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DES FAUSSES DIRECTIONS RELIGIEUSES

qui ne s'offre à scs yeux , que sous la forme d’une promesse ou d’une menace; vous bouleverserez seulement ses idées, vous mettez ainsi la conséquence au lieu du principe. La notion du devoir trouve un écho dans sa conscience, et ne fait qu’en rendre les arrêts plus puissans, par la sanction qu’elle lui prête; la menace, la promesse d’une récompense lui enseignent à subordonner la vertu au profit; le bon à l’utile.

L’auguste image de la perfection divine ne peut se fausser dans la pensée de l’homme, la sainteté de la loi sans tache ne peut s’altérer à ses yeux, sans que l’influence de la religion sur la moralité humaine, ne perde une partie de ses bienfaits. Ces erreurs en même temps troublent la raison du peuple; déconcertent en lui ce bon sens dont la rectitude lui servait de guide, cette sagesse pratique dont il avait tant besoin ; elles protègent l’ignorance , elles entravent l’instruction, elles secondent les préjugés vulgaires. Toutes les superstitions se tiennent; elles nourrissent la crédulité, comme elles s’en emparent; elles livrent l’homme simple, sans défense, à ceux qui l’abusent; elles l’agitent par de vaines espérances et par des craintes chimériques. De la sorte, il désapprend à juger l’enchaînement naturel des choses; il ne sait plus se confier avec mesure en lui-même; il perd la faculté de prévoir, le goût de l’ordre, et l’esprit de conduite.

Que serait-ce d’une doctrine qui usurperait la voix de la religion , pour prêcher aux hommes le mépris de ce que la morale a de plus sacré, pour insulter à l’autorité des lois, pour ébranler les fondemens de la société, servir les passions, invoquer le désordre et le génie du mal sur la terre, sous le manteau même du sacerdoce? coupables profanations, dont le monde n’a vu que trop d’exemples !

On commet donc une grande erreur lorsqu’on suppose que la religion ne peut se rendre populaire, sans payer un tribut à la superstition. La grandeur des vérités religieuses s’accroît par la simplicité même; à la vue du messager qui les apporte, le voix du peuple s’écrie : » Qu’ils sont <c beaux sur les montagnes, les pieds de celui qui « évangélise la paix, qui évangélise les biens! » Anathème aux faux prophètes qui, abjurant celte mission sublime, viendraient profaner l’auguste langage de la religion, pour prêcher la discorde, la haine, l’envie, le désordre et toutes les passions malfaisantes !

La religion est tout ensemble le lien de la so ciété, le témoignage de la nature.

N’exigeons cependant pas trop de la faible humanité, et ne lui demandons pas, dans de si hauts sujets, une infaillibilité qui n’est pas son partage ! Ce serait un préjugé que de croire que tous les préjugés peuvent être bannis de la terre. Il est des illusions innocentes; prenez garde d’y loucher trop légèrement, lorsqu’elles s’unissent à dessentimens respectables; balancez alors les inconvéniens ; sachez attendre du temps les progrès de la raison humaine! Telle est l’imperfection de l’humanité, que les sentimens les plus purs dans leur principe, peuvent, par leur exagération, devenir funestes; la sublimité même de leur source, expose quelquefois plus facilement ceux qu’ils animent, à en dépasser le but. Comment craindre de s’égarer, en s’abandonnant sans réserve à des inspirations si pures? Comment marquer la limite précise entre le juste enthousiasme religieux, et l’exaltation d’une imagination qui s’égare? Et cependant, quels écarts ne vient pas à produire une aveugle exaltation, en raison même de la grandeur du sujet dont elle s’empare ! Quels ne furent pas les ravages de ce fanatisme intolérant et sauvage qui, à certaines époques et dans certains lieux, a si profondément altéré les mœurs populaires! Quels ne sont pas les dangers de ce mysticisme

exa géré qu i por t e la pi é té au -d e là des 1 i m i t es fi xées

par la sagesse, qui immole le mérite des œuvres à celui de la foi, qui substitue exclusivement les exercices ascétiques aux occupations utiles ; qui brise les liens de famille, relâche les relations sociales ; qui. en portant à l’excès le mépris des choses terrestres, fait abandonner des devoirs positifs, et méconnaître la vraie destination de l’homme ici-bas! On n’a pas à craindre sans doute, que la contagion d’une exagération semblable devienne assez générale pour paralyser la production de la richesse matérielle. Cependant cette contagion séduit facilement les personnes condamnées à une vie de fatigue et de privations. On la vu porter le trouble dans les ateliers, détourner des êtres simples de leurs travaux, user les plus nobles facultés dans de vagues rêveries, séduire la vanité, exciter la présomption, quelquefois ébranler le respect du a la propriété, aboutir enfin de proche en proche, dans quelques exemples, ou à d’étranges extravagances , ou mémeà de honteux désordres. Où s’arrête-t-on, quand, sous un prétexte religieux, on abdique la raison, on viole la justice?

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x ARTICLE V.

Du culte extérieur.

Expression sensible de la pensée religieuse, le culte extérieur la propage. Il la transmet spécialement à cette foule d’êtres que l’instruction a trop peu préparés aux exercices de l’intelligence. Langage solennel, éloquent, c’est par son canal, que les influences religieuses agissent incessamment sur les mœurs populaires. Le culte est une nécessité sociale, parce qu’il satisfait aux besoins religieux de l’humanité ; il répand la sérénité et l’allégresse sur la surface de la terre; il anime les régions même de la mort, et projette jusque sur les tombeaux les rayons de l’immortalité. Une véritable éducation morale se continue, pour la classe laborieuse , dans ces exercices qui captivent l’attention, favorisent le recueillement, inspirent le respect; qui rapprochent et confondent les hommes dans de communes émotions et de communes espérances, qui conservent un doux lien entre les générations successives, qui aident l’humble mortel à approcher du trône de la divinité, et qui répandent comme un parfum de sainteté sur toutes les actions de la vie. Rendons-lui grâces au nom de cette multitude immense d’individus dont la carrière se lut écoulée dans des occupations matérielles, dont la vie eût été absorbée par des sensations monotones ! Rendons-lui grâces d’avoir semé sur notre obscure existence, tant de beaux jours qui vont la ranimer; d’avoir béni l’hyménée, d’avoir imprimé le sceau de la religion sur le front de l’enfant qui vient de naître ; de le renouveler sur le front de l’adolescent, de celui qui prend possession de l’intelligence; d’avoir, dans d’augustes et touchantes cérémonies, rappelé à l’homme sa propre grandeur, le respect qu’il se doit à lui-même; d’avoir fait oublier leurs longues fatigues à tant d’êtres accablés sous le poids du travail, de les avoir admis à participer aux jouissances de l’ordre le plus relevé; d’avoir fait retentir à leurs oreilles les accens d’une poésie majestueuse ; d’avoir fondé avec une bienveillante prodigalité, ces fêtes populaires dont les institutions civiles étaient trop avares, de les avoir embellies par les dons de la nature et le luxe varié des arts! Rendons-lui grâces d’avoir, chaque semaine, dans un même jour solennel, non - seulement donné le repos, mais décoré, ennobli ce repos ; convié tous les hommes, d’une extrémité de la terre à l’autre, à se réunir dans le même hom-

mage; faisant ainsi éclater dans le monde entier, comme un concert unanime et immense d’adoration, l’hymne des créatures intelligentes à la louange du créateur ! rendons-lui grâces d’avoir, dans de mystérieux symboles, représenté la souffrance comme une épuration, d’avoir conservé la mémoire de ceux qui ne sont plus, perpétué l’exemple des héros de la vertu, personnifié les vérités morales! Bénissons-le d’avoir ouvert ce banquet mystique et sacré, où le pauvre siège à côté du riche, partageant les mêmes dons, et se regardant comme des frères !

Le culte extérieur améliore toujours les mœurs populaires, dès qu’il manifeste de saines doctrines religieuses, et qu’il les exprime avec fidélité, pour les esprits auxquels il s’adresse. Comme toutes les langues, et plus qu’aucune autre peut-être, le culte extérieur peut être ma! compris ; les esprits frivoles, négligens, peu éclairés, prendront le signe pour la réalité, comme ils prennent le mot pour la chose. Les formes voileront aux yeux mal disposés , les vérités augustes dont elles devaient n’être que les interprètes; les pratiques extérieures usurperont dans les âmes serviles, la place des sentimens et des devoirs ; la superstition y puisera facilement des armes pour dominer les esprits faibles : le vice même se couvrira du manteau des pratiques, pour satisfaire ses penchans, pour se rassurer contre les reproches de la conscience. Prévenez de bonne heure ces funestes méprises; prévenez-les surtout dans les contrées où l’imagination et les sens exercent sur l’homme une domination plus tyrannique! Prévenez-les avec un soin particulier dans les classes de la société où l’erreur a le plus d’accès, les préjugés plus d’empire ! Prévenez-les par un enseignement religieux bien conçu et bien dirigé , en faisant pénétrer les vérités religieuses dans le cœur et dans la raison, en ayant le courage de les séparer des superstitions qui les altèrent !

Devant ces maximes dictées par l’expérience autant que par la raison , et auxquelles se rallient les bons esprits, se dissiperont à-la-fois, et les préventions de ceux qui, frappés de quelques abus, redoutent pour le bien-être matériel de la société, l’action des influences religieuses sur les mœurs populaires, et les préventions contraires de ceux qui, dans leur admiration pour les bienfaits répandus par la religion sur les classes peu fortunées, ne consentent pas à reconnaître le grave préjudice qu’a reçu de certains écarts religieux, non-seulement le bien-

PROPAGATION DES INFLUENCES RELIGIEUSES

être, mais la moralité des classes inférieures. Nous nous écarterions trop de notre but, si nous suivions ces maximes dans toutes leurs applications ; l’histoire en abonde ; non-seulement celle du passé, mais le tableau du présent qui est sous nos yeux. Mais, qui sait tous les perfectionnemens que l’avenir peut réserver encore à la société humaine ? Le christianisme ne renfermet-il pas dans son propre sein une fécondité inépuisable, et ne répandra-t-il pas des bienfaits plus abondans, à mesure qu’il se montrera plus fidèle à scs vrais principes? L’humanité ne semble-t-elle pas pousser aujourd’hui comme un long et vaste soupir vers une rénovation religieuse qui réponde à ses besoins les plus nobles et plus intimes , et aux progrès de la civilisation? La Providence ne prépare-t-elle pas cette grande revivification? Les gens de bien l’appellent de leurs vœux; les sages l’espèrent; les observateurs attentifs croient en apercevoir quelques symptômes précurseurs.

Des moyens de propager et d'affermir les influences religieuses sur les mœurs populaires.

Est-il une plus belle mission que celle du pasteur qui, descendant au milieu des rangs les plus obscurs de la société, comme un messager de paix, de consolation, de charité, vient se faire tout à tous, se confondre surtout avec la multitude de ceux auxquels sont refusés les avantages d’une éducation libérale , le commerce des personnes cultivées, les douceurs de l’aisance et les plaisirs de la vie; qui leur apparait alors comme un guide, un consolateur, un ami; qui sympathise avec leurs sentimens, devient le confident de leurs peines, s’associe à leurs intérêts? Il n’a été donné à nul autre de pénétrer aussi intimement, aussi puissamment dans les mœurs populaires, et par conséquent d’y porter des améliorations aussi étendues. Mais, plus cette mission est belle, plus elle est difficile. Elle est difficile surtout dans les temps présens. Puissent les hommes appelés à la remplir se pénétrer de son véritable esprit! Puissent-ils bien connaître les dispositions de leur siècle, en sentir les vrais besoins! Puissent-ils écouter la vérité de quelque part qu’elle leur vienne, et de la bouche même de leurs ennemis ! Puissent-ils déférer aux avis des personnes qui, vivant dans le monde, ont

acquis l’expérience des choses humaines, et désirent sincèrement la propagation des saines influences religieuses! Qu’ils ne se laissent pas aveugler par un orgueil secret qui se déguiserait sous la dignité de leurs fonctions, ou par des préjugés qu’excuserait à leurs yeux la pureté de leurs motifs! Les circonstances sont graves; leurs prédécesseurs ont laissé d’admirables traditions; ils ont rendu d’immenses services; mais, plus d’une fois aussi, ils ont commis de grandes fautes : il faut savoir les reconnaître, si l’on veut en éviter le retour.

Dans la mission qu’ont reçue les ministres du culte, pour l’amélioration des mœurs publiques, la première condition du succès est, pour eux, d’obtenir la confiance générale et de savoir la cultiver. Le messager de l’Evangile se trompe lorsqu’il s’imagine n’avoir de rapports qu’avec un petit nombre d’âmes pieuses et d’êtres privilégiés, avec lesquels il se trouve dans une parfaite harmonie de sentimens, et qu’il dirige à son gré. Il a été envoyé pour porter la bonne nouvelle à tous , pour évangéliser ceux-là même qui reposent dans l’ombre de la mort. Il doit se faire entendre de chacun, se faire estimer, honorer, désirer, alors même qu’il ne peut encore se faire comprendre. Sa présence s’annoncera comme le témoignage d’une bienveillance désintéressée, non comme le prélude d’une fâcheuse inquisition. On le verra toujours prêt à servir, jamais exigeant, bien moins encore ambitieux de dominer. Il apportera dans les familles, non le trouble, mais la sérénité et le bon accord. Pour parvenir à former ces relations, il saura comprendre les intérêts, entrer dans les affections, lire au fond des cœurs, se plier à la réalité des choses humaines, se montrer indulgent pour la faiblesse et l’ignorance. Mais comment y parviendrait-il, s’il n’avait pu lui-même étudier le cœur humain , s’exercer à l’art de commercer avec ses semblables; acquérir l’intelligence de leurs dispositions et de leurs besoins? Comment y parviendrait-il, si sa propre éducation, loin de l’avoir préparé à une semblable aptitude, l’avait isolé de la société, rendu étranger à la vie commune?

C’est une chose très-utile, presque nécessaire même aujourd’hui, au succès de la mission évangélique, que son ministre ne demeure pas étranger aux sciences profanes, surtout à ces sciences positives quisont aujourd’hui en si haut crédit, et qui reçoivent de si vastes applications. Par là, il obtiendra mieux la considération qui

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lui est due, de la part de ceux qui ne sauraient pas apprécier le mérite de ses vertus. Les sciences médicales, les sciences économiques dans leur application à l’agriculture, aux arts industriels, à l’économie domestique, lui offriront plus particulièrement l’avantage de pouvoir rendre chaque jour des services variés ; il répandra des lumières utiles; et par là il se préparera la voie pour mieux propager ensuite les augustes vérités de la morale religieuse.

Sans doute, il n’est pas besoin de le dire, après avoir obtenu la confiance, le ministre du culte n’en usera que pour l’amélioration de ceux qui la lui auront accordée. La religion ne deviendra jamais. dans l’exercice de son ministère, l’instrument d’intérêts terrestres, d’ambitions mondaines; dans ses enseignemens, elle conservera toujours sa pureté, son élévation; l’hypocrisie ne sera jamais provoquée, encouragée; les liens de famille ne seront point altérés par de fausses et imprudentes directions des consciences. Mais ce qu’il importe de dire, c’est qu’il ne suffit pas aujourd’hui, que le sacerdoce offre l’exemple des vertus exemplaires et rigides; il a besoin également d’une grande prudence, d’une extrême discrétion ; il doit se tenir en garde contre l’ardeur de son zèle.

Les ministres du culte, quelquefois, en exigeant moins de la faiblesse humaine, en obtiendraient davantage. Us conduiraient plus souvent dans les sentiers du perfectionnement, s’ils consentaient à moins précipiter la marche de ceux qu’ils veulent y diriger; en rendant justice à des qualités réelles, ils seraient mieux écoutés dans leurs avis en faveur de celles qu’ils recommandent. En honorant la vertu chez les gens de bien, quoiqu’elle ne soit pas accompagnée des pratiques pieuses , ils dissiperaient les préventions dont la piété est quelquefois l’objet. Ils devraient comprendre que des hommes de bien, sincèrement religieux, peuvent ne pas partager leurs croyances sur tous les points, sans avoir moins de droits à leur estime et à leurs égards; il est bon qu’ils respectent toutes les convictions réfléchies et sincères, même lorsqu’elles sont différentes; qu’ils s’imposent une sage réserve dans les jugemens qu’ils portent sur les intentions. Rien n’est plus propre à faire vénérer la religion , que de la montrer constamment appuyée sur la vérité et alliée à la justice.

Dans la disposition présente des esprits, l’intérêt même des croyances religieuses commande les plus grands égards pour les convictions in-

dividuelles. L n retour favorable s’opère vers ces croyances, dans les contrées où elles s’étaient affaiblies; mais il s’opère par un mouvement libre et spontané des intelligences ; il s’arrête devant des injonctions absolues et exclusives qui lui ôteraient son mérite en gênant son principe. Aussi, les régions où le sentiment religieux conserve aujourd’hui un empire plus réel et plus profond sur les âmes, sont celles où les convictions individuelles sont le mieux respectées.

Les vœux formés en faveur de la propagation de la morale religieuse, ne seront du reste pleinement accomplis qu’autant que les ministres du culte jouiront, dans la société, d’une existence qui, sans être splendide, soit indépendante et honorable; elle est nécessaire pour leur assurer cette considération extérieure qui aide à l’efficacité de l’apostolat, pour leur donner les moyens de faire le bien ; elle est nécessaire aussi pour que leurs rangs se recrutent de sujets appartenant aux classes aisées de la société; leurs fonctions exigent toujours assez de dévoùment et de sacrifices, pour que, même avec cet avantage , elles n’excitent aujourd’hui d’ambitions que dans les âmes généreuses.

Le jour est venu où l’histoire peut être juste envers les congrégations religieuses; elle doit l’être surtout dans les contrées où la plupart de ces institutions ayant cessé d’exister, restent aujourd’hui presque uniquement dans son domaine. La vie ascétique, dans ses rigueurs solitaires , lorsque ses exemples sont réduits à des exceptions peu nombreuses, n’est pas toujours aussi inutile à la société qu’elle peut le paraître au premier aspect : en quelques occasions, elle peut servir d’asile à des imaginations ardentes qui eussent pu troubler le repos d’autrui; elle peut, dans ces prodigieux athlètes, dans ces phénomènes extraordinaires, offrir une expérience instructive, sur le degré de courage moral auquel peut être portée l’abnégation de soi-même, sur la puissance de la vie intérieure, sur les inépuisables alimens qu’offre la méditation. Cet enseignement n’est peut-être pas sans utilité, lorsqu’il est donné au milieu d’un monde corrompu et dégénéré.

Plus d’un anachorète, au moyen âge, a le permier entrepris le défrichement des forêts dans nos contrées, ouvert et tenu l’école lorsqu’il n’existait aucun autre moyen d’instruction ; d’autres ont conservé, par des veilles laborieuses, les monumens de l’antiquité, les traditions de l’érudition ; d’autres ont ranimé, entretenu le

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feu sacré des études ; le monde étonné a appris plus instructive que l’exemple d’une telle vie ?

Certes, des congrégations aussi utiles ne sau-

d’eux quelle persévérance héroïque de recherches, quelle puissance de spéculations intellectuelles l’homme peut acquérir dans la paix de la solitude et dans le désintéressement des choses terrestres. Le travail fut la règle fondamentale de certains ordres religieux, celui de Saint-Benoit, par exemple. Aujourd’hui encore, ou voit des fermes exploitées avec un succès remarquable par des congrégations religieuses. Mais, de semblables institutions, purement exceptionnelles, étrangères au monde, exercent peu d’inlluence sur les mœurs publiques.

II n’en est pas de même des congrégations religieuses qui se consacrent à l’instruction gratuite des pauvres, au service des malades, à toutes les œuvres de charité, avec le dévoûment le plus pur. Celles que le ministère de la charité place ainsi dans un commerce assidu avec les classes les moins forlunées, deviennent comme autant de messagères de la religion et de la morale, auprès de l’enfance, auprès du malheur, et par là auprès de toutes les familles auxquelles appartiennent les enfans qu’elles élèvent, les malheureux qu’elle soulagent. La religion apparaît en elles comme une source de lumières, de consolations, de généreuse assistance; les exemples de nobles et héroïques vertus se répètent dans ces classes modestes et simples de la société, s’y montrent dans leur réalité pratique, y deviennent familières aux spectateurs ; ce sont comme autant d’étincelles lumineuses, comme autant de parfums disséminés dans les régions obscures où régnaient l’ignorance et la tristesse. Les membres de ces communautés, en tant qu’individus, sont eux-mêmes sortis des rangs des familles laborieuses ; ils leur appartiennent par d’étroits liens; les pauvres sont donc naturellement placés pour être témoins de cette vie si pure, de ces bonnes actions si continues que la religion inspire, et pour en apprécier le mérite [1] ; ils y retrouvent des privations égales à celles qu’ils subissent eux-mêmes, mais acceptées par un dévoûment volontaire; une activité régulière et infatigable, mais dont l’exercice est consacré par la bienfaisance. Y a-t-il une prédication plus éloquente et

tiques qui servent d’asiles à l’oisiveté, et dont les riches dotations sont consumées sans aucun fruit pour la société humaine.

Le monde aussi a ses vertus, ne l’oublions pas ; au sein de la richesse, des honneurs, il y a des vies d’autant plus belles, que la vertu y triomphe de mille séductions ; le inonde aussi peut donner à la propagation de la morale religieuse , des messagers dont les exemples et les paroles exerceront quelque pouvoir, et pénétreront peutêtre là où les efforts des ministres du culte n’auraient pu s’étendre.

Déjà, combien d’exemples le prouvent! de nombreuses associations se sont formées, en Angleterre, entre des gens de bien qui se proposent d’encourager la propagation de la morale religieuse dans les diverses classes de la société, et spécialement dans celles qui paraissent moins en possession de ces bienfaits, ou dans une position moins favorable pour les recueillir. A leur tête est la célèbre société pour répandre la connaissance du christianisme y fondée à Londres dès 1699, qui jouit de revenus considérables [2]. Elle correspond avec un certain nombre de sociétés affiliées dans les comtés de l’Angleterre. Des motifs analogues animent également la société de bien public, érigée à Londres, en 1791; la société pour répandre les connaissances parmi les pauvres, dont le zèle infatigable se déploie, dans la même capitale, depuis près d'un siècle [3]; la société des missionnaires d'Edimbourg; celle des missions pour l'Angleterre , fondée à Londres en 1818, et qui a pour objet de donner une instruction morale et religieuse aux habilans des villages de la Grande-Bretagne privés de pasteurs. Cette dernière société entretient plus de vingt missionnaires; elle s’occupe des parens en les associant à ses congrégations, des enfans en les envoyant à de bonnes écoles; elle est secondée par la société auxiliaire de Westminster. Le même esprit se reproduit, quoique avec des applications plus restreintes, dans les sociétés instituées, en Angleterre, pour

[i] Aussi, lorsqu’en t rance, les orages révolution- revêtaient les frères des écoles chrétiennes, pour les naires ont ménacé tout ce qui portait un symbole reli— mettre à l’abri de toute insulte.

gieux, est-ce le peuple qui a pris sous sa protection les [2] Society for promoting Christian knowledge. Elle sœurs hospitalières. iNos soldats se félicitaient de les re- possède cinquante -deux mille livres sterling de retrouver dans les hôpitaux. A Paris, pendant les journées venu, de juillet, les combattans dépouillant leurs habits , en [3] Fondée en 1750.

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répandre la religion parmi les marins [1], pour la propagation du christianisme dans les montagnes et les des d’Écosse, dans les îles de la Société.

Les États-Unis ont suivi dans ces institutions, comme dans tant d’autres, les traditions et les exemples de leur ancienne métropole; là, les senlimens religieux conservent encore un puissant empire sur les mœurs ; là, le culte n’étant point entretenu par l’état, la société religieuse, dans une absolue indépendance, ne pourvoit à ses frais, que par les rétributions volontaires de ses membres; la présence simultanée d’un grand nombre de communions diverses, entretient parmi elles une vive émulation; chacune d’elles aspire à trouver l’un de ses principaux titres de recommandation , dans la part qu’elle prend à l’amélioration des mœurs. Ces circonstances appelaient naturellement le concours des associations libres, et elles n’ont pas manqué d’y répondre. Il suffit de citer ici la société américaine pour les missions intérieures , fondée en mai 1826, que secondent un grand nombre de sociétés auxiliaires , et qui tend à prendre de jour en jour un plus grand accroissement. Son but essentiel est de fournir des ministres de l’Évangile aux congrégations qui en manquent et qui n’ont pas de moyens pour les entretenir : elle distribue aussi et des Bibles et des Nouveaux Testamens; elle entretient des écoles du dimanche ; elle seconde les sociétés de tempérance. « La chrétienté, dit-elle, a besoin d’être chri- « stianisée. Dans les États-Unis spécialement, u avec une population si jeune encore, si agile, « si rapidement croissante, si dispersée, exposée « par la liberté môme si entière de ses institu- « dons, aux mauvaises habitudes autant qu’aux « bonnes influences, on croit voir approcher « une crise qui demande une puissance reli- « gieuse, beaucoup plus étendue que celle qui « existe actuellement , pour sauver d’un nau- « frage entier les biens les plus précieux de « l’humanité. » S’il faut l’en croire, « les ver- « tus au milieu desquelles celle nation s’était « élevée , décroissent sensiblement ; les émi- « grans , apportent sur les rivages de l’Améri- « que, les vices de l’ancien monde [2], » En 8 années, cette société est parvenue à fournir près de mille missionnaires ; elle a assisté plus de

[(] Voy. le 8e rapport, publié par celte société , le 7 mai 1834, à New-York, pages 9, 10 et 11.

[2] Ibid., ibid.

4000 églises ; elle espère avoir obtenu au moins 4000 conversions; le nombre des élèves qu’elle envoie aux écoles du dimanche s’élève à 35,000 ; elle a obtenu 63 mille adhérons pour les sociétés de tempérance : elle dispose déplus de 80 mille dollars par année [3]. Les plus louables institutions sont cependant sujettes aux abus. S’il en faut croire les récits de quelques voyageurs, l’enthousiasme religieux qui accompagne quelques-unes des missions, et qui se produit dans quelques congrégations des États-Unis , irait jusqu’à dépasser les bornes d’une prudente sagesse.

Paris a vu naître, en 1817, une association destinée à propager la morale chrétienne ; ni le zèle, ni le concours d’hommes recommandables, ne lui a manqué ; elle a provoqué, elle a encouragé des productions utiles ; mais , ne disposant que de moyens très-limités, n’étant point en contact direct avec les classes les plus nombreuses de la société, n’exerçant aucune action sur les individus, elle n’a guère pu avoir jusqu’à ce jour qu’un caractère vague; elle restait ainsi renfermée dans une sphère un peu abstraite; elle s’est alors dédommagée en s’attachant à quelques branches de bienfaisance pratique, et modifiant sa destination première, elle est devenue une association philanthropique. Le succès d’une institution de ce genre est du reste bien moins facile en France, qu’en Angleterre et aux États-Unis.

Elles concourent encore au même but , les nombreuses sociétés bibliques dont nous avons déjà rappelé les travaux [4] , et celles qui se sont formées pour répandre les traités religieux. Il n’en est peut-être aucune qui y ait tendu avec autant de persévérance et aussi directement , que la société hollandaise de bien public; dans tous les traités qui lui doivent le jour, la religion apparaît toujours comme le guide de la morale.

Si l’on est redevable au sentiment religieux , de ces innombrables institutions qui se sont formées parmi les gens du monde, pour assister le malheur dans tous ses besoins , il est résulté de cette circonstance, indépendamment du soulagement que les misères humaines ont reçu avec une générosité si empressée, un autre effet moral et d’un grand prix : les sociétés charila-

[3] Ibid., ibid., pages 69 et 61 .

[4] Voyez le chapitre iv du présent livre , paragraphe ier.

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blés contribuent réciproquement à répandre le sentiment religieux, parmi ceux qui ont recueilli le bienfait; la chaleur vivifiante de ce noble sentiment se communique à leurs familles, à leurs amis. Témoins de ces bonnes actions, en recueillant le fruit, les classes malheureuses apprennent à connaître, à apprécier dans l’un de ses plus beaux ouvrages, l’alliance intime de la religion et de la morale; elles sentent que la morale religieuse n’est pas une vague spéculation. La religion ne se présente pas à elles comme une poésie imaginée pour satisfaire l’imagination, comme un simple appareil de pratiques extérieures; elles y voient une réalité féconde et le premier intérêt de la vie humaine.

Combien la salutaire puissance qui peut appartenir aux gens du monde, pour propager la morale religieuse, ne se trouverait-elle donc pas accrue, si elle était unie avec le bienveillant patronage auquel, par des sollicitations si vivement répétées , nous couvions les classes aisées de la société, envers celles qui ne le sont pas! qu’il serait beau d’élever ce patronage jusqu’à une sorte d’apostolat, par cette autorité qui s’attache toujours aux exemples de la vertu ! mais que cette pensée soit bien comprise! Loin de prétendre imprimer au patronage, érigé pour protéger les ouvriers, ou pour soulager les indigens, le caractère doctrinal d’une mission, nous répudions au contraire toute idée de faire de cette institution tutélaire, un instrument de prédication, et de mettre des conquêtes religieuses pour prix à l’assistance : par cette fausse combinaison, on manquerait à-la-fois les deux buts. Les prédications de l’homme du monde ne doivent s’exercer que par les bonnes actions. Il y a là pour lui une assez vaste carrière. Le spectacle d’une vie honorable et pure est aussi un apostolat; il est permis à tous, il n’a d’inconvéniens pour personne. Les individus qui sont placés dans une situation élevée sont plus spécialement appelés à l’exercer. Lorsque, de ces sommités sociales auxquelles ont été prodiguées les faveurs de la fortune, sont malheureusement descendus de pernicieux exemples; lorsque l’image de la corruption s’y est montrée à tous les regards avec impudeur , parée de luxe , enivrée d’orgueil, une grande réparation est devenue nécessaire pour détruire les ravages d’une contagion qui a infecté les derniers rangs de la société. C’est aux vertus des gens du monde qu’il est réservé de l’accomplir.

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Notre siècle est malade, ne le dissimulons point. Le règne de la liberté de penser devait être, à sa naissance, une crise pour l’esprit humain. Le choc des opinions a favorisé le doute ; avec la diffusion des lumières, il s’est répandu comme il était presque inévitable, beaucoup de lueurs incertaines et trompeuses ; les abus commis au nom et sous le voile de la religion, signalés par l’histoire, exagérés quelquefois par une polémique ardente, ont jeté de la confusion dans les idées ; le développement de la richesse et les progrès de l’industrie ont accru l’empire des intérêts matériels; la foi religieuse s’est affaiblie; une morale peu philosophique, qu’on a voulu fonder sur l’intérêt bien entendu, abdiquant le principe fondamental de la moralité, a secondé l’égoïsme en le flattant. Il y a dans beaucoup d’esprits de l’incertitude, non-seulement à l’égard des vérités religieuses, mais à l’égard même des règles de conduite privée. Cependant, plusieurs circonstances ont fait comprendre aux intérêts matériels, combien il leur est nécessaire, pour leur propre sécurité, de se réfugier sous la protection de la morale publique, et les graves événemens qui ont agité le monde, en étendant le cercle des idées, ont aussi ramené à des idées plus sérieuses. De grands malheurs ont été de grandes lumières. Les esprits aujourd’hui paraissent plus accessibles à la réflexion; la morale religieuse se montre généralement comme l’un des premiers biens de l’humanité ; on y tend, alors même qu’on ne la possède pas encore. Mais, gardez-vous de croire qu'il suffise de reconnaître que la morale est utile, pour assurer son triomphe ! Elle ne peut être une affaire de prudence ou de calcul. Elle a une autorité propre, et veut être obéie pour elle-même. Gardez-vous de croire surtout que vous la ferez accepter à autrui, en vous en dispensant pour votre propre usage; que d'autres s’immoleront en holocaustes pour la vérité et la vertu, pendant que vous vous occuperez tranquillement à faire vos affaires, à recouvrer et à dépenser vos revenus! Que les riches n’imaginent pas faire, de la morale religieuse, un joug pour les pauvres, en même temps qu’une sauve-garde pour leurs intérêts personnels ! Jamais, quelque commode que cette doctrine puisse leur paraître, jamais, ils ne persuaderont qu’il n’y a de devoir ici-bas que pour les gens qui vivent à la sueur de leur front. Qu’ils marchent franchement les premiers dans la voie du bien; on les suivra.

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