APPLICATION DES COLONIES AGRICOLES A LA FRANCE
des établissemens de Frédéricks-Oort ; ce serait plutôt un développement de l’exemple donné à Hoogstraeten , et surtout de celui qui paraît généralement adopté dans les états de New-York et de Massachussets. Les entreprises de défrichement ne réussiront que mieux , exécutées par d’autres bras.
De l’application spéciale du système des colonies agricoles, à la France.
Plusieurs écrivains recommandables à tous les titres [1], comme administrateurs, comme agronomes, et comme philanthropes , se sont accordés à penser que la création des colonies agricoles convient spécialementàla France. La haute estime qui leur est duc, la juste déférence que l’on éprouve pour leurs lumières, donne presque à leur opinion le caractère de l’autorité. Cependant , plus on étudie ce sujet, et plus les doutes se multiplient.
On s’appuie, pour ranger notre France parmi les pays où l’érection des colonies agricoles est la plus facile, sur le tableau des terres incultes que son sol présente encore; « 7 millions et 2 ou 300 mille hectares de landes , bruyères, terres vaines et vagues, peuvent, dit-on, êtreavantageusernent rendues à la culture. » Nous n’avons garde de contester l’exactitude de ces calculs. Mais, sur cette quantité de terrains incultes, il faut retrancher d’abord les parties qui n’offrent point une masse compacte et suffisante pour l’établissement d’une colonie; tels sont en général les communaux qui se trouvent disséminés sur la surface du territoire, et à eux seuls , ils composent la plus forte quantité des élémens de ces tableaux. 11 faut retrancher ensuite de la masse énorme des terres actuellement improductives, celles qui, pour diverses causes, ne sont pas susceptibles de fertilisation , et pour lesquelles les frais de défrichement et d’entretien absorberaient tous les produits.
Une exploration préliminaire et attentive devrait donc précéder toute espèce de plans de défrichemens pour des colonies agricoles ; l’administration publique est seule à portée de l’exé-
cuter d’une manière satisfaisante. Les recherches individuelles qui ont été faites jusqu’à ce jour, n’ont pas conduit encore à signaler d’une manière précise , un territoire déterminé, dont le défrichement puisse être, avec certitude de succès, opéré par des colonies d’indigens. 11 suffira d’indiquer ici quelques exemples empruntés, pour la plupart, aux auteurs eux-mêmes les plus prononcés en faveur des colonies agricoles : tantôt, comme dans le département de l’Indre, et ce fait est digne de remarque, on attribue l’abandon du territoire indiqué à la rareté des bras, c’est-à-dire, on accuse précisément par là, non pas un excès, mais une insuffisance de population [2]; tantôt, comme dans le Finistère, les landes sont distribuées entre les propriétaires privés, font partie, pour chacun d’eux, delà combinaison des terres pour chaque exploitation, et ces landes, d’ailleurs, ne pourraient être mises en culture à moins d’une masse énorme d’engrais dont le prix absorberait tous les produits [3]; tantôt, comme dans le département des Landes, la stagnation des eaux, le défaut de communications, opposent encore d’autres obstacles aux entreprises de défrichement, et de vastes travaux préalables, des créations de canaux , de routes, devront les faire disparaître, avant de songer à mettre le sol en culture [4]; tantôt, comme dans la Sologne , l’arrondissement de Gien, dans les départemens des Côtes-du-Nord , d'Ille-et-Vilaine, dans l’ancienne Champagne [5], la fertilisation ne saurait être obtenue que par des semis d’arbres résineux, opération qui n’admet pas l’emploi d’une colonie agricole; tantôt, dans les pays marécageux, comme dans Loiret-Cher, dans Indre-et-Loire, dans la Camargue, le sol n’est propre qu’à être converti en pâturages. Enfin, la plupart du temps, les communes possèdent ou prétendent posséder le sol improductif, et s’opposent, avec une persévérante obstination, à laisser mettre en culture les terrains qui servent aux pâturages communs; pour triompher de leur résistance, il deviendrait nécessaire d’invoquer de nouvelles lois, et même, fussentelles obtenues, il 11c serait pas facile de les faire exécuter.
Après avoir découvert le sol à exploiter, il faudra réunir la masse de capitaux qu’exigera
[1] MM. Deby, d’Haussez, lluerne de Pommeuse, de Tournon , de Morogues , de Villeneuve-bargemont, etc., etc.
[2] Voyez les observations de M. de Marivault, sur le
département de l’Indre, adressées à M. de Villeneuve C Economie politique chrétienne, tom. m, p. 493.)
[3] Jbid., ibid., p.480. — [4] Observations précitées,
p, 478. — [5] Jbid., ibid., p. 486, 492, 498.
cette exploitation. Ces capitaux, où sont-ils? N’est-ce pas faute de capitaux, qu’une grande partie de terres en rapport ne sont encore cultivées que d’une manière trop imparfaite, et n’est-il pas plus pressant de diriger les fonds disponibles sur les exploitations déjà existantes, pour en achever le développement?
En résumé, la possibilité d’établir avec succès des colonies agricoles d’indigens est, pour la France, une chose au moins fort douteuse; l’utilité de cet établissement ne l’est pas moins. Le nombre des indigens valides est heureusement fort restreint dans notre pays. Les valides n’y ont guère besoin de secours, que d’une manière temporaire; le plus souvent leur indigence
[1] L’administration publique en France s’est occupée d’examiner la question des colonies agricoles, et une commission avait même été instituée pour la discuter. Mais les études préliminaires qui ont été faites,