TROISIÈME PARTIE. LIVRE 1. C1IAP. I
des indigens, le bureau désignerait aux personnes qui consentiraient à les employer, les sujets les plus capables de satisfaire aux conditions exigées; il désignerait aux indigens les personnes auxquelles ils pourraient s’adresser pour être occupés. 11 se chargerait ensuite de faire exécuter lui-mème les ouvrages dont il aurait reçu la commission; il les répartirait entre les indigens qui seraient en état de les accomplir, dans la proportion de leurs forces respectives; il en surveillerait l’exécution ; il garantirait les déchets, les pertes, les malfaçons. Cette seconde combinaison serait particulièrement favorable aux indigens qui ne peuvent faire qu’un demi-travail, et que, pour cette cause, les particuliers ont encore plus de répugnance à employer.
Resterait sans doute à trouver des particuliers assez bien disposés pour concourir à cette bonne œuvre, et de les trouver en assez grand nombre pour y suffire. Ici le patronage des personnes aisées, surtout celui de la classe moyenne, se présente de nouveau, et va rendre cet important service à la classe indigente. Une partie des gens de bien exerçant le patronage, donnera ellemême de l’ouvrage aux pauvres recommandés; d’autres en procureront par leurs amis et leurs connaissances.
Les ouvroirs établis dans les maisons de secours que possèdent plusieurs de nos villes de France, donnent en partie, du moins, l’exemple de cette manière d’opérer. Les sœurs de charité qui les dirigent, se procurent des commandes en travaux de couture et de lingerie, pour occuper les jeunes apprenties qu’elles dirigent.
L’administration des secours à domicile pourrait faire confectionner elle-même par les indigens, une partie des effets qu’elle leur distribue en nature.
L’adoption d’un semblable mode d’opérer aurait un double et notable avantage. Il offrirait aux pauvres diligens l’encouragement le plus naturel et le plus juste; il les ferait connaître; les accréditerait; il leur procurerait l’appui de recommandations méritées ; il leur ferait obtenir des témoignages de confiance et d’estime; il leur ferait ainsi reprendre leur rang dans le mouvement général de l’industrie. En même temps il signalerait les faux pauvres; il les contraindrait à se démasquer eux-mêmes.
Il importe de distinguer le cas où il y a seulement une interruption momentanée de travail pour l’ouvrier, et celui où l’ouvrier est contraint
de renoncer à la branche de travail dans laquelle il était employé.
Dans le premier cas, il ne saurait être question, le plus souvent, ni de chercher, pour l’ouvrier, un nouveau séjour, ni de lui procurer de nouveaux engagemens, ni de lui faire suivre un nouvel apprentissage. Il suffit de lui offrir une occupation passagère, pour lui éviter, avec l’inaction, des pertes qui deviendraient ruineuses pour lui. Le cercle des occupations qui peuvent ainsi être offertes, sans noviciat préalable, et que l’ouvrier peut embrasser et quitter à volonté, est assez limité, et les taux des salaires qu’elles comportent est naturellement assez faible.
Quelquelois l’interruption, quoique momentanée, peut être prévue d’avance; elle est soumise à une certaine régularité : elle se reproduit périodiquement ; elle commence, elle finit à une époque à-peu-près certaine ! C’est ce qu’occasionne, par exemple, le cours naturel des saisons, qui tantôt ramène, tantôt suspend certains travaux, dans les villes et dans les campagnes. Alors, il devient plus facile de préparer d’avance aux ouvriers, les moyens de se créer une seconde industrie propre à remplir les intervalles d’inaction qu’entraîne leur industrie principale. Dans les localités et dans les professions où ces vicissitudes sont le plus générales et le plus fréquentes, certains usages s’établissent pour en prévenir les effets. L’indigence née de semblables circonstances ne saurait donc présenter qu’un caractère exceptionnel, et les moyens de venir à son secours seront alors plus faciles.
Nous avons supposé jusqu’ici que le manque de travail est, pour l’indigent, la suite de circonstances individuelles. Lorsque le manque de travail résulte de causes générales, il devient beaucoup plus difficile d’y suppléer par les seuls moyens empruntés au mouvement naturel de l’industrie privée.
La tâche devient d’autant plus difficile, que la stagnation est plus générale, et que sa durée se prolonge davantage.
Mais, si la stagnation n’affecte qu’une seule profession, les ouvriers qu’elle laissera sans emploi peuvent trouvera se répartir dans les autres professions dont l’activité n’est point interrompue; ils auront seulement besoin de sages conseils et d’un bienveillant appui, pour choisir une nouvelle carrière, et pour réussir à y entrer. Si la stagnation, quoique générale, n’affecte cependant qu’une localité déterminée, les ouvriers