TROISIEME PARTIE. LIVRE I. CIIAP. II
destinés aux occupations rurales, ne peuventils pas être placés chez des particuliers, avec moins de Irais, et sans courir la chance de vastes entreprises? Des milliers d’orphelins, d’enfans trouvés et abandonnés, ne sont-ils pas situés chaque jour de cette manière dans les campagnes, et n’y obtiennent-ils pas tout ensemble et le bonheur d’être adoptés par une famille, et une destinée fondée sur le travail des champs? Le système qui a été adopté avec succès aux États-Unis et spécialement dans l’état de New-York , et qui a été réalisé dans le dépôt de mendicité de Hoogstraeten , ne peut-il recevoir une application plus étendue? ne peutil être combiné avec l’organistion des maisons de travail dans les pays qui en possèdent?
Le système des colonies libres réalise, on aime tà le reconnaître, l’un des vœux les plus chers
aux amis de l’humanité : il ouvre à l’indigent la
perspective d’une complète réhabilitation ; il l’invite à gravir une échelle progressive, tourà-tour colon, fermier, propriétaire. La propriété: quelle image pour un infortuné dénué de tout! quel encouragement, quand il i’espère ! quelle transformation, quand il la possède! Mais le nombre desindigens qui réunissent les conditions physiques et morales nécessaires pour y aspirer, est malheureusement fort restreint. Ce sont des indigens d’élite , auxquels les moyens de salut ne sauraient manquer.
Ce serait donc une illusion que de chercher, dans les colonies agricoles , la panacée universelle aux maux de l’indigence. Deux auteurs estimables ont été jusqu’à supposer qu’en France 16,000 indigens, et même 2 millions, pourraient être utilement employés dans les colonies libres [i]. Ce serait exagérer encore que de l’espérer pour la centième partie de ce nombre. Sur les 52,000 familles secourues à domicile dans la ville de Paris , en trouverait-on trente qui accepteraient la condition de colons libres, et qui pourraient y satisfaire.
Le système des colonies agricoles forcées est, pour les indigens valides, mais fainéans d’habitude, un régime d’éducation, de réformalion, de correction, analogue à celui que les dépôts de mendicité ont pour objet; ils participent à l’utilité comme aux inconvéniens de ces réunions de mendians. L’utilité cependant s’y montre plus sensible, les inconvéniens moin-
dres. 11 reste donc à examiner jusqu’à quel point et dans quelles contrées ce système peut être mis en vigueur sans exiger d’excessives dépenses, sans se lancer dans de téméraires entreprises.
Aussi , à la suite des essais tentés en Belgique, a-t-on proposé de restreindre la destination des colonies agricoles ; on a proposé d’en faire seulement un lieu de relégation pour les vagabonds , pour les mendians de profession en état de récidive , pour les détenus libérés ; d’en faire * une prison spéciale pour les jeunes délinquans de 18 ans [2]. Cependant, quoique propres à fonder, pour ces trois classes d’individus, un régime propice de réformation , elles ne doivent point être appelées à les confondre toutes trois dans un même établissement. Chacune d’elles n’invbque point le même régime. La réunion sur un même théâtre, de trois classes d’individus qui pourraient se communiquer la contagion de leurs vices divers , ou se confier les traditions du crime, est sujette à de graves objections.
De l’application que peut recevoir le système des colonies agricoles.
Les entreprises de défrichement , celles qu’on a coutume d’indiquer comme étant l’objet naturel de ces créations, sont précisément celles qui présentent le plus de difficultés, qui sont soumises à plus de chances, qui exigent des conditions plus variées et plus nombreuses. Souvent ces défrichemens ne peuvent s’opérer que par le moyen de semis et de plantations d’arbres forestiers qui, avec le temps, remèneront sur le sol une humidité fécondante, une couche de débris végétaux, et ne se prêtent point ainsi à l’établissement immédiat ou prochain de fermes avec charrues. Souvent, ces défrichemens sont subordonnés à *des desséchemens de marais, à des creusemcns de canaux, opérations difficiles sous le rapport de l’art, et qui exigent une masse considérable d’avarices. Tantôt le sol frappé pendant une partie de l’année d’un soleil ardent, ne recèle qu’une couche imperméable ; tantôt il n’offre qu’une substance crayeuse, du sable, du
[1] Économie politique chrétienne , t. ni, p. 436. — tiaux. Voyez le Rapport précité. — M. Demetz s’occupe Des colonies agricoles p. 560 et suiv. — [2] M. Ducpé- en ce moment d’un projet semblable, pour la France.