‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 117 sur 450 · LA RELIGION, MOYEN D’ÉDUCATION · texte numérisé non relu

LA RELIGION, MOYEN D’ÉDUCATION

blisscment. Si elle place toutes les créatures humaines au même rang, sans distinction de riche et de pauvre, de puissant et de faible, c’est en les appelant toutes à un rang plus élevé. Et quel bien en effet , dans le commun patrimoine de l’humanité, a plus de prix que la dignité même de notre nature! quelle dignité! il ne s’agit pasici de ces vains honneurs, de cette grandeur d’opinion que distribue le monde, et dont la vanité se nourrit; il s’agit d’une dignité qui donne à la vie sa véritable valeur, qui inspire aux hommes une estime réciproque, qui répand sur les caractères plus de calme tout ensemble et plus d’énergie ; il s’agit de cette élévation intérieure qui s’allie à la modestie la plus sincère, qui fait dédaigner les frivoles distinctions, qui soutient au milieu des disgrâces extérieures, qui triomphe des rigueurs de la fortune. Est-il une üerté plus légitime tout à-la-fois et plus utile? C’est cette fierté que nous revendiquons pour le pauvre, quand nous invoquons pour lui l’initiation religieuse. Combien elle s’aggrave au contraire , la situation de celui auquel est échu le lot le moins avantageux dans la distribution des dons de la fortune, lorsqu’il en est réduit à considérer sa destinée ici-bas comme le jeu du sort; lorsqu’il ne sait pas l’accepter comme un dessein de la providence; lorsque toute autre perspective que celle des privations et des peines disparait àsesyeux; lorsque ses regards effrayés voient le trône de la bonté inlinie usurpé par une dure et aveugle fatalité !

Nous regrettions justement tout-à-l’heure qu’il restât à l’homme qui vit à la sueur de son front, trop peu de loisirs et de moyens pour cultiver son intelligence. Eh ! bien! voici, dans l’initiation religieuse, une philosophie cachée, une philosophie substantielle, qui vient s’offrir à lui, qui se met à sa portée. Elle lui explique les plus grands problèmes de la nature. Elle lui enseigne une sagesse usuelle et pratique; elle suppléepour lui à l’érudition des savans, à l’expérience des vieillards. Cette notion sublime de I’lnité, qui préside à la philosophie, auxarts, qui explique la création entière, elle la fait rayonner éclatante de simplicité et de grandeur, dans les plus faibles intelligences. Elle apprend , ce qui est encore mieux que la science; elle apprend à rentrer en soi-même par la réflexion. Choseadmirable! elle enseigne à des êtres simples et ignorans , le grand art de la méditation, cetartsouventinconnu à des gens qui se croient éclairés; elle le leur enseigne sans effort et avec un se-

cret attrait ; elle crée pour eux une sorte de vie intérieure; elle forme leur raison, en les conduisant à découvrir les causeset l’enchainement des faits; elle donne l'entendement aux petits enfans. Ceux-là seuls qui ont pu s’entretenir dans des rapports suivis et intimes, avec les personnes instruites à une semblable école , peuvent soupçonner et l’étendue et l’espèce de culture que leur esprit peut en recueillir; plus d’un sage en conversant avec un homme obscur et pauvre, mais initié à la vraie vie religieuse, a puisé lui-même dans cet entretien des lumières inattendues.

Nous avons mille fois exprimé le vœu de voir le pauvre goûter ce contentement qui est, dans toutes les conditions, le fondement le plus solide du bonheur, tel que l’homme peut l’espérer icibas, et qui est aussi la condition essentielle pour le libre, entier et complet développement des facultés humaines. Nous nous sommes alarmés des dangers qui menacent la société, par l’effet de cette disposition générale d’inquiétude et d’irritation que propage une trop vive impatience de sortir de leur situation, chez ceux qui ne sont satisfaits de celle où les circonstances les ont placés. Eh ! bien ! ce contentement que la raison conseille, la religion le rend facile; pour chaque privation, elle offre un dédommagement; pour chaque sacrifice, elle institue un mérite. D’autres se soumettront à leur sort avec une froide et sombre résignation ; l’homme religieux accepte le sien. Satisfait d’accomplir la volonté divine, il se sent à la place que lui a assignée le suprême dispensateur ; il marche avec confiance dans la voie qui doit le conduire au port; il se repose sous une protection qui ne peut lui faillir; un rayon d’immortalité dissipe pour lui les nuages delà vie; sa raison réduit à leur juste valeur les avantages de la richesse; il voit dans l’adversité une salutaire épreuve et la matière d’un triomphe; il sent moins ce qui lui manque, parce qu’il a su régler ses désirs ; la société n’est pas troublée par ses ambitions, et l’envie n’approche pas de son cœur.

Nous avons conseillé à celui dont les ressources sont bornées, une modération qui s’accommode a ces limites. Eh! bien! cette réserve que la prudence recommande, la religion la prescrit ; elle (ait goûter dans le sacrifice même, une secrète douceur. Nous ne nous alarmerons plus, pour l’homme laborieux qu’elle protège, des excès de l’intempérance , de la fureur du jeu , des passions désordonnées ; l’économie

SECONDE PARTIE. LIVRE III. CHAI»

sera pour lui sans efforts; la prévoyance, naturelle; la régularité, spontanée. Accoutumé à se respecter lui-même, ses plaisirs seront toujours épurés par la décence ; rien n’éloigne plus des grossières débauches et des excès de voluptés sensuelles, que les jouissances sublimes dont le sentiment religieux est la source; rien ne conserve mieux 1 empire de soi, que le recueillement qu’il inspire.

Nous voulions exciter, répandre l’amour du travail. Eh! bien! voici que le travail se dépouille d une partie de son âpreté, s’anime pour lui d’une nouvelle ardeur. Le travail n’est plus, pour l’homme religieux, le dur arrêt de la nécessité; il devient une vocation; il s’élève au rang d’une vertu : l’ouvrage s’accomplit mieux, étant uni au sentiment du devoir. En allant le matin à son œuvre , il s’y rend avec joie, et de nobles pensées viennent encore lui apparaître au milieu de I atelier. Si sa tâche l’appelle aux occupations des champs, les scènes de la nature reportent son âme à la pensée du créateur.

Nous voulions réformer l’être vicieux, le criminel. Eh! bien! plus juste que la justice humaine, la religion traduit le coupable devant un tribunal infaillible; elle sait rendre la peine efficace, en faisant sentir qu’elle est méritée; elle la tempère par ce sentiment lui-même; sa vive lumière éclaire les replis de la conscience; sa voix céleste encourage le repentir; elle a des pardons, lorsque la loi des hommes nesaitou ne peut plus en accorder; elle peutarracher du sein de la fange, un être dégradé; l’élever en le purifiant; et par cette réhabilitation intérieure, elle le rendra digne d’être réhabilité aux yeux des hommes; elle sanctifiera la Samaritaine, elle rouvrira à l’enfant prodigue le sanctuaire de la famille.

Par cela seul que la religion imprime une plus haute autorité, une sanction plus complète à la voix de la conscience, elle concourt puissamment à entretenir l’ordre au sein de la société , l’harmonie entre les hommes. Mais elle fait plus que de consacrer la loi du devoir; elle lui convertit lésâmes ; elle rend ses commandemens plus cloua: que le miel, plus désirables que Vor et les pierres précieuses. Ses préceptes éclairent l'esprit ; ses justices portent la joie dans les cœurs [i]. C’est à la religion de ranimer ce sentiment du respect sans lequel il n’est point de véritable obéissance ; en révélant la source

de toute autorité légitime, elle l’environne d’une sorte de consécration. Elle ne se contente pas de rendre les droits d’autrui inviolables; elle commande les actions généreuses ; ce n’est pas assez pour elle d’assurer le règne de la justice: elle fonde l’union, par l’empire de l’amour.

La religion, protectrice du malheur.

Voyez de quelle tendre sollicitude elle environne la victime du malheur ! comme elle en fait l’objet de sa prédilection ! Son père et sa mère Vont-ils abandonnée? La religion ne l'abandonnera pas. Elle essuie les larmes de la veuve; elle prend la tutelle de l’orphelin; elle est toujours près du cœur affligé [2] ; elle apporte avec elle des consolations, et par là même la plus efficace des assistances ; elle garantit le misérable des maux les plus funestes, l’abjection et le désespoir. Que de forces elle crée, en ranimant un cœur qui défaille, en rassérénant un esprit qui se trouble , en rendant la dignité et la confiance! semblable à une mère affectueuse, elle ranime dans son sein la vie de l’infortuné ; elle lui amène des amis bienveillans : elle le recommande aux cœurs généreux; elle met au premier rang le bonheur de celui qui a l’intelligence des nécessités de la misère; elle commande l’assistance, elle attendrit l’indifférence ; elle excite le zèle; elle produit l’héroïsme du dévouaient.

Relevez-vous donc, créatures de Dieu qui succombez sous le poids de l’adversité ! redressez ce front humilié ! essuyez ces pleurs ! voyez cette main céleste qui vous est tendue! renaissez à l’espérance ! car , c’est le Seigneur luimême qui relève V indigent abaissé dans la poussière, qui le place à l'égal des princes de sou peuple [3] ; il est la force du pauvre , et l’espoir de celui que tourmente le besoin [4].

L’histoire l’atteste , et des exemples récens, sous nos yeux, le confirment encore. Elle seule a jusqu’à ce jour réussi à instituer des communautés dont l’indigence est bannie par le pouvoir de l’association, où l’ordre et l’activité se maintiennent , en abolissant le droit de propriété individuelle; elle seule a pu faire que les

[1] Ps. 18 et 118.

[2] Ps. 00.

[3] Ps. 112, v.6,7.

[4] Isaïe, chap. 25, v. (5.

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