hommes voués aux œuvres d’humanité, exerce la surveillance sur cet établissement, et assiste de ses avis l’autorité publique , sur le régime économique et moral [1].

Le pénitencier des jeunes détenus établi à Lyon, en 1835, dans le quartier Perrache, présente un caractère qui lui est propre. La direction intérieure est confiée aux frères de St-Joseph, congrégation récemment instituée pour le service des prisons.

Les jeunes détenus sont répartis en quatre classes dont le titre annonce leur situation morale : celles (Y épreuve, (Y espérance, de récompense et de punition; chaque classe a ses moniteurs ou prévôts. Ils sont isolés pendant la nuit , au moyen de cellules fermées et garnies de barreaux. Tous ont un lit; le matelas n’est accordé qu’à la classe de récompense. Le régime alimentaire est sain et suffisant. Le travail est obligatoire, sa durée est de onze heures, dont une et demie passée à l’école; chaque détenu a le choix de l’atelier qu’il veut suivre. Le tiers du produit du travail est placé dans une caisse d’épargnes, et le détenu n’en dispose qu’avec autorisation, pour sa famille ou pour lui-même. Le deuxième tiers est tenu en réserve pour sa sortie; le troisième est acquis à l’établissement. Le silence absolu est imposé à tous les en fa ns pendant le travail cl les repas, et à ceux delà classe de punition même aux heures de récréation. Cette dernière classe vit entièrement séparée des trois autres. Un grand livre de comptabilité morale est tenu d’après le relevé des notes hebdomadaires. Chaque détenu y a son compte, disposé par colonnes, qui permet d’apprécier à

[1] Ces améliorations sont dues au zèle éclairé de M. Gabriel Delessert, conseiller d’état, préfet de police.

[2] La population du pénitencier a été jusqu’à présent d’environ 100 enfans, dont 2/3 environ fournis parla ville de Lyon, 1/3 par Jo arrondissemens du midi ; un peu plus de la moitié sont condamnés pour vol, le surplus

chaque instant sa conduitedepuis son entrée [2]. Déjà depuis quatre années, les résultats répondent aux vues des fondateurs, sauf quelques exceptions affligeantes : la généralité se montre accessible à la voix de la religion, docile aux règles du devoir; les bons sentimens rentrent dans les âmes. On en voit un grand nombre demander l’autorisation d’envoyer à leurs familles une partie ou même la totalité de leur pécule [3].

Puisse un semblable régime être appliqué aux maisons de correction paternelle qui, trop souvent. rendent à leurs familles les enfans plus pervers encore qu’ils n’y étaient entrés !

Des exercices gymnastiques bien conçus paraissent d’une nécessité absolue dans les pénitenciers de jeunes détenus. Seuls ils peuvent les préserver efficacement d’un vice honteux aussi funeste à la santé des adolesccns qu’à leurs mœurs.

Quel respect, quelle admiration ne sont pas dus aux membres de ces congrégations religieuses qui s’enferment sous les verroux avec les prisonniers, partagent leur sort, vivent au milieu d’eux, et, pour les ramener au bien triomphent des plus justes, des plus vives répugnances !

Des institutions pour la réhabilitation des libérés.

Vos soins ont triomphé dans cette difficile entreprise de la réformation du détenu : celui qui était entré criminel sous les verroux. en sort homme de bien. L’œuvre est-elle accomplie? Hélas! il retombe presque toujours. Alors même qu’il persévère dans le retour au bien, il est repoussé par l’inexorable prévention que font peser sur lui ses antécédens; il ne peut obtenir l’estime, la confiance dont il était digne ; le reste de sa carrière est perdu ; les ressources lui manquent pour subsister , et peut-être il tentera quelque délit, pour trouver au moins un asile et du pain dans la prison. Quelle carrière encore pour le patronage des gens de bien ! Propose vagabondage. — Sous le frère-directeur , 8 frères se partagent la conduite des classes, des ateliers, et les divers services. — [3] Forcés de nous restreindre dans un sujet aussi étendu, nous 11e pouvons citer ici qu’un petit nombre d’exemples dont nous avons été personnellement témoins.

SECONDE PARTIE. LIVRE III. CHAP. V

tccteurs du libéré, ils le soutiendront dans ses bonnes dispositions, ils le dirigeront de leurs conseils, Pappuierontde leurs recommandations ; ils dissiperont l’injuste préjugé qui lui ferme les carrières utiles; ils lui rendront un avenir.

Cette noble pensée qui s’est depuis quelques années présentée à des âmes généreuses, a inspiré la formation de sociétés destinées à y satisfaire. Quelquefois elles ont embrassé tout ensemble la visite des prisons et le patronage des libérés. Alors, elles ont d’autant mieux atteint leur but. En visitant le prisonnier, elles ont pu lui faire espérer un appui après l’accomplissement de sa peine, comme une récompense de son repentir ; elles ont appris à connaître son caractère, les dangers qui sont le plus à craindre pour lui ; en le suivant après sa libération, elles profitent de l’ascendant qu’elles ont pris sur lui, de l’expérience qu’elles ont obtenue, et elles sont mieux placées pour garantir la sincérité de sa réformation. Dans la prison, elles l’avaient réhabilité à ses propres yeux; libéré, elles le réhabilitent aux yeux du monde. D’une main elles l’ont retiré de l’abîme; de l’autre elles le conduisent dans les voies de l’honnêteté. C’est le développement d’une même œuvre.

La société wurtembergeoise appartient au premier genre de sociétés de patronage pour les libérés : elle s’occupe exclusivement de l’amélioration civile et morale des condamnés qui ont accompli leur peine; une direction centrale siège à Stuttgard ; des associations auxiliaires lui servent d’instrumens dans les villes où sont situées les prisons; des associations de femmes la secondent aussi pour les soins relatifs aux prisonniers ; une partie de ses membres lui prêtent leurs services personnels pour la surveillance, le placement des libérés, l’instruction, les influences religieuses; elle invoque surtout l’assistance des ecclésiastiques, des administrateurs, des instituteurs, des fabricans, des agriculteurs; elle communique 'a l’administration publique les observations dont celle-ci peut tirer quelque avantage; elle en reçoit toutes les in-

[1] Voy. les statuts de cette société autorisée par un rescrit royal, du 25 janvier 1831.

Elle se composait en 1832 , de 2423 membres. En une année 133 libérés avaient déjà reçu des soins, et sur ce nombre 69 y répondaient d’une manière satisfaisante par leur conduite.

[2] Voy. les statuts de cette société autorisée par un rescrit du grand-duc, du 20 janvier 1831.

[3] Cette société recommande particulièrement qua-

formations propres à éclairer sa marche [1 j . D après ces indications, le comité central adresse aux associations auxiliaires les libérés qui réclament leur appui, après avoir fourni à ceux-ci les premiers services indispensables. Chaque association auxiliaire choisit pour les libérés qui lui sont confiés, une situation analogue à leur capacité, a leurs dispositions, à leurs vœux; met en apprentissage les enfans et les adolescens; procure de l’emploi aux compagnons, aux gens de service, aux journaliers; fournit aux ouvriers, des outils, des matières premières, les environne tous de bons conseils.

Le second mode a été adopté dans le grandduché de Rade. La même institution y exerce à-la-fois un double patronage sur les détenus et les libérés. Une société générale , qui embrasse tout le pays, a aussi son centre dans la capitale, pendant qu’elle étend ses rameaux sur tous les points [2]. Elle porte au détenu, pendant sa captivité, les secours qui peuvent préparer son amélioration civile et morale; elle offre à l’administration publique un concours qui est sagement accepté par celle-ci ; elle propose à l’autorité les mesures utiles; elle inspire aux détenus le repentir, l’amour du travail, l’horreur du vice; elle leur fait donner l’instruction; elle les fait jouir des enseignemens religieux ; elle soigne leurs en fa ris pendant leur captivité. A leur sortie, elle donne à chacun pendant un certain temps, un surveillant qui est en même temps un protecteur et un guide. Des salles de travail sont ouvertes aux libérés qui ne peuvent avoir de métier en propre. Un compte annuel est rendu par chaque surveillant, de la conduite de son pupille. Des récompenses et des encouragemens sont décernés chaque année aux libérés qui s’en rendent dignes. De bons livres sont, distribués à tous. Les femmes sont placées sous la direction spéciale d’associations de dames [3J.

Une société formée à Dusseldorf, en 1826, pour toutes les provinces rhénanes de la monarchie prussienne, paraît avoir servi de modèle à celle que nous venons de faire connaître [4].

tre ouvrages allemands qu’elle indique comme offrant de bonnes lectures pour les prisonniers :

Wagnitz , Morale en exemple, 3 vol. Halle, 1795. Réflexions et prières pour les coupables. Zurich, 1828, 3e édition.

Becker , Petit livre de nécessité et de secours. Gotha, 1825, 2e édition.

Bons exemples. Stuttgard, 5e édition, 3 vol.

[4] Celte société , qui se compose de près de 4000

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