ET LE BIEN-ÊTRE DE LA CLASSE LABORIEUSE
ARTICLE PREMIER
La religion, moyen d’ éducation populaire.
Si, parmi les causes qui peuvent améliorer la condition de la classe la moins aisée, en régénérant ses mœurs, nous avons réservé pour la dernière, celle qui dépend des influences religieuses, c’est que celle-ci est la plus haute, la plus puissante, et qu’en elle se réunissent et se coordonnent toutes les autres. Considérer, ainsi qu’on le fait quelquefois, l’éducation religieuse, comme une portion distincte, comme une branche à part de l’éducation de Phomme, c’est méconnaître la condition fondamentale de l’humanité. La religion embrasse le système entier des facultés humaines, comme le cours entier de la vie; elle est tout ensemble, un flambeau qui éclaire l’intelligence, une loi qui règle les mœurs, une puissance qui s’empare de l’âme, un mobile qui préside aux actions : aucune pensée ne lui reste étrangère; aucun sentiment ne lui échappe. Éminente institutrice, elle fait pénétrer ses enseigncmens jusqu’au fond des cœurs, et leur imprime une autorité sainte. Quel empire n’exerce- 1 - elle pas sur la destinée de l'homme, lorsqu’elle en marque le but véritable et en révèle toute la grandeur ! C’est précisément parce qu’elle en découvre la perspective, audelà du tombeau, qu’elle en explique les conditions pendant le cours du pèlerinage terrestre. La haute raison de Montesquieu a eu tort de s’étonner de ce qu’en s’occupant de la félicité à venir, la religion prépare le bonheur de la créature ici-bas : l’un est précisément la conséquence de l’autre. En opérant le perfectionnement moral de l’homme, la religion prépare indirectement son bien-être matériel : c’est qu’elle anime d’une étincelle sacrée le foyer même des forces humaines.
Une dédaigneuse frivolité a pu laisser échapper quelquefois cette parole que la religion est faite pour le peuple ; la maxime est vraie , mais dans un sens opposé , lequel renferme autant de respect pour la religion , que d’estime pour le peuple. La religion est en effet une institution éminemment populaire, parce qu’elle est un bienfait universel. C’est à bon droit qu’elle s’annonce comme une part de l’héritage commun de l’humanité, et qu’elle promet à chacun La restitution de son patrimoine. Elle nous rend à tous nos titres de famille; et quels titres! Ceux qui nous donnent un père, dans l’être infiniment parfait, et dans tous nos semblables nous fait reconnaître autant de frères!
Oui : la religion est faite pour le peuple; car elle est le pain de vie pour l’humanité. L’égalité que réclament la raison et la justice , la religion la rétablit entre les hommes; elle la constitue sous un point de vue moral, avec un niveau qui ne pourrait s’introduire dans les conditions extérieures delà vie humaine, sans détruire l’organisation sociale et avec elle les bienfaits de la civilisation ; elle tempère delà sorte, elle répare ce que l’inégalité des conditions peut avoir d’effets funestes en blessant la vanité, en irritant l’envie, en décourageant l’émulation. Non-seulement elle annonce à tous les hommes un protecteur , un juge, un rémunérateur, qui étend sur eux le même regard , et qui ne connaît entre eux d’autre distinction que celle du bon et du méchant; mais elle a encore ce beau privilège , que ses propres enseignemens sont accessibles à tous , ses secours offerts à tous, ses dons répandus sur tous, aux mêmes conditions, dans les mêmes degrés ; qu’elle adresse à tous le même langage.
Voyez comme elle a bien compris l’égalité vraiment désirable! ce n’est pas le niveau de l’abaissement , de la misère; c'est celui de l’enno-